‹ Précis des maladies de l'oreilleChapitre 25 sur 102 · OTITE EXTERNE AIGUE · texte numérisé non relu

OTITE EXTERNE AIGUE

minuit. A l’examen avec le spéculum et un bon éclairage, on constate l’intégrité entière du canal ; mais on voit au fond que le tympan a pris l’aspect d’une surface rouge vif, lisse, polie, surtout au pôle supérieur (myringite simple, ou liée à l’otite moyenne, extension du coryza aigu, catarrhe nasal aigu). Certains enfants ne prennent pas un rhume sans ressentir ces douleurs d’oreilles à l’entrée de la nuit.

11 en est de même de Yotalgie, liée ou non à une névralgie faciale. L’exploration montre l’intégrité de la peau du méat et l’absence d’exsudat et d’atrésie au troisième jour.

L’atrésie plus ou moins prononcée de l’otite externe est ormée par un gonflement uniforme, égal, de la paroi du tube, et la lumière qui reste ressemble à un petit zéro inclus (centre pour centre) dans un plus grand, qui représenterait l’orifice du conduit (ô). — Dans l’otite glandulaire, au contraire, on se rappelle que l’une des formes les plus communes donne un aspect comparable à un zéro inclus dans un plus grand, qu’il touche en un point ©.

La surdité est tardive dans les deux cas et tout à fait en rapport avec le gonflement des parties et avec la quantité des exsudats qui oblitèrent le conduit ; elle cesse quand le dégorgement des parois se produit : elle est de cause mécanique.

\J extension au tympan est annoncée par des douleurs plus profondes et plus vives, par les troubles subjectifs, les bourdonnements d’oreilles, et, surtout, par la surdité, qui s'accroît à mesure que l’exsudât épais couvre la cloison et remplit le méat. Les signes physiques de la myringite externe au début ont été donnés plus haut ; à la période exsudative, aspect indistinct, méconnaissable ; surface plane, opaque, d’un gris sale et mat, parsemé de taches rouges lie de vin. Le diapason-vertex est senti du côté malade.

Nous renvoyons au chapitre qui traite de l’otite interne suppurée l’étude de l’extension du processus à l’oreille moyenne.

L’otite périostique qui succède si fréquemment à la suppuration aiguë de l’oreille moyenne donne naissance tantôt à des tuméfactions molles (abcès ossifluents), tantôt à des fistules dont une végétation polypiforme masque l’orifice et d’où le pus s’écoule dans le conduit. La durée du processus, l’otite profonde, Gellé.— Mal. de l’oreille. 7

HO OREILLE EXTERNE. — CONDUIT AUDITIF

l’otorrhée qui a précédé ou accompagné la tuméfaction empêchent toute confusion. 11 en sera de même de l’otite diphthéritique, si grave, si terrible dans la scarlatine. Le diagnostic général de l’otorrhée ne sera fructueusement fait qu’à l’article « Otorrhée » qui viendra comme complément indispensable de l’étude des otites internes aiguës et chroniques, et de l’ostéo-perioslite du temporal.

Pronostic. — Bénin, quand l’affection reste bien limitée aux couches superficielles de la peau du canal, et que le tympan est légèrement pris, le pronostic sera réservé si l’intensité et la durée des signes indiquent la marche envahissante du processus, sa généralisation [soit en profondeur (otite moyenne), soit en épaisseur (périostite). Les répétitions sous forme de poussées et la lenteur de la guérison de l’écoulement doivent faire craindre le passage à l’état chronique. Le grand danger à signaler, c’est que la myringite concomitante peut ramollir et épaissir le tympan si elle dure ou récidive, et par suite causer des altérations secondaires ou tardives, méconnues, qui entraînent la perte ou la diminution de l’ouïe.

Traitement. — Au commencement de la forme aiguë, la médication antiphlogistique est indiquée ; deux à cinq sangsues appliquées en fontaine au-devant du tragus diminueront la fluxion et la douleur. La diète, le repos, un purgatif salin sont aussi recommandés. Localement, on donnera des bains d’oreilles avec de l’eau chaude ou une infusio» anodine quelconque, versée avec une cuiller chaude. On remplit le conduit du liquide tiède, et le malade le garde dix à quinze minutes, en inclinant la tête du côté sain : c’est le meilleur topique et le plus simple. On pourra couvrir l’orifice de cataplasmes tièdes, la nuit surtout, soit de ouate fine couverte d’un taffetas gommé, jusqu’à l’apparition de l’écoulement. Les fumigations de vapeurs d’eau de fleurs de camomille, très calmantes et très résolutives, sont aussi très utiles à cette période initiale ; les affusions et irrigations d’eau chaude également. Le prurit sera calmé par des lotions douces avec un linge fin ou un pinceau trempés de :

Efu . . 200 grammes.

