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SCARLATINE MALIGNE

Même quand la desquamation est réduite à son minimum, le convalescent de scarlatine ne doit ède considéré comme guéri qu'au quarantième jour de la maladie. Jusque-là, il leste sous le coup de complications; le régime spécial et le séjour à la chambre s'imposent jusqu'au quai-antième jour.

Variétés de la maladie. — Scarlatine fruste. — 11 faut bien connaître la scarlatine fruste, scarlatine avec éruption minima ou même sans éruption. Elle se caractérise par de la fièvre et par de Fangine ayant les caractères de l'angine scarlatineuse, mais l'éruption manque totalement, soit qu'elle ait disparu déjà quand on examine le malade, soit qu'elle n'ait pas existé. On croirait facilement, dans ces cas, à une simple angine érythémateuse.

Il faut suivre le malade les jours suivants pour se convaincre qu'il s'agit bien d'une scarlatine ; la langue prend le caractère de la langue scarlatineuse ; puis survient, vers le quinzième jour, une desquamation légère, mais nette; enfin, parfois, c'est la teirible néphrite scarlatineuse, qui fait faire un diagnostic rétrospectif.

Faut-il rattacher aux scarlatines frustes les faits suivants ? Dans une famille, un cas de scarlatine éclate; pendant le courant de la maladie, une ou plusieurs personnes de l'entourage du malade sont prises d'angine fébrile, ayant tous les caractèi-es d'une angine banale, soit simplement érythémateuse, soit avec exsudât pultacé dans les cryptes amygdaliennes, avec ou sans endolorissement des ganglions. 11 serait peut-être prudent, dans ce cas, de traiter les sujets comme s'ils avaient eu la scarlatine; mais il faut bien avouer que la signature de la maladie mancjue le plus souvent; ni desquamation linguale, ni desquamation cutanée, ni albuminurie. Entin on ])eut voir de telles angines survenir chez des sujets paraissant immunisés vis-à-vis de la scarlatine par une atteinte relativement récente. Il semble donc qu'il s'est agi de la contagion d'une infection secondaire, et non de la contagion sous forme frusie de la scarlatine elle-même. En cas de doute, il sera cependant prudent d'agir comme en face d'une scarlatine fruste.

Scarlatine maligne. — La scarlatine peut tuer par le fait de complications secondaires, telles que la néphrite, ou par l'adjonction d'emblée d'angines infectieuses graves. Nous étudions ces faits plus loin.

11 faut réseiver le nom de scarlatine maligne aux scarlatines graves par le fait de l'intoxication scarlatineuse elhî-même porlée à son summum, sans que d'autres éléments pathogéniques inleiviennenl.

Dans ce cas, tous les phénomènes du début de la scarlatine sont

exagérés; la lièvre atteint 40% 40°,5; l'agitation est violente, les vomissements sont continuels et souvent accompagnés d\me diarrhée profuse. Dès le déljut sui'viennent des signes qui témoignent de rintoxication bulbaire; le pouls est précipité et irrégulier; la respiration rapide et anxieuse, bien que l'auscultation révèle l'intégrité des poumons; la gorge est rouge et desséchée ; la langue rôtie. L'éruption se fait incomplètement, ou prend une forme anormale; elle est souvent pétéchiale et parfois (forme hémorragique) on observe des ecchymoses sous-cutanées, des épistaxis, des hématuries. L'éruption disparaît rapidement, les extrémités se cyanosent (forme algide), le pouls s'affaiblit (forme syncopale). Il y a du tremblement, du soubresaut des tendons, du délire vague ; les urines sont fortement albumineuses, rares ou même supprimées; la mort survient dès le premier ou le deuxième jour dans les formes foudroyantes; parfois la maladie traîne une douzaine de jours.

Complications. — Angines blanches. — L'angine est de règle dans la scarlatine. La présence dans les cryptes des amygdales d'exsudats blanchâtres, de placards blancs pultacés, d'origine épithéliale, accompagne souvent l'angine érythéinateuse, sans lui ajouter rien de particulier. 11 n'en est pas de même quand l'angine scarlatineuse prend l'apparence d'angine pseudo-membraneuse et simule l'angine diphtérique. Elle la simule par la teinte des fausses membranes qui est giise, et par leur localisation; elles ne se limitent pas aux amygdales, mais encerclentlespiliers du voile, et engainentplus ou moins la luette. En outre, elles s'accompagnent d'engorgements ganglionnaires; il peut y avoir aussi du jeiage nasal et pharyngé purulent et même séro-purulent, comme dans la diphtérie. Toutefois certaines ditrérences doivent être relevées; l'exsudat de l'angine scarlatineuse ne forme pas une fausse membrane épaisse et librineuse, comme dans la diphtérie; c'est une exulcération recouverte d'un exsudât sanieux grisâti'e ; quand on cherche à Tenlever, on fait saigner la muqueuse, on n'en détache jamais une fausse membrane comme dans la diphtérie. Les ganglions sont moins volumineux et plus douloureux que dans la diphtérie.

