ANOMALIES DE LA CROISSANCE
Dans des cas beaucoup plus exceptionnels, mais bien curieux, la croissance précoce est liée à la puberté précoce et semble sous la dépendance d'une activité trop hâtive de glandes génitales. La croissance, dans ces cas, n'est pas rapide seulement en longueur; mais les sujets réalisent en quelques années une morphologie analogue à celle de l'adulte ; la soudure épiphysaire se fait elle-même de façon précoce,- et finalement ce gigantisme infantile par puberté précoce aboutit souvent à une taille définitive au-dessous de la moyenne. Dans les cas de ce genre, il s'agit parfois d'une simple précocité héréditaire ; on a vu des fillettes réglées déjà à huit, neul ans, et parfois devenir mères, sans que la grossesse et l'accouchement aient présenté rien d'anormal ; dans d'autres cas, même, c'est dès les premières semaines de la vie que l'on voit chez la petite fille la menstruation s'établir, les seins se développer, le pubis se garnir de poils et la croissance s'accélérer de façon telle qu'à un an ces fillettes ont la taille et le poids d'enfants de deux ou trois ans; des phénomènes analogues peuvent se voir chez le jeune garçon ; ces enfants présentent parfois des besoins sexuels étonnamment précoces. Il s'agit, dans ces faits, d'exagération de la poussée pubertaire normale du nouveau-né ; tantôt on voit une période de calme de plusieurs années succéder à ces manifestations de la première enfance, tantôt la puberté est définitivement établie. Dansun troisième ordre de faits, une cause locale, telle qu'une tumeur testiculaire ou ovarienne (le plus souvent du type sarcome ou adénome) a provoqué la poussée pubertaire ; la puberté rétrocède une fois la tumeur enlevée. Enfin, dans un quatrième ordre de faits, la suractivité prématurée des glandes génitales, avec ses conséquences, est sous la dépendance d'altération des glandes endocrines ; la puberté prématurée et la croissance précoce sont au nombre des symptômes des lésions destructives de l'hypophyse, et au nombre des symptômes des lésions hypertrophiques de la portion corticale des glandes surrénales (voir le chapitre : Maladies des glandes endocrines).
Incidents de la croissance. — Les enfants dans la période prépubère se plaignent souvent d'endolorissements des membres, siégeant soit dans la continuité des os, soit dans les articulations, au pied, au genou, à la hanche, au coude ; la palpation de l'os montre parfois une localisation précise de la douleur au niveau du cartilage interdiaphyso-épiphysaire, si bien qu'on peut penser à une ostéite épiphysaire atténuée; d'autres fois on note un léger gonflement de la jointure et même un peu d'hydarthrose ; parfois l'examen minutieux ne permet de noter aucun phénomène objectif. Au pied, les douleurs sont liées parfois à la forme aplatie de la voûte {pied
plat douloureux des adolescents) et sont alors calmées par l'interposition entre la plante des pieds et la chaussure d'une semelle en dos d'âne. La douleur se localise parfois au deuxième métatarsien (mêtatarsàlgie). En général, les douleurs de croissance ne sont d'aucune gravité ; mais elles indiquent la nécessité d'éviter à l'adolescent les fatigues, les refroidissements, et de ne lui permettre les exercices physiques violents qu'avec modération.
Incidents de la puberté. — Dans le sexe mâle, la puberté suit généralement son cours sans incidents notables ; à peine quelques manifestations douloureuses sont-elles parfois observéesdu côté des soins (mammite des adolescents) et du côté des testicules.
