ANAT0M1E PATHOLOGIQUE
dans l'ordre. Il n'en est malheureusement pas toujours ainsi. Parfois la maladie se perpétue ; l'enfant, très œdématié, s'affaiblit ; il finit par succomber, soit aux progrès de l'œdème et des épaîîchements péri viscéraux, soit du fait d'une complication intercurrente; les lymphangites, les pyodermites, la moindre angine, ou le moindre rhume prennent chez ces sujets une gravité susceptible d'entraîner la mort.
Maigre ces cas -graves, le pronostic de la néphrite infectieuse aiguë dans l'enfance reste infiniment meilleur que chez l'adulte. Chez l'enfant, ou la néphrite tue dès le début par urémie, ou, quand l'enfant survit à ce premier assaut, il y a chance qu'il guérisse s'il ne survient pas de complications intercurrentes.
Dans un second type, qu'on pourrait appeler néphrite à forme congestive et dont l'étiologie reste le plus souvent mystérieuse, la maladie est surtout caractérisée par de l'hématurie ; les œdèmes sont peu marqués; les manifestations urémiques sont nulles ou très bénignes ; le symptôme dominant est le pissement de sang, survenu en pleine santé apparente, et persistant quelques semaines. Cette forme est bénigne; par le séjour au lit et le régime lacté, l'urine ne tarde pas à perdre sa teinte hémorragique, et l'albuminurie. ne survit pas très longtemps en général à l'hématurie.
Enfin un dernier type est celui de la néphrite primitive chronique d'emblée (Marfan). Elle ne succède pas à une néphrite aiguë ; son début est insidieux, progressif; on ne la reconnaît que lorsque les œdèmes attirent l'attention et conduisent à rechercher l'albumine dans l'urine.
L'albuminurie est assez abondante (2 à 3 -grammes par litre), la polyurie modérée ; la face est pâle et bouffie ; la somnolence est habituelle ; les troubles cardiaques et circulatoires font ordinairement défaut : pas de bruit de galop. Les petits signes de brightisme (Dieulafoy) sont rares; les accidents nrémiques sont tout à fait exceptionnels. L'évolution est longue, entrecoupée de rémissions et de recrudescences; ultérieurement les rémissions deviennent moins longues et moins complètes; finalement, à l'occasion d'une fatigue ou d'une maladie intercurrente, le sujet a une poussée plus intense et succombe dans le marasme ou avec des accidents urémiques. Mais la durée totale peut être fort longue, et le plus souvent le sujet a atteint l'âge adulte quand survient la terminaison mortelle.
Anatojnie pathologique. — Les lésions ne diffèrent pas de celles qu'on observe chez l'adulte dans les néphrites parenchymateuses aiguës à gros rein blanc et à gros rein bigarré et dans les néphrites subaiguës. Mais l'évolution des lésions présente chez l'enfant une particularité heureuse : la régénération est, chez lui, très
Apkht. — M.il 'les Enfants. S' édition. 28
NÉPHRITES.
marquée; l'hypertrophie compensatrice des parties restées saines (iig, 91 et 92) se produit avec facilité et avec intensité et explique la possibitité du rétablissement intégral des fonctions du rein à la suite de néphrites même très accentuées.
Diaguostic. — 11 est facile en général ; toutefois, dans les néphrites primitives atténuées, il faut se demander s'il ne s'agit pas de tuberculose rénale ou d'hérédo-syphilis rénale. Le rein amyloïde donne des œdèmes et des albuminuries aussi considérables
Fig. 91 et 92. — Hypertrophie compensatrice rénale.
Reins o une enfant de quatre ans, morte d'urémie aiguë au second jour d'une scarlatine, an an après une angine diphtérique qui avait été suivie d'albuminurie très abondante. Le reiD droit (22 grammes) est très atrophié, mais présente des nodules d'hypertrophie compensatrice qui mamelonnent sa surface. Le rein gauche (52 grammes) est atrophié à l'extrême dans ses trois quarts inférieurs ; mais, à la partie supérieure, une pyramide s'est, au contraire, hypertrophiée considérablement et suffisait presque à elle seule à assurer la survie de la petite malade.
que les néphrites toxirinfectieiases ; il survient à la suite de suppurations prolongées ou dans les cachexies intenses. Les œdèmes asystoliques avec congestion rénale seront distingués par l'existence ae lésions orifîcielles ou de symphyse cardiaque et par l'engorgement généralisé du système veineux.
Traitement. — A la phase d'hématurie et d'urémie, les émissions sanguines (ventouses scarifiées ou sangsues sur la région rénale, et au besoin saignée) sont le procédé le plus efficace. L'alimentation doit se composer uniquement de lait, ou d'eau si le lait est vomi.
Ultérieurement, le régime acte intégral forme la base du traitement; le malade prendra un bol de lait toutes les trois à quatre
heures de façon à prendre par jour llu,5 à 3 litres de lait, selon l'âge. Quand l'œdème est considérable, quand le malade répugne à prendre une trop grande quantité de liquide, on peut diminuer de moitié la quantité de lait en l'additionnant de quantité correspondante de poudre de lait desséché, ou encore en y joignant du fromage blanc frais. On continuera le régime lacté tant que l'albuminurie durera. Toutefois, si elle persiste trop longtemps, si le malade, se lassant de ce régime, s'alimente mal et s'amaigrit, on pourra, sans inconvénients, adjoindre au lait et aux laitages des légumes verts cuits à l'eau ou au lait, des purées de légumes au lait ou au beurre, des purées, des pâtes, le tout sans sel. On pourra même permettre la viande sans sel. L'usage du pain sans sel et de gâteaux sans sel, que l'on peut facilement aujourd'hui se procurer dans le commerce, permet de substituer, sans crainte de rétention saline, ce régime déchloruré au régime lacté intégral. Toutefois il sera bon de maintenir comme boisson aux repas ou entre les repas le lait pur ou coupé d'eau.
11 faut être sobre de médicaments chez les néphritiques. Toutefois, pour aider à la disparition de l'œdème, il est bon d'employer les diurétiques. Les plus inoffensifs sont la lactose, dont on peut donner 10, 20 et 30 grammes par jour, les tisanes de chiendent, de queues de cerise, de stigmates de maïs. Ultérieurement, on aura recours à des diurétiques plus puissants, mais qui doivent être maniés avec plus de prudence : la théobromine par paquets de 0^,50, deux à quatre par jour selon l'âge ; la scille, qu'on peut administrer sous forme d'oxymel scillitique à la dose de 5 à 10 grammes par jour, ou associée à la digitale sous forme de vin de Trousseau, une, deux ou trois cuillerées à café par jour selon l'âge.
Il sera bon d'appeler au secours du rein les autres émonctoires, et d'administrer lespurgatifs drastiques (eau-de-vie allemande, sirop de nerprun) et les sudoraux (bourrache, acétate d'ammoniaque).
Dans les derniers stades, quand le cœur faiblit, c'est à la caféine en injection sous-cutanée qu'il faudra avoir recours.