Dans les cas rares où il y a vraiment une fausse membrane fibrineuse, où les ganglions sont volumineux, durs et non douloureux, il y a infection double scailatineuse et diphtérique, et l'examen bactériologique de la gorge révélera du bacille de Lœffler. Toutefois, s'il y a le moindre doute, il ne faut pas attendre l'examen bactériologicjue pour injecter du sérum de Roux.

L'angine non diphtéri(|ue du début de la scarlatine disparaît avec réru|)tion. Seules les formes graves avec jetage, ulcérations, souvent

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accompagnées de stomatite el de [)eilèche, persistent plus ou moins longlemps.

Au cours delà convalescence de la scarlatine, de^ récidive:^ cV an fj nie peuvent survenir. C'est rare chez les nialades isolés, plus fréquent dans les sei-vices de scailatineux des hôpitaux.

On disait autrefois ces angines secondaires toujours (liphtéri(iues. Sur dix-huit cas que j'ai observés dans le service de M. JVlarfan en 1895 (1), Texamen bactériologique a toujours révélé le streptocoque. Il semblait que les convalescents de scarlatine étaient réinfectés de streptocoques par les nouveaux arrivants. Ces angines ne se voient plus guère depuis qu'on prend soin, dans les hôpitaux d'enfants, d'afifecter aux convalescents une salle spéciale.

Bubons scarlatineux. — L'adénopathie angulo-maxillaire, qui accompagne l'angine scarlatineuse du début, disparaît en généial avec elle. Parfois, au contraire, elle persiste et augmente ; le cou se tumélie d'un côté, et il y a là une masse empâtée, adénite avec périadénite. Ou bien cette poussée fluxion naire dure deux ou trois jours, puis s'atténue progressivement et disparaît, ou bien elle persiste ; on perçoit au centre de la masse une fluctuation profonde, indice de la suppuration ; il faut ouvrir pour évacuer le pus sous peine d'éterniser le mal. Cette complication suit souvent les angines graves avec jetage ; toutefois on la voit également à la suite de simples angines érythémateuses; mais elle est rare, 1 p. 100 en général.

Pseudo-rhumatisme scarlatin. — Dans la convalescence de la scarlatine, on peut observer des fluxions sur les articulations et sur les gaines périarticulaires. Ce sont les gaines des extenseurs du poignet qui se prennent le plus fréquemment ; le poignet est gonflé, rosé, très douloureux ; les mouvements spontanés et communiqués provoquent des cris ; parfois plusieurs articulations ou segments de membres sont pris, simultanément ou successivement. Le plus souvent la poussée dure quelques jours, puis tout rentre dans l'ordre.

Des arthrites suppurées peuvent compliquer la scarlatine. Ce sont habituellement des arthrites aiguës, fébriles, douloureuses, contenant du pus franc, et des leucocytes avec des streptocoques. J'ai observé une fois une pyarthrose indolore du genou, avec laxitéde la capsule articulaire, et pus sal, brunâtre, contenant des leucocytes en dégénérescence et pas de microbes visibles ni cultivables ; elle guérit par simple ponction, sans aucun trouble articulaire consécutif.

(I) Marfan et Apert, La scarlatine à l'hôpital des Enfants-Malades en 1895 {Soc. mcd. hop., G mai 1896).

Apert, — Précis des Mal. des Enfants. 6

Exceptionnellement, on observe des ])leuï'ésies })urulentes, des méningites purulentes, des péritonites purulentes, toutes à streptocoques. Les complications bronchopulmonaires sont exceptionnelles.