Chez la jeune fille, l'établissement de la menstruation se fait parfois aussi sans incidents: mais assez souvent la première menstruation est précédée plusieurs mois à l'avance de troubles variés, à retour intermittent, et parfois déjà régulièrement mensuel. Ce sont des sensations de pesanteur dans le bas-ventre, dans J'aine ou dans les reins, quelquefois accompagnées d'éruption d'herpès. On note parfois un écoulement séreux vulvaire (règles scrolines), soit mensuel, soit continu, et pouvant entretenir de Férythème périvulvaire (leucorrhée prémenstruelle). Chez certaines fillettes, de mois en mois, l'écoulement devient plus rosé, et les règles sanguines font ainsi suite aux règles sérotines. Assez fréquemment, le retour périodique des règles ne s'établit pasd'emblée; pendant unepériode de quelques mois à un an, il se fait irrégulièrement à intervalles de six semaines, deux mois, parfois plus. Assez souvent aussi on observe à la quinzaine de petits écoulements rosés ou sanguins (règles de quinzaine), ou simplement des douleurs hypogastriques. En général, ces incidents divers n'ont aucune gravité, et il suffit de laisser faire la nature pour que l'ordre et la périodicité reviennent d'eux-mêmes. Toutefois un traitement s'impose parfois en cas de vives douleurs ovariennes ou hypogastriques : cataplasmes laudanisés, applications chaudes en permanence sur leventre, et surtout lavements de 200 à 400 grammes d'eau chaude (40° à 45°), à prendre au lit età conserver aussi longtemps que possible. En cas de ménorraqies abondantes : repos au lit, extrait fluide à'tlydrastis canadensis, de Seneciovulgaris ou d'Hamamelis virginied, XX gouttes trois fois par jour: chlorure de calcium, i à 2 grammes par jour. Dalché recommande la médication suivante :
Ergotine Os',10
Sulfate do quinino 0^,02
Poudre de feuilles de digitale 0«r,01
Poudre de coca Q. S.
Pour une pilule : une le malin, deux à midi, deux le soir,avant les repas.
INCIDENTS DE LA PUBERTE. 7i
En cas d'écoulements sanguins se prolongeant indéfiniment, ou de règles de quinzaine subintrantes, outre lesprocédés ci-dessus, on emploiera les bains tièdes, ou mieux encore les douches tièdes, en pluie sur les reins, en jet sur les membres inférieurs et la plante des pieds.
Une complication grave, à laquelle il faut penser quand de vives douleurs abdominales périodiques se succèdent chaque mois sans qu'aucun écoulement apparaisse, est l'imper foration de l'hymen etdu vagin ou du col utérin, avec accumulation du sang menstruel dans les voies génitales. L'utérus peut se développer par l'accumulation du sang au point de paraître gravide (hématomètre). L'intervention chirurgicale s'impose; mais il faut savoir qu'elle est sérieuse, même quand il s'agit simplement d'inciser un hymen bombant à la vulve. L'utérus dilaté ne revient que lentement sur lui-même et s'infecte facilement. Les plus grandes précautions d'asepsie sont indispensables.
Chez certaines fillettes, la poussée d'hypertrophie mammaire du début de la puberté s'accompagne d'inflammation douloureuse. On obtient l'apaisement des douleurs par l'application en permanence de compresses imbibées d'eau tiède, additionnée au besoin d'extrait fluide i'hamamelis virginica, et recouvertes d'un taffetas imperméable qui les déborde de toutes parts, de façon à bien emprisonner sous le taffetas l'humidité et la chaleur. Quelquefois, on observe aussi des phénomènes généraux, bouffées de chaleur, vertiges, perversions de l'appétit, troubles du caractère, psychoses temporaires même ; exceptionnellement des hémorragies se produisent dans divers organes, soit en même temps queles premières règlesutérines (règles supplémentaires), soit en leur place (règles déviées). On a signalé les hématémèses, les hémoptysies, les hématuries, les épistaxis, le purpura, les hémorragies des gencives, du conduit auditif, des caroncules lacrymales, des glandes salîvaires, des mamelles ; parfois un étal local dispose à cette localisation ; il faut en particulier se défier de la tuberculose pulmonaire, toutes les fois qu'une jeune fille a des hémoptysies mensuelles. Les règles déviées se voient le plus souvent dans les premiers temps de la menstruation, mais parfois elles sontpersistantes. La révulsion àla vulve dans lesjoursqui précèdenl l'époque supposée des règles ramène parfois l'écoulement en son lieu normal ; on appliquera des sangsues sur les grandes lèvres ou des sinapismes àla face interne des cuisses.