Bichlorure de mercure . 25 centigr.

L’insomnie, la fièvre seront traitées soit par une potion opiacée stibiée, soit par le sulfate de quinine (0,60 à 0,75 centigrammes) uni à l’opium (0, 1 0 centigrammes par jour) et divisés en cinq à six prises. Comme calmant local de la douleur, je recommande des bains d’oreilles avec la solution suivante :

Sulfate d’atropine . 0Br,20 centigr.

Eau distillée . 20 grammes.

qu’on versera chaude dans le conduit.

Dès que l’écoulement existe ,1a douleur cesse; il faut balayer lepus etles exsudats ; les injections auriculaires tièdes, douces, répétées, avec des solutions de substances d’abord légèrement calmantes, plus tard astringentes, sont indiquées ; telles sont : l’eau phéniquée au 150e, au 200e; les solutions de sulfate de zinc, de tannin, d’alun; les glycérolés des mêmes substances sont prescrits en instillations tièdes, mais ils facilitent la formation de dépôts solides. On doit éviter absolument d’employer les huiles et les corps gras. De Trœltsch fait coucher le sujet sur son oreille malade placée sur un oreiller percé en son milieu pour aider à l’écoulement du pus. Il introduit encore une mèche de charpie à demeure et la remplace au fur et à mesure pour vider ainsi le méat, et il défend les cataplasmes. Pour faire les injections plus fructueusement, j’ordonne de placer au bout de la canule effilée en gomme un petit tube à drainage long de cinq centimètres qu’on introduit sans douleur ni danger dans le méat rétréci et qui permet le nettoyage complet de la cavité.

Si le malade adulte tolère mal les calmants par l’estomac, je conseille de faire prendre, le soir, un quart de lavement à garder additionné de 1 à 2 grammes d’hydrate de chloral, suivant l’intensité des douleurs. Enfin, on poutrhit au besoin faire auprès de l’oreille une piqûre de morphine, le soir, et lors des crises. Le traitement de l’écoulement et de ses suites sera tracé plus amplement dans le chapitre suivant, consacré à l’otite externe chronique.

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B. — Otite externe chronique diffuse.

Symptômes. — On observe dans le conduit de l’oreille toutes les espèces de maladies de la peau, scrofuleuses, herpétiques, arthritiques, néoplasmes, lésions de la syphilis, etc. De ces affections les unes sont humides et sécrétantes ; d’autres sèches; quelques-unes tantôt sèches, tantôt humides. La paroi est amincie, atrophiée, ou reste engorgée et épaissie.

En certains cas, l’oreille coule avec abondance; chez d’autres malades le suintement se concrète et reste caché dans la partie profonde (sinus pré-tympanique) (Y. flg. 5, 8, 29) . Comme marche, il en est qui offrent une suite d’exacerbations saisonnières, mensuelles, ou autres; d’autres sont absolument stationnaires. Le liquide qui s’écoule est tantôt séreux, clair, aqueux, roussâtre ou jaunâtre ; il est chaud et brûlant dans l’eczéma; ou bien c’est un fluide jaune épais, purulent, opaque, lié; quelquefois il est comme pâteux, adhérent, concrété ; il forme une masse cohérente, ou une croûte qui couvre le derme ulcéré .

On comprend qu’avec le temps et par l’effet de la négligence, l’orifice du méat étant souvent rétréci, il se forme ainsi un bouchon qui remplit une grande partie du conduit (Voy. Bouchon de cérumen).

Zaufal a vu du pus bleu couler de l’oreille ; cette coloration, on le sait, est due à la présence de vibrions dans ce liquide. Cet auteur a pu rendre bleu l’écoulement otorrhéique de certains sujets en mettant au contact du pus bleu qu’il avait introduit dans le conduit.