Complications rénales. — La complication maîtresse de la scarlatine, c'est la néphrite scarlatineuse. La grande néphrite scarlatineuse des environs du dix-huitième jour aun caractère spécial; il faut la distinguer des albuminuries transitoires qui accompagnent la période fébrile et cessent avec la lièvre, ainsi que des albuminuries secondaires qui arrivent à l'occasion de retours infectieux tels que suppurations ganglionnaires, angines secondaires, etc. Je ne nie pas que ces dernières albuminuries ne soient parfois l'indice d'une localisation infectieuse streptococcique sur le rein ; il y a souvent néphrite et ce n'est que rarement qu'il s'agit d'albuminurie dysciasique, d'élimination d'albuminoïdes altérés; mais enlin ces albuminuries secondaires n'ont pas le cachet tout spécial de la grande néphrite scarlatineuse.

La néphrite scarlatineuse éclate brusquement aux environs du dix-huitième jour de la maladie. En 1895, j'en ai observé quinze cas à l'hôpital des Enfants-Malades, survenus presque tous au dix-septième, dix-huitième ou dix-neuvième jour. Presque toujours, il s'agissait de scarlatines bénignes, parfois méconnues, toujours insuffisamment soignées. Six seulement étaient apparues au cours de scarlatines qui avaient été soignées dès le début à l'hôpital.

Le début se faitpar delà céphalalgie, des vertiges, des vomissements ; ce sont des troubles urémiques d'emblée. L'urine devient rare et foncée, souvent brunâtre, hématurique. L'œdème facial et malléolaire apparaît ; les phénomènes urémiques s'amendent alors momentanément ; il y a comme un certain balancement entre les œdèmes et les symptômes urémiques. De deux clioses l'une, ou les symptômes urémiques vont revenir, puis s'accentuer; la dyspnée va survenir, puis la cyanose et la mort arriver par intoxication ; ou bien, soit sous l'influence d'un traitement approprié dont labase est l'émission sanguine, soit même spontanément, les phénomènes urémiques vont rester au second plan, les œdèmes vont persister et même augmenter, et l'albuminurie va atteindre des chifTres énormes, qu'on ne voit guère ailleurs, sinon dans la néphrite syphilitique secondaire, comparable partant de points à la néphrite scarlatineuse. Puis, grâce à la continuation rigoureuse du régime lacté, ces œdèmes, cette albuminurie vont diminuer ; il y aura peut-être des incidents, œdème aigu du larynx, œdème aigu du poumon, mais, en général, et sauf imprudence alimentaii'e, la néphrite va s'amender, et, deux ou trois

semaines après le début de son apparition, Falbumine va disparaître de Turine. L'enfant paraîtra guéri, et bien guéri, il conservera néanmoins une faiblesse du côté des reins ; toute fatigue, toute infection même légère, toute intoxication pourra être le point de départ d'un retour de la maladie. En particulier, la jeune tille atteinte de scarlatine, aux environs de la puberté, est particulièrement exposée plus tard, lors de grossesse, à la terrible éciampsie des femmes enceintes, et cela non seulement quand elle a eu la néphrite scailatineuse, mais même, dit-on, si elle a eu dans les années précédentes une scarlatine, eût-elle été complètement exempte d'albuminurie. Un régime lacté préventif pendant la grossesse est dans ces cas un sûr préservatif des accidents.

Malgré sa marche assez particulière, la néphrite scaiiatineuse est en somme assez banale au point de vue anatomo-pathologique : c'est une néphrite mixte, frappant à la fois les glomérules (dont la capsule de Bowmann est épaissie et desquamée), les cellules des tubes contournés (qui sont atteintes de tuméfaction trouble et obstruent la lumière des tubes), le tissu vasculo-conjonctif (qui est infiltré de leucocytes en diapédèse). On a parfois trouvé des streptocoques dans le rein. Sont-ils bien la cause du mal ? L'allure spéciale de la néphrite scarlatineuse laisse plutôt supposer que, contrairement aux autres complications de la scarlatine, elle est due au virus scarlatineux lui-même.

Diagnostic. — L'éruption scarlatineuse peut être simulée par des érythèmes infectieux et toxiques. Beaucoup de prétendues scarlatines chirurgicales ou obstétricales n'ont pas d'autres causes ; Viodoforme, en particulier, provoque facilement des érythèmes fébriles, parfois assez difficiles à distinguer de la scarlatine ; la gorge est cependant moins atteinte que dans cette maladie. En général, les érythèmes sont toujours quelque peu polymorphes ; par endroits, l'aspect scarlatiniforme fait place à un aspect morbilliforme oii urticarien ; souvent ils causent des démangeaisons, et la lièvre est moins élevée que dans la scarlatine. Ces difterences sont particulièrement accentuées quand il s'agit d' érythèmes sériques et permettent de les distinguer facilement de la scarlatine. Les éruptions franchement scarlatiniformes à la suite d'injections de sérum ne sont pas dues au sérum et sont des scarlatines véritables (Marfan).

