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SURDITÉ ET SYPHILIS

l’ouïe : ulcères ou gommes des parois latérales du pharynx, adhérences cicatricielles qui leur succèdent agissant sur les trompes et sur la circulation de l’air (atrésie du canal nasopharyngien, perforation, disparition du voile du palais (Machon). L’oreille elle-même peut être envahie par les productions tertiaires et une otorrhée interminable peut amener sa destruction. Des douleurs névralgiques atroces annoncent seules, chez les femmes surtout, ces manifestations syphilitiques avant qu’on puisse voir la tumeur ou que l’écoulement purulent apparaisse (Swédiaur, Turck, Lasègue, Lancereaux, Hermann Paul, Isambert, Kock, Desprès, Ladreit, Melchior Robert, Mauriac).

Nous avons exposé au chapitre de l’oreille externe les divers aspects et le diagnostic de la syphilis tertiaire ( otorrhée , gommes) de cette région (l).

Surdité par syphilis congénitale, syphilis infantile, syphilis tardive. — D’après Pierce, la syphilis congénitale se manifeste à l’oreille de 11 à 18 ans : l’invasion de la surdité est rapide, en trois semaines à un an, l’individu est sourd. On observe comme signe spécial la carie précoce des dents, et la kératite interstitielle qui précèdent l’évolution de l’aflèction auriculaire. L’audition du diapason par le vertex se perd de bonne heure (de Trœltsch) ; le nez et le pharynx sont aussi pris d’une façon plus sérieuse (forme proliférante ou forme ulcéreuse) ; l’affection est indolore (2). Hulchinson, en 1863, a rapporté 21 cas de surdité chez des sujets atteints de syphilis héréditaire. Cinq de ces cas n’offrirent à l’examen aucune lésion appréciable de l’oreille moyenne, et l’auteur pense que le nerf était lésé.

D’après l’avis unanime, la syphilis aurait une fâcheuse prédilection pour le labyrinthe ; il en serait de même de la syphilis tardive. Le bourdonnement, le vertige, la surdité par lésions très nettes de l’oreille moyenne guérissent par le traitement spécial.

Dalby, dans 12 cas, a observé le tympan sain et les

(1) Voy. Otite externe syphilitique.

(2) Pierce, Congrès mêd. internat. Londres, 1881.

S86 RAPPORTS DE LA SURDITÉ AVEC LES MALADIES, trompes perméables, en même temps que les dents spéciales (typical teeth), la kératite et le faciès syphilitiques. Il note les progrès rapides de l’affection. L’un de ses malades (1) devint totalement sourd en trois semaines; il avait l’ouïe excellente auparavant. La perte de l’audition par la voie crânienne le porte à croire que le nerf est lésé.

Le diagnostic étiologique de l’otorrhée et des troubles de l’ouïe d’origine syphilitique chez l’enfant se tire des considérations suivantes que j’extrais des leçons cliniques du professeur A. Fournier à l’hôpital Saint-Louis en 1883. Le maître signale neuf groupes de signes caractéristiques de la diathèse syphilitique congénitale, infantile ou tardive.

Ce sont, en plus de la syphilis avérée ou manifeste des parents, des fausses couches répétées de la mère et de la mort précoce des enfants de cette famille :

1° Le faciès et l’habitus (étiolement, cachexie, figure de clown ou de vieillard) ;

2° Un développement physique tardif et incomplet ;

3° Les déformations crâniennes (Parrot) et nasales (écrasement;

4° Les lésions osseuses (carie, nécrose, suppuration) ;

5° Les cicatrices de la peau et des muqueuses (cicatrices pigmentaires aux fesses et à l’anus) ;

6e Des vestiges de kératite et d’iritis (taches, ulcères) ;

7° Des lésions et troubles de l’organe de l’ouïe (otorrhée, surdité) ;

8° Des lésions testiculaires (atrophie en noyau de cerise) ;

9° Les malformations dentaires. On peut y ajouter les lésions du foie (ictère, hypertrophie), de la rate (gros ventre), etc.

Quand on trouve un ou plusieurs de ces groupes associés à l’otorrhée infantile, à la surdité, au coryza purulent précoces, on est sur la voie du diagnostic étiologique.

(1) Dalby, Lectures on diseases of the èar , p. 192.

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