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CHAPITRE III

PATHOLOGIE DU TYMPAN

Article 1er. — Anomalies.

Nous avons mentionné les plus importantes au chapitre qui traite de l’anatomie.

(1) Ces raideurs sont des lésions fréquentes : on conçoit que les sons consonnes, sons faibles et bas, cessent les premiers d’être perçus ; et l’articulation cessant, la parole n’est plus entendue.

(2) Voir A. Bloch, Sur la vitesse relative des transmissions visuelles, auditives, tactiles [Bull. Soc. biologie, 1883): la transmission de l’audition dure, d’après lui, 1/72 de seconde de plus que la visuelle, et celle-ci 1/21 de seconde de moins que la tactile.

148 MEMBRANE DU TYMPAN

Les malformations sont en général liées à celles de l’oreille externe et de l’oreille moyenne. L’inclinaison exagérée est de toutes la plus importante et la plus fréquente (fig. 7). Toutes les anomalies de forme, de grandeur, de rapports, de courbure, etc., seront étudiées à propos de l’anatomie pathologique des affections du tympan et de la caisse. Je rappelle, pour terminer, que les lacunes sont en somme pour la plupart des lésions pathologiques et non des arrêts de développement : à aucune époque de l’état fœtal la cloison n’est perforée, et la membrane de Schrapnell est toujours épaisse, solide et flbro-dermoïde (i).

Article IL — Lésions traumatiques.

La membrane du tympan, bien que située à une certaine distance de la surface du crâne, peut être blessée, déchirée, perforée, tantôt par cause directe, tantôt indirectement.

Les causes dites directes, qui agissent du dehors, sont tantôt des commotions soudaines de l’air (soufflet, explosion), soit des chutes dans l’eau, des injections de liquides trop brusquement lancés; des blessures par la pointe d’instruments déliés (poignard, stylet, aiguilles, passe-lacet, aiguilles à tricoter, etc.), de tiges rigides (branche d’arbre, fétu de paille); tantôt des piqûres d’insectes (punaise, puce, etc.); ou des corps étrangers, des épis, etc. Cette action traumatique agit seule ou s’ajoute à un état morbide antérieur.

Les causes traumatiques indirectes sont fort nombreuses ; on a vu le tympan ramolli se rompre pendant l’action de se moucher ; d’autres fois en faisant l’épreuve de Valsai va; ou la douche dePolitzer, ou l’injection d’air au moyen du cathéter; pendant la toux quinteuse, dans la coqueluche; par l’éternuement; dans le vomissement; le tympan se rompt sous l’influence de la pression sanguine dans l’asphyxie, l’asthme, dans les ascensions à des hauteurs excessives ; on l’a trouvé rompu chez les pendus et sur les étranglés (Ecker).

La commotion du crâhè avec hémorrhagie, la fracture de la base du crâne, les coups, les chutes sur l’occiput (1) Yoy. Anatomie du tympan.

LÉSIONS TRAUMATIQUES. 149

(Urbantschitsch, Franck, Gellé), sont accompagnés fréquemment et non forcément de la rupture de la cloison * mais souvent suivis de l’otite suppurée avec perforation. Un état pathologique antécédent peut expliquer l’action de quelquesunes des causes les plus simples : circonstance importante à rappeler au point de vue médico-légal.

Le tympan peut offrir les lésions traumatiques les plus diverses : dans l’extraction d’un bouchon de cérumen durci, squameux, adhérent, on peut arracher les couches superficielles de l’épiderme, et causer quelques suffusions sanguines , de légères ecchymoses qu’il ne faut pas confondre avec l’aspect de la myringite desquamative, qui a pu préexister. Les piqûres d’insectes (puces, punaises) produisent souvent des ecchymoses ; une injection brutale peut en faire naître aussi ; les blessures peuvent être non pénétrantes ou pénétrantes et perforantes, étroites ou étendues; leur siège a aussi de l’importance au point de vue des complications; dans les blessures du segment mastoïde, les osselets peuvent avoir été touchés (1) ; une plaie située au pôle supérieur ou vasculaire peut fournir une hémorrhagie abondante; en bas et en arrière elle peut se compliquer de paralysie faciale (blessure du facial) (Dalby); au milieu, de fracture du manche du marteau, de la section de la corde du tympan et causer diverses sensations sur la langue. Une pointe qui perfore le tympan en avant peut ouvrir le canal carotidien, ou en bas la fosse jugulaire; en haut, la cavité crânienne et se compliquer d’hémorrhagies et d’accidents graves : la science possède des observations de toutes ces lésions (V. fig. 3 et 9).

