PUBERTÉ CHEZ LES FILLES
La première menstruation marque chez la fillette un point de repère permettant de fixer l'époque de la puberté avec plus de précision que chez le garçon. L'âge moyen, à Paris, est de quatorze ans et demi. Mais il existe de grandes variations, comme le montre la statistique suivante :
Age de la première menstruation {Parisiennes) (M118 Francillon).
De 10 à 11 ans 16 p. 1000.
La première menstruation est en moyenne plus précoce chez les brunes que chez les blondes, chez les populations du Midi que chez les peuples du Nord ; chez les filles des villes que chez les filles des campagnes, chez les filles des classes aisées que chez les filles pauvres. Raciborski considérait la précocité menstruelle comme un signe de « puissance génitale » : les femmes réglées de bonne heure auraient, contrairement à ce qu'on pourrait croire, une ménopause tardive ; toutes les manifestations de leur vie sexuelle auraient une plus grande énergie.
La précocité ou le retard sexuel et la « puissance génitale » ellemême se transmettent du reste par hérédité dans les familles, et la transmission se fait aussi bien par le père que parla mère.
La morphologie de la fillette se modifie au moment de la puberté comme l'organisme du garçon ; mais l'accroissement proportionnel des diverses parties est différent, d'où des particularités morphologiques.
Comme chez les garçons, l'accroissement annuel de la taille s'abaisse au moment de la puberté, tandis que l'accroissement en poids augmente.
Comme chez le garçon, on note une augmentation rapide de l'accroissement des dimensions du corps en largeur, comme le montrent les mensurations ci-après de Mlle Francillon. Mais le haut du thorax et le bassin croissent plus vite que la ceinture, d'où l'amincissement de la taille.
i Dia I Cro
Age. 10 11 12 13 1* 15
Tour de poitrine (sous les aisselles). 60,7 64 64,5 67,3 72 80
Croissance annuelle 3,3 0,5 2,8 4,7 8
Tourdepoitrine(àlabasedulhorax). 59,7 62,3 64,7 65,2 66,5 73,5
Croissance annuelle 2,6 2,4 0,5 1,9 7
Diamètre intertrochantérien. . 27,7 28,6 29 30 30,6 32
issance annuelle 0,9 0,4 1 0,6 1,4
Diamètre interépineux (E. 1. A. S.) 19,1 19,3 22 22,5 24,5 26
(Croissance annuelle 0,2 2,7 0,5 2 1,5
! Largeur du bassin (d'une crête iliaque) 23,9 25 26 27 28 28,5
Croissance annuelle 1,1 1 1 1 0,5
Anomalies de la croissance. — Les tables données plus haut représentent des moyennes en deçà et au delà desquelles peuvent être observées des variations assez étendues sans qu'on puisse pour cela parler de maladie. De nombreuses causes influent sur la croissance et peuvent en faire varier les modalités. Il y a en première ligne l'influence héréditaire : il y a des familles où les hautes tailles sont la règle, d'autres où les petites tailles sont fréquentes ; il y a des familles où la croissance et la puberté sont précoces, d'autres où elles sont tardives. La santé générale a aussi une grande importance : les enfants en bonnes conditions d'hygiène croissent plus régulièrement ; les maladies chroniques entraînent un ralentissement, et parfois même un arrêt de la croissance; la syphilis, la tuberculose, les cardiopathies, la cirrhose du foie agissent en ce sens ; l'insuffisance thyroïdienne entraîne l'arrêt de la croissance et la persistance indéfinie des caractères morphologiques, physiologiques et même psychologiques de l'enfance (infantilisme). Les maladies aiguës provoquent, au contraire, souvent une poussée de croissance pendant la convalescence; c'est surtout la fièvre typhoïde, aux approches de la puberté, qui provoque une poussée d'augmenlation de longueur des os longs des membres; la morphologie propre à la période prépubère se trouve alors exagérée, et la puberté retardée ; le sujet reste définitivement trop grand et trop mince, et l'insuffisance du développement du tronc en largeur entraîne une faiblesse générale de l'organisme. Tous ces troubles semblent liés à des défectuosités de fonctionnement des glandes vasculaires sanguines, etspécialement de la thyroïde, de l'hypophyse efde la corticalité surrénale. Aussi s'explique-l-on que l'opolhérapie thyroïdienne, l'opothérapie hypophysaire et l'opotliérapie surrénale totale aient pu influer favorablementsur de tels états (1).
(1) Apebt, Les Enfants retardataires (Actualités Médicales, 1900) et Médication de la croissance in Médications générales, Biblioth. de thérapeutique, de Gii.ueut et Gahnot, J.-B. ltaillière et fils, 19H.