‹ Précis des maladies de l'oreilleChapitre 56 sur 102 · SEPTIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME PARTIE

DE LA SURDITÉ DANS SES RAPPORTS AVEC LES MALADIES GÉNÉRALES ET LOCALES.

Fréquence de la surdité. — Les sujets qui offrent une portée insuffisante de l’ouïe sont bien plus nombreux qu’on ne le croit généralement.

Le public s’occupe d’une otorrhée, d’un vertige, d’une démangeaison, d’un tintouin, et incidemment de la surdité.

La surdité est une des infirmités qu’on dissimule le plus facilement aux autres et à soi-même, et jusqu’à un degré assez élevé. Si elle nuit au développement intellectuel de l’enfant, aux rapports sociaux de l’adulte, elle n’empêche nullement le sourd de gagner sa vie, comme le fait la cécité ; on la redoute moins ; on la soigne peu.

On peut apprécier sa fréquence sur les garçons de 20 ans, au moyen des tableaux d’exemptions du service militaire qui ne peuvent certainement contenir que les cas les plus accusés et les moins douteux, les extrêmes, par conséquent. Or, dans la vie commune l’abaissement de l’ouïe est d’une fréquence bien plus considérable, mais à des degrés divers.

Le Dr Elv (1) indique les proportions suivantes (à propos du recrutement) des exemptions pour cause de surdimutité : 3,52 pour 1,000; et du fait de surdité et maladie de l’oreille il compte 8,59 pour 1 ,000. Je pense que ce dernier

(1) Ely, art. Service militaire du Dictionnaire des Sciences.

7>72 RAPPORTS DE LA SURDITÉ AVEC LES MALADIES, -chiffre est bien loin de représenter la vraie proportion des sourds à exempter du service militaire actif. D’après les statistiques de Bonnafont, de Triquet, de de Trœltsch, de Schwartze, de Zaufal, de Wilde, d’Urbantschitsch, de A. Politzer, d’Hartmann, de Marc d’Espine, d’Itard, de Kramer, il existerait un peu plus de cas de surdité chez l’homme que chez la femme. Marc d’Espine, sur 159 sourds, a noté : 97 H., 62 F. (1). DeTscharner, de Berne, trouve sur 200 cas : 115 H. ; et 85 F. — Zaufal, en 1880, a vu 698 H. contre 451 F. Dun- -canson, en 1881, compte aussi plus d’hommes que de femmes à sa clinique.

Époque du début. — Wilde, sur 503 cas de surdité acquise, a vu 120 fois le début de la surdité dater des trois premières années ; tous les sourds de vingt ans ont été atteints dans l’enfance d’affections auriculaires méconnues (presque le 1 /o des cas).

Surdité bilatérale. — Dans la grande majorité des cas, les deux oreilles sont atteintes. Marc d’Espine trouve 134 fois sur 159 cas les deux oreilles prises (84 p. 100). J’insiste sur -cette loi pathologique, source d’indications très importantes.

D’après les relevés de Zaufal, l’otite moyenne a donné 776 cas sur 1149 malades : ce qui confirme l’opinion admise d’après de Trœltsch que les affections de l’oreille moyenne -dominent dans l’étiologie de la surdité. Nous avons rappelé fréquemment le fait et le rôle des lésions naso -pharyngées •dans cette dualité des lésions otiques.

Curabilité. — La surdité semble être plus rebelle, plus tenace chez la femme, mais en général sa gravité et sa résistance aux traitements sont surtout en rapport avec l'ancienneté de l'affection, quels que soient l'âge et le sexe du sujet. Nous avons dit combien l’éveil est tardif, et tardive la découverte de la dureté de l’ouïe. La dureté de l’ouïe est reconnue d’autant plus tôt que l’on a affaire à des mères intelligentes ; puis vient l’âge de la formation, et après celui des cours d’études sérieux ; celui enfin de la constitution du moi chez le jeune homme qui se sent privé d’un organe essentiel. Plus tard l’habi-

(1) Marc d’Espine, Archives de méd., 1852, janvier et suiv.

RAPPORTS DE LA SURDITÉ AVEC LES MALADIES. 573 tude émousse la gêne éprouvée d’abord : ce qu’on n’a pas entendu, n’existe pas ; le réveil triste, c’est le refus à une composition dictée, ou le renvoi après erreurs d’écritures graves chez l’homme fait.

Marc d’Espine a remarqué que la surdité mono- auriculaire est rarement curable. La conservation de l’audition d’un côté trompe sur l’état de l’ouïe du côté opposé ; et pendant ce temps la lésion s’aggrave. 11 résulte des faits que cet auteur a pu observer que l’hérédité et la consanguinité ne paraissent pas rendre le pronostic de la surdité plus fâcheux, toutes les autres conditions restant égales d’ailleurs (1 seul insuccès sur 15 cas). Elles la font naître et ne l’aggravent pas.

L’âge du sujet a une influence évidente sur la gravité de la surdité, mais probablement à cause de l’ancienneté de l’affection seulement. Chez la femme, nous l’avons dit, la surdité est influencée, et le plus souvent en mal, par l’évolution des périodes menstruelles, par les affections de l’utérus, par l’époque de la ménopause (1) et par la grossesse. Les formes avec éréthisme, état émotionnel, névrosisme des auteurs, sont très fréquentes, chez la femme, à l’époque de la cessation des menstrues ; et passé cinquante ans, résistent opiniâtrément.

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