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CHAPITRE II

PHYSIOLOGIE DE LA CAISSE

La caisse du tympan est une cavité aérée, close, interposée au courant sonore aérien et à l’appareil sensitif auriculaire qu’elle isole ; ce n’est point un tambour, comme on l’a dit; c’est un réservoir d’air, qui chez l’homme ne possède aucune disposition favorable à l’idée de résonnance ; bien au contraire. J’ai écrit que c’était la chambre noire de l’oreille, voulant montrer qu’elle fait plutôt partie des tutamina de l’organe.

L’air qu’elle contient a pour but de faire constamment équilibre à la pression de l’air extérieur sur la face interne du tympan, qui se trouve, grâce à ce moyen, apte à osciller librement et susceptible de vibrer avec la plus grande facilité.

Transformation de l’oreille à la naissance. — Son

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aération. — Cet air inclus n’existe pas dans l’oreille de l’enfant qui n’a pas respiré. Au moment de la naissance l’organe auditif subit une transformation complète et que le médecin auriste a intérêt à connaître ; elle est en effet l’occasion d’affections graves de l'organe, de suppuration, de destruction même qui, vu l’âge, conduisent à la surdimutité. Depuis les travaux de de Trœltsch, Wreden, Parrot, Renaut, Baretv et Gellé, on sait que, dans la période fœtale, l’oreille moyenne déjà bien formée est entièrement comblée par une masse gélatiniforme, qui adhère à la paroi labyrinthique, s’isole par un épithélium pavimenteux de la membrane du tympan, et englobe et contient les osselets de l’ouïe. Le manche du marteau uni à la cloison tympanique est seul en dehors de ce magma qui, histologiquement, est constitué par des réseaux très déliés de cellules de tissu conjonctif embryonnaire, des vaisseaux ; j’y ai vu des nerfs, des cellules nerveuses bipolaires (Gellé). C’est la muqueuse de la caisse œdématiée , hypertrophiée qui forme cette masse molle et humide : un revêtement d’épithélium pavimenteux l’isole. A la naissance, dès les premières inspirations, ce bourrelet infiltré s’affaisse; le liquide disparait résorbé ; l’air prend sa place ; et chaque succion de l’enfant favorise la circulation de l’air intra-tympanique : ainsi se fait la transformation aérienne de l’oreille moyenne.

Cette évolution de l’oreille est commandée par le premier phénomène de la vie extra-utérine, la respiration ; aussi a-t-elle lieu avec plus ou moins de rapidité et plus ou moins complètement suivant l’énergie de la fonction respiratoire de l’enfant: l’asphyxie arrête le phénomène, et le rend incomplet ou tardif. D’autres éléments peuvent aussi empêcher la métamorphose dès le premier jour. Si par exemple, avant la naissance, l’enfant avait déjà une inflammation suppurative de l’oreille, ou même seulement une modification insolite du magma gélatiniforme (infiltration purulente ou sanguine de la muqueuse embryonnaire), la résorption n’a plus lieu; et dès la naissance, il existe une lésion grave du tissu muqueux qui englobe les osselets de l’ouïe et tapisse les fenêtres labyrinthiques : c’est un fait de la plus haute gravité.

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Concluons qu’il faudra surveiller l’audition et les organes auditifs des tout jeunes enfants qui seront atteints de troubles de la respiration et de lésions de l’appareil respiratoire.

Circulation de l’air dans la caisse. — Chez l’adulte l’aération indispensable est assurée par le jeu de la déglutition, dont le mécanisme a été exposé en détail au chapitre consacré à la physiologie de la trompe d’Eustache. Il y a là en somme une fonction annexe de l’audition qui est de première importance (t).

Circulation du son. — Transmission du son. — Appareil transmetteur. — Rôle de la chaîne des osselets et de ses muscles moteurs. — Axe de rotation de l’appareil tenseur. — Le tympan a subi l’ébranlement apporté par l’air du conduit ou par ses parois; toutes les ondes sonores se propagent au manche du marteau qui se meut et vibre avec la membrane : c’est pour cela que le col du marteau s’incurve angülairement en dedans et s’isole du bord supérieur du cadre.

