IIIAPITRE II MALADIES INFECTIEUSES
CONSIDÉRATIONS GENERALES
Toutes les maladies infectieuses qui se voient chez Tadulle sont susceptibles d'atteindie également Tentant. Beaucoup sont même plus fréquentes chez l'enfant que chez l'adulte, soit que l'enfant soit plus exposé aux causes de contamination, soit qu'il soit moins résistant à l'envahissement par le germe morbide, soit surtout parce que l'enfant n'est pas immunisé par une atteinte antérieure, comme l'est le plus souvent l'adulte. Cette dernière proposition ne s'applique qu'aux maladies qui récidivent exceptionnellement, comme c'est le cas pour les fièvres éruptives et pour la coqueluche. Aussi ces dernières maladies sont-elles suitout des maladies d'enfants; nous en ferons une étude détaillée. De môme pour la diphtérie, qui atteint avec prédilection les enfanls et présente chez eux des caractères très spéciaux, surtout en ce qui regarde le croup. La fièvre typhoïde, le rhumatisme, les oreillons sont des afTections moins spéciales à l'enfance; sans en faire la description complète, nous étudierons les particularités qu'elles olfrent à cet âge. La tuberculose et la syphilis infantiles diffèrent par beaucoup de points des mêmes maladies chez l'adulte; nous envisagerons ces points particulièrement. INous aurons enlin à consacrer un chapitre aux infections des nouveau-nés ; elles présentent des caractères li'ès spéciaux en raison, d'une part, de leur voie habituelle de pénétration, qui est la voie ombilicale; d'autre paît, de la réaction particulièie d(! l'organisme du nouveau-né; ce chapitre comprendra, avec les supputations d(! l'ombilic i\l des organes qui y aboutissent, la ])yohémie d'origine ombilicale, le tétanos onibilical, l'érysipèle des nouveau-nés.
Avant d'aborder l'étude particulière de chacune des diverses mala-
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(lies infectieuses, il importede développer à leur sujet certaines considéralions générales. C/esl ainsi qu'au point de vue des symptihncs . on retrouve, dans toutes ces maladies, des caractères particuliers à renl'ance : la fièvre est chez l'enfant plus brusque dans son dél)ut, plus variable dans son évolution que chez l'adulte ; l'état général est souvent moins atteint, l'abattcMiient moins marqué ou moins persistant; on n'ol)serve pas habituellemeut de délire ; au contiaire, les convulsions, qui ne se voient guère chez l'adulte, sont fréquentes dans les manifestations fébriles de l'enfance, quelle qu'en soit du reste la cause; les convalescences sont plus rapides chez l'enfant; elles sont souvent marquées par une brusque poussée de ci'oissance en longueur, qui, chez le moyen et le grand enfant, se fait surtout au niveau des membres.
La prophylaxie des maladies infectieuses, et spécialement des fièvres éruptives, prête également à des considérations spéciales à l'enfance. Cette prophylaxie est basée sur ce que nous savons des conditions de propagation. Grancher a montré qu'il suffisait de certaines précautions pour pouvoir garder, dans une salle de petits malades, des enfants atteints de maladies contagieuses, sans qu'il y ait contamination de leurs voisins ; ces précautions sont faciles à prendre, mais eflicaces seulement si elles sont rigoureusement et constamment suivies. Partant de cette idée queles germes ne peuvent, dans une salle close, parcourir dans l'air qu'un très court trajet et ne peuvent être transportés d'un enfant à l'autre que par l'intermédiaire de personnes ou d'objets, Grancher prescrit : 1° que tout enfant contagieux, ou suspect de pouvoir l'être, aura à sa disposition des objets (cuillers, assiette, etc.) qui ne quitteront son ht que pour être stérilisés immédiatement par immersion de quelques minutes dans l'eau bouillante; 2° que toute personne, médecin ou infirmière, devant avoir avec l'enfant des contacts pour l'examiner ou le soigner revêtira une blouse pour approcher l'enfant; quand elh; le quittera, elle laissera la blouse sur le lit de l'enfant et st; lavera les mains; 3" un paravent en grillage à claire-voie à larges mailles, au besoin même une simple ficelle tendue autour du lit, sufHt pour rappeler au personnel ([ue l'enfant est suspect, et pour indi(pier qu'il faut prendre les précautions ci-dessus mentionnées; il empêche également les contacts étrangers.
