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III. - RUBÉOLE

Définition. — La rubéole est une fièvre éruptive qui se manifeste par une éi'uption spéciale, survenant brusquement, sans période prodromique, et disparaissant de même, sans

(1) Kfi.sch, Traité des maladies épidémiques, II, p. 209.

(2) Lkmoi.vk, Lyon médical, 1907, p. 559.

SYMPTOMATOLOGTE. 89

altérer beaucoup l'état général. Elle s'accompagne parfois, mais non toujours, d'engorgements ganglionnaires.

On a répété souvent que la rubéole tient le milieu entre la scarlatine et la lougeole. Cette appréciation est inexacte et risque d'induire en erreur profonde. En réalité, la rubéole est une maladie bien spéciale, différente de la scarlatine, différente de la rougeole, et en général facile à reconnaître pour peu qu'on en ait suivi quelques cas. Les termes de rubéole morbilliforme, rubéole scarlatiniforme, ne peuvent qu'induire en erreur.

8ymptoiiiatologie. — Il n'y a pas dans la rubéole de période prodromique identique à celle de la rougeole. 11 n'y a ni toux, ni coryza, ni larmoiment, ni vomissements, à peine une légère lougeur de la gorge et un léger état gastrique. Le premier symptôme est une élévation brusque de température ; l'éruption apparaît en même temps que la fièvre.

L'éruption apparaît très brusquement et atteint rapidement son maximum. Elle se compose de tachés roses lenticulaires, tranchant fortement sur la peau saine; elles sont irrégulièrement circulaires ; leur dimension varie de celle d'une tète d'épingle à celle d'une lentille; elles sont souvent isolées et non groupées en croissants ou en demi-cercles, comme dans la i-ougeole ; cependant, dans les éruptions intenses, ellesdeviennenl confluenles,sui'tout à la face d'extension des membres, et dessinent alors, non pas des croissants, mais des figures polycycliques, qui sont analogues à celles de certains érythèmes polymorphes.

Souvent les taches éruplives sont entourées d'une collerette anémique de quelques millimètres de large {signe lV Aviva gii cl); cette disposition augmente la ressemblance de l'éruption avec certains érythèmes urlicariens.

Au toucher, la surface de la tache n'est pas iTigueuse, comme dans la rougeole, mais au contraire douce et comme veloutée.

La face est atteinte, mais ce sont surtout des placards lougeâtres des joues, plus qu'un pointillé disséminé comme dans la rougeole. Sur le tronc, on note parfois de larges zones respectées à la région sternale et ombilicale; l'éruption est plus confluente aux lombes, dans le triangle hypogastrique et dans la région sous-claviculaire. De même, aux membres, l'éruption est plus confluente en général à la face postéro-externe des membres supérieurs et à la face antéro-externe des membres inférieurs qu'aux faces de ilexion des mêmes membres.

L'éruption évolue rapidement. Elle est rose franc au début, rouge vif le second jour; la coloration rouge est souvent plus accentuée

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et les taches plus saillantes aux fesses, sur le haut de la poitrine et dans le triangle cruro-hypogastrique. Au troisième jour, Téruption pâlit déjà et a disparu le quatrième.

Les muqueuses ne participent à l'éruption que par une légèr'e rougeur du pharynx, jamais aussi forte que dans la scarlatine.

Les auteurs attachent une grande importance à Vengorgement ganglionnaire. Quand il existe, il est en elTet très caractéristique et apporte un précieux élément de diagnostic; non seulement les ganglions du cou sont tuméfiés, mais aussi ceux des aines et des aisselles ; tandis que, dans la rougeole et la scarlatine accompagnées d'angine, les ganglions tuméfiés sont presque exclusivement les ganglions angulo-maxillaires, qui reçoivent les lymphatiques arnygdaliens, dans la rubéole les ganglions cervicaux sont tuméfiés dans tous les groupes, même à la partie postérieure du cou et à la partie inférieure. La tuméfaction évolue comme l'éruption elle-même et disparaît presque aussi vite. Mais il faut bien savoir qu'elle manque souvent et qu'il ne faut pas arguer de son absence pour rejeter un diagnostic de rubéole.

La température décrit une courbe assez caractéiistique ; elle moule brusquement le premier jour à 38 ou 38°, ;j, passe par un maximum de 39 à 39°,^ le second jour, décroît dans le troisième jour, et retombe à la normale le quatrième ou le cinquième joui*. La courbe est donc très aiguë. C'est une courbe en clocher.

