SURDITÉ D’ORIGINE RHUMATISMALE, GOUTTEUSE
Article VI. — Cacses diverses.
La surdité s’observe encore dans une foule d’autres cas :
Ainsi dans le cancer de l’amygdale, à la suite des cicatrices des ulcères scrofuleux ou autres qui oblitèrent les trompes, dans les tumeurs pharyngiennes de toutes sortes, qui les compriment.
Dans Yanémie et à la suite de pertes ou d’hémorrhagies quelconques très abondantes, surtout s’il y a eu à la fois ou antécédemment une affection auriculaire.
On peut constater la surdité alliée aux bourdonnements et au vertige dans le cas d’anévrysme de la crosse de l’aorte et des gros vaisseaux du cou, dans les tumeurs solides du corps thyroïde, de la parotide, etc. ; la compression des vaisseaux veineux cause l’œdème et la stase sanguine, et par suite la réplétion de la caisse et l’irritation du nerf labyrinthique, enfin l’immobilisation de l’étrier et la surdité totale.
Article VII. — Surdité d’origine rhumatismale, goutteuse.
S’il est une diathèse ennemie de l’oreille, c’est bien la diathèse rhumatismale. L’otite rhumatismale aiguë ou chronique est une affection des plus fréquentes; et, comme elle succède le plus souvent à la pharyngite ou l’accompagne, elle est bilatérale en beaucoup de cas. J’ai vu souvent le rhumatisme débuter d’emblée par une otite phlegmoneuse, même externe, et les jointures se prendre au bout de quelques jours à la défervescence; mais c’est souvent un seul symptôme subjectif qüi débute : vertige, bourdonnement et quelquefois hallucination de l’ouïe concordante ; puis tout cesse ou disparaît dans l’évolution générale de l’attaque sérieuse de rhumatisme articulaire. A l’opposé des affections rhumatiques des autres organes, cette otite suppure très facilement ; enfin, fréquemment elle est générale, c’est-à-dire que lentement ou en peu de jours l’organe de l’ouïe tout entier se trouve envahi par le processus né du pharynx. L’aspect de la gorge
588 RAPPORTS DE LA SURDITÉ AVEC LES MALADIES, est alors caractéristique, et guide le diagnostic (Lasègue, Cadier).
L’otite est périostique (i) ; elle se complique facilement de fusées purulentes mastoïdiennes, ou parotidiennes, et elle est extrêmement douloureuse dans sa période d’augment. Dans sa forme chronique, on constate la formation d’atrésies du conduit par périostose générale ou disséminée et production de tumeurs obstruant plus ou moins le fond du conduit auditif (2).
Dans l’évolution subaiguë on peut suivre la marche par étapes du processus, d’abord c’est l’envahissement de la trompe, puis de la paroi labyrinthique ; plus tard du tympan ; enfin de la portion osseuse du conduit, surtout en haut et en arrière auprès du cadre tympanal, au niveau de la logette des osselets de l’ouïe. Cependant l’otite peut, à l’inverse, débuter par l’oreille externe. Si les poussées se répètent, l’aspect de la paroi supéro-postérieure du conduit et de la partie sus-apophysaire du tympan est en ce cas caractéristique. Celui du manche du marteau devenu mo'niliforme, les périostites l’avant épaissi, bossué et rougi, l’est aussi. Quand l’inflammation s’est terminée par induration et sclérose générale, les phénomènes fluxionnaires diathésiques récidivant causent le vertige de Ménière, et les tintouins les plus formidables et les plus agaçants.
Chez' beaucoup de rhumatisants, chez quelques goutteux, la surdité et le vertige s’améliorent dès qu’une jointure du pied se prend ' et que l’oreille se dégonfle. C’est chez eux que l’on trouve des tophus au fond du conduit et au pavillon, et des exostoses auriculaires.
i L’otite moyenne goutteuse aiguë a un début brusque, atrocement douloureux; elle évolue avec rapidité; et en deux à trois jours le tympan refoulé apparaît comme un fruit rouge bombé au fond du méat raccourci.
Les troubles subjectifs augmentent au moment de la ménopause. Les fluxions hémorrhoïdaires et la suppression
(1) Voy. ce mot.
(.2) Voy. Otite externe chronique.
OREILLONS. SURDITÉ, TROUBLES DE L’ÉQUILIBRE. 589 des menstrues causent chez les goutteux et les rhumatisants des troubles de l’ouïe intenses et plus ou moins persistants.
