PARTICULARITÉS QUI S'OBSERVENT CHEZ LES NOUVEAU-NÉS
point où la peau de l'ombilic se termine sur la base du cordon, un sillon se dessine (fig. 2), et, vers le cinquième ou sixième jour, le cordon se détache (fig. 3). Cette évolution est hâtée quand on a soin de panser le cordon matin et soir en l'entourant d'une compresse imbibée d'alcool à 90°.
Comme, en général, la peau ombilicale remonte un peu le long de la base du cordon, en lui formant un fourreau de 5 à 1S millimètres de hauleur, il reste, après la chute du cordon, une saillie cutanée flasque au niveau de l'ombilic; la portion centrale
Fig. 1, 2 et 3.
Dessiccation et chiite du cordon ombilical. Etat ajm's un, deux ithull jours (pansement à l'alcool) (Fabre).
le ce bourrelet n'est visible qu'en déprimant la peau périphérique, comme on déprime le fourreau de la verge pour mettre le gland à découvert. Dans les premiers jours qui suivent la chute du cordon, cette surface est rose rougeâtre et un peu humide ; ensuite sa coloration se rapproche peu à peu de la coloration de la peau environnante, et tout suintement cesse. Au vingtième jour au plus tard, chez les enfants se développant bien, la cutinisation est complète* On peut alors cesser les pansements à l'alcool.
Crise génitale physiologique du nouveau-né, tuméfaction mammaire, hydrocèle, lanugo. — Très fréquemment, les mamelles du nouveau-né, quel que soit son sexe, se tuméfient après la naissance. Dès le deuxième ou troisième jour, on sent sous la peau du mamelon la glande rouler comme un noyau de cerise ; le volume augmente durant la première semaine; au cours de la
deuxième semaine, la glande s'étale au-devant de la région pectorale et peut atteindre 10, lb, 20 millimètres de diamètre, ce qui est considérable sur un si petit thorax ; dès le quatrième ou cinquième jour, on fait facilement sortir du mamelon, par unesimple pression très modérée, une goutte d'une sérosité trouble blanchâtre ; vers le huitième ou dixième jour, un liquide laiteux suinte à la moindre pression: c'est du lait véritable, car il contient de la lactose, de la caséine, des globules de beurre, comme le lait de femme. La sécrétion se prolonge pendant les deux ou trois premières semaines, puis disparaît en même temps que la saillie de la glande mammaire s'efface et bientôt ne se sent plus (flg. 4).
Pendant toute cette période, il n'y a d'autre précaution à prendre que d'éviter les traumatismes locaux et les inoculations septiques. En particulier, il faut interdire absolument la malaxation des seins pour faire sourdre le lait de force . Cette fâcheuse habitude, usitée dans certaines campagnes contre « le lait des sorcières », peut être le point de départ d'abcès mammaires, de phlegmons, de galactophorites surtout si l'enfant ou la mère ont déjà des suppurations. La tuméfaction mammaire du nouneau-né est un phénomène normal ; elle ne manque guère totalement que chez les enfants trop faibles ou se développant mal. On a pu constater qu'elle est la tra-
Fig. 4. — Tuméfaction mammaire du nouveau-né.
Chez cet enfant, la luméfactionatteignait un degré considérable ; la tension des seins était telle que, contrairement aux prescriptions habituelles, il était nécessaire de les traire journellement. Ciiaque traite fournissait une dizaine de centimètres cubes de lait. L'analyse montra l'identité complète avec le lait de femme en pleine lactation (1).
U) Apkrt et BucAti.i.K, Soc. méd. des hôp.t 26 mars 1908.
PARTICULARITÉS QUI S'OBSERVENT CHEZ LES NOUVEAU-NÉS. 3i
duction mammaire d'une activité momentanée des glandes génitales qui ne manque presque jamais chez le nouveau-né. 11 se fait un début de spermatogenèse dans le testicule des garçons, une ébauche d'ovulation dans l'ovaire chez les filles. Parfois même on note chez les filles un écoulement sanguin vuloaire qui dure quelques heures à quelques jours, mais c'est exceptionnel. D'après Jacquet, l'activité des glandes sébacées du visage, à laquelle est due le milium des nouveau-nés n'est que la traduction cutanée de cette sorte de puberté transitoire du nouveau-né. On sait, du reste, que la mamelle n'est qu'une glande sébacée transformée. La pousse des poils frontaux relèverait également de cette influence. 11 faut considérer comme de même ordre la poussée congestive du corps thyroïde, que Fabre et Thévenotont signalée chez le nouveau-né.
