VI. - VULVITES
Étiologie. — Onobserve assez tréquemment, chez les fillettes mal tenues ou exposées à des promiscuités contagieuses, et quelquelois aussi chez les fillettes des milieux les plus soignés, des sécrétions vulvaires purulentes, parfois abondantes. Dans un certain nombre de cas on trouve comme flore dans cet écoulement des microbes pyogônes vulgaires, staphylocoques le plus souvent. Dans ce cas, la vulvite guérit rapidement par de simples lavages à l'eau bouillie on avec des solutions antiseptiques légères. Mais, très souvent, on se trouve en présence de vulvites à gonocoques; elles sont dues à des promiscuités de linge, d'épongés ou de lit avec une personne malade, mère, grande sœur, ou même petite camarade, contaminée elle-même de même façon. On a observé parfois de véritables épidémies de vulvites à gonocoques dans des salles d'hôpitaux par l'intermédiaire des bassins ou des thermomètres, et dans des pensionnats par les sièges des cabinets ou les objets de toilette. En présence d^une vulvite blennorragique chez une petite fille, il faut donc se garder de conclure à une contamination criminelle; les parents mal renseignés ont souvent tendance à y croire; on a vu des petites filles avouer des manœuvres qui n'avaient jamais existé, suggestionnées qu'elles étaient par un interrogatoire pressant de leurs parents ; quand il y a eu attentat criminel, la vulvite s'accompagne le plus souvent d'éraillures, d'ecchymoses, de meurtrissures, de déchirures même, qui manquent dans les contaminations accidentelles.
Symptonaatologie. — La vulvite à gonocoques se caractérise par la présence entre les grandes lèvres de sécrétions purulentes verdâtres épaisses. Quand on écarte les lèvres, on voit la muqueuse vulvaire hyperémiée et l'orifice du vagin laissant sourdre du pus. L'urètre n'est pas toujours atteint; quand il l'est, une goutte de pus occupe l'orifice, qui est rouge, et dont la muqueuse es( éversée. L& pourtour de la vulve est, dans les cas intenses, durant déjà depuis quelque temps et négligés, irrité par le contact du pus desséché et conerété ; une rougeur à contours festonnés occupe les grandes lèvres ; c'est seulement quand ces lésions cutanées vont jusqu'à la mise à nu du derme qu'if existe une tuméfaction et une sensibilité des ganglions inguinaux. L'état général est habituellement indemne. Pourtant une légère fièvre peut être notée dans les débuts de l'affection.
La période aiguë du mal dure deux à trois semaines ; puis la rougeur est moins vive, l'écoulement moins épais et moins abondant, et l'affection passe à la phase chronique ; les récidives sont
fréquentes, et l'état chronique entrecoupé de poussées aiguës peut durer indéfiniment quand un traitement approprié n'intervient pas.
Complications. — Les complications sont rares ; cependant on observe parfois l'ophtalmie à gonocoques, le pseudo-rhumatisme blennorragique, la péritonite à gonocoques. La cystite est exceptionnelle.
Lophtalmie à gonocoques a été étudiée très complètement dans le volume Ophtalmologie de cette collection (1).
Le pseudo-rhumatisme gonococeique est plus rare que chez l'adulte et plus bénin ; il est habituellement mono-articulaire; la tuméfaction de l'articulation dure moins longtemps que chez l'adulte, et l'ankylose fibreuse est moins intense, moins persistante ; la guérison ad integrum après un temps variable est la règle'.
La péritonite à gonocoques des petites filles mérite une description particulière. Tandis que, chez la femme adulte, il s'agit surtout de périmétrite et de périsalpingite, chez la petite fille il y a vraiment péritonite généralisée ; l'utérus et la trompe ont bien évidemment été la voie suivie par le gonocoque, mais ils réagissent peu, et le péritoine semble envahi d'emblée. Le début est brutal, par une douleur vive dans le ventre, maxima dans le bas-ventre, mais irradiée d'emblée à tout l'abdomen. Des vomissements surviennent, alimentaires d'abord, puis porracés; le ventre se ballonne, il est sonore dans toute son étendue ; la respiration est haletante, le pouls fréquent (140-160) ; la température varie d'un moment à l'autre entre 37° et 40° : le faciès est rapidement altéré ; ce qui est particulier à la péritonite à gonocoques, c'est une cyanose intense : les joues, les oreilles, le nez, les mains, les pieds sont violets et froids. La constipation n'existe pas toujours ; elle fait parfois place à une diarrhée verdâtre, mais nullement comparable à la diarrhée vert-franc des péritonites à pneumocoques.
Ce début violent de la péritonite à gonocoques s'apaise vite; dès le deuxième ou le troisième jour, les douleurs sont moins intenses, les vomissements cessent, la température se fixe vers 38°-38o5, puis tombe à 37° au moins le matin, le ventre s'affaisse, la cyanose disparaît. La guérison complète au bout de huit à douze jours est la règle presque absolue. 11 ne subsiste aucune altération anatomique et la fécondité ultérieure n'est pas compromise.
Prophylaxie. - Dans les agglomérations d'enfants, il faut avoir soin que chaque enfant ait ses objets de toilette individuels, plongeant, dons l'intervalle de l'usage, dans une solution antiseptique;
(1) TanniKN, Précis d'ophtalmologie (Bibl. (jilbert et FouHwihH).
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de même ponr les thermomètres et les bassins dans les salles d'hôpitaux.
Traitement. — Quatre fois par jour, lavages avec la solution de permanganate de potasse à 25 centigrammes par litre ; lavage externe d'abord, puis lavage vaginal fait en introduisant dans le vagin une sonde molle de Nélaton que l'on enfonce de 2 ou 3 centimètres, et en faisant passer par cette sonde plusieurs centaines de grammes de la même solution avec un bock ou une seringue. 11 faut faire ces lavages vaginaux sans pression pour ne pas amener le refoulement du pus. En général, le vagin est moins atteint que la vulve, l'urètre moins pris que chez la femme, en sorte que ces lavages suffisent souvent à obtenir la guérison ; dans les cas rebelles, il faut en venir aux instillations urétrales de solution légère de nitrate ^'argent à 1 ou 2 p. 1 000, mais ne les faire que dans la portion orificielle de l'urètre' pour ne pas provoquer de cystite ; pour le vagin, on peut employer les crayons mous d'iodoforme ou mieux d'aristol, qu'on introduit dans la cavité vaginale, où on les laisse fondre jusqu'à l'injection vaginale du lendemain. Dans l'intervalle des injections, il faut placer entre les lèvres une gaze ou un tampon d'ouate les maintenant séparées l'une de l'autre. Le séjour au lit facilite beaucoup la guérison.
Le pseudo-rhumatisme se soigne ce-mme chez l'adulte. La péritonite à gonocoques doit se soigner iniquement par les applications de compresses humides chaudes sur le ventre, et il ne faut jamais recourir à la laparotomie.