La surdité, les bourdonnements d’oreilles et même le vertige s’observent avec les lésions utérines de nature rhumatique, et alternent quelquefois avec elles (granulations, engorgements, hémorrhagies utérines).
Article VIII. — Surdité par les Oreillons. — Troubles de l’équilibre.
Toynbee signale les oreillons comme source fréquente, importante de surdités ; il a vu la surdité unilatérale, durable, et subite, sans lésion appréciable de l’organe, et la déclare nerveuse (I).
A. Buck donne aussi une observation de surdité complète et soudaine unilatérale, au troisième jour de l’apparition des oreillons (2) ; on a vu l’oreillon suppurer et l’abcès se faire jour par le conduit auditif externe ; mais ce n’est pas le cas étudié actuellement. Il s’agit de faits où la surdité est profonde et rapide, et toujours très grave, sinon complète. J. Roosa croit que la surdité est une complication de l’oreillon fréquente. Moos signale un cas où c’est au cinquième jour de l’éruption des oreillons qu’un jeune garçon perdit l’ouïe; aucun symptôme cérébral ne fut observé ; mais à la surdité totale se joignirent des troubles accusés de l’équilibre, vertige et titubation. Moos en conclut à l’origine labyrinthique de l’affection. Toynbee admet qu’il y a hémorrhagie labyrinthique.
En 1881, deux nouveaux faits ont été publiés par Buck; puis un cas de Joannes Seitz (1er oct.). La surdité persistante a été toujours rapide, et les troubles de l’équilibre ont signalé à coup sûr le siège labyrinthique de la lésion ; l’oreille moyenne n’offrait que des troubles insignifiants; aucun traitement n’a jusqu’ici amendé la surdité.
En 1882, Brenner a publié un cas de surdité dans le cours des oreillons (bourdonnement, surdité, vertige, titubation).
(1) Toynbee, loc. cit., p. 371.
(2) A. Buck, Americ. Journal ofotology, july 1881.
L’oreille fut trouvée intacte à l’inspection. Le diapason-vertex n’était entendu qu’à gauche (côté sain); et rien n’y fit. L’affection, semble-t-il, n’est pas en rapport avec la gravité de l’oreillon. Calmettes, Moure (1882, oct.) ont produit chacun une observation de cette grave surdité apparue dans le cours des oreillons, et dans la plupart des faits, celle-ci se produit en même temps que le gonflement parotidien et du côté gonflé. Moure l’a vue débuter quinze jours après, et sur les deux oreilles à la fois. En général le début est subit, et la perte de l’audition de la parole presque immédiate ; la perception crânienne disparaît la première. L’examen de l’oreille moyenne est négatif; et le traitement absolument sans effet. Dans le cas de Buck, il y eut métastase sur le testicule (orchite ourlienne). Dans un cas qui m’est personnel, le même accident eut lieu, et les deux oreilles restèrent extrêmement assourdies, il y eut aussi des vertiges. Quant à la nature de l’affection, Moure l’a discutée dans son observation, et après avoir passé en revue la répercussion, la théorie microbienne (1), l’infection (les oreillons naîtraient d’une infection générale (Léon Colin), la multiplicité des organes frappés en est la meilleure preuve) ; enfin la simple métastase ; il est conduit à poser un point d’interrogation. L’atrophie du nerf optique a succédé aux oreillons (Jalon) (2).
La plupart des auteurs admettent le siège labyrinthique de la lésion auriculaire ; aucune autopsie n’est venue éclairer le débat.
Ici on a éliminé à dessein toutes les otites, otorrhées consécutives à l’oreillon (Thierry de Maugras). Ce sont des faits mieux connus. De quelques faits de ma pratique je puis conclure que fréquemment lès oreillons viennent achever de détruire une ouïe déjà altérée.
Les complications poly-arthritiques, testiculaires, oculaires, etc., et fébriles des oreillons montrent qu’ils naissent
(1) Capitan et Charrin, Microbes dans les oreillons ( Mém . Soc. Biologie, 1881, p. 358, V, 33).— Moure, Revue mens. deLaryng. et d'Otologie, 1883.
(2) Ârchiv. de méd. milit., 1883, p. 109, 1. 1.