Ces blessures de la mémbrane sont simples ou multiples (ruptures en étoiles, décollement du cadre) ou compliquées de lésions du conduit auditif externe (Y. fig. 33), ou des organes profonds.

À leur suite, l’inflammation traumatique est d’üne intensité variable ; si les tissus n’ont pas été trop contus, la cicatrisation se fait rapidement; s’il y a eu arrachement, enfonçure, dilacération, et surtout- si la caisse est restée pleine de caillots

(1) Moure, Revue de lai'yng. et d’otolog. de Bordeaux, janv. 1884.

MEMBRANE DU TYMPAN

sanguins, une otite suppurative violente se déclare, et l’oreille est gravement menacée. Les corps étrangers du conduit peuvent également amener des myringites, ulcérer la membrane et provoquer une otite suppurée. Les plaies chirurgicales par instrument tranchant se cicatrisent avec une grande puissance et très rapidement, en vingt-quatre heures, en 3 jours au plus; si l’on a enlevé un lambeau, la perforation peut durer 15 jours, trois semaines, rarement plus; dans le cas de perforation avec le cautère électrique, le trou arrondi que l’on obtient se cicatrise un peu plus lentement; mais il est rare que la perforation tant désirée ne soit pas fermée au bout du mois. Il y a cependant des exceptions, mais on sait combien elles sont rares.

L’introduction et la conservation à demeure des canules, tubes, etc., qui ont la prétention de maintenir béante la perforation, causent des otites formidables et réveillentles poussées inflammatoires diathésiques (goutte, diabète, rhumatisme). Quand ces complications sont évitées, la perforation dure autant que l’otorrhée qu’entretient la présence de la canule.

Symptômes. — Un sourd de Perpignan se blesse en se nettoyant l’oreille; soudain son oreille siffle s’il se mouche fort, et l’ouïe atteint une finesse inespérée, malheureusement passagère; il me demande si je ne pourrais pas pratiquer méthodiquementce que le hasard lui a fait commettre et surtout de façon à en conserver le bénéfice. Son tympan induré a été perforé et nécessairement son ouïe s’est trouvée améliorée passagèrement : les conditions expérimentales sont tout. Si le tympan est sain, ses blessures causent des troubles notables. La douleur est plus vive quand il y a piqûre (par une pointe, épis, glumelles, insectes), il y a un peu d’écoulement sanguin au moment de l’accident; quelquefois une petite artère du pôle vasculaire ou celle de la corde du tympan a été coupée et saigne davantage. On voit de petits caillots arrêtés entre les lèvres de la plaie. Si l’on fait exécuter l’épreuve de Valsalva, un souffle de perforation très facile à constater, Un bruit de drapeau si un lambeau a été* décollé, un sifflement aigu s’il n’y a qu’une petite ouverture, et quelques gros gargouillements dus au déplacement des caillots et du liquide

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épanché annoncent àl’observateur que la cloison a été perforée.

Les bords de cette perforation traumatique récente ne ressemblent nullement, dès le premier jour, à ceux d’une ancienne perforation, siège d’hémorrhagie nouvelle : ceci a son importance au point de vue médico-légal. La différence est très nette dès qu’un léger lavage a nettoyé l’oreille. Au reste au bout de deux à trois jours les signes évidents de mvringite traumatique apparaissent si les désordres ont été grands; ou bien la plaie est cicatrisée, et un petit caillot adhérent en indique à peine le siège ; en général en vingt à trente jours une plaie de moyenne étendue, sans complication sérieuse, peut être absolument fermée.

