‹ Précis des maladies de l'oreilleChapitre 84 sur 102 · DIXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DIXIÈME PARTIE

MALADIES DES FOSSES NASALES ET DU PHARYNX DANS LEURS RAPPORTS AVEC CELLES DES OREILLES.

L’oreille moyenne a avec les fosses nasales et le pharynx des rapports immédiats par le canal de la trompe d’Eustache. L’étiologie des otites se confond ainsi avec celle des maladies des voies naso-pharyngées ; de plus ces dernières sont souvent le point de départ de lésions auriculaires secondaires (63,74p. 100, Knapp) (1).

Il est indispensable d’explorer les grandes cavités intermédiaires aux deux divertieulums tympaniques, de reconnaître leurs maladies, tantôt pour s’opposer à l’extension du mal par les trompes, tantôt pour traiter au foyer même de son origine l’affection de la caisse.

C’est au pharynx que sont les signes indicateurs de la nature de cette affection, dans la majorité des cas. On a dû remarquer que nos chapitres de thérapeutique des otites débutent presque tous par cette première indication, le traitement du catarrhe naso-pharyngien. Ne sait-on pas que les affections auriculaires sont le plus souvent bilatérales, sinon aussi avancées en évolution d’un côté que de l’autre ? le nasopharvnx est le principal trait d’union entre les deux organes de l’ouïe. La muqueuse de la trompe peut être considérée

(1) Knapp, Archiv of Otology , may 1879.

642 MALADIES DES FOSSES NASALES ET DU PHARYNX, comme la continuation immédiate de celle de la gorge. Cette identité est absolue au niveau de l’orifice tubaire, et ce sont les mêmes plexus veineux péripharvngiens qui reçoivent la circulation en retour de ces organes.

L’embryologie nous montre les cavités auriculaires et la trompe s’ouvrant largement sur l’antre pharyngien, et la séparation se faisant tardivement entre le pharynx et la trompe. Il y a dans la continuité du tissu muqueux qui tapisse les caisses, les trompes et le naso-pharvnx, et dans leur union ou synergie fonctionnelle, l’explication la plus naturelle de la parité des lésions pathologiques et de la facilité de l’extension des désordres morbides de l’un à l’autre. Il existe d’autres liens encore; physiologiquement, l’oreille moyenne, cavité aérienne, reçoit l’air des narines. Les narines, placées en avant de l’orifice des trompes, donnent passage aux courants alternatifs de l’aspiration et de l’expiration, et aussi à l’air déplacé par la déglutition ; ce dernier fait, un peu trop oublié peut-être, est très important à connaître pour l’auriste.

Cette circulation d’air, indispensable à la respiration, est aussi nécessaire à la fonction de l’ouïe. La voie nasale libre est une des conditions de l’intégrité de l’oreille.

Si ce passage se rétrécit, et surtout s’il s’oblitère d’un côté' ou des deux côtés, l’aspiration due à l’acte de la déglutition s’exerce fatalement dans les oreilles moyennes et sur les tympans : on conçoit l’effet désastreux des enchifrènements habituels et de l’oblitération des fosses nasales sur des organes déjà visités par la maladie, sur une membrane tympanique dont les inflammations antécédentes auront déjà ramolli et relâché le tissu. Une expiration énergique, dans certaines conditions de perméabilité exagérée des trompes, pourrait aussi produire le même dommage, si le nez est bouché par un obstacle quelconque (1).

L’intégrité des voies respiratoires nasales est donc nécessaire à celle de l’oreille : nouvelle subordination dangereuse, source de nombreux désordres auriculaires consécutifs aux lésions des fosses nasales.

(1) Voy. Vertige de Ménière.

On comprend que l’interception du courant aérien en avant de l’orifice de la trompe (respiration nasale) soit plus nuisible au point de vue de l’oreille que l’atrésie au niveau du voile et du pharynx (soudure, à la suite d’ulcération syphilitique, du bord du voile à la paroi spinale du pharynx, etc.).

Le pharynx et le voile pnt aussi une corrélation fonctionnelle intime avec l’organe de l’ouïe, action bilatérale nécessairement, puisque c’est l’acte de la déglutition qui ouvre les trompes, pour l’écoulement de l’air vers les cavités tympaniques. Ici donc, autre subordination fonctionnelle : la déglutition met en jeu à chaque instant toutes les parties mobiles et élastiques de l’appareil auditif : celui-ci est passif dans ces réactions ; à l’action énergique des muscles tubaires (ceux du voile) il n’oppose que l’élasticité et la tonicité des tissus et des ligaments (Voy. Ramollissement du tympan). De plus, cette action intermittente de la déglutition, utile à la circulation de l’air, est constante, incessante, et surtout énergique au moment des repas, aussi devient-elle extrêmement nuisible dès que les conditions anormales se produisent. Ainsi s’accroissent fatalement les désordres fonctionnels, et les lésions anatomiques auriculaires. Nous avons suffisamment parlé, au chapitre de la pathologie des trompes d’Eustache, des désordres qui naissent de la paralysie des muscles tubaires ou du voile, et de l’absence du jeu régulier de la déglutition (arrêt de la circulation d’air du côté paralysé), ou bien delà perforation et delà division large du voile du palais, dont l’effet est équivalent ; nous n’y reviendrons pas ici (Voy. Trompe d’Eustache).

En résumé, les cavités naso-pharyngiennes influent sur celles de l’oreille, tantôt parles déterminations morbides qui ont pour siège leur muqueuseou bien leurs muscles, ou encore par le fait de leur diminution de calibre ou de leur oblitération, mais surtout par les troubles apportés alors dans le jeu de la déglutition et de la respiration nasale.

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