PATHOLOGIE. — MALADIES DE LA TROMPE
Divisions. — Les fonctions de la trompe sont toutes relatives à la circulation de l’air dans la caisse ; le premier effet et le plus important de ses maladies est de nuire à celte fonction ou de la paralyser complètement suivant leur gravité et leur durée. Aussi la nosologie décrit-elle ici surtout l’obstruction du canal, ou son rétrécissement, ou son oblitération. Il faut y joindre la parésie de ses muscles dilatateurs. La trompe peut présenter des lésions organiques, vitales ou traumatiques. Ces lésions siègent tantôt sur le canal tubaire seul, tantôt sur les organes musculaires qui l’ouvrent et le meuvent ; mais le trouble fonctionnel est
(1) M. Mathias Daval, loc. cit. et article Ouïe du Dict. de mêd . et ehir. pratiques.
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le même, l’aération de la caisse devient insuffisante ou nulleet c’est à rétablir cette fonction que tend tout l’effort de là thérapeutique.
Article Ier. — Anomalies.
Dans le cas de malformation de l’organe de l’ouïe on trouve des arrêts de développement de la trompe; Gruber, Wreden l’ont vue manquer. On l’a trouvée oblitérée à son orifice tympanique, soit à son orifice guttural (Lucæ, in Urban tschitsch). La direction anguleuse de la trompe peut être exagérée; le coude qui existe au niveau de la carotide s’accentue et la blessure de ce canal carotidien serait dès lors inévitable si l’on introduisait un mandrin rigide. L’orifice pharyngé peut avoir une forme, une situation, un calibre anormaux, soit de naissance, soit par l’action de cicatrices ou de tumeurs de voisinage. Le calibre de la trompe a été trouvé plus ou moins, étroit (rétrécissement congénital) ; au contraire, l’ouverture peut offrir des proportions anormales; mais ces altérations, si elles sont acquises, rentrent dans les affections que nous étudierons dans le chapitre suivant.
Article II. — Lésions traumatiques.
La trompe peut être lésée dans les fractures de la base du crâne ; mais les lésions les plus fréquentes sont causées par le passage des mandrins plus ou moins rigides que. l’on pousse à travers la sonde dans la lumière du canal tubaire pour le dilater ou pour fixer le cathéter.
§ 1er. — Emphysème du pharynx et du cou par l'insufflation d’air.
En général, c’est parce que l’air insufflé par la sonde n’a pu pénétrer dans la caisse que l’on tente l’introduction du mandrin, pour faire la voie. Or, dans ces cas la membrane muqueuse est, d’ordinaire, ramollie, spongieuse, souvent
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dénudée de son épithélium, quelquefois déjà ulcérée; elle bec du mandrin peut écorcher facilement un pareil tissu ; on s’en aperçoit à ce que l’on retire le mandrin taché de sang à sa pointe. Si l’opérateur imprudent alors insuffle de l’air d’un coup brusque, aussitôt le sujet se plaint d’une sensation désagréable, d’un engourdissement le long du cou, à la gorge; il y porte la main et indique qu’il a peine à avaler ; quelquefois il étouffe, sa respiration est sifflante ; il est comme menacé d’asphyxie ; il suffoque. A l’examen de la gorge, on aperçoit la saillie emphysémateuse de la muqueuse du pharynx, bombée et pâlie. Des saillies molles crépitantes s’effacent sous le doigt et se déplacent ; on les déchire avec l’ongle et un sifflement annonce l’issue de l’air, et le malade est soulagé (Triquet) (1) ; un accident aussi grave est rare, surtout aujourd’hui; car dès qu’il retire le mandrin taché de sang, le chirurgien remet à plus tard l’insufflation d’air et retire son cathéter.
L’emphysème ne se présente pas toujours avec ce caractère de gravité : il est des formes très atténuées, et je les ai vues pour ma part deux fois ; et toujours dans des cas d’oblitération invétérée avec catarrhe chronique naso-pharyngé (buveurs, priseurs).
En voici un cas-type : le cathétérisme a été facile ; l’introduction du mandrin montre que le canal n’est plus perméable ; je n’essaie pas de franchir l’obstacle ; puis je pousse la douche d’air très doucement cependant ; aussitôt, le malade porte la main à son cou, douleur subite, grande gêne; et une tuméfaction derrière et au-dessous de l’angle de la mâchoire inférieure apparaît du côté opéré ; la tuméfaction molle et douloureuse crépite et se déplace sous le doigt, une grande gêne dans le cou et -de la difficulté des mouvements sont les seuls troubles observés (quelquefois la tuméfaction suit la gaine des vaisseaux du cou et s’étend jusqu’au creux sus-claviculaire).
