‹ Précis des maladies de l'oreilleChapitre 79 sur 102 · ET DE SA. RESPONSABILITÉ · texte numérisé non relu

ET DE SA. RESPONSABILITÉ

Il faut faire justice des idées fausses qui ont cours à propos de l’état physique, moral et intellectuel des sourds-muets. Sous le rapport de la santé ils n’ont rien à désirer. On a prétendu que l’absence de mouvements du thorax amenait une hématose incomplète, et que cela les prédisposait aux affections consomptives. Urbantschitsch dit que la poitrine dessourds-muets est moins développée ; qu’elle s’aplatit ; et qu’ils sont prédisposés à la tuberculose. Ge n’est pas l’avis d’Hoffmann. Au reste, le triomphe de la méthode orale pure éloigne aujourd’hui toute crainte et tout danger de ce côté.

Il en est de même de la voix du sourd-muet qui est rauque, désagréable, dure, inégale, sans accent, criarde, et tout à fait caractéristique chez les vieux sourds ; l’éducation la peut modifier.

L’enfant atteint de surdi-mutité est plus difficile à conduire; il exige des soins spéciaux, une patience et un dévouement de tous les instants. Gâtés, difficiles à commander, ils sont colères, parce qu’on ne les comprend pas vite; ils sont peu dociles, parce que les leçons, les conseils sont presque impossibles à donner. Ils sont mobiles, remuants, tapageurs ; de Trœltsch les compare à l’écureuil pour leur extrême mobilité.

En général, dès que les moyens de compréhension se multiplient par l’étude, le caractère de l’enfant devient plus souple et plus maniable.

(1) Pour la simulation de la surdi-mutité, Voy . Simulation ou l’article Surdité au point de vue du service militaire, p. 596.

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Au point de vue de l’intelligence, de l’aveu de tous, ils la possèdent aussi développée que les entendants.

Par l’éducation, on la développe, et sous le rapport de l’intelligence et de la moralité, les sourds-muets ne sont pas au-dessous des autres hommes.

Les sourds-muets ont en effet fourni de tous temps des hommes habiles, remarquables, sinon supérieurs; d’excellents comptables, des peintres et des sculpteurs distingués, etc. Aujourd’hui l’instruction par la parole les place au même niveau que les autres hommes.

A. Tardieu (1) déclare que l’expert pourra admettre l’irresponsabilité du sourd-muet complètement privé d’éducation et de culture. Ladreit de Lacharrière paraît tendre à accorder l’irresponsabilité au sourd-muet de naissance. De toutes façons il y a toujours une voie ouverte pour la clémence et pour la charité, en présence d’une infirmité, quelle que soit la faute. Contrairement à l’opinion de Bonnafont, Ladreit veut qu’on accorde au sourd-muet : l’égalité morale, la capacité légale, et la responsabilité entière. L’enseignement par la méthode orale rendra l’égalité plus facile et plus vraie.

Le meilleur argument fourni par le ministre de l’intérieur, dans son discours de distribution (1882), pour affirmer la nécessité (fort contestable) de continuer de rattacher l’instruction des sourds-muets à son ministère, étaitprécisément tiré du besoin évident de protection pour le sourd-muet. Il ne peut en être privé à sa sortie de l’institution, soit pour l’apprentissage, soit pour trouver des places ou des emplois. Aussi Hugentobler, au Congrès de Milan, a-t-il parlé de la nécessité du patronage du sourd-muet à sa sortie de l’école. L’apprentissage des métiers existe déjà à Paris, au Puy et à Saint-Étienne.

Peut- être y aurait-il grand avantage à créer des asiles spéciaux pour l’apprentissage : c’est l’opinion émise par Hugentobler, de Lyon.

(1) Tardieu, Etude médico-légale sur la folie. 2e édition, Paris, 1880, p. 132.

TRAITEMENT MÉDICAL ET PÉDAGOGIQUE

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