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CHAPITRE IV

TRAITEMENT MÉDICAL ET PÉDAGOGIQUE

Article Ier. — Traitement de la scrdité chez l’enfant en bas âge. — Prophylaxie de la surdi-mutité.

Tout enfant dont l’ouïe se trouve altérée, diminuée ou gravement compromise, avant l’âge de huit ans, est menacé de perdre la parole, ou de ne pouvoir l’apprendre, s’il est tout à fait jeune.

Guérir un enfant sourd, c’est donc lui éviter la surdi-mutité.

Le traitement médical ne doit point être négligé, aujourd’hui qu’il est démontré que, dans la majorité des cas, la surdi-mutité est acquise. Mais ce. n’est pas tardivement, quand l’affection est invétérée et l’organe auditif détruit par les processus morbides, qu’il faut agir. Ce sont des affections précoces et violentes et bi-latérales des oreilles qui causent l’infirmité finale : la surdi-mutité s’acquiert.

Dans le premier âge, c’est dans les grandes fièvres, dans la scarlatine, la rougeole, les inflammations catarrhales, la pneumonie, les coryzas, et les angines qu’il faudra penser à l’oreille et la surveiller.

Le traitement n’aboutirait-il qu’à faire passer le sourd d’une des catégories les plus basses d’Itard dans une classe plus élevée, que cela n’est point inutile au patient, surtout s’il a conservé encore une bonne partie du langage.

Guerder (i) dit que le critérium, en ce cas, consistera en ce que l’enfant aura reconquis le pouvoir d’entendre avec assez de netteté sa propre voix pour distinguer les sons articulés.

Ne voyons-nous pas, à nos cliniques, des enfants, dontla faculté du langage s’éteint peu à peu, reconquérir sous l’influence d’un traitement approprié une bonne partie du terrain perdu, et n’est-ce pas déjà rendre un excellent service que

(1) Guerder, Manuel pratique des maladies de l’oreille, Paris, 1883, p. 101.

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d’arrêter les progrès de la surdité, à supposer que les soins n’aboutissent qu’à cela?

Sous forme de conclusion pratique, nous dirons que le traitement médical est dans l’enfance la meilleure prophylaxie de la surdi-mutité.

Toutes les fois que, à cet âge, les progrès de la surdité et la perte du langage s’accentuent, il faut nécessairement et par prudence joindre au traitement médical le traitement pédagogique ; mais c’est une erreur de croire que l’on puisse utiliser le peu d’audition qui persiste pour l’éducation de la parole par la parole ; les procédés de la méthode orale sont tout autres.

Le premier qui fit une machine parlante démontra sans réplique que le mécanisme de l’articulation des sons est indépendant de l’ouïe, et n’est pas identifié avec ce sens.

C’est l’étude de ce mécanisme qui conduit à la connaissance de l’articulation sur laquelle est basée l’enseignement par la méthode orale.

Article II. — Traitement pédagogique.

« L’aptitude des sourds-muets à recevoir l’instruction et l’éducation, non pas aussi facilement, mais au même degré, et dans les mêmes conditions psychologiques que les entendants, n’est plus heureusement un fait à démontrer.

« L’épanouissement complet de leurs facultés intellectuelles et morales dépend de la solution d’un problème unique, d’une importance capitale, il est vrai, solution qui a paru longtemps inaccessible, mais dont le secret a été enfin livré aux efforts de l’intelligence humaine soutenue par la charité.

« Cette condition primordiale à réaliser est évidemment la découverte et l’emploi d’un procédé qui établisse entre le maître et l’élève la communication de la pensée, qui prenne, dans leurs relations réciproques, le rôle dévolu à la parole articulée et entendue entre les hommes dans tous leurs sens (1). »

(1) Claveau, De l’enseignement de la parole dans les institutions de sourds-muets, Paris, 1880, p. 5.

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Tout aussitôt, en effet, qu’il existe un mode commun d’expression entre le maître et le sourd-muet, l’éducation commence et se développe, et s’élève des faits matériels et des idées les plus simples aux notions les plus hautes et les plus abstraites, grâce ali besoin de savoir de plus en plus éveillé.

Les procédés fondamentaux employés aujourd’hui pour l’échange des idées entre le sourd-muet et son professeur, entre les muets et les parlants, sont, on le sait, au nombre de trois : les signes, la langue écrite, la parole : d'un côté, manifestée aux yeux du sourd par la mimique des lèvres dans l’articulation des sons, de l’autre,- reproduite par le sourd devenu parlant.

1° Des signes. — Claveau définit les signes : « Une série de mouvements, d’attitudes, d’expressions de physionomie se décomposant en groupes dont chacun représente une idée, indépendamment de toute expression phonétique donnée à cette idée dans la langue parlée. »

Voici les principaux : Les signes instinctifs, manifestations spontanées, involontaires souvent, de divers états physiques ou moraux : la peur, la colère, la méditation, le sommeil, etc. ; et aussi les signes d’affirmation et de négation, etc.

Les signes imitatifs reproduisent les formes, les mouvements, les poses, les tics, etc. Il y a les signes par définition; un avare se mime : « le geste de compter ses écus », suivi du geste « non ! » etc. — D’autres sont basés sur Y allusion, sur l 'analogie, et c’est ainsi qu’un fait matériel, ou un objet, pris comme terme de comparaison, évoquent une idée d’ordre abstrait, une pendule indique Vidée du temps; un mouvement ■d’écartement des mains indique Y espace et Y étendue, etc.; l’enlacement des mains signifie amitié. — Enfin, certains signes sont de convention et arbitraires ; à cette catégorie répondent les signes méthodiques, enseignés (abbé de l’Épée).