La légère hydrocèle vaginale, qui s'observe assez souvent chez les enfants nouveau-nés (que la vaginale communique encore ou non avec le péritoine), serait due également à la crise génitale du nouveauné et à la congestion testiculaire concomitante de la poussée de spermatogenèse. Cette hydrocèle disparaît en général au bout de quelques semaines et n'est pas un signe de syphilis héréditaire.
Chez certains nouveau-nés, il se développe rapidement, dans les premiers jours, sur toutlecorps un duvet qui porte le nom de lanugo. 11 est développé particulièrement sur les membres, à leur face d'extension, et sur le tronc, au niveau du dos, le long de la colonne vertébrale. Ce duvet, très fin, en général plus blond que la chevelure, tombe au bout de quelques semaines. Il semble encore s'agir d'une poussée pileuse liée à la crise génitale du nouveau-né.
Selles du nouveau-né. — Peu après la naissance (parfois même pendant le travail), le nouveau-né expulse le contenu de son tube digestif, connusous le nom de méconium. Le méconium est un liquide vert brunâtre, épais, semblable à la mélasse; il est formé de bile épaissie, mêlée de débris de l'épithélium intestinal. Dans les trois ou quatre premiers jours, l'enfanta trois ou quatre selles méconiales par jour. Le quatrième ou cinquième jour, les selles deviennent plus granuleuses, plus jaunâtres ; à partir du cinquième ou sixième jour, elles prennent le caractère qu'elles conserveront pendant tout l'allaitement, c'est-à-dire, qu'elles sont jaune d'or, peu consistantes, comparables comme aspect à des œufs brouillés ; le nouveau-né a habituellement trois ou quatre selles par jour.
Si le méconium tarde plus de quarante-huit heures à apparaître, il faut craindre une imperforation anale; avec une fine sonde urétrale en caoutchouc rouge introduite dans l'anus, il faut s'assurer que l'anus est perméable ; s'il ne l'est pas, il faut, le plus tôt possible,
rétablir la lumière anale par l'opération chirurgicale; s'il l'est, mais sans que la sonde ramène du méconium, il faut penser à une malformation beaucoup plus rare, mais beaucoup plus grave, l'oblitération congénitale de l'intestin ; dans ce dernier cas, des vomissements bilieux ne tardent pas à apparaître et le ventre se ballonne; dès le diagnostic assuré, il faut pratiquer une opération susceptible de rétablir le cours des matières, mais le succès en est très aléatoire à un âge aussi tendre.
Urines. — Dan» les premiers jours, l'enfant nouveau-né urine peu, car il boit peu ; une fois l'allaitement bien en train, le nouveauné urine presque à chaque tétée, et environ quinze à vingt minutes après la tétée.
Respiration. — Environ 50 respirations à la minute.
Pouls. — 120 à 140 pulsations à la minute.
Température. — Dès la naissance, la température du corps tend à s'équilibrer aux environs de 37°. Toutefois le mécanisme régulateur thermique est encore imparfait chez le nouveau-né.
Facilement le nouveau-né se refroidit. La température d'un nouveau-né laissé exposé à l'air froid baisse facilement à 35°, 30° et même 23° chez les prématurés. Ces températures basses, incompatibles avec la vie chez l'adulte, ne le sont pas chez le nouveau-né, et on a vu survivre des enfants dont la température rectale avait baissé jusqu'à 28°.
Variations de poids du nouveau-né. — En général, l'enfant perd pendant les premiers jours un certain nombre de grammes répondant à l'élimination du méconium et de l'urine, ainsi qu'à la perte d'eau et de gaz acide carbonique, par la perspiration pulmonaire et cutanée ; l'alimentation est alors trop minime pour combler ces perles. La courbe suivante donne les variations moyennes de
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Fig. 5.