Du manche du marteau les ondes sonores s’étendent sur les osselets et jusqu’à la platine de l’étrier ; de membraneuses elles sont devenues solidiennes (voyez physiologie du tympan). Dans ce passage aux osselets les ondes sonores perdent de leur force et de leur amplitude (Helmholtz, Politzer). Buck a constaté expérimentalement que les oscillations de l’enclume sont de moitié plus faibles que celles du marteau, et que celles de l’étrier sont encore la moitié de celles de l’enclume (Urbantschitsch), les ondes apportées par l’étrier auraient donc le quart de la force initiale.

D’après Politzer, les osselets vibrent plus faiblement sous l’influence des sons graves ; mais si les sons deviennent très aigus, on constate une diminution dans l’amplitude des vibrations. De plus les ondes sonores se condensent du dehors au dedans, du tympan à la platine de l’étrier (Politzer).1 On sait que les expériences de cet auteur ont été faites sur des chiens dont il excitait le trijumeau dans le crâne; les moteurs de la chaîne étaient donc en action, et ce n’est pas sur

(1) Voy. Trompe d' Eus tache.

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un organe passif que l’expérience a été faite. Aussi a-t-il constaté des variations remarquables de la conduction, aü point de vue de l’intensité du son transmis, quand il obtenait par Tirritation de la cinquième paire des contractions du muscle interne du marteau.

Les sons graves s’affaiblissaient, les sons aigus devenaient plus clairs, et le tracé graphique montrait un aplatissement des ondes inscrites (I).

Cette propagation des ondes sonores a lieu d’un osselet à l’autre à travers leurs articulations. Celles-ci ont leurs têtes articulaires maintenues au contact par la tonicité (au repos) ou par la contraction (dans l’acte d’écouter) des muscles moteurs.

Nous avons déj à insisté sur cet état de tension moyenne de la chaîne des osselets et du tympan, liée à la tonicité de leurs ligaments et de leurs musclés : nous ajouterons que cette tension de l’oreille est générale, et que l’oreille interne la subit de la platine de l’étrier à la fenêtre ronde. On sait que la moindre variation de pression dans la caisse tympanique et le plus léger mouvement du tympan en dedans sè transmettent aussitôt au contenu labyrinthique. Toynbeè l’a démontré, en ouvrant le canal semi-circulaire supérieur, affleurant une gouttelette de liquide miroitant à cet orifice : à la plus légère pression exercée sur l’orifice du conduit auditif externe avec la pulpe du doigt, la petite tache lumineuse de la gouttelette oscille à volonté.

La tonicité des ligaments et des muscles se manifeste par ce fait que si l’on sectionne le ligament capsulaire qui retient ünis la branche descendante de l’enclume et la tête de l’étrier, les deux osselets restent cependant au contact ; la section du tendon tenseur détruit cette sorte d’adhérence. L ucæ a bien remarqué que cette section fait baisser la tension i ntra-labyrinthique (indication de la ténotomie du tenseur). L’étrier restant seul, les autres parties de la chaîne conductrice étant détruites ou disparues, la pression intra-laby-

(I) Duplay, Tension moyenne de l'appareil auditif. ( Arehio . méd., 1866.)

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rinthique peut être de ce fait assez affaiblie pour qu’une légère pression au moyen d’une boulette d’ouate ou du tympan artificiel rende l’audition bien meilleure (indication du tympan artificiel).

Le courant sonore suit donc la chaîne osseuse ; or cette chaîne anguleuse semble au premier abord peu faite pour transmettre le son ; une tige rigide eût mieux fait l’affaire. Pourquoi ces anneaux multipliés, et ces coudes compliqués? L’expérience suivante en montre le rôle et le pourquoi.

Expérience: Prenez votre chaîne de montre; placez une des extrémités maintenue par la pulpe du doigt à votre orifice auriculaire, tandis que vous tenez la montre de l’autre main. Tant que vous ne tirerez pas un peu sur la chaîne, pour assurer le contact des anneaux entre eux, le tic-tac ne sera pas entendu : au contraire tirez fort, et le son passe clair et métallique ; vous avez d’une chaîne molle fait temporairement une tige rigide et élastique; c’est pour cela que le son passe.

La contraction des muscles moteurs de la chaîne des osselets de l’ouïe n’a pas d’autre but que d’assurer les contacts et de commander la tension active générale, quand les deux muscles agissent synergiquement comme dans l’audition normale.

La chaîne ainsi tendue activement devient une tige rigide élastique qui transmet le son avec facilité, mais surtout avec douceur, sans choc. possible comme sans brusquerie.

