CHAPITRE II
Le rôle de ce conduit est de permettre l’accès de l’air dans la caisse du tympan. C’est, dit de Trœltsch, le tuyau de ven-
J ‘(l) On remarquera que je ne parle du développement des parties auriculaires que s’il se prête à une déduction pratique facile à saisir ce précis ne peut tout contenir.
PHYSIOLOGIE DE LA TROMPE D’EUSTACUE. 189 dation de la caisse (fig. 57). L’air vient du pharynx nasal. Complètement, bien que doucement fermée à l’état de repos, la trompe s’ouvre à chaque mouvement de déglutition par l’action des muscles du voile du palais qui sont à la fois des muscles tubaires (fig. 3, 60). Il faut une faible, très faible pression manométrique pour faire passer de l’air ou de l’eau de la cavité tympanique dans le pharynx ; mais cet air ni cette eau n’y coulent sans l’intervention d’une pression, qu’on a pu mesurer (Hartmann, Gellé). Il faut un plus grand effort encore pour que l’air passe du pharynx dans l’oreille à l’état sain (10 à 40 millimètres de mercure). Cependant, un de mes malades, atteint de vertige de Ménière, pouvait à volonté refouler sa cloison tympanique et la ballonner par un simple tum! tum! fait en soufflant très légèrement par le nez ouvert. On voit ici l’inconvénient de l’ouverture permanente de la trompe. Dans l’état de santé, la trompe doit s’ouvrir pour laisser passage à l’air.
Mécanisme de la circulation de l'air dans la caisse. — Muscles tubaires ou dilatateurs des trompes. — Rôle de l’élasticité du tympan. —Aération intermittente de l’oreille moyenne. — Au moment de la déglutition les muscles releveurs et tenseurs du voile (P.IetP.E) entrenten jeu, simultanément, à droite et à gauche, et par leur action sur les deux parois tubaires, qu’ils écartent l’unedel’autre, ils ouvrentla trompe. D’autres muscles ajoutent leur action à la leur; ainsi le constricteur supérieur du pharynx et le salpingo-pharyngien (V. fig. 3, 60). Au reste, tous les muscles de la déglutition agissent énergiquement; et leurs anses, qui embrassent le pharynx, ayant leurs insertions fixés de chaque côté en avant, provoquent un double effet : l’occlusion du pharynx nasal, et à la fois l’ouverture des deux trompes. Le muscle staphylo-pharyngien même, logé dans le pilier postérieur du voile du palais, et qui a pour point d’appui la portion tendue du voile, forme en définitive, avec le péristaphylin externe, une sorte de muscle digastrique dont le tendon se réfléchit sous le bec de l’aile ptérygoïdienne. L’action combinée des deux muscles est une traction énergique sur la paroi fibreuse de là trompe, pendant que le pharynx est élevé et attiré au niveau de l’isthme
du gosier, et que le voile fixé obture net le passage nasopharyngien.
Le salpingo-pharyngien n’est évidemment qu’un mince faisceau plat de fibres de cet ordre qui s’attachent et s’arrêtent au bec saillant du bourrelet cartilagineux du pavillon tubaire, tandis que les autres fibres continuent au-dessous de celles du péristaphylin interne leur trajet jusqu’auprès de la poulie de réflexion du tendon du tenseur. En se contractant, ces muscles creux attirent le cartilage tubaire en arrière et l’écartent de la paroi antéro-externe (membraneuse).
Muscle tenseur du voile (fig. 3, 60, 61). — Muscle abducteur de la trompe, dit de Trœltsch, dilatateur de la trompe pour la plupart des anatomistes, à la fois staphylin et tubaire, le péristaphylin externe naît de la portion du cartilage tubaire réfléchie en forme de crochet, et de la lame fibreuse épaisse qui constitue la paroi externe fibreuse de la trompe.
Ses fibres, d’autant moins obliques qu’elles s’approchent davantage du voile, s’insèrent sur les côtés d’un tendon médian nacré qui passe sous le crochet de l’aile interne de l’apophyse ptérvgoïde, et se confond ensuite avec l’aponévrose palatine (foyer d’un réflexe tubaire). C’est en ce point aussi qu’aboutissent ies fibres les plus élevées du muscle pharyngostaphylin (muscle du pilier postérieur du voile du palais). Je n’ai jamais vu de communication réelle entre les fibres d’origine de ce muscle péristaphylin externe et celles du muscle interne du marteau; le plus souvent ces deux insertions sont séparées par du tissu fibreux fixe, et par la paroi osseuse. qui rend leurs rapports peu importants.