En appliquant cette méthode dans son service de Fhopital des Enfants-Malades, Grancher a pu y éviter presque totalement les cas intérieurs de maladies infectieuses. Ce résultat est d'autant plus remarquable qu'à cette époque il n'existait d'autres services d'isolement que ceux de la rougeole, de la scarlatine et de la diphtérie; il
n'y avait de boxe d'isolement nulle part, et les coqueluches, varicelles, oreillons, érysipèles étaient soignés dans la salle commune. Toutefois une lacune subsistait les premières années : on n'évitait pas des é|)idémics de rougeole dues à des enfants entrés en incubation de la maladie et non traités comme contagieux, tant que la maladie n'était pas soupçonnée. Grancher lit traiter tous les enfants entrants qui n'avaient pas encore eu la rougeole comme suspects d'être en incubation de la maladie, tant que dix-huit jours ne s'étaient pas écoulés depuis l'entrée. 11 arriva ainsi à supprimer également à peu près complètement les cas intérieurs de rougeole. Les préceptes de Grancher continuent à être appliqués avec fruit dans les hôpitaux parisiens d'enfants, mais la création de services d'isolement et de salles munies de boxes individuelles en rend l'application plus facile. Ils sont applicables également, avec les modifications né('essitées par les circonstances, à tous les groupements d'enfants. A propos de chaque maladie, nous insisterons du reste sur les conditions de transmission et sur la durée d'incubation de chacune d'elles, connaissances indispensables pour en assurer la prophylaxie dans les agglomérations infantiles.
DéfinitioD. — La rougeole est une fîèvi'e éruptive caractérisée par un exanthème spécial, accompagné et précédé de fièvre et de catarrhe des muqueuses digestives et respiratoires.
Symptoiiiatologie. — Les symptômes évoluent cycliquemcnt en trois périodes. Une première période s'écoule entre le début des premiers symptômes moibides et l'apparition de l'éi'uption ; elle dui'e de un à cinc] jours et j)oit(; le nom de jjériodc jrrodromiqiœ.
Période prodromique. — Le début est insidieux; les })remiers symptômes sont ceux d'un rhume ou d'une grippe : un peu de fièvre et d'abattement, une toux qui n'olTre rien de particulier, de la perte d'appel it, de l'agitation noctui-ne. Puis apparaissent quelques symptômes déjà plus caractéristi(iu(;s : il y a du catarrhe oculo-nasal; les conjonctives sont rouges et larmoyantes; dans l'angle interne de l'ieil se concrète fréquemment une gouttelette de pus; au matin, les paupières sont collées par les sécrétions desséchées ; les narines laissent coulei* une séci'étion d'abord séi-euse, qui pourra ensuite devenir puiulente; il y a des éternuements, une sensation de pesanteur frontale, de barre, semblable à celle du coryza vulgaire.
La voix est ])lus ou moins enrouée ; il y a de la toux, et l'auscultation révèle parfois des râles de bronchite. En somme, symptômes de
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rhino-trachéo-bronchite, qui ne difFèi-ent en rien de ceux <|iie [)euvent provoquer la gril)pe ou le banal coryza.
Le catarrhe buccal est un peu plus particulier. Couiby a signalé une slomatUe érythcmato-pultaccc, assez spéciale à la rougeole, bien qu'elle puisse se voir également dans la grippe, la scailaline et d'autres maladies aiguës; il suffit d'écarter les lèvres des enfants pour voir les gencives rouges, gonflées, parfois violacées et recouvertes d'un enduit blanchâtre, facile à détacher, simple desquamation épitliéliale sans aucune exsudation fibrineuse, sans aucune tendance à la formation d'enduit pultacé ou membraneux. C'est là le signe de Comby. Quant au signe de Koplik, il est beaucoup plus caractéristique de la rougeole, et à peu près constant; il consiste en de petites taches rosées ou rouges centrées de petits points blanc bleuâtre, formant un semis et comme un sablé à la face interne des joues et des lèvres. Enfin on peut, sur le voile du palais, apercevoir, de façon précoce, un pointillé rouge qui précède de plusieurs heures et parfois de vingt-quatre heures les premières manifestations éruptives cutanées.