L’oreille est immédiatement assourdie. S’il s’agit d’une simple piqûre, surtout si c’est par un insecte, des spasmes réflexes du tenseur de la cloison causent un bourdonnement comparable à celui du vol d’une mouche, et les blessés s’imaginent pendant quelques heures avoir encore l’insecte dans le conduit. Si la membrane seule a été touchée, l'audition est abaissée pour les sons aériens, mais gardée pour les sons au contact; la montre qui était entendue à un mètre n’est plus perçue qu’à 12, qu’à 20 centimètres; mais la montre collée au front est nettement entendue; donc la conductibilité vers le labyrinthe est conservée, et celui-ci est intact : la conclusion au point de vue du diagnostic est que l’action traumatique s’est limitée à la cloison seulement à l’exclusion d’autres organes auriculaires.

Nous avons parlé de nettoyer le conduit, d’enlever les caillots pour bien voir ; ici, il faut insister sur la nécessité de procéder avec précaution, la douche d’air par l’épreuve de Valsalva, ou par l’insufflation de Politzer, ayant refoulé en dehors les caillots de sang épanché ; on jugera s’il est nécessaire de faire une injection détersive, chose dangereuse, car le choc le plus léger sur ce tympan sans résistance agit sur l’organe profond et cause du vertige, et peut précipiter le blessé par terre. Ce nettoyage doit plutôt se faire à sec avec un petit pinceau ou avec une boulette de ouate portée sur la pince coudée.

L’inspection de la membrane soit pendant, soit après les insufflations d’air par le nez, suffit au diagnostic ; on reconnaît

MEMBRANE DU TYMPAN

le siège, l’étendue, la forme, etc., de la blessure et ses complications. Ceci fait, il s’agit de savoir si la lésion tympanique est isolée, ou bien s’il existe des complications, des blessures de la caisse, des osselets, du labyrinthe, du conduit auditif, du facial, des vaisseaux, etc., etc. (fig. 35).

La persistance de la conductibilité par les os du crâne est un excellent signe de l’intégrité des organes profonds ; la conservation d’une certaine audition par l’air annonce que l’appareil de transmission n’a pas subi de grandes avaries.

L’otorrhagie, la surdité et le déchirement du tympan s’observent à la suite de chutes d’un lieu élevé ou de coups violents reçus sur l’occiput, ou sur l’oreille, et dès lors on est conduit à admettre l’existence d’une fracture du crâne. Il faut savoir que tous ces signes peuvent exister indépendamment de cette grave lésion de la base du crâne (Duplay, Gauthier).

Les signes de commotion cérébrale ne seront pas confondus avec ceux du vertige ab aure læsa qui laisse l’intelligence nette et n’est que passager. La marche seule des symptômes, qui peuvent au début être absolument identiques : chute, perte de connaissance, de mouvement, de volonté et otorrhagie, permettra d’asseoir le pronostic. Duplay pense avec raison que souvent des fractures supposées de la base du crâne guéries n’ont été que des ruptures traumatiques du tympan.

Il n’est pas toujours facile de savoir si le tympan a été déchiré, quand le conduit auditif externe participe à la lésion ; ceci se produit dans le cas de décollement plus ou moins complet de la paroi cutanée, soulevée par du sang épanché ; l’exploration est alors très bornée nécessairement, si la trompe plus ou moins oblitérée ne permet pas de percevoir le souffle ou le bruit de drapeau de la perforation. On trouve quelquefois des bulles d’air battues avec le liquide épanché, au fond du conduit et c’est une présomption : mais il faut savoir attendre et suspendre son pronostic.

Dans un cas où il y avait oblitération du méat avec décollement et infiltration sanguine des parois du conduit, avec paralysie faciale, sans paralysie du voile, inaudition par l’air et perception crânienne conservée, je pus admettre avec raison l’absence de fracture de la base du crâne, malgré une

MYRINGITE.

otorrhagie de plusieurs jours de durée. La rapide disparition de la commotion cérébrale, l’intégrité de l’audition crânienne, me firent diagnostiquer une contusion de l’oreille externe et moyenne (chute du faîte d’une voiture de foin haut chargée) sans fracture du rocher. La paralysie faciale était due à l’épanchement sanguin ; et le malade guérit sans perdre l’ouïe de ce côté et sans garder de paralysie de la face.

