III. — Naissance prématurée et débilité congénitale
Les pages précédentes se rapportent à l'enfant né au terme normal de la grossesse, à neuf mois. Quand l'enfant naît prématurément, sa faiblesse, son petit volume, l'état imparfait de ses organes et de son tégument exigent quelques soins spéciaux. Toutefois il ne faut pas exagérer la difficulté qu'il y a à élever les enfants nés prématurément.
Le pronostic de la naissance avant terme est, du reste, tout différent selon que l'accouchement prématuré est dû, ou non, à une maladie grave de la mère. Les prématurés fils d'albuminuriques, de cardiaques, de tuberculeuses, de saturnines, de syphilitiques non traitées, s'élèvent difficilement ; ils assimilent mal ; ils semblent naître avec une tare tiaduisant celle de la mère. Quand au contraire, la grossesse a été interrompue par accident (traumatisme, émotion, etc.), ou par gémellité, ou par l'inaptitude inexpliquée qu'ont certaines femmes à mener un enfant à terme, on arrive en général à bien élever l'enfant sans autre précaution que l'exagération des soins; dès la première année, l'enfant est parfois tellement transformé qu'il ne diffère en rien des enfants conçus à la même époque. Un enfant né à sept mois, sans tares, a de grandes chances de vivre s'il est soigné avec inteUigence et dévoûment. On a même vu élever des enfants nés à six mois, voire à cinq mois et demi, et ne pesant que 1 500 et même 1 250 grammes.
Ces nouveau-nés débiles craignent surtout le froid; si on n'a pas soin de les réchauffer en les enveloppant dans l'ouate et en garnissant leur berceau de boules d'eau chaude, leur température centrale s'abaisse rapidement et peut arriver à 30°, 28° et même 25° sans entraîner la mort. La couveuse peut rendre de grands services. C'est une sorte de boîte, vitrée de tous côtés ou au moins à la face supérieure, et soit maintenue automatiquement à température constante par un mécanisme identique àcelui desétuves à cultures, soit chauffée par des boules d'eau chaude (fig. 7), qui permettent d'obtenir des températures variant de 28 à 32°, graduées selon le degré de faiblesse de l'enfant. L'emploi de la couveuse nécessite toutefois des soins paiticuliers ; il faut que l'air y soit renouvelé ; des prises et des évacuations d'air y sont ménagées à cet effet; il faut que l'air y soit suffisam-
ment humide, ce que Ton obtient grâce à une éponge suspendue en face la prise d'air; il faut surtout que la couveuse soit stérilisée avant d y meltre l'enfant, sans quoi il s'infecte sûrement. La couveuse ne
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Fig. 7. — Couveuse de Tarnier.
dispense pas, du reste, d'entretenir un bon feu dans la pièce, afin que l'enfant ne souffre pas des variations de température au moment des tétées ou des changes.
Aussi, quand l'enfant n'est pas par trop faible ou par trop petit, et quand la température extérieure n'est pas trop basse, on peut en général se contenter de l'entourer de ouate, de boules d'eau chaude, de couvertures, dans une pièce avec un bon feu.
Des jirématurés débiles sont quelquefois incapables de saisir le mamelon et de téter ; il faut que la mère se tii-e du lait et le verse par cuillerées à café dans la bouche de l'enfant ; parfois môme la déglutition se fait insuffisamment; on peut alors faire passer le lait dans l'œsophage de l'enfant en le versant très doucement dans la narine; mais il vaut mieux emi)loyer la cathétérisme œsophagien, qui se fait en poussant dans le pharynx de Fenfant une sonde urétrale en caoutchouc rouge, n° 12 ou 14. On y ada[)te un petit entonnoir, où l'on verse le lait recueilli dans un verre.
Les lègles que nous avons fixées pour la (juantité (h; lait et l'espacement des tétées s'ai)pliquent à ces débiles à partir de 2 000 grammes. Un débile de 2000 grammes prendra dix tétées de 40 grammes, soit le cinquième de son poids ; au-dessous de 2000 grammes, on ne dépassera pas le cinquième du poids.
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