Pendant toute cette période, la fièvre n'a fait qu'augmenter, soit progressivement, soit par des accès ordinairement vespéraux, séparés par des rémissions incomplètes. L'agitation, le malaise ont été également en progressant. Le catarrhe oculo-nasal a augmenté ; la toux est devenue de plus en plus fréquente; la langue s'est chargée d'un enduit blanc ; l'appétit a disparu; tous les symptômes en un mot sont au summum quand apparaît l'éruption.
Période d'éruption. — L'éruption débute par la face et plus spécialement à l'union de la face et du cou, à la région sous-maxillaire, ou derrière les oreilles et à la nuque; il faut relever la chevelure des enfants, dégager le cou des foulards et vêtements pour saisir les premièr'es manifestations éruptives. Ce sont de petites taches rosées, peu saillantes, douces au toucher, irrégulièrement arrondies ou ovalaiies, souvent déchiquetées, fréquemment groupées en croissants ou en corymbes, et laissant dans leur intervalle des lacunes de peau blanche saine. Elles envahissent rapidement toute la face, qui devient bouffie; les paupières sont gonflées, ce qui augmente encore la gène produite par le catarrhe oculaire ; l'éruption gagne le haut du tronc dès le premier jour, l'envahit franchement le second jour, s'étend sur les membres le troisième jour et décline déjà sur la face au moment où elle atteint sa plus grande acuité aux membres inférieurs. Peu à peu, la teinte rouge pâlit, devient rosée, puis saumonée, enfin disparaît. Quand l'éruption a été très congestive, ses traces persistent longtemps sous forme de taches fauves qui marbrent la peau. Les
i;'i'U])lions légères disparaissent au contraire en deux ou trois jours. Une légère desquamation lameUeuse marque pendant quelques jours la situation des taches éruptives.
Pendant la période d'éruption, la fièvre, le catarrhe et les troubles généraux (ju'ils occasionnent, persistent, mais cessent d'augmenter, puis ils diminuent en même temps que l'éiuption faciale; la toux s'atténue, les râles bronchicjues disparaissent, et, quand l'éi'uption est lerminée, le malade est déjà convalescent. Le bien-être esl complet, l'appétit revient vite, ainsi que les forces; le malade entre dans la période de déclin et, huit jours après la fin de l'éruption, il doit, sauf anomalies, être considéré comme guéri.
Anomalies. — Il y a des rougeoles bénignes, dont les prodromes sont minima ; l'éruption apparaît d'emblée; le catarrhe oculo-nasal est peu marqué, la fièvre très atténuée, et on pourrait croire à de simples érythèmes sudoraux, n'était la notion de leur contagiosité.
11 y a des rougeoles hyperpy reliques, qui entraînent dès le début un état grave, avec délire, adynamie, état typhoïde ou avec cyanose, amaigrissement rapide, irrégularité du pouls et de la respiration et parfois mort rapide deux, trois, quatre jours après le début de l'éruption, et des rougeoles hémorragiques, susceptibles d'aboutir à la mort à la façon des purpuras infectieux les plus graves; ces cas sont exceptionnels. La rougeole, en règle, n'est mortelle que s'il survient des complications.
Complications. — La plus redoutable est la bronchopneumonie; elle est surtout à craindre chez les jeunes enfants au-dessous de trois ans, et d'autant plus fréquente que l'enfant est plus débile et que le milieu est moins sain.