Il est inutile d’insister davantage sur ces moyens de relation dont la valeur est aujourd’hui jugée. En effet, dans le langage par signes ou langage mimique, l’ordre de succession des signes d’idée est le plus souvent très différent de l’arrangement des mots dans la phrase telle qu’elle s’écrit

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dans la plupart des langues européennes. Ainsi cette pensée :

« Cet homme n'aime pas les enfants » sera mimée ainsi par le sourd-muet :

Enfants — homme — ce — aimer — non.

La phrase mimée et la phrase écrite n’ont plus aucune analogie. Le désaccord est absolu entre la mimique et le langage ordinaire. C’est cette opposition que le Congrès de Tours déclare nuisible à l’éducation de la parole, laquelle n’a pas de tournures spéciales, mais est bien le langage ordinaire lui-même, c’est ce qui a fait proscrire l’enseignement mixte.

2° L’écriture. — De l’aveu de tous, elle est un élément indispensable de l’éducation du sourd-muet et nécessaire à sa culture intellectuelle.

Les maîtres français, avec l’abbé de l’Épée, admettent « l’enseignement direct par l’écriture ».

Valade-Gabel (1) fait de l’expression écrite de l’idée le point de départ de l’étude. Les exercices mettent en présence un objet, une action, une personne, et le mot correspondant de la langue écrite; l’élève saisit la relation directe entre l’objet et sa représentation conventionnelle par l’écriture.

Dans les institutions où prédomine l’enseignement par la parole, l’écriture, au contraire, est placée au second rang. L’abbé Tarra et J. Yatter (1880) veulent que l’enfant sourdmuet, dès le début des classes, soit dressé à la lecture sur les-, lèvres et à la parole, plus activement qu’à l’écriture.

Il est important que le mot écrit signifie avant tout pour le sourd-muet un son articulé sur lèvres, et non d’abord une idée, une chose, un fait.

La dactylologie n’est, en somme, qu’une forme d’écriture, et, au début de l’instruction, les maîtres qui font autorité, comme l’abbé Tarra, estiment que récriture ne doit intervenir qu’à titre de confirmation, de contrôle des impressions correspondant à la parole articulée.

3° La parole, méthode orale. — La parole se manifeste aux yeux par les mouvements apparents que détermine la formation des sons articulés ; le sourd-muet, devenu parlant,

(1) Valade-Gabel, Cours d’instruction, Bordeaux, 1857.

TRAITEMENT MÉDICAL ET PÉDAGOGIQUE. 635 reproduit la parole au moyen de l’imitation des mouvements organiques convenables : telle est la méthode orale ; c’est l’enseignement de la parole par la parole. Nous verrons que c’est la méthode de choix, et qu’elle est exclusive de toute autre, aussi la nomme-t-on méthode orale pure.

Les méthodes mixtes qui prétendent conserver encore l’emploi soit des signes, soit de l’écriture, sont sévèrement jugées aujourd’hui, depuis les magnifiques résultats montrés au Congrès international de Milan (1880). Celui-ci a proclamé la supériorité incontestable de la méthode orale pure.

Ce congrès, à l’unanimité, affirme l’incontestable supériorité de la parole sur les signes pour rendre le sourd-muet à la société, et lui donner une plus parfaite connaissance de la langue ; en conséquence, il déclare que la méthode orale doit être préférée à celle de la mimique, pour l’éducation et pour l’instruction des sourds-muets (séance du 7 septembre 1880). D’un autre côté, il est démontré que l’usage simultané de la parole et des signes mimiques ale désavantage de nuire à la parole, à la lecture sur les lèvres et à la précision des idées; aussi, de l’aveu des maîtres les plus expérimentés, la méthode orale pure doit être préférée (9 septembre 1880); quant aux sourds parlants, l’enseignement par la méthode ©raie doit se rapprocher le plus possible de l’enseignement des entendants-parlants, et pour y parvenir sûrement, le moyen le plus naturel et le plus efficace par lequel le sourd-parlant acquerra la connaissance de la langue est la méthode dite intuitive, c’est-à-dire celle qui consiste à désigner d’abord par la parole, ensuite par l’écriture, les objets et les faits placés sous ses yeux.

Dans la période d’instruction dite maternelle, on doit amener le sourd à l’observation des formes grammaticales au moyen d’exemples et d’exercices pratiques coordonnés ; et dans la période suivante, on l’aidera à déduire de ces exemples les principes grammaticaux présentés avec le plus de clarté et de simplicité possible. Enfin, les livres écrits avec les mots et les formes de langage connus de l’élève peuvent être mis en tout temps entre ses mains.

Le Congrès de Milan s’est occupé de l’âge de l’admission

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•dans les établissements spéciaux, de la durée des études, du programme gradué, du chiffre des élèves à placer sous la •direction d’un même professeur, et de la séparation nécessaire des enfants instruits par la méthode orale pure d’avec les élèves plus anciens, instruits par les autres procédés.

L’âge le plus favorable pour l’admission à l’école est celui de 8 à 10 ans. La durée des études doit être de 7 à 8 ans, de 7 ans au moins ; chaque professeur ne peut efficacement enseigner la parole à plus de 10 élèves. On prévoit que les exigences d’un semblable enseignement demandent un notable accroissement de la dépense dans les institutions spéciales. Comme le nombre de sourds-muets est supérieur à celui des internes reçus dans les maisons d’éducation, il y a urgence de former de nombreux maîtres et de faciliter la création d’externats, et même les placements d’élèves chez les particuliers, comme cela se fait en Allemagne, dans les Pays- Bas et en Lombardie.

Tel est dans son ensemble le code pédagogique des établissements de sourds-muets.

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