Pour s’en rendre compte, voici une expérience bien simple.

Expérience : Monté sur une lourde voiture roulant sur le pavé, si vous vous portez sur les talons et si vous restez debout sur la plate: forme, vous n’évitez aucune transmission, et vous êtes assourdi par les bruits retentissants, autant qu’ébranlé par les secousses; posez-vous sur la pointe des pieds, et aussitôt, par suite de la décomposition du mouvement transmis, et par le fait de l’élasticité ainsi créée (leviers et muscles étant alors en action), l’audition devient meilleure, et l’assourdissement cesse.

On voit ainsi le rôle de la chaîne coudée, si anguleuse, et de ses jointures, et de l’action musculaire qui la rend élastique. Je crois que l’ ankylosé des jointures aussi bien que la parésie

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des muscles moteurs de la chaîne causent ces douloureux retentissements, cette hvperacousie vraie, cette ouïe douloureuse, ces vertiges, etc., que la clinique montre comme symptômes énervants des otites scléreuses et des vieilles affections de l’oreille. (Indication de la disconnexion artificielle des osselets, de la ténotomie du tenseur, de l’électrisation, etc.)

Tension de l’appareil: tympan, chaîne, labyrinthe. — Axe de rotation dans ce mouvement. — Rôle et mode d’action du tenseur. — Nous avons dit que la membrane du tympan oscille de dehors en dedans et de dedans en dehors autour d’un axe constitué en avant par l’apophyse grêle du marteau, reçue et maintenue par des ligaments dans la scissure de Glaser (point d’appui antérieur), et la branche horizontale de l’enclume reçue dans l’encoche de l’hiatus mastoïdien où la retiennent des fibres rayonnées solides (point d’appui postérieur). Le milieu de cet axe est formé des deux têtes articulées des osselets, le marteau et l’enclume.

Politzer, Helmholtz ont montré que l’articulation des deux têtes osseuses a lieu de telle façon que dans le déplacement en dedans du manche du marteau (rayon du tympan) les deux os s’engrènent solidement et qu’en ce sens le plus léger mouvement est transmis à l’enclume, dont la branche verticale se porte en dedans d’une quantité égale ; tandis que dans le mouvement en dehors du tympan et du manche, le marteau est susceptible de se déplacer isolément, sans être suivi par l’enclume et par le reste de la chaîne, et d’une quantité assez considérable.

Les deux extrémités de cet axe de rotation sont fixes, et ses attaches solides ; telle est la disposition de l’instrument de la tension du tympan. Si le tendon du tenseur est coupé ou ramolli, le ligament axile (Helmholtz) se relâche, et la partie sus-apophysaire de la membrane avec lui.

Nous avons dit combien l’oscillation en dedans du tympan (déplacement en dedans) a peu d’étendue (1/10 de mm.); on conçoit combien un aussi faible déplacement se produit facilement sous l’influence des états pathologiques, et que très

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rapidement la limite physiologique en est atteinte et dépassée facilement (ramollissement tympanique ou rétraction du tendon, ou refoulement par une tumeur du conduit, et finalement compression du labyrinthe et immobilisation de l’étrier).

Le manche du marteau est le levier de la tension du tympan : il est remarquablement plus long chez les animaux, chez lesquels il dépasse le centre de figure de la membrane (rongeurs, carnassiers, etc.) . (V. fig. 81 .) Le tendon du muscle tenseur s’insère à angle droit sur le manche un peu au-dessous de l’axe de rotation du système ; son action est donc très puissante. Le tendon se réfléchit au niveau du bec de cuiller ; le corps du muscle, allongé horizontalement sur la paroi labyrinthique parallèlement à la portion osseuse de la trompe d’Eustache, et au-dessus d’elle, se compose défibrés longues qui permettent le déplacement assez étendu de la membrane en dehors (par Valsalva-épreuve, la douche d’air, ou par l’insufflation avec le cathéter) ; par sa contraction le muscle attire en dedans vers la paroi labyrinthique (point fixe) la paroi mobile de la caisse (tympan). Celle-ci obéit en tournant sur son axe supérieur de rotation, et tandis que le manche du marteau se porte en dedans, sa tête et celle de l’enclume se portent en dehors vers la logette des osselets. Quand l’action cesse, tout se replace; la membrane du tympan se reporte vers l’extérieur ; l’apophyse externe se relève, se rapproché du cadre tympanal, et les têtes des deux osselets retombent en dedans.