Elle peut survenir à toutes les périodes, être contemporaine de l'éruption, ou même la précéder, mais plus souvent elle la suit ; l'amélioration (jui succède à l'apparition de l'éruption ne se produit pas alors; la lempéiature ne baisse pas, ou, si elle a déjà baissé, elle i-emonte à39-40'» ; l'enfantestcyanosé, dyspnéique, agité ; l'auscultation l'évèlc! soit une pluie de râles fins, avec parfois du gaigouillement, soit des foyers limités de i)etits râles ou de souffle aigre. Tantôt, suitout chez les grands enfants, la poussée de bronchopneumonie est passagère; après un jour ou deux de fièvre, les râles disparaissent et la guérison survient; tantôt la maladie persiste, s'étend par foyers successifs, envahit un côté à mesure qu'elle disparaît de l'autre, reparaît sur les points primitivement atteints; la température est oscillante, avec poussées hyperpyrétiques surtout vespérales; la maladie peut tuer, soit par asphyxie quand la lésion envahit tout l'arbre
respiratoire et obstrue la totalité des bronchioles (catarrhe sufTocant), soit par intoxication et septicémie, avec amaigrissement rapide, délii'e, état anxieux, parfois suppurations multiples ou hémonagies proiuses.
Uotite n'est pas exce[)tionnelle à la suite de la rougeole; elle se manifeste par une élévation de tempéiature peu après la chute qui suit l'éruption, et {)ar des douleurs d'oreilles ({u-on rend sensibles par la pression entre le conduit auditif et l'apophyse mastoïdcuiuand l'enfant est trop petit pour les accuser de lui-même. La lièvre, l'agitation, parfois même des phénomènes méningés peuvent survenir; ils cessent dès que le tympan est ouvert et l'écoulement établi. L'écoulement a tendance à devenir chronique s'il n'est pas traité énergiquement dès le début.
La conjonctivite purulente, la stomatite ulcéreuse, la vulvite ulcéreuse peuvent aussi compliquer la rougeole, si les plus grands soins de propreté ne sont pas pris du côté des difTérentes muqueuses. La rougeole crée une prédisposition aux pyodermites (ecthyma, impétigo) et, en général, à toutes les suppurations. La pleurésie purulente peut s'observer à la suite de bronchopnowmonies morbilleuses ; toutefois la rougeole attaque les séreuses moins fréquemment que la scarlatine ; il en est de même en ce qui concerne le rein et le cœur. L'albuminurie ne se voit guère que dans les rougeoles hyperthermiques et pendant la péi'iode fébrile; l'endocardite, la péricardite sont exceptionnelles.
Les adénopathies cervicales sont également rares ; il n'en est pas de même des adénopathies trachéo-bronchiques ; à propos de ces dernières se pose l'importante question des rapports de la rougeole avec la tuberculose ; la rougeole aggrave notablement une tuberculose déjà existante; elle fait éclater parfois une tuberculose latente, jusque-là ignorée ; elle provoque souvent des généralisations de tuberculose locale. Ouand, au cours d'ime rougeole, la toux prend un caractère (|uinteux, ([uand l'auscultation révèle un souffle de compression bronchique, quand la percussion montre de la matité à la racine des bronches, il faut se métier que l'adénopathie trachéo-bronchique ainsi révélée soit de nature tuberculeuse; il peut toutefois s'agir d'une simple poussée hypertiophique du tissu lymphoïde ganglionnaire sous l'influence delà rougeole; en ce cas, les signes d'adénopatliie disparaissent rapidement; mais, pour peu qu'ils soient accentués et persistants, il y a grand'chance pour que l'enfant soit atteint de tuberculose des ganglions trachéo-bronchiques, et il faut le traiter comme tel.
Les enfants qui, à la suite d'une rougeole, restent pâles, languis-
saiiis, sans appétit, s'amaigrissent et se cachectisent progressivement, sont des tuberculeux; ils poitaient dans un ganglion ou dans un coin du ])Oumon une petite masse tuberculeuse de la grosseur d'un noyau de ceiise, le plus souvent latente. La rnigeole a donné le coup de fouet à la maladie; la tuberculose devient envahissante; parfois c/est une granulie pulmonaire, à marche rapide, ([ui survient.
Il faut enfin signaler la marche spéciale de la diphtérie compliquant la rougeole; cette coïncidence est très souvent observée dans les agglomérations d'enfants; la diphtérie se porte alors d'emblée sur le larynx; aussi elle passe facilement inaperçue; on attribue Fenroûment, l'extinction de voix, à la laryngite morbilleuse, et on ne découvre la diphtérie que lorsqu'il est trop tard. Aussi est-il bon d'injecter préventivement 10 centimètres cubes de sérum de Roux aux enfants hospitalisés pour rougeole; en ville, dans les milieux sains, cette précaution serait le plus souvent superflue.