Les dermatologistes décrivent sous le nom d'éry thème scarlatiniforme desquamatif récidivant une affection qui simule beaucoup mieux la scarlatine ; mais la desquamation est encore plus totale ; les cheveux, les ongles même y participent parfois. La notion de récidive est .précieuse pour distinguer ces cas ; l'érythème récidive

à intervalles variables de plusieurs semaines, plusieurs mois ou plusieurs années, parfois spontanément, paifois sous des influences spéciales à chaque individu. J'ai connu un sujet atteint d'inversion congénitale des viscères, qui en profitait pour se faire facilement hospitaliser et qui, lorsqu'il voulait prolonger son séjour dans un service, n'avait qu'à prendre une petite dose d'opium, sous forme de sirop de codéine ou d'extrait thébaïque, pour se donnei' en quelques heures un bel érythème scarlatinifoiine desquamatif.

Lesrash de la variole et de la varicelle ont, en généi'al, leurs plaques scarlatinifoi-mes nettement délimitées et ecchymotiques. L'erreur est néanmoins facile à commettre à cause de la ressemblance des phénomènes généraux; l'apparition, le lendemain ou le sui'lendemain, de l'éruption variolique ou varicelleuse permet seule d'affirmer le diagnostic.

Pronostic. — En général, la scarlatine bien soignée, et surtout longtemps soignée, est bénigne. Les formes malignes semblent particulières à certaines races et à certaines familles. La gravité de la scarlatine chez les Anglais est bien connue ; elle peisiste pour eux en France, même quand le contage est d'oi'igine française. Guinon a signalé des familles dont, tous les enfants successivement infectés dans des épidémies différentes, avaient succombé à des formes rapidement mortelles de scailatine.

Le jeune âge est une cause de gravité ; la statistique que j'ai lecueillie à l'hôpital des Enfants en 1895, dans le service de M. Marfan, dont j'étais alors Linterne, donne en effet les chiffres suivants :

Age. Nombre de cas. Décès. Pourcentage.

0 à 4 ans .' 67 8 12 p. 100.

5 à 9 ans 127 G • 4 —

10 à 15 ans i'6 0 0 —

En ville, la mortalité est notablement moindre ; beaucoup d'enfants sont amenés à Ihôpital piofondément infectés ou déjà atteints de néphrite grave ; les scarlatines secondaires font aussi monter beaucoup le taux de mortalité à l'hôpital.

Traitement. — Il n'y a pas de traitement médicamenteux spécifique de la scarlatine. Les divers sérums, antisti'e[)tococciques ou autres, n'ont donné jusqu'à ce jour que des résultats désastreux. Dans la très grande majorité des cas, la guérison sera obtenue sûrement par de simples moyens hygiéniques et un traitement symptomatique approprié à chaque cas.

Il faut mettre le malade au lit et au lait. Le lit sera situé de telle sorte qu'il soit suffisamment aéré et éclairé, mais à l'abri des

coups d'air. Les inégalités de température jouent un rôle dansla production de la néplu'ite ; la chambve devra être maintenue à une (eiupéialure constante de 17 à 18°.

De grands lavages de bouche doivent être faits plusieurs l'ois par jour avec un bock à injections muni d'un tube en caoutchouc et d'une canule ; l'élévation du bock sera réglée de façon à obtenir un jet suffisant pour nettoyer le fond du pharynx sans le traumatiser ; il suffit pour cela d'une dillerence de niveau de 25 à 30 centimèti'es entre l'origine du jet et le niveau supérieur du liquide dans le bock. ('.es injections nettoient mécaniquement, et l'eau bouillie y suffit ; elle vaut mieux que les lavages antiseptiques à l'eau phéni(juée, chloralée ou mentholée, qui sont irritants; la déglutition de ces ii(iuides par l'enfant pourrait ne pas être sans inconvénient. Dans les angines avec exsudât abondant, sécrétions purulentes, fétidité de l'haleine, on emploie l'eau oxygénée à 12 volumes coupée de 9 parties d'eau tiède. Dans les angines diphtéroïdes, à larges plaques grisâtres ayant peu tendance à se limiter, on fait, après un premier lavage, des attouchements des plaques à l'eau oxygénée coupée au quart, ou même pure, suivis d'un second lavage.

