‹ Précis des maladies de l'oreilleChapitre 72 sur 102 · HUITIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

HUITIÈME PARTIE

Cornets acoustiques, tubes acoustiques, audiphones, etc.; leur valeur, leurs indications. — Principes scientifiques de la prothèse auriculaire .

Un individu est sourd, c’est-à-dire que ses deux oreilles sont sourdes au point de rendre impossible l’échange des idées par la parole, et que la thérapeutique reste impuissante.

C’est le moment d’utiliser les moyens empiriques reconnus susceptibles d’accroître l’audition de la parole. D’instinct, en face du sourd on se met à parler fort, on crie : un son, un cri, un éclat de voix, ne sont pas le langage articulé qui, seul, permet à l’homme de communiquer avec ses semblables ; en bien des cas il suffit de parler très fort au début de la phrase ; une fois l’attention du sourd éveillée, il peut suivre une voix moins élevée de ton et saisir l’articulation sans trop d’effort.

Il ne s’agit pas, comme on le pense, de renforcer un son, de fournir au sourd un son plus intense, il ne suffit plus même d’apporter le son auprès de l’oreille, et de lui faire toucher, pour ainsi dire, le pavillon auriculaire, comme on le fait au moyen du téléphone qui supprime la distance et peut être utile encore pour l’audition des sons non articulés.

La parole est un bruit complexe, l’articulation s’obtient par l’association de bruits éclatants (voyelles) et de sons faibles (consonnes, presque des silences), mais modifiés à chaque instant par l’accent, les repos, les arrêts, les silences,

PRINCIPES DE PROTHÈSE AURICULAIRE. 611 les interrogations, et une foule de modes d’expressions, depuis l’interjection jusqu’à la voix murmurée, toutes sonores, et qui exigent de l’organe auditif une complète élasticité, une grande souplesse, une grande vivacité de mouvements et une réceptivité entière de la membrane tympanique, de la chaîne et des fenêtres ovales et rondes, conditions indispensables delà conductibilité pour des sons si nombreux et si divers.

Or, on sait combien la maladie modifie et altère ces conditions physiques de l’instrument acoustique constitué par l’oreille.

L’oreille malade est difficile à impressionner, lente à entrer en vibrations, souvent elle conduit à faux les ondulations sonores ; mais une fois mis en jeu, l’appareil conducteur ébranlé par la secousse d’un cri puissant, d’une violente onde sonore, conserve trop longtemps le mouvement acquis, et s’accommode difficilement au son nouveau venu; souvent il ne peut plus le ressentir et le transmettre ; de là des sons qui s’accumulent, se heurtent, ou tout au contraire des lacunes dans l’audition, les sons éclatants masquant les plus sourds.

Ces lacunes, on le pense bien, se produisent d’abord pour les consonnes (sons bas et silencieux), et dès lors l’articulation n’est plus perçue ; la parole n’est plus qu’une succession cacophonique de sons voyelles heurtés et incompréhensibles. La sensation auditive doit être une impression vive et vivement éteinte à l’état normal. Helmholtz donne, comme limitede l’audition distincte, celle de dix notes par seconde, encore pour les sons graves la confusion est-elle déjà sensible. Ne sait-on pas aussi que les bruits trop éclatants qui se succèdent deviennent vite indistincts. Il faut à une oreille saine un dixième de seconde pour l’écoulement en dehors de l’onde sonore.

Or, nous savons par l’étude des lésions et des affections auriculaires, combien cette circulation du son est pénible dans l’organe malade. Le son entre difficilement et sort difficilement ; c’est en effet le même organe qui sert aux deux courants d’entrée et de sortie.

Si la mobilité et l’élasticité des pièces de l’appareil transmetteur ont disparu, il n’y a plus d’instrument, il n’y a plus d’adaptation : que pourront faire un éclat de voix, un forte qui

pénètrent enfin dans l’oreille? sinon d’assourdir davantagf par leur retentissement en cavité close.

Page 1