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MALADIES DU CORPS THYROÏDE

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Le corpus thyroïde ne présenle macroscopiquemcnt rien de particulier chez l'enfant. Son volume croît- proportionnellement à Tensemblb de l'organisme; il pèse 2 à 3 grammes chez le nouveau-né, 20 à 30 ciijez l'adulte.

M icrosc(ipujuement, il existe au- contraire une disposition particulière à l'enfant. Les' vésicules thyroïdiennes sont, chez lui, presque uniquement formées de: cellules agglomérées; la matière colloïde manque ou est réduite à des grains imperceptibles; elle ne forme de gros blocs qu'api-ès l'achèvement de la puberté.

MYXŒDÈME.

On observe quelquefois chez l'enfant le myxœdèmé' acquis, par exemple à; lasuite d'adénophlegmons du cou ayant englobé et détruit le corps thyroïde. Plus souvent, il s'agit d'atrophie congénitale de cette glande, et l'enfant présenle alors le type clinique décrit i)ar Bourneville, l'idiotie myxœdémateuse congénitale.

I, — Idiotie myxœdémateuse congénitale.

Étiologie. — L'idiotie myxœdémateuse congénitale est fréquente dans les pays à goitre, chez les enfants de goitreux. Elle constitue le terme extrême du crétinisme. En dehors des pays à goitre, elle survient dans les familles atteintes d'hypothyroïdie familiale ; on constate alors des symptômes hypothyroïdiens plus bénins chez les autres membres de la famille; d'autres fois, le sujet est seul atteint; on peut retrouver parfois comme une infection ou une intoxication au moment de la conception ou pendant la grossesse.

Symptômes. — L'enfant atteint d'atrophie congénitale du corps

MYXŒDÈME.

thyroïde ne présente pas toujours à la naissance des symptômes très typiques. Ceux-ci ne s'accusent guère que quand l'enfant a cessé d'ètie nourri au sein, comme si le lait lui apportait des

Fig. 47. — Idiotie myxœdémateuse congénitale (Claude et Camus).

substances thyi'oïdiennes d'origine maternelle compensant jusqu'à un certain point l'inactivité de son propre corps thyroïde, l^lus l'enfant avance en âge, plus l'anomalie s'accuse.

Arrêt de développement. — Le symptôme le plus frappant est l'arrêt de développement : quel que soit l'âge qu'il ait atteint, l'enfant frappé

IDIOTIE MYXŒDEMATEUSE CONGÉNITALE. 313

d'idiotie myxd'démateuse congénitale a la morphologie du nourrisson : grosse tète, membres courls, tronc cylindi'ique, gros ventre. La taille est toujours fort au-dessous de la normale (fig. 47). Des sujets de vingt ans mesurent à peine un mètre de hauteur.

Altérations cutanées. — La peau est sèche, écailleuse ; elle repose sur un tissu cellulaire sous-cutané, infiltré de substance mucoïde et caoutchouté, d'où le nom de myxœdème [œdcme muqueux) ; aussi il est impossible de plisser la peau. Les poils sont rares, secs, cassants, tortillés ; les ongles épaissis, sillonnés.

Faciès. — La physionomie est impassible; les traits lourds, les lèvres épaisses, les paupières infiltrées.

Altérations osseuses. — La radiographie révèle un retard considérable dans Tossification. Quel que soit Fâge, les épiphyses ne sont pas soudées. Il y a souvent des incurvations osseuses entraînant des déformations semblables à celles du rachitisme.

Urines. — Les urines sont peu abondantes. Elles contiennent souvent de lalbumine. Cette albuminurie est bien la conséquence du myxœdème, et non une complication surajoutée, car elle disparaît par le traitement thyroïdien.

Troubles généraux. — La température est au-dessous de la normale; les extrémités sont froides et souvent cyanosées ; toutes les fonctions sont languissantes : le pouls est ralenti ; une constipation opiniâtre est la règle. V intelligence ne s'éveille pas ; le sujet garde indéfiniment la mentalité d'un enfant de deux à trois ans.

Traitement. — Il est peu d'afîections congénitales sur lesquelles le médecin puisse agir aussi merveilleusement. Le traitement thyroïdien amène une transformation complète. L'infiltration myxœdémateuse disparaît; l'activité physique et intellectuelle renaît; le développement corporel reprend son cours, comme s'il n'avait pas été interrompu.

Chez le jeune enfant, l'emploi des pilules, des pastilles ou des cachets de corps thyroïde est souvent impossible. On peut employer le corps thyroïde frais, mais il est souvent ardu de s'en procurer. On aura le plus ordinairement recours à la poudre de corps thyroïde, que l'on incorporera à un peu de lait ou de confitures. L'industrie fabrique également des sirops à l'extrait thyroïdien, que les enfants acceptent bien.

Quelle que soit la forme médicamenteuse, il importe d'administrer le médicament à toutes petites doses et de façon continue. On donne par jour 5 centigrammes de corps thyroïde sec, ou 50 centigrammes de corps thyroïde frais; au bout d'un mois, s'il n'est survenu ni vomissements, ni diarrhée, ni tachycardie ; on peut doubler la dose.

MYXŒDEME.

Myxœdème fruste. Hypothyroïdie bénigne chronique.

11 y a tous les intermédiaires entre le myxœdème complet que nous venons de décrire et l'état normal ; les formes les moins accentuées constituent ce qu'on appelle le myxœdème fruste. Souvent, dans le myxœdème fruste, les symptômes liypothyroïdiens sont dissociés; tan tôll'arrèt de développement existe sans le myxœdème cutané (infan-

Fio-. 48. — Enfant de quinze ans et demi. Obésilé, cryptorchidie, féminisme, en rapport avec un état d'hypothyroïdic bénigne chronique.

tilisme), tantôt le développement corporel est parfait, mais toutes les fonctions sont ralenties; il y a tendance à la nonchalence, à l'obésité, la constipation. On note parfois chez ces sujets de la cryptorchidie (lig. 48 et 49), de l'incontinence d'uiine, des névroses diverses (tics, irritabilité, chorée chronique, convulsions). Souvent ces états sont familiaux; on peut voir dans une même famille une ou plusieurs

MYXŒDÈME FRUSTE. — IlYPOTllYROÏDIE BÉNIGNE CHRONIQUE. 315

affections raltacluibles au myxœdème fruste coïncidant ou non avec des cas de myxœdème franc.

Fig. 49. — Même sujet que figure précédente, après deux mois de traitement thyroïdien.

Les formes ont tendance à devenir plus viriles ; les testicules ont descendu dans les bourses, la physionomie s'est modifiée; le caractère placide du visage a fait place à des traits plus expressifs (l).

Traitement. — C'est le même que celui du myxœdème franc, à doses moindres et par péiModes discontinues.

(1) Apeut, Les enfants retardataires (Actualités médicales), 1902.

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