Il ne faut faire d'injections semblables dans le nez ([ue si un jetage abondant les rend nécessaires, ce qui est raie ; l'abus des injections nasales provoque des otites. En tout cas, il faut les faire à très légère pression, sans jet ; pour cela, on emploie un embout nasal arrondi, facile à adapter à la natine de l'enfant, sans y pénétrer profondément ; la tête est penchée au-dessus de la cuvette, de façon à ce que la face regarde directement en bas ; le bock à injections est alors élevé juste assez pour que, par simple ditféi'ence de niveau, l'eau pénètre dans la fosse nasale, puis reflue dans l'autre fosse par-dessus le voile du palais et ressorte par l'autre narine. Il suffit de faire passer un demi-litre à 1 litre pour que l'eau ressorte claire. On lave ensuite en sens inverse, en changeant l'embout de narine. Ces lavages sont répétés matin et soir. On ne les emploie que dans les coryzas purulents ; le plus souvent, on se contente de faire mettre dans chaque narine gros comme unpois de vaseline ou quelques gouttes d'huile mentholée.

Dans les cas graves, toxi-infectieux, on se trouve bien des frictions au collargol selon la pratique de Netter. Les fiictions locales sur -les adénopathies en voie de suppuration peuvent parfois amener la résorption d'adénites qui ne semblaient d'abord justiciables que du bistouri.

C'est longtemps qu'il faut continuer leséjourau lit, l'alimentation exclusivement lactée, et les lavages de gorge à l'eau bouillie. Par

crainte des néphrites scarlatineuses du dix-huitième jour, on n'autorisera à lever le malade qu'au vingt et unième jour, quelque exagéré que puisse paraître ce chiffre lelativement au peu de gravité apparente des scarlalinettes. Ce n'est également jamais avant cette date, et souvent plus tard, qu'il faut autoriser une alimentation autre que le lait, en y joignant progressivement les potages au lait, le riz au lait, les purées de légumes au lail, les légumes verts cuits, les œufs de façonna n'arriver à la viande et aux jus de viande que vers le trentième jour, en surveillant chaque jour les urines et en revenant au lait à la moindre trace d'albumine. En procédant ainsi, l'albuminurie devient exceptionnelle dans les scarlatines de moyenne intensité.

C'est surtout dans les scarlatines méconnues qu'arrive la iiéphriÉe scarlatineuse. Vous êtes appelé auprès d'un enfant tombé tout à coup dans un état grave; il est pâle, bouffi, les extrémités cyanosées, la respiration haletante ; il se plaint d'une lourdeur de tète continuelle, d'une pesanteur au creux épigastrique, et de temps en temps il a une nausée, allant parfois jusqu'au vomissement. Vous apprenez qu'on a remarqué seulement depuis un jour ou deux qu'il avait les paupières gonflées ; vous apprenez qu'il y a une quinzaine ou une vingtaine de jours il a eu mal à la gorge ; vous examinez son corps ; vous trouvez, spécialement à la face palmaire des mains et à la plante des pieds, des traces de desquamation. V^otre diagnostic est fait : scarlatine méconnue, néphrite scarlatineuse due à l'absence de régime lacté. L'examen de l'urine le confirme. Elle se coagule en masse par la chaleur. Quel traitement allez-vous faire ? La nécessité d'une évacuation sanguine prime tout. Évacuez du sang par le procédé que vous voudrez, saignée, ventouses scaritiées sur les reins, sangsues, mais évacuez sans tarder. L'émission sanguine amène le plus souvent une résurrection ; la dyspnée s'atténue, la céphalalgie disparait ainsi que les vomissements. Il suffit parfois d'une émission très légère pour amtmer une amélioration notable; néanmoins, dans les cas graves, je crois qu'il faut donner la préférence à la saignée et ne pas hésiter à tirer 200 ou 300 grammes de sang et à renouveler au besoin ce traitement les jours suivants.

Quand les sig^ies d'urémie ont disparu, quand les œdèmes et l'albuminurie persistent seuls, il n'y a plus d'autre traitement actif que le régime lacté absolu et indéfiniment prolongé. Il faut le prolonger jusqu'à ce (|ue l'albumine ait disparu, et encore une huitaine de jours après. Il ne faut faire de tentatives de réalimentation qu'en vérifiant soigneusement les urines émises dans la journée qui suit le repas. Il faut avertit' les parents de la nécessité de supprimer

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absolument et pour toujours de la nourriture de l'enfant les aliments pouvant contenir des ptomaïnes, viandes conservées ou faisandées, poisson de la fraîcheur duquel on ne serait pas absolument sûr, etc. Il faut qu'ils sachent qu'une fatigue inaccoutumée pourrait être nuisible à l'enfant; si c'est une fille, il faut avertir qu'il y aura nécessité plus tard à examiner les urines fréquemment pendant les grossesses et même à instituer de parti pris le régime lacté dans les dernières semaines.