Diagnostic. — 11 faut penser à un début possible de rougeole toutes les fois qu'un jeune enfant est pris de fièvre et de catarrhe oculo-nasal allant pi'ogressant de jour en jour. Au début, le diagnostic n'est pas possible avec la simple grippe ou le simple coryza; la marche progressive des symptômes, la constatation du signe de Comby et surtout du signe de Koplik, qui est presque pathognomonique, la notion d'un contact infectieux une douzaine ou une quinzaine de jours auparavant sont des signes de probabilité. Mais, le plus souvent, c'est l'apparition de l'éruption qui permet d'affirmer le diagnostic.
Certaines éruptions simulent à s'y méprendre l'éruption de la rougeole. Les éruptions sudorales, fréquentes au printemps, comme la rougeole elle-même, souvent limitées au cou et au haut de la poiti'ine, épargnent davantage la face, sont plus rosées, et les plaques ont une suiface grenue, parsemées ([u'elles sont d'une miliaire sudorale; le catarrhe fait défaut.
Les éruptions médicamenteuses sont plus polymorphes, en particuiiei- celles dues à Tiodoforme ; l'éruption due à l'antipyrine simule beaucouj) mieux la rougeoie; mais là encore la face est moins atteinte; le catarrhe n'existe que peu ou pas; la distribution de l'éruption est plus iii'égulière. Cette irrégularité est beaucoup plus grande encore dans les éruptions séri(|ues et dans les ra.s/i des maladies infectieuses graves.
La roséole syphilitique est plus saumonée, plus grenue. Le pityriasis rosé de Gibert, également saumoné, débute sur le flanc par un large médaillon. Outre les caractères de l'éruption, l'absence
(le lièvre et de calai rlie est dans tous ces cas à peu i)r('s exclusive de la rougeole.
F]nliu il faut bien distinguei- de la rougeole une autre lièvre éruptive, la rubéole, que nous étudions plus loin (p. 88).
Pronostic. — La rougeole est habituellement des plus bénignes. C'est une maladie (jui dure huit jours et disparait sans laisser de traces. Elle peut cependant être grave : 1° chez les tout jeunes enfants; 2° chez les débilités, les malingres; 3° chez les enfants déjà atteints d'autres maladies, spécialement celles qui portent sur les voies respiratoires, et tout spécialement la tuberculose.
Le relevé de Comby à Fhùpital Trousseau, en 1895, donne les chiffres de mortalité suivants :
Au-dessous de 1 an 33,3 p. 100
Delà 2 ans 29,5 —
De 2 à 5 ans 8.9 —
De 5 à 15 ans 3,8 —
Ces chiffres donneraient une idée très exagérée de la gravité de la rougeole si l'on ne savait que seuls sont hospitalisés pour rougeole les enfants profondément atteints, le plus souvent du fait de maladies antérieures, et les enfants dont les parents sont dans l'extrême misère. Mais ils témoignent bien de la différence de gravité de cette maladie au-dessus et au-dessous de deux ans.
Traitement. — 11 n'y a pas de trailement médicamenteux de la rougeole, mais seulement un traitement symptomatique et des soins hygiéniques préventifs des complications.
L'enfant sera mis au lit et au lait; il sera nécessaire de veiller avec soin à la propreté de la peau et des muqueuses. Les lotions à l'eau tiède sur tout le cori)s, les lavages des yeux à l'eau bouillie tiède, les lavages de la bouche et de la vulve à Feau boriquée seront presci'its. Les grands enfants se gargariseront avec un gargarisme au chloi-ate de potasse; on peut faire sucer aux jeunes enfants des pastilles de chlorate de potasse ; on nettoiera la bouche des nourrissons avec de Touate montée sur une baguette ou sur une pince à forcii)ressure et imbibée de solution chloratée ; on fera matin et soir dans le nez une instillation de quelques gouttes d'huile mentholée (0&%03 de menthol pour 30 grammes d'huile d'amandes douces). Le lait sera pris chaud, par tasses, toutes les quatre heures environ (plus souvent chez les petits). Les enfants au-dessus de deux ans prendront dans l'intervalle des tasses de tisane chaude (mauve, violette, quatre fleurs) ad(Utionnées d'une cuillerée à dessert de sirop de tolu. Aux enfants au-dessous de deux ans, ne pas donner autre chose que le lait.