Pronostic. — Le pronostic, on le voit, dépend de l’état de simplicité ou de complexité de la lésion. Si elle est simple, la cicatrisation a lieu ordinairement en quelques jours ; et en moins d’un mois dans les grands traumatismes la guérison est assurée ; l’air cesse de siffler quand le sujet fait l’épreuve de Valsalva. Le bourdonnement dure quelque temps ; l’ouïe est bien longue à revenir à sa finesse antérieure. 11 faut tout redouter si le labyrinthe a été atteint, ou si l’oreille moyenne a été consécutivement prise d’otite suppurée.

Traitement. — II est en général très simple dans les cas ordinaires. On fait le nettoyage au pinceau, aidé de quelques douches d’air ou d’efforts de Valsalva. Une ouate bouche l’orifice du conduit ; aucune application d’aucune espèce n’est utile sur la plaie tvmpanique. On recommandera au blessé le repos, quelques pédiluves ; s’il y a une légère inflammation, il faudra reconnaître si quelque corps étranger n’en est pas la cause (poussières, bouchon de cire, caillot, pierre), etl’extraire. Quelques bains d’oreilles seraient alors indiqués. On soignerait chaque complication suivant les règles spéciales de son traitement (1).

Article III. — Lésions vitales et organiques du tympan.

§ 1er. — Myringite; inflammation du tympan.

Cliniquement l’étude des affections de la membrane du tympan est inséparable de celles des deux cavités auriculaires externe et interne qu’elle sépare ; forcément elle finit par être envahie par les inflammations de ces parties, et atteinte de leurs affections pour peu qu’elles s’étendent et se généralisent.

(1) Vôy. Otite, Olorrhée.

MEMBRANE DU TYMPAN

Au point de vue de la sémiotique, il est cependant indispensable de traiter de ses maladies dans un chapitre spécial; dans un organe aussi petit que l’oreille, c’est la qualité des parties plus que l’étendue du mal qui méthodiquement conduit aux divisions nosologiques et les nécessite.

A. — Myringite aiguë.

Avec de Trœltsch et Duplay , j 'admets que la myringi te (Linke et Wilde) est très rarement primitive. Cependant on observe la myringite traumatique, l’herpétique, celle qui est due aux bains froids, au coup d’air, à des corps étrangers, à des opérations ou manœuvres, à un traitement plus ou moins irritant.

On a aussi décrit depuis Wreden la myco- myringite qui sera traitée dans un chapitre à part. Mais le plus souvent le tympan s’enflamme secondairement, par extension d’une maladie voisine (eczéma du conduit), ou par action réflexe (dent cariée, névralgie dentaire).

Symptômes. — Symptômes subjectifs. " — En général, début brusque, au milieu de la nuit. Douleur vive à l’oreille, battements, pulsations senties par le malade ; pleurs chez l’enfant réveillé en sursaut, agitation et fièvre vive (en général, état catarrhal et bronchite légère en même temps), de légers bourdonnements, et de l’assourdissement si l’enfant est couché sur la bonne oreille. Le délire, le coma, les cris de douleurs indiquent une affection auriculaire plus étendue et une otite de l’oreille moyenne. Le simple coup d’air donne rarement lieu à d’aussi grands troubles.