La douleur est nulle ou au moins passagère ; elle se réveille par crises au moment des poussées aiguës, sous l’influence des saisons ou des manifestations diathésiques, des menstrues, delà ménopause, etc. Souvent il n’y a qu’un peu de démangeaison, et quelques troubles subjectifs légers (sentiment de gêne, de plénitude dans la moitié de la tête, de pression, etc.).

La surdité est variable suivant que le conduit est béant

ou rempli par l’exsudât, ou rétréci par l’œdème et par le soulèvement des parois; l’état de la membrane du tympan influe beaucoup sur l’audition.

La présence d’un impétigo, d’une plaque d’eczéma, d’un psoriasis de la face ou général, montre souvent la nature de la lésion auriculaire : et c’est un point fort important à connaître dans l’étude de ces manifestations diathésiques, récidivantes et rebelles.

Nous avons vu que l’otite chronique peut succéder à l’otite externe aiguë ; cependant il arrive fréquemment que le pus coule au dehors sans que le sujet ait ressenti aucun phénomène inflammatoire, à peine un léger prurit, un peu de chaleur passagère.

Souvent on ne découvre aucune cause apparente ; cependant souvent aussi l’écoulement a débuté pendant le cours ou dans la défervescence d’une fièvre grave, à la suite d’un exanthème aigu, et il a persisté.

A l'examen, on trouve des altérations fort variées, en rapport avec l’ancienneté, et la gravité, et les complications de l’otorrhée. On constate une déformation souvent très manifeste de l’orifice du conduit, de la conque et même du lobule.

La cavité de la conque est affaissée, aplatie, et son tissu comme plissé du côté de l’oreille qui coule.

L’orifice du méat est étroit, son ovale est altéré ; il est peu accessible, masqué par l’engorgement des bords : sa lumière peut être devenue linéaire, ou infundibuliforme, ou au contraire elle s’est élargie, et laisse voir les détritus amassés. Les courbures du conduit sont souvent modifiées, et son calibre déformé, exagéré quelquefois, rétréci par places ou en totalité ; les parois sont gondolées, ou inégalement saillantes, et couvertes de produits de sécrétion adhérents.

La région sous-lobulaire, ce creux si accusé d’ordinaire, peut avoir disparu; ou il est en partie comblé par l’engorgement dur du tissu cellulaire péri-ganglionnaire et des ganglions les plus proches de l’oreille.

En avant du tragus, le palper reconnaît souvent un ganglion qui roule sur les doigts.

L’eczéma chronique amène fréquemment l’atrésie de l’ori-

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fîce et même son oblitération par l’accolement de ses deux

lèvres gonflées et croûteuses.

Quelquefois c’est au niveau seulement de la paroi osseuse que le calibre du conduit s’est rétréci (périostite externe) ; on trouve là un diaphragme placé en travers, et percé d’un trou rond central; on pourrait le prendre pour la cloison perforée, n’était son siège trop rapproché de l’entrée du conduit. Nous avons vu que les petites éminences formées par l’exsudât dans la périostite du conduit peuvent le déformer jusqu’à l’oblitération complète, soit que multiples elles arrivent au contact, soit qu’unique elle grossisse assez pour tout remplir.

On conçoit combien de semblables altérations de calibre favorisent la rétention des exsudats : elles peuvent s’opposer totalement à l’issue des sécrétions ; et le bouchon de cérumen sera ainsi constitué avec le temps. Sous la couche de pellicules épidermiques et de poils feutrés et agglutinés par la matière purulente plus ou moins odorante, que les lavages balayent si difficilement, le derme est ramolli par places, dénudé, macéré, ulcéré même, ou fendillé, souvent décollé et soulevé ; enfin sa surface est granuleuse, saignante, fongueuse.

D’autres fois la peau est comme atrophiée, amincie, pâle, sèche, exsangue, et semblable à un tissu cicatriciel baigné de liquide purulent.

Une forme fréquente, chez les vieux arthritiques, consiste dans une prolifération énorme de squames épaisses, sèches, mates, adhérentes, et qui se reproduisent avec une rapidité incroyable jusqu’à ce que le conduit en soit complètement rempli depuis la conque jusqu’au tympan. Dans cette forme sèche, le derme est rose vif, injecté, et cependant peu douloureux. Les produits sécrétés sont quelquefois des furfures; on y voit aussi toutes les variétés de l’impétigo. Les phénomènes subjectifs ont souvent, dans les formes sèches, une remarquable intensité (tintouins, ouïe douloureuse, état cérébral, etc., otite chronique desquamative).