7f) ROUGEOLE.
Les bains froids doivent être réservés aux rougeoles hypertherniiques graves avec état typhoïde ; il ne faut toutefois i)as seffrayer d'un 40'' et môme d'un 41° au début de l'éruption, si la température prise toutes les deux lieures monti'e des oscillations, et s'il n'y a ni a])attemeid, ni ataxo-adynamie. 11 faut réserver les bains chauds aux rougeoles avec délire, ou avec convulsions, ou avec s})asmes glol tiques, incidents qui surviennent chez les sujets nerveux. Les bains sinapisés seront réservés aux complications bronchopneumoniques.
Dès la disparition de l'éruption ou de la fièvre, l'enfant i)eut sans inconvénient être progressivement alimenté. Il faut continuer huit joui'S les précautions de lavage des cavités. Au bout de huit jours, l'enfant peut se lever et, si la température le permet, sortir.
Épidémîologîe et prophylaxie. — La réceptivité de l'homme à la rougeole parait presque absolue; bien rares sont les sujets qui échappent à cette maladie; l'âge adulte ne confère l'immunité que parce que, dans nos pays, la très grande majorité des adultes ont eu la maladie pendant leur enfance; cette immunité n'existe pas dans les pays vierges. Dans nos pays, c'est vers cinq ans, quand les enfants commencent à fréquenter l'école, que la maladie a sa plus grande fréquence. Le printemps est la saison de recrudescence des épidémies, parce que alors on commence à sortir les enfants davantage.
Nous ne connaissons pas le virus de la rougeole. Les recherches bactériologiques sont restées vaines ; peut-être est-ce parce qu'il s'agit d'un organisme ultramicroscopique ; mais nous ne sommes même pas fixés exactement sur ce point; les animaux (sauf peut-être les grands singes) ne prennent pas la maladie, et toute expérimentation a été iïupossible.
Si nous ne connaissons pas l'agent virulent, nous avons du moins sur la façon dont il se dissémine des renseignements très précis. La rougeoh; est contagieuse avant l'éruption; dès les ])iemiers symptômes de catarrhe oculo-nasal, la toux et les éternuements disséminent le virus à quelque distance autour du malade; aussi est-ce la maladie (pii a été la plus résistante aux m(;sures d'antisei)sie médicoh', aujoui'd'hui dérègle dans nos hôpitaux d'enfants. La contagiosité disparaît très vile après l'éruption ; les règlements scolaires limitent à seize jours le temps après lequel le convalescent peut être admis à la classe commune; l'expérience prouve que ce temps est largement suffisant; il semble même ([ue l'enfant n'est habituellement plus contagieux huit joui's après la fin de l'éruption.
L'incubation de la rougeole est longue ; les premiers symptômes n'ai)paraissant que douze jours environ après le contact infectieux,
et Téruption liabituelloment lo quatorzième jour, au plus tard le dixhuilièmc. C^e n'est qu'au bout de ce temps passé sans cas nouveaux qu'on peut être assuré de l'extinction de la maladie dans une agglomération.
Contrairement à d'autres maladies (diphtéi'ie, lièvre typhoïde), le virus ne paraît pas pouvoir vi\re longtemps en dehors de l'organisme. 11 ne se conserve ni dans les linges, ni dans les locaux; aussi la désinfection de la chambre du malade est-elle beaucoup moins nécessaire que dans les maladies ci-dessus mentionnées; elle est utile surtout contre les microbes d'infection secondaire. Pour la même l'aison, la transmission à distance; du virus par des objets ou par une tierce personne est bien exceptionnelle, si tant est qu'elle soit démontrée.