Symptômes objectifs . — A l’examen, rougeur vive de la partie supéro-postérieure, portion molle ou sus-apophysaire surtout, et de la paroi voisine du conduit auditif ; si l’affection est intense, toute la cloison est injectée, et son aspect se trouve profondément modifié (V. fig. 29), surtout si la myringite succède à une otite externe ; la myringite, dermite, enlève rapidement le poli de la membrane; son triangle lumineux disparaît; sa translucidité est remplacée par une opacité limitée ou complétera surface apparaît plane, mate, d’un gris sale, avec des plaques rouges ecchymotiques disséminées ;

MYRINGITE AIGUE.

le manche du marteau peu à peu a disparu et c’est à peine si l’apophyse externe se montre sous la forme d’un point blanc mat saillant au haut de la surface rouge. Plus tard, l’épiderme imbibé et l’exsudât couvrent la surface externe, qui prend un aspect gris sale, jaunâtre, mat; enfin, en quelques jours, la sécrétion devient plus abondante; la surface est lisse et humide; les plaques d’épiderme en tombant mettent à nu le fond rouge cerise ou plus foncé de la cloison qu’il est alors difficile de limiter en haut et de distinguer de la paroi supérieure du conduit. A ce moment le tissu propre de la membrane est envahi (fig. 41) ; elle se plisse, se déforme, et apparaît tan tôt bombée, tantôt très excavée ; son bord inférieur est baigné de pus qui s’amasse dans le sinus prétympanique. Un des points affaissés offre bientôt, au centre de plis couverts d’exsudat pultacé, une gouttelette de pus miroitante agitée de battements isochrones au pouls, qui indique le siège de la perforation tympanique. — A ce moment,' il se fait une détente dans les symptômes généraux, et la douleur diminue.

Dans une autre forme de myringite décrite par Politzer, sous le nom de myringite bulleuse, la surface de la membrane offre une ou plusieurs vésicules ; on en trouve aussi sur la paroi du conduit; je crois qu’il s’agit de V herpès aigu, dont les plaques se rencontrent disséminées sur la peau du lobule, du pavillon, du méat, et à la fois de la surface du tympan. Fréquemment les vésicules se remplissent de pus, l’inflammation rayonne, envahit toute la surface qui apparaît grise, humide et opaque, semée de points plus roussâtres, quelquefois saillants, formés par la desquamation des vésicules. Cette forme fréquente chez l’enfant est très susceptible de récidive; elle s’accompagne de névralgie, d’otalgie et d’otorrhée.

Abcès tympaniques interlamellaires. — La myringite ne se termine pas nécessairement par une suppuration de la surface, suivie de desquamation et d’exsudat liquide tombant dans le conduit. L’affection prend quelquefois l’allure suivante : à la suite de douleurs violentes de l’oreille, de fièvre, de battements, avec surdité relative d’une durée assez prolongée, mais qui dépasse celle d’une otite externe ordinaire ; au lieu de trouver le méat baigné de pus, on constate la sécheresse

MEMBRANE DU TYMPAN

générale du conduit et de la cloison, et on trouve à la partie supéro-postérieure une vésicule roussâtre, claire, saillante auprès du cadre, entourée d’une rougeur vive, et qui prend peu à peu l’aspect jaunâtre d’une vésicule purulente (Wilde). Quelquefois la vésicule aplatie couvre une partie notable de la cloison. C’est un abcès interlamellaire saillant en dehors : on l’ouvre, il s’affaisse, et une gouttelette de pus roussâtre s’écoule, mais la paroi tympanique n’est pas sensiblement modifiée ; et on s’aperçoit en l’ouvrant qu’on n’a pas traversé la résistance de la membrane du tympan. Si l’on pratique l’insufflation de la caisse, la membrane se déplace en niasse et n’est pas perforée. J’ai vu un abcès interlamellaire tympanique chez un sujet qui offrit quelques jours après un abcès prémastoïdien succédant à la périostite du conduit. Une terminaison assez.fréquente de la myringite aiguë simple est une légère hémorrhagie ou bien une courte otorrhée.

Diagnostic. — Il peut se présenter trois cas : la myringite est primitive, ou bien elle succède à une affection aiguë ou chronique de l’oreille externe, ou bien de l’oreille moyenne.

1° Myringite primitive.— A l’inspection on pose le diagnostic d’après les modifications observées sur la cloison et vu l’absence de lésions externes : la bénignité des symptômes généraux et locaux, la conservation de l’audition par la voie osseuse, l’absence de pharyngite ou de rhinite antécédentes, la possibilité de soulever la cloison et d’aérer la caisse, et d’isoler ainsi la cloison, montrant la lésion manifestement placée sur elle et se déplaçant avec elle, seront les signes les plus sérieux de la myringite non compliquée d’otite profonde, c’est-à-dire non secondaire.