Variations de poids d'un enfant normal, né à terme, «pendant les dix premiers jours.
poids des premiers jours (lig. 5). D y a, du reste, de grandes variations selon la plus ou moin9 grande rapidité des évacuation»
d'une part, et la plus ou moins grande précocité de l'alimentation, d'autre part.
La conformation générale du. nourrisson présente les particularités suivantes : la tête est volumineuse, le tronc est cylindrique, les membres sont relativement courts. Le volume de la tête tient aux dimensions relativement grandes du crâne; la face est relativement peu développée.
Crâne. — La voûte crânienne du nourrisson se compose de pièces séparées répondant aux deux moitiés du frontal, aux deux pariétaux, aux deux écailles temporales, à l'écaillé de l'occipital. Ces sept pièces sont réunies les unes aux autres par des sutures menbraneuses, Ces sutures sont linéaires; la fontanelle postérieure elle-même est réduite à un X linéaire; la fontanelle antérieure, au contraire, forme une surface membraneuse losangique, au niveau de laquelle on sent battre le cerveau. Chez les enfants bien portants, la fontanelle est tendue et rénitente ; elle est plus ou moins déprimée et flasque quand, l'enfant dépérit. La fontanelle antérieure diminue progressivement de dimensions et se ferme complètement vers le quinzième mois. Les lèvres des sutures crâniennes s'accolent pat engrènement réciproque au cours de la première année.
Face. — Chez le nourrisson, la face est très peu développée; les portions dentaires des deux maxillaires sont très restreintes ; la branche ascendante du maxillaire inférieur est très réduite et tellement oblique que le condyle et l'apophyse coronoïde semblent s'insérer directement à la partie postérieure de la branche horizontale de l'os.
Cette conformation persiste tant que les dents restent incluses dans le maxillaire, c'est-à-dire jusque vers le dixième mois.
Dents. — La dentition mérite d'être étudiée en détail. L'âge de sortie des dents varie beaucoup; l'ordre de sortie présente également des variations relativement fréquentes. (Néanmoins la description suivante répond à la majorité des sujets (tig. 6).
Avant l'éruption dentaire, la crête des mâchoires est occupée par un bourrelet saillant formé par la muqueuse; ce bourrelet est plus marqué à la mâchoire inférieure dans sa portion médiane; c'est en arrière de ce bourrelet, et non en son sommet que les incisives inférieures médianes vont sortir vers six mois et demi ; on les voit à travers la muqueuse, sous forme d'une mince ligne blanche dans les quelques jours qui précèdent immédiatement l'éruption ; Apeht. — Mal. des Enfant? 3* fdU. 3
on les sent encore mieux avec la pulpe du doigt qu'on ne les voit. La gencive est à peine soulevée à leur niveau. Souvent elles sortent à peu de jours d'intervalle Tune de l'autre; puis elles croissent assez rapidement, et, en une quinzaine de jours, la couronne est sortie à peu près tout entière.
Dention de lait.
Les chiffres romains indiquent, en mois, l'âge de l'éruption ; les chiffres arabes, l'ordre de sortie.
* OentitioQ permanente.
Les chiffres romains indiquent, en années, l'âge de l'éruption; les chiffres arabes, l'ordre de sortie
Fig. 6.
Schéma des éruptions dentaires
Les incisives supérieures, contrairement aux précédentes, gonflent la gencive avant de sortir; comme elles sont plus larges que les inférieures, comme souvent les quatre incisives supérieures sortent presque à la fois entre le huitième et le dixième mois, la gencive est très rouge et très gonflée, et l'agitation, l'insomnie, l'état nerveux sont plus marqués.
Les incisives inférieures latérales sortent facilement vers la lin de la première année.
11 est de règle que les premières molaires sortent avant les canines. L'éiuption des molaires est prolongée parce que ces dents ne perforent pas la gencive suivant une ligne, comme les précédentes, mais en trois ou quatre points différents, par où les trois ou quatre tubercules de la couronne montrent leur pointe. La gencive glisse peu à peu le long de ces pointes. Un pont de muqueuse reste parfois une ou deux semaines bridant la couronne, ce qui entrelient l'état d'agacement et d'irritation de la gencive. Les premières molaires supérieures et inférieures sont sorties au milieu de la deuxième année.