De la connaissance de ces faits découlent les règles suivantes de prophylaxie : dans une agglomération d'enfants, s'il éclate un cas de rougeole, l'enfant doit être immédiatement séparé des autres; ceux-ci seront surveillés attentivement, et, dès les premiers symptômes de catarrhe, ils sei'ont considérés comme suspects et éloignés; ce n'est que dix-huit jouis après le dernier cas que l'épidémie pourra être considérée comme enrayée. Le licenciement des inteinats ne ferait que disséminer la maladie, puisqu'il est impossible de reconnaître les enfants en incubation. La désinfiîction des locaux n'est pas indispensable. Les convalescents seront réadmis seize jours après le début de leur maladie.
Définition. — La scarlatine est une fièvre éruptive caiactérisée par une éruption spéciale, accompagnée de fièvi-e et de mal de gorge et suivie de desquamation cutanée.
Symptoniatologie. — Le début est brusque. C'est souvent en pleine santé qu'il se fait ])ar une lièvie ardente, des vomissements, des fiissons répétés, une sensation de sécheresse brûlante à la gorge. D'emblée la température monte à 40° et le pouls à 120. La gorge est rouge écarlate, surtout sur le fond du pharynx, les amygdales, la luette et les piliers ; sur le voile du palais, cette rougeur s'atténue en un pointillé rouge vif sur fond plus pâle. Les ganglions de l'angle de la mâchoire sont souvent un peu gros et sensibles. La langue est saburrale.
Dès le lendemain, l'éruption apparaît. Elle se montre d'abord à la partie inférieure du ventre et sur les flancs, puis à la face interne
des cuisses, dans les aisselles, aux plis du coude et du genou, et se généralise rapidement. La face n'est guère atteinte qu'au niveau des joues; le front et le menton sont à peu près indemnes.
L'éruption de la scarlatine est formée d'un pointillé de nombreux petits éléments rouge écarlate, confluents en larges nappes rouges aux points d'élection, c'est-à-dire à rhyj)ogastre, aux flancs et aux plis de flexion. Sur les limites de ces placards, les éléments moins serrés forment un granité sur un fond de peau rosée. La pression de la main elTace complètement l'érythème, mais il reparaît aussitôt Quand l'éruption est intense, de nombreux SMt/amma l'accompagnent, n()ml)reux surtout au cou et à l'hypogastre.
La durée de V éruption est des plus variables. Elle est parfois fugace au point dépasser inapeiçue; d'autres fois, très intense, elle dure cinq, six et même sept jours; en général, elle pâlit dès le troisième joui*.
La //(«{/Me prend, i)endantréruption, des caractères spéciaux. D'abord saburrale, elle devient ensuite rouge vif à la pointe et sur les bords; cette i-ougeur envahit toute la langue à partir de la pointe; l'enduit saburral disparaît, et la surface de la langue, comme desquamée, apparaît rouge vif, avec les papilles fongiformes en saillie. C'est ce que l'on appelle la langue franiboisée ou langue vernissée. Cet aspect de la langue est très particulier à la scarlatine et doit, dans les cas douteux, assurer le diagnostic.
[>a fièvre, Vagitalion, le malaise, progressent avec l'éruption et ne s'atténuent qu'avec elle ; la chute se fait en échelons rapides dans les cinquième, sixième, septième jours de la maladie. L'état général redevient bon, et on a une malheureuse tendance à croiie l'enfant guéri.
11 ne l'est pas. La scarlatine est la maladie qui a la convalescence la plus longue et la plus féconde en complications. Cette période de convalescence est niaïquée par la desquamation. Cette desquamation est, en général, proportionnelle à l'intensité de l'éruption. Quand l'éruption s'est accompagnée de sudamina, l'épiderme, qu'ils ont soulevé, s'écaille tout d'abord à leur niveau, et cela dès les premiers jours; mais ce n'est que vers le dixième jour qu'apparaît la véritable descjuamation scarlatineuse ; l'épiderme se détache par lamelles, sous lesquelles la nouvelle surface cutanée apparaît lisse et blanche; les lames sont d'autant plus larges que l'épiderme est plus épais; à la paume de la main et à la plante du pied, il s'en va en larges bandes; la semelle se détache parfois d'un seul tenant. Les desquamations intenses se prolongent jusqu'au vingt-cinquième jour, pai'fois (juarantième jour. A ce moment, la langue, d int la desquamation a précédé celle de la peau, a repris son aspect normal.