Duplavdità ce propos : « L’otite moyenne aiguë est très fréquemment confondue avec la myringite primitive.. . Mais cette myringite est secondaire et l’erreur du diagnostic repose sur ce fait que l’on tient seulement compte des signes objectifs fournis par la membrane du tympan et que l’on méconnaît l’inflammation de la caisse qui constitue la maladie principale. »

2° Myringite secondaire. — Quand, à l’inspection, Je fond du spéculum apparaît comme une surface rouge vif, lisse, polie, non purulente, sans pus dans le sinus prétympanique.

MYRINGITE AIGUE.

que le triangle et quelques reflets existent encore autour du manche resté visible et net avec son apophyse externe, il faut admettre l’intégrité de la cloison qui laisse voir par transparence le fond labyrinthique de la caisse enflammée. Une douche d’air, pénétrant dans la cavité tympanique, soulève et distend la cloison qui s’éclaire et apparaît plissée, translucide et légèrement amollie : ce décollement, cette soufflure se produisent souvent d’abord dans le segment postérieur, puis sur l’antérieur, enfin dans le quart inférieur de la membrane : ils signifient que le tympan n’est pas atteint par l’inflammation auriculaire profonde (fig. 44 et 46).

Plus tard, si la cloison offre des altérations: nuages, opacités, rougeurs, épaississements, perte de poli et absorption du manche et de l’apophyse ; si le conduit est absolument sain et n’a jamais offert d’écoulement ni d’ exsudât sec ou

pultacé ; les commémoratifs appre- Fig. 41. — Tissu du tympan nant qu’il a existé une inflammation enflammé et suppurant : otique etnaso-pharyngée aiguë très examen histologique ; les

accusée, le médecin sera conduit

. 7 , moyenne sont opacifiées,

logiquement a admettre que la my- épaissies , onduleuses , ringite qu’il constate, et qui mas- moniliformes et séparées que le fond, est secondaire ; bien en fascicules écartés les d’autres signes nés de la compres- ras^ceCe^lymphot sion labyrinthique, de l’état de la des extrêmement aboncaisse et de la trompe assureront dantes. le diagnostic. Dans le cas de terminaison par abcès, diagnostic facile : il faut avouer qu’il n’y a rien de comparable entre l’otite suraiguë suppurée et les petits abcès interlamellaires de la cloison.

Après l’incision, l’erreur est encore moins possible puisqu’il y a une perforation avec ses signes spéciaux : de plus la quantité notable de pus qui s’écoule dans l’otite moyenne suppurée ne permet aucune confusion.

MEMBRANE DU TYMPAN

Traitement. — Au début, les antiphlogistiques : sangsues au devant du tragus , compresses froides sur l’oreille, révulsifs aux extrémités; purgatifs drastiques. Avec Yerneuil je donne le sulfate de quinine à la dose de 0,75 centigrammes à i gramme ; je préconise fort les bains d’oreille avec une solution concentrée d’atropine (t/20) si la douleur est violente, et s’il n’y a ni vésicules, ni plaies.

Gruber recommande les scarifications du tympan, je crois plus pratiques les scarifications de la paroi supéro-postérieure du conduit à peu de distance du cadre (pôle vasculaire).

Schwartze fait l’incision de la membrane, approuvée par de Trœltsch.

On a dans les bains d’oreilles et dans les fumigations d’excellents calmants et résolutifs.

Dans la défervescence, les astringents légers et les insufflations d’air méthodiques sont indiqués pour empêcher l’enfonçure extrême du tympan ramolli et la formation des synéchies.

