‹ Précis des maladies de l'oreilleChapitre 5 sur 102 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PHYSIOLOGIE

Très développé et entièrement mobile chez les animaux, le pavillon est fixe chez l’homme ; il reste collé à la région temporo-mastoïdienne. Le pavillon est un organe collecteur des ondes sonores, disent les traités de physiologie .

Plusieurs médecins ont contesté l’utilité physiologique du pavillon (Itard, Richerand, Leschevin, Wepfer) ; par contre, Valsalva, Duverney, Bartholin, Haller, A. Cooper, etc., lui accordent un certain rôle dans la réflexion des ondes sonores indirectes.

Keisner, ayant coupé les oreilles d’un chat, constate qu’il y a diminution de l’ouïe (I). A. Cooper cite le fait d’un enfant dépourvu de pavillon, et qui entendait ; Tovnbee cite de même l’observation d’un matelot qui avait eu les oreilles coupées et qui n’était pas sourd.

Quel est donc le rôle de cet écran membraneux? Est-ce un organe vibrant et conducteur des vibrations sonores?

Savart, Schneider, Longet et Voltolini l’admettent ; ce dernier l’a comparé à un tympan extérieur.

Schneider remplit de cire toutes les concavités du pavillon et trouve une diminution nette de l’ouïe; Harlev, qui reprend l’expérience, voit que l’audition est conservée, si le corps sonore frappe directement de ses ondes l’orifice du méat (Béclard).

Schneider, Kam, Weber constatent que sous l’eau on entend plus faiblement, et que l’orientation est impossible; ils concluent qu’il est nécessaire de sentir la vibration aérienne.

Bernstein, d’un autre côté, ayant bouché l’orifice du conduit avec de la cire, prétend que l’audition n’a pas lieu si la montre est appliquée sur le pavillon : j’ai fait cette expérience, et elle m’a toujours donné un résultat différent; le son ne passait plus si je comprimais assez, la pulpe du doigt oblitérant l’orifice, pour éteindre les vibrations. Le tampon de cire n’empêche même pas l’audition de la montre à une certaine distance (ondes aériennes).

J’ai remplacé, dans cette délicate expérience, le tampon de cire par un tube otoscopique très hermétiquement appliqué et fermé, les résultats ont toujours été identiques. Un bourdonnement très intense, celui qui naît de la contraction spasmodique ou volontaire des peauciers auriculaires, est très nettement transmis par le pavillon à la colonne d’air du conduit et par là à l’oreille (2).

Weber a surtout insisté sur l’importance de la sensation tactile qui, éveillée par le choc des vibrations aériennes, don-

(1) Lespes, d’après Girard (les Insectes, Paris, 1873), ayant coupé les antennes d’une sauterelle, la rendit sourde.

(2) Gellé, Étude des mouvements du tympan par la méthode graphique, in Suite d’études d’otologie.

PIlYàiOLOGIE.

nerait la notion de la direction du son. Si, dit-il, on place en avant des deux conduits auditifs les mains roulées en conque, dans le sens opposé aux pavillons, on se trompe sur la direction du son. Nous allons montrer que cette épreuve démontre bien mieux leur rôle d’écran réflecteur des ondes sonores. ,

Le pavillon fait partie du cornet acoustique constitué par l’oreille externe ; il est donc collecteur des ondes sonores ; on se rappelle l’expérience classique de cette membrane tendue à la petite extrémité d’un cornet acoustique, et qui vibre plus fortement et plus facilement qu’une membrane isolée. La réflexion des ondes aériennes par le pavillon accroît donc la force du courant qui s’engage dans le conduit; c’est sur ce principe qu’est construit le phonautographe de Scott et Kœnig.

Rôle du pavillon de l’oreille dans l’orientation, au point de vue de la notion de direction du son. — Leschevin admet un rapport entre la finesse de l’ouïe et la profondeur du creux du pavillon ; la conque, on le conçoit, joue ici le premier rôle.

Buchanan signale l’influence de l’angle d’attache du pavillon sur le crâne, et Boerhaave a calculé les courbes paraboliques, qui du dehors dirigent les ondes sonores vers le conduit auditif; cependant Savart a démontré que tout cela est inadmissible et, après lui, Kupper et Wach ont remarqué que les ondes sont trop longues pour que le fait soit possible. Pour être complet, ajoutons que Duchenne de Boulogne a écrit que la contraction des muscles intrinsèques amène une modification dans la réflexion des ondes sonores.

Mathias Duval (1) a indiqué beaucoup mieux le rôle du pavillon dans la recherche de la direction du son. Beaunis (2) a figuré aussi les zones auditives formées par les deux écrans auriculaires.

L’expérience suivante montre bien l’utilité des pavillons pour la recherche du son : j’arme mon oreille d’un tube de

(1) Mathias Duval, Cours de physiologie, 5» édition. Paris, 1881.