La branche descendante de l’enclume Oscille alors dans le même sens que le manche du marteau et que la cloison, et tout à fait en même temps et d’une quantité égale ; l’étrier suit alors les allées et venues de cette branche de l’enclume et s’enfonce avec elle, et avec le manche du marteau et comme la cloison, vers la paroi labyrinthique immobile.

Est-il bien sûr que le marteau ne possède pas la faculté de se porter isolément un peu en dedans sans entraîner le reste des osselets? Je ne vois pas d’autre explication d’un phénomène fréquemment observé en clinique sur des oreilles à peine assourdies : on examine un tympan sain,

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clair, translucide, à travers lequel les osselets apparaissent en arrière du marteau ; une légère épreuve de Valsalva, une déglutition même, font entrer l’air dans la caisse, et l’individu entend mieux après ; mais l’on ne voit plus les osselets par suite du mouvement en dehors de la cloison.

Le manche s’était donc rapproché de l’étrier ; et si le tympan s’est rapproché de l’enclume et de l’étrier, c’est qu’il est susceptible d’un certain degré de mobilité isolément aussi en dedans.

Ce phénomène est-il normal ? a-t-il pour cause un léger ramollissement des capsules ligamenteuses, ou bien une certaine atonie du tenseur ? En tous cas je l’ai constaté sur des oreilles pour ainsi dire normales.

Quant au mouvement de rotation du marteau sous l’influence de la traction opérée par le tendon, vu son insertion à la face antérieure du manche (Gruber), je ne la crois possible que dans l’état pathologique, quand le tympan est largement perforé, et que les rapports des osselets entre eux et l’état de leurs ligaments sont profondément modifiés. Sur des pièces sèches de ma collection, où. le tympan a été sectionné et enlevé dans son segment inférieur, et où la scissure de Glaser a été mise à nu pour la préparation de la trompe d’Eustache, on trouve cette rotation du manche et la rétraction de toute la paroi mobile vers le labyrinthe.

On comprend que l’apophyse grêle et ses attaches et le tympan, s’il est sain, s’opposent à ce déplacement : il n’y a qu’un seul mouvement possible autour de l’axe de rotation.

Nous avons dit que les contractions du tenseur tendent la membrane du tympan, diminuent sa mobilité, et par suite atténuent les ébranlements du contenu labyrinthique. L’action du muscle interne du marteau est à ce point de vue protectrice de l'organe. Toynbee a bien indiqué cette fonction tutélaire. Dans cette étude, l’action du muscle est envisagée isolée, c’est-à-dire sans tenir compte de l’action synergique et antagoniste du muscle de l’étrier. Si le muscle tenseur atténue l’intensité des vibrations, le muscle stapédius ouvre le labyrinthe et facilite l’entréè des ondes sonores; on a dit

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qu’il est le muscle de l’attention auditive. Dans l’audition, tantôt c’est le premier moteur qui a une influence prédominante ; tantôt c’est le deuxième.

Action du stapédius ; détente de l’appareil ; relâchement de la tension» antagonisme des deux muscles moteurs» effets de la prédominance d’action de l’un à l’exclusion de l’autre. — Voici ce qu’écrit Sappey de l’action du muscle de l’étrier:

« Quant au muscle de l’étrier, il attire en arrière la tête de cet os et la branche inférieure de l’enclume ; de là un double mouvement de bascule: 1° un mouvement de bascule delà base de l’étrier qui s’enfonce dans le vestibule par sa partie postérieure et qui se relève par l’antérieure ; 2° un mouvement de la tête de l’enclume qui s’incline en bas, en dedans et en avant, en poussant dans le même sens la tête du marteau dont le manche se porte en sens contraire (en dehors) : d’où il suit que l’action de ce muscle a pour résultat définitif un ébranlement du liquide labyrinthique et un relâchement de la membrane du tympan. »

J’ajoute que si, sur une pièce fraîche dont on a ouvert le canal semi- circulaire supérieur, on pratique avec une pince délicate des tractions légères d’avant en arrière sur le tendon réfléchi du stapédius, toutes les parties étant d’ailleurs laissées en position, on voit le liquide du labyrinthe s’enfoncer, se déprimer ; les mouvements de l’étrier ont donc pour effet de décomprimer le labyrinthe, de le soulager, de dégager surtout la base de l’étrier, ce qui produit l’abaissement de la tension interne labyrinthique.

