‹ Précis des maladies de l'oreilleChapitre 8 sur 102 · I. — Gangrène · texte numérisé non relu

I. — Gangrène

Elle vient quelquefois compliquer les brûlures graves, les érysipèles, ou les scrofulides ulcérées ; elle succède à la congélation. On attendra la chute des eschares, et, suivant la pratique de Nélaton, on rapprochera les bords de la plaie, et on les maintiendra par quelques points de suture. A. la suite des plaies compliquées, il faut surveiller la cicatrisation et empêcher la formation de brides cicatricielles, et l’oblitération du conduit (cautérisation des fongosités ; tube de gomme ou morceau de laminaria placé à demeure dans le méat auditif). Les pansements au coaltar sont particulière-, ment désinfectants.

Article IV. — Tomeors du pavillon.

Nous avons déjà parlé des œdèmes persistants, des hypertrophies limitées, consécutives à l’eczéma chronique et aux scrofulides récidivantes .

La principale est f hypertrophie du lobule que l’on rencontre tantôt simple, tantôt associée à des poussées éruptives récentes. J’ai dans ma collection des dessins où le lobule atteint ainsi 10 à 20 fois ses dimensions normales; lobulé, sillonné, il est méconnaissable : les commémoratifs seuls peuvent aider au diagnostic.

(1) Voy. Traitement de l’ért/sipèle, dans les traités de pathologie, notamment : Laveran et Teissier, Nouveaux éléments de patolhogie et de clinique médicales. 2e édition. Paris, 1883.

Les tumeurs qu’on observe sur le pavillon sont : les tumeurs sanguines, crétacées, fibreuses, vasculaires, sébacées, les néoplasmes, le cancroïde, et le cancer encéphaloïde, enfin lé lymphadénome dont le Dr Témoina observé un cas.

A. — Tumeurs sanguines; hématome de Poreille ; othématome.

Centre trophique de l’oreille.

L’othématome ne peut en rien nuire à l’audition ; aussi est-ce plutôt par sa pathogénie instructive et encore discutable que cette affection intéresse le médecin auriste; nous donnons ici un résumé aussi complet que possible de la question.

La palhogénie de l’hématome du pavillon de l’oreille jette un jour très vif sur une question importante à tous égards, dans ce travail d’otologie, sur la nutrition de l’oreille, sur la connaissance des centres trophiques des diverses parties de l’organe du sens de l’ouïe.

Sous l’influence de causes traumatiques répétées, ou même sans cause reconnue, un décollement se produit entre le cartilage du pavillon et la peau si adhérente qui le revêt ; du sang s’épanche, et voilà l’hématome constitué. Il siège à la face externe du pavillon, plutôt au niveau de la fosse naviculaire. On l’observe sur les lutteurs, les boxeurs, et surtout on l’a étudié sur les aliénés. Jarjavay, Schwartze etWendt l’ont observé sur des gens sains d’esprit.

On peut étudier ce sujet dans les travaux de A. Foville (1859), de Kuhn (t), de Claverie (1870), enfin de Gudden et Wilde (1864). Chose curieuse, Gudden a constaté sur les statues antiques d’Hercule, de Pollux et Castor, d’Hermés, etc., l’oreille ratatinée, recroquevillée, qu’on observe encore aujourd’hui sur nos lutteurs; le caractère n’a pas été oublié des artistes grecs.

Comment la peau si adhérente au périchondre se décollet-elle, et comment ces épanchements abondants et durables se constituent-ils spontanément?

(1) Kuhn, Thèse, 1864.

Aux faits cliniques et aux relations anatomo-pathologiques on doit ajouter l’apport important de l’expérimentation pour résoudre cette question.

Exposé des opinions sur la pathogénie. — Virchow et Mayer ont constaté histologiquement une altération très nette de la nutrition de l’organe (dégénérescence enchondromateuse, hyperplasie et engorgement chronique) qui expliquerait suffisamment l’hémorrhagie et le reste.

Brown-Séquard (1879) admet que ces troubles trophiques évidents sont sous l’influence de l’altération primordiale des centres nerveux. L’expérimentation sur les lapins lui a montré en effet que des hémorrhagies de la peau du pavillon se produisent à la suite de blessures des corps restiformes, ou de lésions de la moelle cervico-dorsale.

Déjà Schiff (1855), en Allemagne, avait annoncé (1) avoir produit des lésions de circulation sur le pavillon d’animaux auxquels il avait fait l’hémi-section du bulbe.

A. Foville a publié en 1877 (2) l’examen histologique d’un hématome chez un aliéné ; il a constaté le ramollissement considérable du cartilage, la dégénérescence embryonnaire des capillaires sanguins; la rupture des vaisseaux au niveau de l’épanchement ; toutes altérations qui confirment les idées émises par Brown-Séquard.

On connaît la belle expérience de Cl. Bernard sur la section des filets cervicaux du grand sympathique; on sait qu’à la suite de ce traumatisme, l’oreille s’injecte, s’échauffe en même temps que toute la moitié de la face ; c’est aujourd’hui une expérience répétée dans tous les cours de physiologie.

11 en résulte que certains départements du système nerveux étant lésés, il se produit aussitôt des troubles vasculaires, et de nutrition et de calorification dans le pavillon de l’oreille (troubles réflexes, lésions trophiques).

Dernièrement, au laboratoire de physiologie, MM. Mathias Duval et V. Laborde ont repris cette étude; et c’est au cours de leurs recherches que j’ai constaté les faits les plus impor-

(1) Schiff, Gaz. de Paris, 1859.

