C. — Syphilis
Elle se montre sur le pavillon sous la forme d’une tumeur sèche, verruaueuse (Fournier) et parfois ulcéreuse (impétigo
AFFECTIONS CUTANEES.
rodens) ; c’est aussi la forme du cancroïde au début. L’érythème simple général et bilatéral est quelquefois syphilitique.
D. — Érythème.
Au pavillon auriculaire, il est des plus fréquents, soit aigu, soit chronique. On le rencontre sur les jeunes sujets, lymphatiques, strumeux, en hiver et sous l’influence du froid humide. Très généralement il se localise sur l’hélix et s’accompagne d’un engorgement plus ou moins prononcé; quelquefois celui-ci est tel qu’il en résulte une difformité parfois excessive : l’organe prend l’aspect d'une tomate, les plis et les creux ayant disparu.
E. — Plilyctènes.
A ce degré d’intensité, apparaissent des phlyctènes qui se rompent et laissent le derme dénudé. L’ulcération consécutive, couverte de pus sanieux, est grisâtre, a bords plus ou moins décollés ; au fond le cartilage dénudé est ou non sphacélé (Duplay). Ces formes ulcéreuses sont particulièrement rebelles ; elles sont sujettes à des poussées qui leè entretiennent et les accroissent; elles résistent quelquefois jusqu’à la puberté. Chez les vieillards, on observe parfois des lésions du pavillon aussi graves (Gillette).
Chez les enfants, à la période de l’éruption des dents, des molaires, j’ai fréquemment eu l’occasion de constater des érythèmes aigus, chauds et douloureux, qui empêchent le décubitus latéral et causent l’insomnie.
Chez les alcooliques, les aliénés, chez certains scrofuleux, et sous l’influence du décubitus prolongé, on voit aussi se produire l’érythème du pavillon, érythème rouge, violacé, accompagné d’un engorgement plus ou moins indolent de l’hélix et du lobule.
Dans les anévrysmes des gros vaisseaux du cou, dans les affections asphyxiques, dans le choléra, le stade de refroidissement de l’accès de fièvre, les pavillons bleuissent, noircissent même et s’engorgent.
F. — Engelure.
Elles sont fréquentes chez les jeunes enfants et chez les scrofuleux ; dans l’armée également, l’hiver. Elles peuvent se couvrir de phlyctènes, puis s’ulcérer, se gangréner (Triquet, Larrey).
G. — Impétigo, eczéma.
Chez les petits enfants, à l’époque du sevrage, et dans les crises dentaires, sous l’influence héréditaire (herpétisme, arthritisme des parents, émotions de la nourrice, insuffisance de l’allaitement, etc.), on voit se développer sur le pavillon, en même temps que sur la face et le cuir chevelu, des croûtes d’impétigo sec ou suintant, des écoulements avec érythème plus ou moins prurigineux. La rainure auriculo-temporale surtout est le siège de suintements abondants, odorants; là, le derme se fendille, se creuse, et la conque semble se détacher des parties sous-jacentes ; le cartilage peut être mis à nu.
La forme humide, suintante, exige surtout des soins de propreté qui diminuent les démangeaisons, enlèvent l’odeur repoussante; on doit toujours redouter l’extension au conduit auditif, et les engorgements et les abcès des ganglions péri-auriculaires (mastoïdes, prétragiens).
Quelquefois, c’est un véritable flux sécrétoire qu’il faut respecter, discipliner, et souvent faciliter, exagérer même dans ses évolutions pour hâter la fin (diathèses, dyscrasies, sevrage, dentition). Rien ne presse en effet, si l’oreille profonde n’est pas menacée; le traitement consiste en cataplasmes de fécule de riz; en lavages détersifs, irrigations répétées de solutions douces et légèrement astringentes. On appliquera du taffetas ciré, ou des lames de caoutchouc sur le pavillon, pour provoquer le suintement et faire cesser l’irritation et le prurit.
Plus tard, les lotions avec les eaux sulfureuses, les solutions phéniquées, sont indiquées. Un traitement général concomitant sera institué : l’enfant sera nourri au sein exclusivement ; et, si le lait se tarit ou devient séreux, on changera de nourrice; ou l’on soumettra la mère à un
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régime spécial, si elle entend continuer l’allaitement (Bussang, la Bauche, etc.); si le sevrage est fait, le lait sera donné seul et autant que possible le sevrage aura lieu à la campagne.