On comprend que pour expliquer ce résultat, il faut admettre que la platine de l’étrier bascule simplement sur son extrémité postérieure qui reste fixe, tandis que l’antérieure se dégage comme un volet.

En somme, on n’envisage encore là que l’action absolument isolée du stapédius ; dans l’audition, ainsi que nous l’avons dit, les deux muscles antagonistes se font équilibre et donnent la tension générale de l’appareil si favorable aux mouvements rapides, gradués et sans secousse.

La contraction du muscle de l’étrier raccourcit son ten-

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don, et limite ainsi l’impulsion en dedans et l’enfonçure de cet osselet sous l'influence prédominante du muscle interne du marteau. L’action tutélaire de ce muscle pyramidien ne doit pas nous échapper : elle protège le nerf labyrinthique. La paralysie faciale la supprime; et sous l’action du tenseur, l’équilibre fonctionnel étant rompu, le tympan s’enfonce, est tendu exagérément, et l’étrier est refoulé. Dès lors dans la

Fig. 81. — Figures schématiques de la chaîne des osselets et de ses rapports avec le tympan, chez le chien (n° 1); chez le singe (2) ; chez l’homme (3) (*).

période d’activité de l’organe de l’ouïe la contraction musculaire d’accommodation se fait brutalement, brusquement; l’effort a lieu sans limite, sans frein, et des tractions douloureuses se produisent sur le tympan et des chocs sur le labyrinthe (ouïe douloureuse). Si la cloison a perdu de sa •tension naturelle et de sa tonicité, les troubles auditifs sont bien plus accusés (Otite moyenne avec paralysie faciale).

(*) F, enclume; SI, marteau; A, branche descendante et étrier; M, extrémité inférieure du manche du marteau, et ombilic d’où part le triangle lumineux. Dans la figure 1 la branche verticale ou descendante de l’enclume reste en dehors et au-dessus du cadre tvmpanal (c). Fig. 2, elle apparaît, mais courte et élevée ; etfig. 3, elle est aUongée, parallèle au manche du marteau et descend à 2 millimètres de l’umbo ou spatule du manche du marteau. Le levier de la détente est donc devenu chez l’homme presque égal au bras de levier de la tension (le manche du marteau)* • .

On remarquera que chez l’homme le bras de levier de la détente, et du relâchemant du tympan est beaucoup plus long que chez la plupart des animaux (Vov. fig. 81). Chez lui en effet la branche descendante de l’enclume atteint presque les trois quarts de la longueur du manche du marteau. Chez les animaux, on trouve aussi un muscle interne court, gros, pyriforme et plus volumineux que celui de l’homme ; nous avons déjà dit que le manche du marteau est chez eux plus long.de beaucoup. Le développement de la branche descendante de l’enclume chez l’homme est en rapport avec la possibilité de l’éducation de l’ouïe, parce qu’elle tend à égaliser les deux forces antagonistes qui produisent l’accommodation de l’oreille.

Innervation différente des deux muscles. - Le

muscle de l’étrier reçoit un rameau direct du facial, dans le canal de Fallope. Ce nerf se trouve fréquemment atteint dans les affections de la caisse du tympan, et la paralysie de l'étrier s’ajoute à l’otite. L’ouïe douloureuse que l’on a rapportée à celte paralysie faciale (Landouzy) existe dans l’otite même sans complication du côté du nerf facial; et d’autre part, dans les paralysies de la face d’origine centrale, on n’a pas indiqué que l’ouïe fût douloureuse.

Le muscle du marteau est innervé par un filet fourni par le ganglion olique et indirectement par la branche motrice du nerf maxillaire inférieur de la 5e paire. Yulpian a trouvé le muscle interne du marteau atrophié chez les animaux auxquels il avait arraché le nerf maxillaire inférieur... J’ai montré à la Société de biologie qu’au moment de la contraction violente des muscles masticateurs, le son d’un diapason transmis au moyen d’un tube de caoutchouc bien hermétiquement assujetti à l’oreille s’éteint net sous l’action synergique du tenseur.