L’action du muscle tenseur est simple à concevoir : prenant point d’appui sur l’aponévrose palatine, ses fibres attirent en dehors et en bas la paroi membraneuse de la trompe, qui se trouve ainsi ouverte à chaque mouvement de déglutition, soit à chaque spasme de ce petit muscle sous-muqueux (action réflexe, bruit de Leudet).
Muscle élévateur du voile. — Il s’insère (insertion fixe) sur le rocher, à l’entrée du canal carotidien ; c’est un muscle volumineux, fasciculé en haut, placé sous le bord inférieur de la trompe; au pavillon, il soulève le plancher de l’orifice
tubaire en avant du bec saillant du bourrelet cartilagineux; puis, de là s’épanouit horizontalement en éventail dans l’épaisseur du voile : tel est le muscle élévateur du voile.
La contraction de ce gros faisceau musculaire, qu’une coupe transversale très basse de la trompe tranche nettement sous la muqueuse, et montre interposé au cartilage qui le déborde en arrière et au muscle péristaphylin externe aplati, dont l’aponévrose pharyngée le sépare en avant (fig. 60, 61, 62), cette contraction, associée à celle de son homologue, a pour effet de redresser le milieu de la courbe qu’ils décrivent, et de relever fortement le voile du palais. Par ses rapports tubaires, ce muscle redresse et relève aussi le cartilage ; mais surtout le bec acuminé du bourrelet se trouve ainsi rejeté en arrière, ce qui ouvre largement l’orifice guttural.
Le constricteur supérieur du pharynx, agissant au moyen de l’aponévrose salpingo-pharyngienne, qui s’insère sur la paroi fibreuse externe de la trompe, au niveau du tiers postérieur de sa surface, tend cette lame fibreuse et la rend rigide surtout au niveau du pavillon tubaire, à son insertion au crochet de l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde.
En somme, la trompe peut être comprise comme une gouttière mi-partie cartilagineuse, mi-partie membraneûse, accolée en dedans de l’aponévrose du pharynx, et étendue de la trompe osseuse au crochet et au bord de l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde : le muscle péristaphylin interne est en dedans de cette aponévrose, sous unsegmentmembraneux de la gouttière, qu’il relève par sa contraction et repousse en arrière; le péristaphylin externe est en dehors d’elle.
Les auteurs qui ne voient dans cette action qu’une cause d’obturation de la trompe oublient que dans la déglutition, qui produit la circulation de l’air, tous les muscles signalés plus haut entrent synergiquement en action, et que tous écartent les deux parois tubaires, l’une de l’autre, en même temps qu’ils relèvent le voile et ferment la communication naso-pharyngienne. On comprend que la phonation, les inspirations profondes et les mouvements de succion puissent retentir sur l’oreille en certains cas donnés.
Quand la trompe s’ouvre : que se passe-t-il à l’oreille? Si l’on
regarde le tympan sain au spéculum avec un bon éclairage
pendant que le sujet avale, on voit le triangle lumineux se
4 modifier à chaque fois, et
| l’on constate de légères os-
" cillàtions de la membrane,
a. On peut rendre ces oscilla-
5 tions si délicates très appré-
g ciables au moyen du ma-
•2 nomètre-endotoscope qui gros-
•Ü, sit le phénomène, ou bien
•o on peut l’enregistrer au
~ moyen de la méthode gra-
n3 phique. On constate ainsique
o dans un premier temps le
S tympan subit une enfon-
'§ çure légère à laquelle suc-
•|. cède un brusque retour à
g la normale (voir les tracés
figure 63 , et dans l’étude ” des mouvements du tympan
.2 M par la méthode graphique, X in Suite d'études d’otalogie, 4?^- Gellé). Le caractère de cette § oscillation, c’est d’être égale, Z I -et de se terminer toujours Zs £ par le retour vif à la position X 2- d’équilibre : aussi le phénoj | :i r •*» mène est-il absolument phyh siologique : le premier et le deuxième temps se succèdent à chaque déglutition, tb « g A l’auscultation on perçoit • à ce moment un bruit su¬
perficiel que l’on peut reproduire à volonté, et toujours
déplacement étendu causé par -l’épreuve dite de Valsalva, et retourélastique, crochet élastique qui succède au trait ascendant (a), puis ligne de descente graduelle de a à b, de a' à b; b, b' retour à la normale par un acte de déglutition opéré quelques instants après l'épreuve de Valsalva.
le même à l’état sain. Le tympan s’enfonce au moment où les deux parois de la trompe sont écartées par la déglutition (bruit de décollement des parois tubaires), comme cela a lieu pour la soupape d’un soufflet; puis l’air entre par la voie libre ; et l’élasticité du tympan mise en jeu rétablit la position première (bruit de claquement tÿmpanique). Ce va-etvient de la membrane cause et entretient le va-et-vient de, l’air inlratympanique. Telle est la circulation dé l’air dans l’oreille moyenne.