(2) Foville, Union médicale de la Seine-Inférieure , 1877.

lants au point de vue de l’action trophique spéciale, jouée par certains centres d’émergence et par certains nerfs, action négligée ou mal connue jusqu’ici.

J’ai communiqué à la Société de Biologie (1877-78) les résultats de mes recherches parallèles à celles des deux physiologistes que je viens de nommer.

MM. Duval et Laborde sectionnent la partie la plus inférieure du plancher du quatrième ventricule chez un chien adulte, ou chez un lapin bien portant, et constatent l’apparition de tous les troubles circulatoires et de température, déjà observés par Claude Bernard, après la section du grand sympathique cervical.

La dilatation des vaisseaux est manifeste sur les lapins choisis blancs à dessein. Mais le phénomène n’est pas seulement extérieur, et si l’on ouvre avec soin la bulle (oreille moyenne) de ce lapin, on trouve que la muqueuse tympanique est gorgée de sang rouge, qu’elle est écarlate, et semée de plaques ecchymotiques ; et la cavité contient de la sérosité sanguinolente; la bulle opposée est nette, pâle et vide. On le voit, les troubles de la circulation ont eu lieu, aussi bien en dedans qu’en dehors, dans l’oreille moyenne, autant qu’au pavillon de l’animal (1). Mais il y a plus encore : j’ai pu constater que les cavités labyrinthiques contenaient des lésions analogues; et que des caillots remplissaient les rampes du limaçon après les sections du trijumeau (racines inférieures) par MM. Duval et Laborde. C’est dans toute son étendue, que l’appareil de l’ouïe est frappé dans sa circulation, dans sa nutrition, et cela rapidement, et pour ainsi dire instantanément.

Cependant tous les animaux ainsi opérés ne meurent pas immédiatement, et j’ai pu voir ce qu’il advient alors de ces hémorrhagies intra-auriculaires d’origine nerveuse. M. le Dr Péton (2) a publié la description complète et l’observation d’un fait de cet ordre, avec autopsie par moi.

Un lapin opéré par M. Laborde sur le point d’origine du

(1) Soc. biologie , 1878.

(2) Péton, De l'ergot de seigle, élude physiologique, Thèse de Paris, 1S78.

trijumeau déjà indiqué (1) a survécu six semaines. H meurt après avoir présenté les mouvements de manège, de rotation sur l’axe et en roue les plus caractéristiques. Je trouve du côté de la piqûre du bulbe: la bulle pleine de muco-pus; le facial ramolli; le tympan perforé; l’étrier se luxe facilement dans le vestibule ; celui-ci offre un contenu coagulé, pâle, opaque, qui moule les cavités; du côté du limaçon les rampes sont pleines de pus ; il en est de même des canaux semicirculaires.

Voilà qui est démonstratif; les convulsions si remarquables qui ont précédé la mort sont expliquées. De plus on voit que la suppuration de l’oreille moyenne et interne a succédé aux lésions hémorrhagiques que l’on trouve formées, dès les premières heures, chez les animaux opérés qui succombent plus tôt.

En résumé, l’oreille en totalité subit l’action trophique évidente du trijumeau, du bulbe et du grand sympathique cervical. On conclut donc, d’après ces observations, que l’hématome peut être sans doute produit par les lésions des centres nerveux et que l’état des aliénés et des déments y prédispose plus encore que les frottements et les contusions des lutteurs. L’action trophique a plus de gravité que l’action traumatique.

Traitement. — Le traitement de l’hématome du pavillon consiste dans l’emploi des résolutifs au début, si l’accident a une marche légèrement aiguë ; plus tard, on conseille le séton, soit l’incision simple ; Duplay préfère le séton à l’incision.

Conclusions :

1° L’hématome n’est pas une affection exclusive des aliénés ;

2° 11 peut résulter d’un traumatisme, mais dans la grande majorité des cas il résulte d’une dégénération inflammatoire ou de l’hypertrophie du cartilage ;

3° Les altérations anatomiques sont la cause prédisposante, et chaque congestion auriculaire devient cause occasionnelle;

4° L’extravasation du sang a lieu entre le périchondre et le

(1) Voir Math. Duval, article Nerveux (système), in Dict. de médecine et de chirurgie pratiques . Paris, 1877. Tome XXIII.

fibro-cartilage, quelquefois dans la substance de celui-ci ;

5° Chez les aliénés, l’othématome n’est pas un signe de cachexie ni d’incurabilité ;

6° C’est une affection bénigne, dont le plus grand inconvénient est la difformité du pavillon ;

7° 11 a une certaine valeur médico-légale ;

8° Cette affection peut guérir spontanément, mais si elle persiste, on incise le sac et on obtient la guérison (Rookwel).

B. — Tumeurs crétacées (tophus).

Les petites tumeurs mentionnées par Garrod et Charcot (I), et depuis, souvent décrites chez les goutteux, sont de petites éminences arrondies ou acuminées, dures, sèches et quelquefois entourées d’une auréole vasculaire (au moment d’une poussée goutteuse et alors sensibles au toucher). Elles sont constituées par un dépôt d’urate de chaux concret, le plus souvent persistant et indolore, et quelquefois caduc.

C’est un des caractères séméiologiques utiles de la diathèse goutteuse. Ce dépôt siège dans les couches superficielles de l’épiderme, à la face externe du pavillon, tantôt sur l’hélix, mais surtout au niveau de la fosse naviçulaire. Ces tumeurs coïncident souvent avec les productions crétacées du cadre tympanal et les plaques crétacées du tympan et du manche du marteau.

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