Dans l’otite externe chronique le tympan est constamment atteint dans les formes humides surtout : dans les formes sèches il se peut que le tympan n’ait à souffrir que de

la compression et du contact des produits accumulés.

Souvent c’est par sa surface cutanée seule que se trouve sécrété tout l’exsudât qui comble le conduit (myringite dermique).

La myringite dermique desquamative sera étudiée plus loin. Disons par avance que l’aspect du tympan est en général très modifié dans l’otite externe chronique. Après le nettoyage le plus a ttentif, on constate que le manche du marteau est peu net, le triangle disparu, la voussure énorme. Quelquefois on voit dans le sinus prétympanique une gouttelette liquide, brillante, animée de battements, bien qu’il n’y ait pas perforation de la cloison ; en séchant ce clapier avec une boulette de coton, on met à nu une petite fongosité saignante du derme ulcéré.

Ce sinus prétympanique est un point déclive du conduit où le pus s’amasse et d’où il s’écoule difficilement, surtout par suite de la saillie en dos d’âne de la paroi osseuse inféroantérieure de ce canal.

Les altérations subies par la membrane du tympan sous l’influence de l’otite externe sont des plus graves : le relâchement du tissu de la membrane, son épaississement modifient complètement ses propriétés acoustiques et sa conductibilité pour les ondes sonores; déplus, ils favorisent la compression des parties auriculaires profondes, puisque la cloison inerte cède à toutes les aspirations de la déglutition sous l’action continue de la pression atmosphérique (1).

Marche, terminaison, pronostic. — Grâce au préjugé, l’otorrhée, symptomatique de l’otite externe chronique, respectée comme une œuvre de dépuration par les malades et même par le médecin, continue ses ravages.

Le derme ulcéré, décollé, l’os est mis à nu (ostéite, nécrose secondaire), ou bien le tympan est perforé ou il se détache du bord inférieur du cadre tympanal ; et la caisse est envahie consécutivement. L’otorrhée dure ; et, chose incroyable, on trouve plus de gens tourmentés de la crainte de la supprimer que de la peur de ne pas en guérir.

Nous étudierons à fond les complications si graves et si

(1) Voir Myringite, ramollissement.

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fréquentes de l’otorrhée dans le chapitre d’ensemble consacré à l’étude de l’otite chronique moyenne suppurée. (Voy. plus loin).

J’insisterai cependant ici sur la possibilité de complications cérébrales môme dans l’otite externe suppurée (Toynbee). Une portion de la paroi supérieure du conduit auditif répond, on le sait, à la fosse cérébrale moyenne, et on trouve souvent la paroi osseuse d’une minceur très grande en ce point dangereux (1).

Certains individus gardent pendant des années un écoulement d’oreilles sans en éprouver aucune douleur; l’ouïe s’améliore dès que la sérosité purulente trouve une issue facile, et au contraire elle se perd quand l’écoulement cesse, quand les sécrétions s’amassent, se concrètent et bouchent le conduit. De là, le préjugé de l’utilité de l’écoulement, préjugé incurable.

La plupart des affections cutanées du conduit, sèches ou humides, montrent ici ce caractère commun, qu’elles n’ont aucune tendance à guérir.

L’otite externe chronique peut se compliquer, ainsi que nous l’avons dit, de perforation du tympan, de suppuration de la caisse, d’ostéo-périostite du conduit, avec ou sans abcès mastoïdien, de méningite, puis d’engorgements parotidiens, cervicaux ou sous-lobulaires (ganglions lymphatiques) avec ou sans abcès consécutifs (écrouelles), et même d’arthrite suppurée temporo-maxillaire (Duplay). On peut aussi trouver l’atrésie du canal, soit à son entrée, soit dans la région osseuse, des ostéomes, des végétations, des ulcérations, des polypes du méat ou du tympan, enfin des séquestres (de Trœltsch, Blake).

On reconnaît en somme, là, toutes les complications de l’otorrhée. C’est que le conduit auditif peut être considéré comme un tube à drainage de toute la région temporale, de l’auriculaire et du rocher ; il sert de voie d’écoulement pour toutes les collections pathologiques qui se forment autour de lui. De plus, les affections des organes qui l’entourent provoquent par voisinage des hypersécrétions ou des flux sur

(1) Voir page 30, Anatomie du conduit et figure 8.

la peau qui le tapisse. Certaines otorrhées, certaines desquamations, certains bouchons du méat sont symptomatiques de lésions profondes auriculaires ou péri-auriculaires.