Fick et surtout Politzer, par ses expériences sur les animaux dont nous avons donné plus haut les résultats, sont arrivés -à la même opinion. M. Duval, répondant, devant la Société de biologie, à ma communication, a montré combien l’étude de l’embryologie donne d’appui à ma démonstration.

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Le muscle du marteau obéit à l’excitation réflexe ; ses contractions sont éveillées soit par la sensation tactile (sur le tympan et sur l’oreille externe) soit par la sensation sonore.

M. Duval (1) dit à ce propos :

« La membrane du tympan, avec ses muscles tenseur et relâcheur, forme un appareil tout particulier qui ne livre pas un égal passage à telles ou telles ondes sonores. Aussi tous les auteurs ont-ils établi un parallèle ingénieux entre les appareils de protection et d’accommodation de l’œil et ceux de l’oreille. Dans cette dernière, l’appareil musculaire formé par les muscles du marteau et de l’étrier serait l’analogue de l’iris. Le muscle interne du marteau ayant pour fonction de protéger la membrane du tympan et par suite l’oreille interne contre les vibrations trop intenses des sons forts, correspondrait aux fibres circulaires de l’iris, au constricteur de la pupille qui protège la rétine contre une lumière trop intense. Le muscle dè l’étrier, rendant les organes de l’ouïe plus sensibles aux sons les plus faibles, correspondrait aux fibres radiées de l’iris . »

Certains sujets peuvent contracter à volonté le muscle tenseur isolément, c’est-à-dire sans que les muscles tubaires entrent en action. Nous reparlerons de ce sujet à propos du « bruit de Leudet » dû au spasme du péristaphylin externe.

Wolff, dans une expérience ingénieuse, obtient la contraction du muscle tenseur, par action réflexe d’accommodation: il fait entendre au loin un son intense et aussitôt le même son est répété auprès de son oreille ; et .il trouve que le son rapproché est plus élevé d’un demi-ton que le précédent. On se rappelle à ce propos queKœnig a montré que les sons semblent plus aigus à mesure qu’ils se rapprochent. D’après Politzer, Màch, Kessel, Blake et Shaw, la contraction du tenseur cause une atténuation du son fondamental, mais facilite l’audition des harmoniques du son (Urbantschitsch).

A quoi sert la fenêtre ronde ? Écoulement au dehors du courant sonore j étouffoirs de l’oreille. — Flourens a

(1) Article Ouïe, Dict. méd. etchir., p. 440.

Gellé. — Mal. de l’oreille,. 16

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établi que l’ablation de l’étrier amène la surdité. J’ai montré le fait à mon cours sur les grenouilles et sur les pigeons ; Kessel l’a prouvé expérimentalement à son tour. Faut-il en conclure que la base de cet osselet est la porte d’entrée des ondes sonores dans le labyrinthe? Non, car l’ablation de l’osselet ruine l’équilibre des tensions labyrinthiques, lésion bien plus grave que la perte de l’étrier. Au reste les cellules auditives sont saillantes dans la rampe vestibulaire, la rampe tympanique n’a qu’un rapport éloigné avec les cellules spéciales. De l’avis de tous les physiologistes, ce n’est pas par la fenêtre ronde que se fait le transport des ondes sonores. On sait que l’étrier resté seul, le tympan et les osselets de la chaîne disparus, l’audition existe encore, quoique moindre, l’air de la caisse conduisant le son et le communiquant à cet osselet. A l’état sain, les ondes apportées par les osselets marchent bien plus vite que celles que conduit l’air intra-tympanique : ces deux courants arrivant au labyrinthe inégaux de vitesse et d’intensité causeraient certainement une perception confuse, de l’écho.

La fenêtre ronde, membrane élastique résistante, tympan secondaire, cède aux poussées de l’étrier transmises par le liquide labyrinthique et réagit ensuite, permettant les oscillations physiologiques de l’organe. .

De plus, c’est la voie d’écoulement au dehors des sons qui ont traversé l’oreille interne. Son oblitération pourra donc amener le retentissement des sons. Sa raideur, ou son immobilité (par perte d’élasticité ou par suite d’obstacle, a son déplacement en dehors), exposeront à des compressions nuisibles du contenu du labyrinthe, à du bourdonnement, et surtout à du vertige (vertige ab aure læsa). Son ramollissement, son relâchement doivent faciliter de dangereux ébranlements de l’oreille interne.

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