C’est une fonction annexe de la déglutition. L’action des muscles tubaires et celle de la cloison tympânique sont toutes deux indispensables : cependant il faut faire une grande différence entre l’énergie d’action dilatatrice et aspiratrice des muscles tubaires, ou de la déglutition, et l’élasticité du tissu de la membrane du tympan, seule force qui, au deuxième temps, la replace en sa position d’équilibre. Il y a, on le conçoit, une sorte de lutte entre ces deux forces.: Que la cloison perde sa tonicité, son élasticité de retour sera, perdue ; et voilà toute la fonction d’aération de la caisse gravement atteinte. L’appareil auditif est compromis, car il est: fatalement ébranlé par chaque mouvement d’avaler, et soumis; par l’aspiration de l’air à l’enfonçure consécutive du tympan; et à ses. suites. ;
Si l!on place un manomètre au conduit auditif d’un sujet dont le tympan a été détruit la trompe restant bien perméable, on s’aperçoit, dès que le sujet déglutit, que lé liquide; du tube gradué s’abaisse et tend à entrer dans le conduit : il; est aspiré. Versez de l’eau dans ce conduit : au premier mouvement d’avaler elle disparaît.
Si l’on pince le nez pendant la déglutition, les oscillations manométriques, les tracés graphiques sont aussitôt amplifiés,; et l’enfonçure de la cloison au premier temps de cet acte est rendue tout à fait évidente. En effet, par ce procédé, on a empêché la pénétration de l’air et arrêté le retour de la cloison à sa position d’équilibre (I). Ceci montre le danger des affections qui obturent les fosses nasales et gênent la circu-
(1) Voir figure 63 (c).
lalion de l’air par les narines. On s’explique facilement maintenant que les paralysies du voile, les destructions ou sections de cet organe, enlevant aux muscles tubaires leur point d’appui, puissent causer des troubles graves de l’audition. On comprend aussi que les rétrécissements, les obstructions des canaux tubaires, aient une action pathogénique déplorable sur l’organe auditif.
L’obstruction des trompes et le ramollissement du tympan associés causent les dommages les plus sérieux à l’audition. Les rapports de l’oreille avec la gorge sont des plus intimes ; en effet, la muqueuse pharyngienne se continue dans la trompe, et de plus la fonction d’aération place complètement l’organe de l’ouïe sous l’influence immédiate de la gorge. On ne s’étonnera donc point si la pathologie auriculaire est si souvent d’origine pharyngée.
Le décollement des deux parois tubaires, à peine perceptible par l’auscultation à l’état normal, devient un bruit beaucoup plus fort sous l’influence des altérations de la muqueuse de la trompe ; on l’entend très nettement, et isolé quand le tympan a été détruit; on le confond le plus souvent avec le bruit de retour du tympan déplacé par la déglutition (claquement tympanique), lequel, on -le comprend, s’éteint au contraire à mesure que le canal se rétrécit, et que la circulation de l’air est plus difficile : tous deux se produisent au moment de la déglutition ; le claquement tympanique est un bruit de rétablissement, et par suite il indique que la cloison a conservé son élasticité de tissu.
La trompe, tapissée d’un épithélium vibratile, conduit vers le pharynx les sécrétions de la caisse, surtout chez l’enfant, chez lequel son calibre est large, sa longueur moindre et sa direction moins anguleuse (otorrhée tubaire).
On a voulu étudier la trompe au point de vue de la transmission des ondes sonores à l’oreille, et de l’écoulement au dehors des ondes qui ont frappé celles-ci. A l’état de repos, la trompe ne peut rien transmettre, elle est close parl’accolement de ses parois dans les deux tiers moyens de son trajet au moins. L’hypertrophie de la muqueuse achève et parfait ces contacts ; son atrophie (sclérose) rétablit la lumière du conduit.