B. — Myringite chronique.

A l’état aigu succède souvent sans crise un état subaigu; puis le tympan, au lieu de reprendre sa minceur, sa souplesse, son élasticité, ses mouvements, sa tension, son aspect normal, reste soit couvert de croûtes qui se reproduisent, s’amassent et forment un bouchon squameux (forme sèche); ou bien il s’établit un suintement variable, souvent peu liquide, adhérent, retenu dans le sinus prétympanique, couvert d’une croûte et très odorant ; d’autres fois le tissu a peine à reprendre sa raideur, sa tonicité; il reste mou, épais, sans ressort; il bombe en dehors ou s’enfonce vers la caisse suivant que le sujet avale ou souffle, obéissant banalement, sans fixité : c’est, le ramollissement du tympan. Enfin quand le tympan a été enflammé secondairement, au cours d’une otite moyenne suppurée, une per foration persiste avec ou sans otorrhée.

Les suites des affections du tympan sont importantes à étudier méthodiquement. L’influence des diathèses tuberculeuse, syphilitique, scrofuleuse, arthritique, joue dans la persistance de ces lésions un rôle très certain.

MYRINGITE CHRONIQUE.

La marche est ou tout à fait indolente et même l’affection est souvent méconnue du sujet; ou bien l’oreille est à plusieurs reprises le siège d’élancements au fond du conduit, d’un sentiment de gêne, de pression qui s’étend même quelquefois aux tempes et à la gorge (serrement) ; d’autres fois il existe par moments des démangeaisons ; l’individu se gratte, l’oreille coule. Toutes les affections cutanées du conduit peuvent se retrouver ici.

11 y a de la surdité en rapport avec les altérations persistantes de la cloison, moindre si elle est perforée, forte si elle est épaissie et s’indure.

L’examen au spéculum avec la lampe ou le miroir réflecteur montre les lésions les plus diverses.

On trouve la membrane épaissie, opaque, rouge, plus ou moins foncée, totalement ou par places, surtout au-dessus de l’apophyse externe (pôle vasculaire) (fig. 37). Triquet appelle celalepannus du tympan; souvent le manche, le triangle lumineux n’existent plus; on distingue avec peine la limite supérieure de la cloison : le pannus se prolonge sur la paroi supéro-postérieure du conduit (fig. 33).

Sur quelques tympans dont le tissu est depuis longtemps altéré par la suppuration on constate la présence de fines villosités éparses ou groupées, 'papilü formes, punctiformes, quelquefois en plaques veloutées (Triquet, Toynbee). C’est la myringite villeuse que je n’ai jamais trouvée que dans les vieilles otites générales. Des ulcérations à nu ou cachées sous des croûtes purulentes se rencontrent aussi à l’exploration dans la myringite chronique.

Nous voici, on le voit, tout à fait dans le cadre des lésions chroniques soit de l’oreille externe, soit de l’oreille moyenne. Entre toutes, nous choisirons lés lésions qui n’ont d’importance que par leur siège sur le tympan, dont elles altèrent la conductibilité et les autres propriétés, causant ainsi un dommage à la fonction auditive.

Le ramollissement du tympan ( relaxation des anglais), son induration, sa perforation, ses adhérences, les plaques calcaires et autres produits pathologiques de la cloison seront étudiés plus loin dans autant de chapitres successifs.

travaux de Schwartze et de Wreden que l’on a admis que les parasites végétaux peuvent donner lieu à des affections du conduit et du tympan (Voy. flg. 42).

Nature des parasites. —Ils appartiennent au genre Aspergillus ; il y en a plusieurs espèces : A. flavescens; A. nigricans; Ascophora elegans, et le Trichothecium roseum, etc. Ge sont les hvphomicètes de l’oreille. Wreden recommande de traiter

(*) a, a, a, mycélium ramifié couvrant la cloison; b,b,b, tubes dressés portant^ les réceptacles d,d,d.

MYRINGITE PARASITAIRE. 161

par une lessive de potasse ce que l’on a enlevé du fond du conduit et de la surface même du tympan, de le colorer au carmin et d’examiner à un grossissement de 300 à 400. Ces > produits se rencontrent le plus souvent dans le tiers interne du conduit et sur la membrane même.

