II. - MÉNINGITES AIGUËS SUPPURÉES
Dans cette description des méningites aiguës, je n'aurai en vue que les méningites aiguës suppurées, les seules constituant vraiment
SYMPTOMATOLOGIE. 403
une entité clinique ; je ne m'occuperai pas de déterminations méningées des infections aiguës {méningites aiguës séreuses) ; elles surviennent comme épisodes au cours de ces diverses infections, et je renvoie pour ce qui les concerne aux articles qui traitent de ces infections (fièvre typhoïde, entérite, etc.), ainsi qu'à l'article convulsions et à ce que j'ai dit des méningites aiguës séreuses symptomatiques à propos du diagnostic de la méningite tuberculeuse dans l'article précédent.
Étiologie. — La méningite aiguë suppurée est tantôt secondaire à l'extension aux méninges d'un processus suppuratif de voisinage (otite suppurée, ostéite crânienne, etc.), tantôt primitive et parfois épidémique {méningite cérébro-spinale épidémique des anciens auteurs).
La méningite aiguë suppurée primitive est due au pneumocoque de Talamon, au pneumostreptocoque de Bonome-Cliantemesse, ou au méningocoque de Weichselbaum ; ces organismes, voisins du reste les uns des autres, sont tous susceptibles de causer des épidémies de méningite aiguë ; dans les cas sporadiques, c'est ordinairement le pneumocoque qui est en cause. 11 est probable que le microorganisme passe directement des fosses nasales, où on le retrouve, à l'espace sous-arachnoïdien, en remontant le long des filets nerveux.
Dans les méningites suppurées secondaires, on trouve souvent le pneumocoque (fîg. 61), parfois le streptocoque, le staphylocoque et des microôes saprogènes, quand il s'agit d'ouverture, dans la cavité crânienne, de cavités suppurées en communication cvec l'air extérieur.
Syiuptomatologie. — On peut observer, dans les méningites aiguës suppurées, tous les symptômes que nous avons signalés dans la méningite tuberculeuse. Mais le début est brusque; la période prémonitoire fait défaut, la période d'invasion est très raccourcie, le malade entre presque d'emblée dans la période d'état ; la contracture de la nuque et du dos est intense dès le début; le signe de Kernig est très marqué ; les phénomènes moteurs, convulsions, contractures, para, lysies, et les phénomènes psychiques, délire, agitation l'emportent sur les phénomènes vaso-moteurs et sur les modifications du pouls et du rythme respiratoire ; la fièvre est plus élevée que dans la méningite tuberculeuse ; elle atteint dès le début 39 à 40° ; on note souvent de Vherpès labial (du moins dans les méningites suppurées primitives), parfois du purpura ou des éry thèmes infectieux.
Vévolution est variable. 11 y a des formes foudroyantes qui tuent en quelques jours, ou même en quelques heures, le coma brusque étant le premier et unique symptôme; plus généralement
MÉNINGITES AIGUËS SUPPUREES.
(formes aiguës), les symptômes vont s'aggravant, et la mort arrive vers le douzième ou quinzième jour après des rémissions passagères de la température; il existe des formes traînantes, avec oscillation de température, rémissions, rechutes, pouvant prolonger la maladie jusqu'à deux et trois mois; dans les formes abortives, l'atténuation des phénomènes survient rapidement, et le malade est guéri après une huitaine de jours; on observe des
Fig. 61. — Méningite suppurée à pneumocoques. Traînées de pus épais à la surface de l'encéphale (Achard et Lœper).
formes atténuées, ambulatoires, se manifestant uniquement par la céphalalgie, des oscillations de température et des douleurs vagues ou des crampes dans les jambes pouvant persister des mois; il faut alors la ponction lombaire pour faire le diagnostic.
Les crise.'i polyiiriques annoncent la convalescence ; le malade émet brusquement jusqu'à un demi-litre d'urine pâle, de densité très voisine de celle de l'eau.
Diagnostic. — Nous n'avons rien à ajouter à ce qui a été dit au paragraphe méningite tuberculeuse.
Pronostic. — La mort est fatale dans la méningite secondaire
livrée à elle-même. Dans la méningite aiguë primitive suppurée, épidémique ou sporadique, la guérison est obtenue dans la moitié des cas. Elle est généralement intégrale; cependant il peut persister des troubles intellectuels, moteurs ou sensoriels, et, chez les tout jeunes enfants, on a vu Fhydrocéphalie chronique succéder à la méningite aiguë.
Traitement. — Dans la hiéningite primitive, bains chauds à 40° répétés quatre fois par jour pendant dix minutes, et ponctions lombaires tous les trois à quatre jours, et plus souvent s'il survient des signes de compression ; on laissera couler 4 à 10 centimètres cubes de liquide.
Dans les méningites secondaires à louverlure d'abcès dans la cavité encéphalique, il faut trépaner largement le foyer causal, atteindre au besoin la cavité crânienne et drainer. La guérison est exceptionnelle.
L'hydrocéphalie est l'accumulation de liquide dans la cavité crânienne. C.hez l'adulte et le grand enfant, à crâne ossifié, inextensible, l'hydrocéphalie ne peut se produire, car il suffit d'une légère augmentation de liquide pour comprimer l'encéphale et amener la mort. Aussi l'hydrocéphalie ne peut débuter que dans le premier âge, avant l'occlusion complète des fontanelles et des sutures.
Symptomatolog-ie. — Le début est insidieux; le premier symptôme est l'augmentation progressive du volume du crâne (fig. 62) ; l'augmentation de volume porte sur toutes les dimensions à la fois ; le front bombe en avant et surplombe les yeux ; le vertex s'arrondit en forme hémisphérique ; les parties latérales surplombent les régions auriculaires; la partie postérieure offre souvent un méplat du fait de la position couchée sur le dos et de la mollesse ■du crâne ; parfois la position habituelle inclinée sur le côté entraîne une déformation oblique ovalaire du crâne {plagiocéphalie). A la palpation, on sent que les os du crâne sont séparés les uns des autres par des portions membraneuses étendues ; la pression interne fait bomber ces membranes, et les rend rénitentes; dans les cas très prononcés, les limites des portions osseuses et des portions membraneuses dessinent des courbes échancrées irrégulières, où se reconnaît mal la forme habituelle des os du crâne.
Des symptômes de compression des centres nerveux ne tardent pas à se manifester. Leur intensité n'est pas en rapport avec le volume du crâne, mais surtout avec sa résistance à la distension.
Aussi apparaissent-ils déjà quand le crâne est encore peu volumineux, si Tossification des sutures est suffisamment avancée. Les troubles de la vision sont, en général, le symptôme le plus précoce et le plus accentué; les yeux deviennent atones; ils sont parfois agités
Fig. 62. — Tête très volumineuse d'un enfant de quatre ans, atteint d'hydrocéphalie chronique. Il y a du strabisme divergent. Idiotie et accès convulsifs.
d'un nystagmus constant ; d'autres fois, on note du strabisme. La vision n'est complètement éteinte que dans les cas avancés ; on note alors une névrite optique double pouvant aller jusqu'à l'atrophie complète de la pupille.
La motilité est plus ou moins altérée, soit par des troubles spasmodiques, soit par des troubles paralytiques. Ainsi, dans les cas