Diagnostic. — L’otite est sèche ou humide.

Est-ce une otite externe seulement ?

Dans le cas où le conduit est comblé par des croûtes, des squames, par des amas de poils et de cérumen, ou bien par le gonflement des parois, [l’exploration de l’audition par la voie osseuse permettra de connaître si l’affaiblissement de l’ouïe est dû à l’affection du méat seulement. En effet, le son du diapason-vertex sera entendu au maximum du côté de la lésion externe. Le nettoyage du conduit amènera un accroissement immédiat de l’audition par la voie aérienne.

L’inspection du conduit faite avec le spéculum et un bon éclairage montre l’état des parois et l’aspect de la membrane tympanique. On a ainsi tous les éléments pour isoler l’oreille moyenne. Il sera bon cependant de constater ensuite la circulation de l’air par les trompes, et les mouvements du tympan ainsi que les modifications qui en résultent pour l’audition soit aérienne, soit osseuse, car l’intégrité apparente du tympan ou tout au moins l’absence de perforation ne prouvent pas que la caisse soit absolument en dehors du mouvement pathologique auriculaire.

L’inspection montre l’état de la peau des parois, les ulcérations, les fissures, les végétations et la nature de la sécrétion pathologique.

L’examen du tympan devra être attentivement fait, soit à l’état statique, soit pendant des mouvements physiologiques ou provoqués (1).

Dans le cas d’otorrhée, en outre des signes objectifs, l’absence de gargouillements ou de sifflements de perforation pendant l’épreuve de Valsalva montre que le pus vient du conduit exclusivement.

Reste une question de diagnostic très utile à résoudre, au point de vue des indications thérapeutiques : quelle cause, quelle diathèse entretient cette otite externe chronique? On

(1) Voir Myringite.

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interroge les commémoratifs; on apprend qu’il y a eu des manifestations rhumatismales, névralgies, migraines, hémorrhoïdes, des poussées d’eczémas, des arthrites ; tantôt on découvrira des traces de scrofule sur les lèvres, sur les yeux, ou des engorgements ganglionnaires du cou avec ou sans cicatrices écrouelleuses. Dans l’otite chronique scrofuleuse, l’atrésie est plus générale et concentrique, les lésions ganglionnaires sont très marquées, la sécrétion épaisse, abondante et odorante; l’affection est indolore. Dans l’eczéma arthritique, même dans la forme sèche, il existe des phénomènes sympathiques, des périodes d’excitation, des manifestations de même ordre sur les parties voisines ou sur une région quelconque delà peau. La douleur, la cuisson, les bourdonnements réflexes, les retours de l’écoulement d’un liquide, clair, brûlant; l’aspect inégal, gondolé, fissuré de la peau du conduit, les démangeaisons vives à la période initiale ou après la guérison, sont autant d’indices précieux pour le diagnostic.

11 faut admettre en principe que tous les écoulements, surtout chez l’enfant, sont contagieux.

La syphilis auriculaire du conduit a des caractères importants à connaître : chez le nouveau-né , il existe du coryza purulent, des ulcérations en fissures rayonnantes sur les lèvres ; sur le corps, des bulles de pemphigus, des plaques lenticulaires en relief, larges de 1 centimètre, et d’une couleur rouge-saumon.

A l’anus, sur les cuisses, le scrotum, aux parties humides de la peau, des plaques muqueuses, des fissures, des croûtes suintantes ; sur le pavillon, de l’ecthvma et des tumeurs verruqueuses sèches.

Au méat auditif, un écoulement plus ou moins fétide (Wilde), des plaques muqueuses (Hiûton, Després) ; des végétations, condylomes, papillomes, et dans la forme sèche la tumeur verruqueuse (Fournier).

Ces manifestations sont cependant relativement rares au conduit auditif; elles n’ont été notées que cinq fois sur 1 ,200 cas de syphilis par Arm. Després (t), et par A. Buck, trente fois

(1) Després, Nouveau dict. de médecine et de chirurgie, article Oreille.

sur 2,900 malades de sa clinique (I). Cependant Wilde pense que plus du vingtième des otorrliées qu’il soigne à Guy’s Hospital sont syphilitiques, et dues à la syphilis héréditaire.

