I. - CHORÉE
Définition. — On donne le nom de chorée ou danse de Saint-Guy à une maladie qui frappe presque uniquement la seconde enfance, et qui consiste en mouvements désordonnés des membres et de tout le corps, apparaissant souvent sans cause appréciable et disparaissant en général de même. Elle s'accompagne parfois de déterminations articulaires ou de déterminations cardiaques.
Chaque poussée dure de un à trois mois. Les récidives sont fréquentes.
Symptomatologie. — il s'agit ordinairement d'un enfant de huit à quinze ans, plus souvent une fille, jusque-là bien portant. A la suite d'une peur, d'une émotion profonde, d'un surmenage, ou même le plus souvent sans cause apparente, ses facultés intellectuelles se modifient; c'est là le premier symptôme par lequel s'annonce la chorée ; l'enfant est inattentif, instable ; on ne peut plus l'astreindre à un travail suivi. Puis il devient maladroit de ses mains; il laisse tomber les objets qu'il tient. On remarque alors que ses mains présentent parlois des mouvements involontaires; les mouvements s'accentuent; bientôt tout le corps, les membres, la face, la tête et le tronc même sont agités par des mouvements désordonnés se répétant à intervalles rapprochés. Ce sont des mouvements rapides, déplaçant en masse un doigt, un segment de membre, ou faisant grimacer une partie de la figure; ils se répètent sans ordre, tantôt à un point du corps, tantôt à un autre. Dans les cas intenses, les mouvements sont continuels; le tronc s'agite, se tortille, les membres inférieurs se contournent, se déplacent continuellement; les bras sont, projetés en avant, eu arrière, latéralement; la main, les doigts font d'incessants mouvements d'extension, de flexion, de latéralité; )a tète est projetée en avant, rejetée en arrière, tournée à droite, à gauche, inclinée, relevée; le masque facial change a chaque instant d'expression; le sourcil se fronce, les ailes du nez se
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relèvent, les joues se plissent, la bouche et les lèvres font des mouvements en tous sens. Si on fait tirer la langue, on la voit s'agiter, rentrer, sortir, se plier et se plisser sur elle-même, en masse, ou en certaines parties. Les mouvements involontaires des jambes rendent la marche gênée, irrégulière; dans les cas très intenses, des chutes se produisent, l'enfant doit rester au lit. L'alimentation, dans ces cas graves, devient difficile; l'enfant ne peut plus porter lui-même les aliments et les boissons à ses lèvres; il les projette autour de lui involontairement; il faut les lui mettre dans la bouche, et encore sont-ils en partie repoussés par les mouvements de la langue et des lèvres.
Heureusement, dans bien 'des cas, l'intensité est moindre; il y a tous les intermédiaires entre la chorée violente, telle qu'elle vient d'être décrite, et celle qui se réduit à quelques grimaces, à quelques contorsions des doigts, des membres et du tronc, survenant à intervalles pouvant aller jusqu'à une ou plusieurs minutes. Dans ces cas légers, la vie habituelle est à peine gênée. Il faut néanmoins soigner ces cas bénins avec la même attention que les cas graves; ils peuvent se perpétuer, s'aggraver et ne sont pas à l'abri des complications cardiaques.
Anomalies. — Formes paralytiques. Chorée molle. — Souvent la chorée s'accompagne d'affaiblissement musculaire; cet affaiblissement est tel dans certains cas qu'il atteint la paralysie complète; le tonus musculaire normal est très affaibli ou même aboli; les membres soulevés retombent flasques sur le lit; l'abolition de la tonicité normale permet d'imprimer aux segments des membres des mouvements passifs d'hyperflexion et d'hyperextension qui seraient impossibles à l'état, normal (membres de polichinelle). Cette variété de chorée a reçu le nom de chorée molle. La chorée ne reste du reste pas Constamment, molle; lespériodes parétiques succèdent à des périodes de mouvements ou alternent avec elles; ou encore la parésie se limite à une partie du corps, tandis que les autres membres sont «tteints de chorée franche; la mollesse peut passer d'un membre à l'autre.
Chorées partielles. — Hémiohorées. — Il arrive que la chorée se localise avec prédominance sur une partie du corps ou sur un côté du corps; mais, dans la chorée vraie, cette localisation n'est ni absolue, ni persistante. Les hémichorées permanentes et les chorées partielles permanentes sont toujours des pseudo-chorées symptomatiques d'une altération grossière des centres nerveux, ou de l'hystérie.
Chorées graves. — Les chorées intenses peuvent compro-
mettre beaucoup 'a santé; le séjour au lit, les difficultés de l'alimentation, la dépense de force musculaire et nerveuse, l'absence de sommeil entraînent un état d'affaiblissement marqué et d'anémie prononcée; le frottement perpétuel du siège, des coudes, des talons, de la nuque, sur le plan du lit, peut provoquer des érythèmes, de l'usure de la peau, des ulcérations susceptibles de s'infecter. 11 est rare cependant qu'on n'arrive pas à calmer assez rapidement l'intensité des mouvements pour que l'état cesse bientôt d'être alarmant.
Mais certaines chorées sont graves par elles-mêmes (Dieulafoy). Elles s'accompagnent d'emblée, ou à un certain moment de leur évolution, d'un état d'agitation, d'ataxie, de délire, qui rappelle celui des fièvres ataxiques et est identique à celui du rhumatisme cérébral. La température s'élève, atteint rapidement 40°, 41°, et le malade succombe dans le coma. Parfois un délire systématisé, avec idées de persécution et hallucinations de la vue et de l'ouïe, a précédé la phase ataxique. Ces formes délirantes graves ne se voient que chez des sujets déjà pubères; on ne les a pas observées au-dessous de quatorze ans ; la plupart des sujets ont une vingtaine d'années. La chorée de l'adulte, beaucoup plus rare que la chorée de l'enfant, est aussi beaucoup plus grave, exception faite des chorées survenant pendant la grossesse ou l'allaitement, dites choréet picerpérales, qui évoluent absolument comme les chorées de l'enfance.
Manifestations articulaires. — Rapports de la chorée et du rhumatisme. — La chorée s'accompagne assez souvent de douleurs articulaires vagues, mobiles, fugaces. Plus rarement, on note des manifestations articulaires identiques à celles du rhumatisme. Ce sont des fluxions durant plusieurs jours, frappant plusieurs articulations, passant de l'une à l'autre, obéissant au salicylate de soude. Un peut dire alors qu'il y a une coexistence de rhumatisme et de chorée.
Dans des cas plus nombreux, les rapports entre les deux affections s'affirment d'une autre façon; les poussées rhumatismales et les poussées choréiques alternent au lieu de coïncider. Enfin certains sujets ayant eu, pendant leur enfance, une ou plusieurs attaques de chorée sont frappés, à l'âge adulte, par le rhumatisme. 11 semble y avoir eu, à l'achèvement de la puberté, transformation d'une de ces maladies en l'autre.
Il parait donc impossible de considérer les manifestations articulaires de la chorée comme des troubles trophiques, comme des arthropathies nerveuses d'origine spinale. Elles sont identiques aux manifestations articulaires du rhumatisme. Elles sont du rhuma-