Si l’enfant est déjà grand, quelques purgatifs légers seront ordonnés, ainsi que l’usage du sirop de fer, d’iodure de fer, du vin de quinquina, de l’arséniate de soude, des sulfureux et des antiscorbutiques.
On évitera par ces soins les lésions graves, ulcérations, gangrènes, abcès ganglionnaires et l’épuisement du sujet par l’insomnie et par l’abondance des sécrétions putrides. On sera également certain, en conduisant ainsi le traitement, d’éviter la suppression brusque des manifestations et leur transfert sur un autre organe (catarrhe suffocant, choléra infantile).
Si ces fluxions diathésiques sur le pavillon se répètent, celui-ci se déforme ; il reste engorgé, coloré, hypertrophié par place ou en totalité. En même temps les ganglions péri- auriculaires, sous-auriculaires, sus-mastoïdiens, antitragiens, parotidiens et sous-sterno-mastoïdiens même finissent par en subir l’influence. Ils s’engorgent, abcèdent et forment avec leurs chapelets et leurs cicatrices cet aspect caractéristique de la scrofule connu sous le nom d’écrouelles.
Je ne ferai que mentionner ici le lupus du pavillon (traitement du Dr Yidal), et le tubercule cutané de la lèpre (Cornil).
Je n’ai point observé l’ulcération tuberculeuse, mais j’ai vu l’ulcération diphthéritique (diphthérite cutanée).
H. — Herpès, eczéma.
L’eczéma est aigu ou chronique ; isolé ou associé à d’autres éruptions de même nature sur le crâne, la face, ou même dans le conduit auditif. Il passe d’un côté à l’autre rapidement ou à intervalle très long. Sa marche est lente, tenace, envahissante, progressive. Il est humide ou sec, suintant ou squameux; douloureux, névralgique (herpétisme) ou indolore syphilitique). On le voit, c’est le tableau connu de l’eczéma en général.
On l’observe surtout dans l’enfance, à l’époque du sevrage;, lors de la menstruation, et souvent à la période de la ménopause.
Il est diathésique ; l’arthritique plus douloureux, plus aigu, plus violent, fébrile même ; l’autre, accompagné ou suivi de névralgies, de suintement d’un liquide clair, chaud, brûlant, ou avec prurit intense, engorgement, plus tard des furfures. Souvent cette affection aboutit à une éruption saisonnière de clous, de furoncles, soit auriculaires soit périauriculaires.
Le lobule raidi, tendu, gonflé, offre quelquefois des gerçures ; le décubitus est douloureux, cause de fièvre et d’insomnie chez les jeunes sujets.
Traitement. — C’est en ce cas que de Trœltsch préconise l’emploi d’un coussin troué au centre ; on aura intérêt à combler par de l’ouate l’angle auriculo-temporal (o uate trempée de Uniment oléo-calcaire opiacé). De Trœltsch a conseillé les affusions froides : des affusions et irrigations d’eau chaude ou tiède, soit au moyen du siphon de Weber, soit avec l’irrigateur Eguisier, sont des plus calmantes et résolutives. Les liquides employés seront calmants, émollients, puis légèrement astringents, suivant l’état d’irritation des parties.
Quelquefois on se trouve bien de douches de vapeurs locales, simples ou phéniquées ou créosotées (eau phéniquée au 100e).
On n’oubliera pas de calmer le prurit, la douleur, le feu, en dégorgeant les parties au moyen de l’application de taffetas ciré ou de lames de caoutchouc; on en obtient des résultats résolutifs et calmants excellents. C’est quelquefois le seul topique applicable ; il provoque - l’excrétion des humeurs et il amène la détente locale en précipitant la crise sécrétoire terminale.
Comme topiques, les glycérolés au sous-nitrate de bismuth, le liniment oléo-calcaire, la décoction de feuilles de noyer, l’eau de goudron, les solutions de sulfate de zinc, ou phéniquées (t : 100; 1 : 50); d’acide borique au 1000e, etc. Les eaux alcaünes ou sulfureuses, naturelles ou artificielles.
Dans le cas de flux interminables, je recommande les lavages avec l’eau additionnée de nitrate d’argent (1 : 1000). Enfin, pour sécher et adoucir la peau au moment de la desquamation, les poudres de riz, d’amidon, simples ou bismuthées, sont de grande utilité.
Dans l’érysipèle, Hinton s’est bien trouvé d’un badigeonnage du pavillon avec une solution de nitrate d’argent (30 centigrammes, pour eau : 100 grammes) (1).