(2) Beaunis, Nouveaux éléments de physiologie, 2e édition Paris

(*) Côté sain. — Ovoïde, dont la moitié A antérieure est plus étendue que P. Axe auditif. — Ligne fictive, siège du maximum de sensation et de la plus longue portée de l’ouïe.

Côté sourd. — Mêmes remarques, on voit que l’étendue en P diminue plus vite que en A.

PHYSIOLOGIE

caoutchouc de 30 centimètres; ma montre est placée en face de moi sur mon bureau; je la cherche en vain du bout de mon tube, si les yeux ne me viennent en aide. Mais si je place autour de cette extrémité du tube une carte fine, un peu concave, cet écran suffit aussitôt pour m’indiquer la direction du corps sonore; il a récolté de loin et réfléchi les ondes sonores. Je sens que le son augmente à mesure que je l’approche. La direction du corps sonore est ainsi nettement reconnue ; le pavillon est un écran analogue, un réflecteur qui rend possible l’audition des sons qui naissent en avant.

Une contre-épreuve connue est cette expérience de Weber : La montre est placée en face de vous, sur la table : vous l’entendez; or, collez votre pavillon sur l’apophyse mastoïde, c’est-à-dire, annulez l’écran normal, et le son de la montre disparaît; l’audition devient impossible en avant; elle n’existe plus que sur l’axe auditif : le pavillon est l’organe de recherche de la direction du son.

Les pavillons sont donc deux écrans obliques dont la direction partage le champ de l’audition de chaque côté de la tête, en deux zones : une plus large, antérieure, coupée en deux par l’axe auditif, qui prolonge le conduit idéalement; et l’autre postérieure, plus étroite (voy. fig. 2).

La partie postérieure qui sépare les deux auricules est une zone de silence. Tout le champ en avant des deux pavillons est au contraire la zone auditive; cependant, auprès du plan médian antérieur, on voit qu’il existe sur la figure une petite zone intermédiaire aux sphères d’activité de chaque oreille, où l’audition est moindre. Les deux oreilles ont donc chacune un champ à part à explorer. On comprend que si l’écran facilite l’audition des ondes sonores venues devant nous, il s’oppose forcément au passage des ondes qui viennent en arrière de nous ; c’est là l’origine de la zone silencieuse •postérieure (voy. fig. 2).

Cette zone silencieuse est l’espace où l’affaiblissement de l’ouïe sera d’abord manifeste ; c’est en arrière du sujet qu’il faut interroger la sensibilité acoustique.

Orientation. — L’oreille, comme les autres organes des sens, nous fournit la notion d’extériorité de la sensation :

quand un son nous frappe, nous le rapportons au point de l’horizon vers lequel se trouve dirigé le conduit auditif externe au moment de la sensation maximum.

La série des mouvements que la tête et le corps exécutent pour amener ce rapport direct donne la conscience de la recherche et de la direction du son (Béclard) (1).

Le pavillon est donc un organe d’orientation, comme l’ont écrit, les premiers, Küss et M. Duval.

Supposons un corps sonore tournant autour de nous; la force du son ira en augmentant d’avant en arrière jusqu’au point où il rencontre l’axe auditif; de là, il baisse, et cesse d’être perçu s’il est faible, quand il passe en arrière du pavillon. Pour ne point cesser de l’entendre, il faudra que la tête tourne à sa suite, graduant ses mouvements sur les variations d’intensité du son.

L’expérience suivante rend évidente cette fonction des pavillons.

Un tube de caoutchouc est adapté aux deux conduits auditifs qu’il réunit et clôt hermétiquement; ce tube interauriculaire représente ainsi les deux axes auditifs réunis bout à bout.

Si l’anse du tube passe sous les yèux'du patient, une montre posée en son milieu exactement donne une seule sensation auditive, rapportée par le sujet en avant de lui, puisqu’il voit la montre. S’il ferme les yeux, et que d’un mouvement rapide on porte à son insu l’anse de caoutchouc en arrière, sur sa nuque; à la question «Où est la montre? » il répondra invariablement : en avant, car le son est toujours le même, et il n’y a eu aucun mouvement de recherche, ni variation aucune dans l’intensité du son (2).

Le patient n’a éprouvé aucun des phénomènes subjectifs qui lui donnent conscience d’un déplacement du corps sonore : le tube interauriculaire annule l’action des deux pavillons.

Quant aux mouvements, A. Cooper (3) avait déjà remar-

(1) Béclard, Traité de physiologie.

(2) Gcllé, Expérience du cours, 1876.

- (3) Cooper, page 180.

BLESSURES, PLAIES, DÉCOLLEMENTS. ii

qué combien les mouvements des pavillons, si peu accusés d’ordinaire chez l’homme, se développent par l’effet de l’attention chez les demi-sourds (obs. 525).

Au moyen du pseudophone, cornet acoustique contourné, dont le pavillon mobile peut être porté en avant, en arrière, eu bas ou en haut, le professeur Thompson obtient des illusions d’orientation à volonté, comme Weber les produisait avec ses mains placées en avant du tuyau auditif (1).

Page 1