Bonnafont, Triquet, Krishaber, Melchior Robert, Stœhr, Schwartze, Gruber, de Trœltsch, Hartmann, etc., après A. Paré, Leschevin et autres, ont noté l’otorrhée syphilitique.

Melchior Robert (2) et Després ont décrit de petites gommes du conduit.

Il y a peu de douleur; l’atrésie est fréquente et due au développement de condylomes ou papillomes ; il y a coïncidence d’autres lésions secondaires ou tertiaires, sur le pavillon, la face, la gorge, etc.

La gravité de la surdité tient plutôt à l’état des parties profondes, et à l’ancienneté et au siège des lésions ulcéreuses (atrésies cicatricielles), etc. Le traitement consiste en lavages, injections, lotions d’oreilles avec la solution de sublimé, la liqueur de Van Swieten;les solutions de chlorure de zinc au 20e, ou bien en des attouchements au pinceau avec la teinture d’iode, l’acide acétique, l’acide chlorhydrique, etc. Le traitement antisyphilitique général est la première indication. Les instruments seront, après l’examen, soumis à un lavage sévère dans les liquides antiseptiques.

Chaque malade doit être muni d’instruments personnels.

Otorrhée blennorrhagique métastatique. — Cette otite externe est signalée par J. Franck, dans les termes suivants : « Il est bon, dit-il, de rappeler en outre une espèce d’inflammation métastatique du conduit auditif externe souvent chronique et accompagnée de surdité, qui doit son origine à la suppression de la blennorrhagie uréthrale. » Triquet l’a décrite ; on peut à ce sujet lire Swediaur (3) et Weikar (4). Cette otite a donc été observée par des auteurs sérieux; la contagion est un fait acquis. Pour moi je ne l’ai jamais observée ; mais j’ai vu chez certains rhumatisants l’otite externe

(1) Buck, American Journal of olology, janv. 1879, New-York.

(2) Melchior Robert, Nouveau traité clés maladies vénériennes , Paris, 1861.

(3) Vol. I, p. 165 et vol. II, p. 13.

(4) 'Weikar, ibid., page 170.

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et l’écoulement uréthral soit isolés, soit associés à d’autres déterminations de la diathèse ou alternant avec elles.

Pronostic et traitement. — Le traitement sera local et général. L’otite externe chronique estune maladie grave (Duplay), sa durée est longue, et elle laisse à sa suite le plus souvent diverses lésions, telles que rétrécissements du conduit, altérations de la cloison tympanique surtout, et même de la caisse, qui entraînent de grands dommages pour l’ouïe; de plus, elle est susceptible de se compliquer d’accidents d’une haute gravité, capables de compromettre la vie.

A tous ces points de vue le pronostic est sérieux; et le traitement de l’otite externe chronique doit être institué avec une attention, une énergie et une ténacité d’autant plus grandes que le sujet est plus jeune.

Nous verrons plus loin combien le moindre catarrhe nasopharyngien peut causer de dommage à l’audition dès que le catarrhe chronique du conduit auditif externe a envahi la cloison tympanique.

Traitement général. — Nous avons déjà parlé du traitement spécifique; on devra soumettre les malades lymphatiques, les scrofuleux, les arthritiques, les herpétiques, aux régimes et aux médications appropriés qu’on exécutera avec la plus grande régularité. En thèse générale, les bains de mer sont dangereux; les eaux thermales, sulfureuses ou autres, seront au contraire parfaitement indiquées en saison, et choisies suivant l’état dyscrasique qui domine et la forme sèche ou humide de l’affection.

Traitement local. — Le traitement local demande de la ténacité, de la constance ; il peut conjurer toutes les complications.

La première indication est de balayer le pus ét les produits des sécrétions pathologiques qui encombrent le conduit ; après quoi il sera possible d’agir efficacement sur la peau nettoyée par les topiques et parles médications qui suivent : . Injections, lavages. — Les lavages fréquents seront répétés deux fois, trois fois et plus, par jour, suivant l’abondance des sécrétions et les difficultés qu’on éprouve à bien nettoyer les parties profondes du conduit. Ces lavages devront être

faits à grande eau, sans violence ; le pavillon de l’oreille sera tiré en haut et en arrière ; la tête du sujet inclinée Su côté qu’on lave, sur la cuvette dont le bord appuie sur le cou au-dessous du lobule.