SURDITÉ DANS L’ALBUMINURIE ET DANS LE DIABÈTE. 591 sous l’influence d’une cause générale, sorte d’étal infectieux, dans lequel la tendance aux œdèmes, aux hémorrhagies, à l’albuminurie, à la dégénérescence graisseuse, à la formation d’infarctus hémorrhagiques, peut exister. Un état diathésique, l’arthritis, ajoute peut-être son influence pour la détermination morbide locale. Enfin, avec M. Hatey, je pense que la compression de plexus veineux et du ganglion cervical n’est pas sans action sur le développement de cette affection secondaire (1). En somme, cette surdité ourlienne est rare (8 cas connus, dit Moure). Mais MM. Lemoine et Lannois ont publié en 1883 la quatorzième observation (2); comparativement à l’énorme quantité des sujets atteints d’oreillons, c’est peu. Aussi est-on plutôt conduit à chercher une prédisposition individuelle pour expliquer la pathogénie de l’affection.
Le fait suivant éclaire un peu la pathogénie de la surdité :
J’ai observé tout récemment, chez une grande belle fille de dix-huit ans, l’éruption des oreillons, avec des troubles auriculaires manifestes (surdité), mais qui n’ont pas persisté. Au milieu de Tagitation fébrile, du délire intense, qui durèrent la première nuit et le premier jour, précédant l’apparition des deux œdèmes chauds sur les régions parotidiennes, on constata de la façon la plus sûre que la jeune personne était absolument sourde. — Deux jours après, il n’y paraissait plus ; seulement, le pharynx du côté droit surtout était assez injecté, bien qu’indolore ; les oreilles ont paru saines à l’examen de visu; ces allures font penser à celles de la méningite cérébro-spinale.
Article IX. — Surdité dans l’albuminurie et dans le diabète.
La glycosurie peut se compliquer de surdité, mais les altérations morbides qui l’amènent sont multiples. — La suppuration de l’oreille est assez fréquemment observée dans le diabète sucré, et l’on peut remarquer combien la guérison de
(1) Dans un cas de squirre atrophique de la parotide, où les jugulaires étaient englobées, il y eut de la surdilé croissant avec la compression causée par la tumeur (Michaux, Arch. gén. de méd., juill. 1884).
(2) Lemoine et Lannois, Union médicale , 1883, et Revue de Méd., septembre 1883.
592 RAPPORTS DE LA SURDITÉ AVEC LES MALADIES, l’olorrhée est dans ce cas longue à obtenir. La marche de l’otite diabétique aiguë est tout à fait analogue à celle de l’otite suraiguë goutteuse : fluxion spontanée extrêmement rapide, saillie énorme et rouge du tympan. Dès le deuxième jour, douleurs violentes de ce côté ; puis suppuration abondante de liquide lactescent ; enfin répétition plus ou moins tardive du même processus à l’autre oreille, si le premier n’a pas abouti à la suppuration. L’oreille en effet ne suppure pas fatalement, et la résolution de cette congestion formidable peut avoir lieu. Les autopsies ont montré toutes les lésions connues de l’otite générale suraiguë (M. Raynaud, Gurovitsch).
La surdité se développe quelquefois sournoisement à la suite de la pharyngite chronique sèche, d’aspect vernissé que Joal a vu coïncider avec la glycosurie ou après une bronchiopneumonie grave.
La surdité a été signalée dans l’albuminurie (Schwartze), et les lésions que G. Dieulafoy a constatées dans les cinq cas sur lesquels il base sa communication à la Société de biologie et celles que les autres observateurs indiquent, sont très diverses de forme, de siège, de gravité, de même que les troubles auditifs observés. Elles siègent quelquefois isolément dans l’oreille moyenne, tantôt dans l’interne. J’ai pu étudier avec le Dr Archambault une albuminurique chez laquelle la surdité la plus complète bilatérale arriva subitement, ou tout au moins en quelques heures, dans la Convalescence d’une bronchio-pneumonie des plus graves.
Ce fut cette soudaineté de l’accident qui mit sur la trace de l’albuminurie, d’ailleurs à ce moment encore fort légère, mais qui enleva la malade un an après, sans que l’on ait pu constater aucune lésion de l’organe auditif pendant la vie, ni améliorer en quoi que ce soit l’audition . J’ai touj ours pensé qu’en ce cas la lésion était bulbaire. M. J. -N. Doumergue a noté la variabilité et l’intermittence de la surdité (1). Dieulafoy a constaté la fréquence des troubles de l’ouïe et leur précocité ; il a vu aussi la surdité liée à l’albuminurie apparaître avant l’œdème.
(1) Doumergue, Thèse, 1880.