Il y a toutefois des néphrites scarlatineuses qui, malgré un régime lacté prolongé, ne guérissent pas et prennent l'allure de mal de Rright chronique ; ces faits sont heureusement l'exception, mais doivent commander la plus grande prudence dans le pronostic de la néphrite scarlatineuse.

Épîdémiologie et prophylaxie. — Le virus de la scarlatine est inconnu, comme celui delà rougeole et pour les mêmes raisons. Le streptocoque se trouve toujours dansles suppurations qui succédenl à la scarlatine, et dans les angines scarlatineuses ; l'opinion qui veut voir en lui le miciobe de la scarlatine ne s'appuie pas sur des preuves convaincantes ; il est infiniment probable que le streptocoque est un agent infectieux secondaire, qui trouve un terrain favorable dans les organismes qui viennent d'héberger le virus scarlatineux. Des faits de ce genre sont bien connus pour les septicémies hémorragiques à bactérie ovoïde des animaux ; très rapidement le microbe spécifique disparaît et laisse place aux microbes d'infection secondaire.

La scarlatine tient, au milieu des fièvres éruptives et des maladies contagieuses de l'enfance, une place à part par ses caractères épidémiologiques. Le virus scarlatineux doit avoir une biologie bien spéciale. Tandis que l'incubation de la variole, de la varicelle, de la rougeole, de la coqueluche, des oreillons est de plus d'une dizaine de jours, celle de la scarlatine est ti-ès courte, en général deux à quatre jours ; j'ai vu une infirmière être atteinte vingtquatre heures après être entrée comme telle dans un service de scarlatineux.

Tandis que peu d'enfants échappent à la rougeole, à la varicelle et môme à la coqueluche dans les villes où ces maladies sont endémiques, il est bien plus fréquent de les voir échapper à la scarlatine. On voit souvent des cas isolés de scarlatine dans des familles de plusieurs enfants, tandis que la rougeole, la varicelle, la coqueluche atteignent en général tous ceux qui n'ont pas déjà eu la maladie. C'est sans doute pour cette raison que la scarlatine est plus fréquente que les autres maladies d'enfants chez les grands enfants et

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chez les adultes; ils sont moins universellement vaccinés par une première atteinte.

Lesrécidives de scarlatine sont, du reste, très exceptionnelles. On voit rarement des scarlatines à rechute. J'ai cependant vu un garçon avoir la scarlatine, son frère cadet être pris quatre jours après, puis l'aîné faire une seconde éruption quatre jours après celle de son frère, alors qu'il commençait à desquamer de la première.

La scarlatine se transmet par contact direct. Grancher a montré que le simple isolement par un grillage à claire-voie suffit à éviter les transmissions aux malades voisins, si l'on prend soin d'éviter le transport des gei'mes par les objets ou les personnes. Si la scarlatine se transmet par l'air bien moins facilement que la rougeole, en revanche elle semble plus facilement transportable par les objets et parles tierces personnes; les médecins militaires ont vu le mal transmis par les effets et les objets de literie ayant servi à des scarlatineux six mois avant (I), La persistance du virus dans les locaux est aussi beaucoup plus grande que pour la rougeole. Aussi une désinfection rigoureuse des linges, des locaux et du malade luimême est nécessaire. 11 faut considérer le malade comme contagifère jusqu'au quarantième jour, lui faire prendre alors un bain antiseptique, au cours duquel on le savonnera et le frictionnera, puis lui faire revêtir des vêtements désinfectés, lui faire quitter la chambre contaminée et ne rouvrir celle-ci qu'après désinfection.

La possibilité du transport du virus par les squames de la desquamation tardive a été longtemps admise. Lemoine (2) s'est livré à la critique des observations où une squame envoyée par lettre aurait transmis la scarlatine au loin ; aucune n'est probante; en revanche, les faits négatifs observés dans l'armée sont légion. Un malade ne semble plus contagieux après le quarantième jour, même s'il desquame encore. Aussi est-ce légitimement que l'Académie a décidé que, dans les écoles, les scarlatineux pourraient être réadmis quarante jours après le début de la maladie.

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