Au bout de 24 heures le gonflement avait disparu, et la gêne et la douleur avec lui. Dans le premier cas l’èmphysè-
(1) Triquet, Leçons cliniques.
me s’est étendu sous la muqueuse pharyngée; dans le dernier cas c’est en dehors de l’aponévrose pharyngée, que l’infiltration d’air a eu lieu ; l’air infiltré a gagné le creux pharyngomaxillaire, le creux sous-maxillaire, etc., etc. Dans cette direction l’emphysème est moins grave.
Gomme conclusion, donnons ce précepte, qu’il faut remettre à plus tard l’insufflation d’air par le eathéter, quand on a retiré un mandrin sali par du sang.
§ 2. — Contamination par la sonde : syphilis.
Le cathéter qui a servi doit être lavé avec soin, et trempé dans une solution désinfectante et antiseptique; en général, que le sujet soit ou non atteint d’une affection de la gorge manifestement contagieuse, ou même douteuse, il y a lieu de lui faire acheter une sonde exclusivement réservée à son usage; car la clinique a montré que l’on a pu contagionner d’autres personnes, et les syphiliser en employant une sonde contaminée et plus ou moins malpropre.
On doit se rappeler la fréquence des manifestations secondaires et tertiaires de la syphilis au niveau de la trompe et du pharynx (1).
§ 3. — Dangers du tamponnement postérieur dans l’épistaxis.
La trompe est encore lésée, et gravement, par le contact irritant du tampon de charpie que l’on applique au moyen de la sonde de Belloc à l’orifice postérieur des fosses nasales pour arrêter l’hémorrhagie abondante par cette voie.
Entre ce tampon postérieur et l’antérieur, les caillots de sang se forment ; ils se décomposent, et entrent en putréfaction, si le pansement est maintenu plus de trois jours. Or, ce liquide infect pénètre dans la trompe, et même jusque dans la caisse et cause l’inflammation phlegmoneuse suppurative la plus intense de la trompe et de l’oreille moyenne. Tillaux
(1) Triquet, Leçons clin., p. 100. — Fournié, Bull. Acad. méd. 1863.
• Lortet, Soc. sc. méd. Lyon et Gaz. méd. Lyon, 1864.
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aouvertun abcès pré-mastoïdien à la suite; et j’ai vu deux fois les accidents les plus graves dus à cette suppuration de tout l’organe causée parle tamponnement postérieur des fosses nasales (1) ; dans un cas surtout, après que le tampon avait été laisi& sept jours en place.
Ce procédé de traitement de l’épistaxis est donc fort dangereux; il sera remplacé avantageusementpar l’emploi de petits ballons de caoutchouc, mais surtout par des injections hypodermiques de la solution d’ergotine Yvon (une seringue pour un adulte).
§ 4. — Corps étrangers.
On devait s’attendre à voir signaler parmi les corps étrangers trouvés dans le canal tubaire des fragments de sonde ou de bougie. Wendt en a retiré un fragment de bougie de laminaire; Audry mentionne le fait d’un ver lombric qui fit issue par l’oreille, ayant passé du pharynx par la trompe; Albèrs parle d’une aiguille qui l’aurait traversée; Urbantschistch, un épi d’avoine; Fleschmann, un épi d’orge; Moos et Wolf y ont trouvé des débris alimentaires et Pappenheim des cristaux de cholestérine, des séquestres (Urbantschitsch).
Au niveau du pavillon tubaire surtout il est fréquent d’extraire du cavum des croûtes adhérentes qui se moulent sur les creux et saillies de la région. J’ai retiré chez une jeune fille d’origine tuberculeuse et atteinte de punaisie et de surdité, une énorme croûte verdâtre, solide, odorante, qui fut embrochée par le bec de la sonde et extraite avec elle : elle offrait le moule du pavillon.
On rencontre le plus souvent du sang, du pus, et surtout des glaires plus ou moins visqueuses qui font un gargouillement sonore au moment de l’insufflation.
Ces liquides peuvent être aspirés au moyen de la sonde; et il en résulte toujours du soulagement.
(1) Gellé, Accidents du tamponnement dans l’ épistaxis ( Journ . de méd. de Paris 1882 et Trib. méd., 1882).
Article III. — Inflammation de la trompe. — Obstructions