Texture, description anatomique. — D’un mycélium brun sale ou jaunâtre s’élèvent des tubes grêles à doublé contour (Hyphesôôô), tantôt simples, tantôt. ramifiés suivant l’espèce : à l’extrémité de ces tubes se trouvent des réceptacles sur lesquels sont implantés, comme les poils du pinceau, des cellules allongées qui se segmentent et produisent des spores ou conidies, poussière tantôt noire ou blanche, ou jaunâtre, etc.

Symptômes. — Symptômes subjectifs. — Le phénomène principal paraît être la douleur souvent aiguë et qui ne cède qu’à l’extraction du parasite; une inflammation plus ou moins vive du tissu de la cloison se déclare, et laisse de la surdité et des bourdonnements. Cependant il est sûr que l’on trouve ces parasites sur des oreilles indolores.

Symptômes objectifs. — On trouve sur le tympan et sur les parties avoisinantes du conduit, des plaques blanchâtres (mycélium) d’aspect gazonneux, velouté, formant des îlots limités mais qui peuvent couvrir toute la cloison et une partie du conduit. Tout alentour le tissu est injecté et hyperhémié; ces plaques sont très adhérentes et résistent aux lavages.

Ces plaques parasitaires se développent en général assez rapidement soit en surface soit en. épaisseur. Burnett en a vu faire saillie dans la caisse, et Politzer en a vu pénétrer le corps de la membrane.

Traitement. — Il faut enlever les masses parasitaires avec la pince à mors, les arracher de la surface tympanique, ce qui est fort douloureux ; mais c’est le seul moyen d’éviter la récidive (1). On termine le traitement par des bains et lavages avec une solution d’hypochlorite de chaux, tantôt de tannin mêlé d’alcool, ou d’alcool pur, soit d’acide phénique ou d'acide salicylique (2 p. \ 00). DeTrœltsch emploie comme solution pré-

(1) Urbantschitscli, Malad. de l’oreille, trad. Calmettes.

MEMBRANE DU TYMPAN

ventive celle de permanganate de potasse. Ubantshitsch a réussi par des attouchements avec une solution d’azotate d’argent à 6 : 100.

L’étiologie de ces productions parasitaires paraît être spéciale ; les enfants et les femmes sont bien moins fréquemment atteints que les hommes : l’olorrhée non profuse, la malpropreté, paraissent être les conditions de leur développement. Bezold et d’autres pensent que l’instillation d’huile dans l’oreille favorise tout particulièrement l’apparition et le développement de ces parasites.

§ 2. — Flaccidité, ramollissement du tympan, relâchement (relaxation des Anglais), tympan flaccide.

Nous avons dit que le tympan, organe de transmission des ondes sonores, possède une tension moyenne modifiée par l’action du muscle tenseur et par la circulation de l’air. Cette membrane doit à cet état de tension ses propriétés acoustiques. Sous l’influence des diverses maladies de l’oreille externe ou moyenne le tissu de la cloison s’altère, il perd sa tonicité, sa voussure s’accroît (fig. 29 et 30 et 43) et bientôt, sous l’influence de l’insufflation, on voit les deux segments, ou l’un d’eux, céder en se ballonnant bien au delà delà course permise au manche du m arteau par ses attaches ligamenteuses.

Inspection. — Dans l’épreuve de Yalsalva, ou par l’insufflation de Politzer, il se forme alors deux joues ou soufflures opaques ou brillantes, séparées par un sillon au fond duquel se trouve le manche retenu (fig. 44 et 46). Dans les cas les plus simples, alors que le tissu est simplement imbibé, pour ainsi dire, des liquides sécrétés dans la caisse (otite catarrhale et otite delà paroi labyrinthique), la cloison refoulée par l’air apparaît comme une baudruche mouillée, plissée en rayons brillants ou mats autour de l’umbo, suivant que la translucidité est ou non conservée (fig. 48). Parle fait d’une déglutition énergique, surtout le nez pincé, toute la cloison s’enfonce, soit d’un bloc, soit par segment et en plusieurs fois, et le fond de la caisse se voit clairement si la transparence le permet; mais l’excavation dépasse alors les limites

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