V- - MICTIONS NOCTURNES INVOLONTAIRES
Le nom de miction nocturne involontaire est préférable à celui d'incontinence nocturne d'urine. L'enfant qui urine au lit n'est pas un, incontinent; son sphincter ne laisse pas sourdre l'urine goutte à goutte; mais il a, dans son sommeil, au cours d'une même nuit, une, deux, trois mictions à plein jet, identiques aux mictions de l'état de veille.
En général, àpartir de deux ans, les enfants deviennent « propres ». Le jour ils savent demander à uriner; la nuit, ils retiennent leurs urines jusqu'au réveil. Parfois les mictions nocturnes involontaires s'établissent dès la première enfance; l'enfant est bien propre le jour, mais la nuit il continue à se mouiller alors qu'il a déjà trois, quatre, cinq, ans et plus; d'autres fois, l'enfant a été propre quelque temps, et c'est à cinq ans, six ans, huit ans même, que survient la miction nocturne involontaire, à l'occasion de fatigues cérébrales (début des classes), d'émotions, de fatigues physiques, ou au cours ou dans la convalescence d'une maladie. Une fois établie, l'affection peut persister très longtemps ; souvent elle ne disparaît qu'à l'époque de la puberté; parfois même elle persiste indéfiniment.
Certains sujets urinent toutes les nuits et plusieurs fois par nuit; chez d'autres, l'affection survient une nuit de temps en temps ; d'autres fois, elle se fait en séries, apparaissant huit, dix, douze nuits de suite, puis disparaissant pendant un temps plus ou moin long. Parfois il existe en même temps des troubles de la miction diurne; certains sujets ont une fréquence anormale des mictions pendant le jour (jpollakiurie) ; d'autres des envies impérieuses d'winer\
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d'autres vident incomplètement leur vessie et, après la miction, perdent des gouttes dans leur pantalon; mais, chez beaucoup de sujets, les troubles se limitent uniquement à la période de sommeil.
Il est parfois possible d'apprendre que la miction nocturne s'accompagne d'un rêve fonctionnel; l'enfant rêve chaque nuit qu'il va uriner, et il urine; on a pu également, dans certains cas, mettre en évidence une autosuggestion; par l'exploration vésicale, on a pu constater dans certains cas une atonie du sphincter, ou une hyperexcitabilité du muscle vésical, ou encore l'anesthésie ou Vhyperesthésie de Vurètre profond: mais le plus souvent on ne constate rien d'anormal, et la miction involontaire nocturne est simplement le résultat de l'absence, pendant le sommeil, du réflexe qui détermine la fermeture automatique du sphincter, quand la vessie s'emplissant a tendance à se contracter pour se vider. En fait, c'est en général quand le sommeil est le plus profond que survient la miction involontaire; cette influence est des plus visibles chez l'enfant déjà grand, qui, honteux de son infirmité, se surveille, ne dert qu'imparfaitement, se réveille plusieurs fois la nuit pour uriner et arrive ainsi à éviter quelques nuits l'accident qu'il redoute; mais, au bout de quelques nuits, il est vaincu par le sommeil; il dort comme une souche et urine alors sans même être réveillé par le contact de l'humidité.
Diagnostic. — L'affection est simple à reconnaître, mais il faut se demander si la miction nocturne n'est pas sympfomatique d'une maladie plus imporlante.
Les crises nocturnes d'épilepsie, avec évacuation d'urine pendant la crise, ne laissent aucun souvenir au réveil, t on pourrait croire à une simple incontinence. Il faudra rechercher les sugillations sanguines du cou, les morsures de la langue, stigmates d'épilepsie, s'assurer que l'enfant n'est pas entaché d'hérédo-syphilis (Dieulafoy), et au besoin veiller pour constater la nse. L'enfant épileptique est obnubilé à son réveil les nuits où il a uriné; il n'y a rien de pareil dans la miction nocturne simple.
11 faudra rechercher aussi si la miction nocturne n'est pas symptomatique de diabète sucré, ce qui est facile par l'examen des urines, ou de tuberculose des voies urinah^es (rein ou vessie), auquel cas les urines sont abondantes et troubles, et il existe d'autres symptômes.
Traitement. — On obtient parfois des résultats par l'usage do la belladone à doses progressives, de Vantipyrine, des bromures, de la teinture de Rhus aromatica (XX à XXX gouttes, le soir en se couchant). Le bicarbonate de soude et le citrate de soude aux repas agiraient en
diminuant l'acidité urinaire. La strychnine a été ordonnée comme tonique du sphincter urétral.
La suspension avec les appareils employés pour l'ataxie paraît agir par suggestion. L'hydrothérapie tiède (douches en pluie), donne quelquefois de bons résultats en calmant l'excitabilité nerveuse. Les injections èpidurules d'eau salée à 8 p. 100 (Cathelin) donnent un résultat dans un tiers des cas. On a aussi conseillé le même liquide en injections dans la cloison recto-vésicule. Les explorations vésicales et urétrales, l'électrisation directe du sphincter, ou sa cautérisation au galvanocautère sont dangereuses à cause de la grande sensibilité de la vessie de l'enfant à l'infection et doivent être repoussées. Mais on a les meilleurs effets de la faradisation indirecte du col vésical, une électrode étant appliquée au périnée, l'autre au-dessus du pubis (Courtade). La guérison survient en général après une dizaine de séances.
Il importe de s'assurer qu'il n'existe pas de cause locale d'irritation permanente : balano-posthite, vulvite, eczéma, oxyures, phimosis, adhérences préputiales. Le traitement de ces affections locales, la circoncision en cas de phimosis, la rupture en cas d'aaiierônces, ont parlois fait cesser l'incontinence.
Trop souvent, les médicaments, les agents physiques et les interventions chirurgicales ne donnent que des résultats temporaires ou même nuls, et le vrai traitement est une éducation vésicale qui demande beaucoup de patience, beaucoup d'intelligente observation, une grande connaissance du psychisme infantile. Le médecin enseignera aux parents qu'ils ne gagneront rien par des punitions, des menaces; ils obtiendront peut-être \ine ou deux nuits sèches parce que la peur d'uriner maintiendra l'enfant éveillé; puis le sommeil l'emportera. Le médecin apprendra aux parents à réconforter l'enfant par de bonnes paroles, à l'assurer chaque matin qu'il guérfra, à le lever la nuit à heures fixes qu'on déterminera en observant pendant quelques nuits le moment des mictions; on cherchera ensuite à espacer progressivement ces réveils; on tiendra compte des fatigues de la journée et de l'heure du coucher pour apprécier le moment où il sera nécessaire de faire uriner l'enfant. G'est une œuvre de patience que des incidents peuvent compromettre et qu'il faudra souvent reprendre, sans désespérer, à plusieurs reprises. On arrivera ainsi souvent à débarrasser l'enfant d'une infirmité qui, sans être dangereuse, peut présenter de très graves inconvénients au point de vue social, pour peu qu'elle se prolonge quand l'enfant devient grand.
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