On se servira pour faire ces injections de liquides tièdes.

Le siphon de Weber, simple tube de caoutchouc, dont une extrémité plonge dans le liquide à injecter, s’amorce par aspiration et donne un jet d’une force suffisante et continu. L’irrigateur Eguisier est préférable aux seringues à main, au clvso-pompe et aux poires de caoutchouc, parce qu’il fournit un jet toujours égal dont on peut régler le volume et la force. Celle-ci ne doit jamais être maintenue, si le sujet se plaint d’étourdissement ou de douleurs pendant la douche d’eau chaude.

Il faut compter plutôt sur la répétition des manœuvres que sur leur vigueur pour obtenir sans dommage le résultat poursuivi. Si le conduit auriculaire est très difficilement abordable, par suite de l’atrésie générale ou partielle, je conseille d’employer une sonde de gomme du volume des sondes à cathétérisme de la trompe d’Eustache pour porter au fond du méat le liquide détersif ou modificateur.

Si c’est à l’orifice externe du méat que l’atrésie existe , la dilatation sera préalablement faite; un spéculum auris bivalve, puis un spéculum cylindrique de petit calibre seront introduits doucement et graduellement dans l’orifice ; et c’est à travers le tube d’argent que l’on fera pénétrer l’injection. Par cette disposition on est sûr de ne laisser aucun point sans le baigner et le laver, et sans le faire toucher par le topique liquide; celui-ci peut être introduit aussi sous forme de bains, d’une durée de dix à vingt-cinq minutes.

Au début, on fera de simples lavages avec l’eau de camomille, l’eau de feuilles de noyer, de thé noir, si le cas est simple et le liquide exsudé clair et séreux. Si le conduit est rempli de croûtes, squames, furfures, je recommande comme liquide à injecter les solutions très étendues de sel de Vichy (10: 500) ou de sous-carbonate de soude (10 : 500) qui ramollissent bien et détachent les produits adhérents. 1

Une fois la place nette, les liqueurs astringentes trouvent leur emploi. Les solutions de sulfate de zinc, d’alun, en bains

122 OREILLE EXTERNE. — CONDUIT AUDITIF, de dix minutes et plus, sont excellentes; on a cependant accusé l’alun de provoquer la venue de clous dans le conduit. Les eaux sulfureuses et l’eau de Challes à leur tête sont indiquées en lavages dans toutes les scrofulides et dans tous les écoulements purulents, surtout chez les jeunes enfants.

Les solutions d’acide borique (1/1000), soit d’acide phénique au 1/50, 1/100, 1/200, soit d’azotate d’argent (1 : 1000), soit de perchlorure de fer ou de tartrate ferrico-potassique (10/1000); les bains d’alcool rectifié, d’abord additionné d’eau aux 3/4, puis à 1 /2, enfin employé pur, donnent d’excellents résultats ; mais rien ne réussit, si l’on oublie l’importance du mode d’application dans les cas que j'ai déjà indiqués plus haut. Les ulcérations simples guérissent par le même traitement.

Je conseille de varier fréquemment la nature des liquides injectés. Je recommande de se méfier des solutions composées, qui laissent au fond du conduit des dépôts d’abord légers et pulvérulents, puis solides et volumineux, qui agissent ensuite comme de véritables corps étrangers et compliquent gravement la situation. Les mélanges de glycérine, de tannin et de chlorhydrate de morphine, qu’on ordonne si fréquemment en instillations ou en bains prolongés et répétés, sont manifestement dangereux à ce point de vue (de même pour l’eau blanche, etc.).

Les huiles et les pommades doivent être proscrites; on pourra cependant employer avec succès les pommades à base de sulfate de zinc étendues sur la conque et à l’entrée du conduit dans certains eczémas arthritiques tenaces. Je fais toujours graisser d’huile ou de pommade ces parties au moment des injections d’azotate d’argent. Les injectionslavages à grande eau devront de temps en temps balayer le conduit et empêcher les accumulations dont je viens de parler. La poudre d’iodoforme, le coton iodé m’ont toujours paru nuisibles.

Le traitement des complications sera exposé à propos de chacune d’elles (1).

(1) Voyez Périostite, nécrose, séquestre du conduit.

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