11 est tout à fait exceptionnel de noter des complications. Le plus souvent, la maladie guérit spontanément; au bout de quatre jours, l'enfant est revenu à la pleine santé.

Diagnostic. — Le diagnostic avec la rougeole est facile par l'absence de catarrhe, la généralisation de l'engorgement ganglionnaii'e quand il existe, et les caractères mêmes de l'éruption.

Le diagnostic avec lu scarlatine peut être plus délicat au début ; la brus(|uerie de l'élévation thermique se retrouve dans les deux maladies ; mais l'éruption est difTérente de celle de la scarlatine. La question se complique toutefois par l'existence de lubéole, dont l'éruption serait scarlatiniforme. Il importe de nous expliquer à ce sujet.

Dans les faits décrits sous le nom de rubéole scarlatiniforme, il faut faire deux catégories : 1° certains faits concernent bien certainement des rubéoles légitimes, à éi'uption plus confluente ({ue d'habitude, ou accompagnée d'une vive congestion diffuse de la peau. Mais, même dans ces cas, l'éruption ne rappelle qu'imparfaitement celle de la scarlatine au granité si spécial ; 2° il existerait, au dire de certains auteurs, une affection autonome qui ne serait ni la

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rougeole, ni la scarlatine, ni la rubéole et qu'il faut par conséquent difterencier de cette dernière. Dukes la décrit sous le nom de quatrième maladie {f'ourth disease). Cette quatrième maladie comprendrait les cas décrits par Filatow sous le nom de rubéole scarlatineuse.

D'après Filatow et d'après Dukes, cette maladie aurait une période d'incubation de neuf à vingt et un jours, ce qui la différen. cierait de la scarlatine ; l'éruption serait le premier symptôme ; elle consisterait en un petit pointillé rose pâle, très serré, à peine surélevé ; la gorge est rouge et tuméfiée ; la langue n'a pas l'aspect framboise ; les conjonctives sont injectées ; les ganglions du cou et de la nuque sont tuméfiés, mais moins que dans la rubéole ; l'état général est à peine altéré ; la température reste normale ou ne s'élève guère au-dessus de 38°. L'éruption pâlit vite et est suivie d'une desquamation de huit à quinze jours. L'enfant peut se lever au bout de quatre ou cinq jours, et l'isolement peut être levé après quinze à vingt jours.

On le voit, la maladie ressemble énormément à une scarlatine bénigne. Seule la notion épidémiologique permet la distinction. On aurait vu des épidémies combinées de scarlatine, de rubéole et de fourth disease, cette dernière précédant ou suivant l'une des deux autres maladies. Il faut tenir compte cependant des récidives et rechutes possibles de scarlatine et de rubéole. 11 faudrait que des relations épidémiques analogues se multiplient pour qu'il soit permis d'affirmer l'autonomie de la maladie de Filatow-Dukes.

La rubéole, dans certaines formes boutonneuses, ressemble à première vue à Vurticaire et est parfois démangeante comme celui-ci. Mais la pression sur la peau, qui fait saillir en blanc la papule urticarienne, n'amène pas le même résultat dans la rubéole.

Certaines formes ({'érythème polymorphe atfectent un type éruptif identique à celui de la rubéole, et c'est là, à mon avis, le diagnostic le plus délicat. Il faut souvent la notion de contagiosité pour affirmer la rubéole.

La miliaire sudorale, la roséole syphilitique, le pityriasis rosé de Gibert ne rappellent que de loin la rubéole.

Étiologie, épidémîolojçie. — La rubéole est une maladie de l'enfance; son maximum s'observe vers l'âge de cinq ans.

La période d'incubation est de quinze à seize jours. La maladie est contagieuse déjà avant les premiers symptômes. En revanche, il semble que la contagiosité s'éteint très vite et ne survit guère à la disparition de l'éruption.

92 VARTCliLLE.

Les pircautions à prendre sont les mêmes que pour la rougeole. Le germe paraît aussi (lilî'usible et aussi peu résistant que dans cette dernière maladie.

Traitement. — La maladie évolue d'elle-même rapidement vers la guérison ; le traitement se réduit à la prescription du repos au lit et à la restriction relative à l'alimentation.

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