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MALADIES INFECTIEUSES

considérations générales. C'est ainsi qu'au point de vue des symptômes on retrouve, dans toutes ces maladies, des caractères particuliers à l'enfance : la fièvre est chez l'enfant plus brusque dans son début, plus variable dans son évolution que chez l'adulte-; l'état général est souvent moins atteint, l'abattement moins marqué ou ■noins persistant ; on n'observe guère le délire chez les petits enfante '

Fig.

■ Box grillagé mis en usage par uroncher à l'hôpital des Enfants-Malades pour isoler les enfant* contagieux ou suspectés de l'être.

au contraire, les convulsions, qui ne se voient guère chez l'adulte et le grand enfant, sont fréquentes dans les manifestations fébriles de la première et même de la seconde enfance, quelle qu'en soit du reste la cause ; les convalescences sont plus rapides chez l'enfant; elles sont souvent marquées par une brusque poussée de croissance en longueur, qui, chez le moyen et le grand enfant, se fait surtout au niveau des membres ; l'irrégularité cardiaque, par extrasysloles, est fréquente chez l'enfant convalescent de maladie fébrile.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 79

La prophylaxie des maladies infectieuses, et spécialement des fièvres éruptives, prête également à des considérations spéciales. Cette prophylaxie est basée sur ce que nous savons des conditions de propagation. Grancher a montré qu'il suffisait de certaines précautions pour pouvoir garder, dans une salle de petits malades, des enfants atteints de maladies contagieuses, sans qu'il y ait contamination de leurs voisins ; ces précautions sont faciles à prendre, mais efticaces seulement si elles sont rigoureusement et constamment suivies. Partant de cette idée que les germes ne peuvent, dans une salle close, parcourir dans l'air qu'un très court trajet et ne peuvent être transportés d'un enfant à l'autre que par l'intermédiaire de personnes ou d'objets, Grancher prescrit les mesures suivantes : 1° tout enfant contagieux, ou suspect de pouvoir l'être, aura à sa disposition des objets (cuillers, assiette, etc.) qui ne quitteront son lit que pour être stérilisés immédiatement par immersion de quelques minutes dans l'eau bouillante; 2° toute personne, médecin ou infirmière, devant avoir avec l'enfant des contacts pour l'examiner ou le soigner, revêtira une blouse pour approcher l'enfant; quand elle le quittera, elle laissera la blouse sur le lit de l'enfant et se lavera les mains; 3° un paravent en grillage à claire-voie à larges mailles (fig. 21), au besoin même une simple ficelle tendue autour du lit, rappelera au personnel que l'enfant est suspect, et indiquera qu'il faut prendre les précautions ci-dessus mentionnées; il empêchera également les contacts étrangers.

En appliquant cette méthode dans son service de l'hôpital des Enfants-Malades, Grancher a pu y éviter presque totalement les cas intérieurs de maladies infectieuses. Ce résultat est d'autant plus remarquable qu'à cette époque il n'existait d'autres services d'isolement que ceux de la rougeole, de la scarlatine et de la diphtérie; il n'y avait de box d'isolement nulle part, et les coqueluches, varicelles, oreillons, érysipèles étaient soignés dans la salle commune. Toutefois une lacune subsistait les premières années : on n'évitait pas des épidémies de rougeole dues à des enfants entrés en incubation de la maladie, et non traités comme contagieux tant que la maladie n'était pas soupçonnée. Grancher fît traiter tous les enfants entrants qui n'avaient pas encore eu la rougeole comme suspects d'être en incubation de la maladie, tant que dix-huit jours ne s'étaient pas écoulés depuis l'entrée. Il arriva ainsi à supprimer également à peu près complètement les cas intérieurs de rougeole.

Les résultats de cette méthode sont très supérieurs à ceux obtenus par la pratique de Milne préconisée dans ces dernières années. Elle consiste à recouvrir la tète et la poitrine du malade,

d'un cerceau recouvert d'une gaze qu'on asperge toutes les deux heures, jour et nuit, d'essence d'eucalyptus, à enduire matin et soir de cette même essence tout le corps de l'enfant y compris la chevelure, à badigeonner toutes les deux heures, jour et nuit, l'intérieur de la cavité buccale et le pharynx avec de l'huile d'olive phéniquée au dixième. Cette façon de faire, fatigante pour le malade et le personnel, n'a même pas l'avantage d'une efficacité suffisante.

Les préceptes de Grancher continuent à être appliqués avec fruit dans les hôpitaux parisiens d'enfants, mais la création de services d'isolement et de salles munies de boxes individuels en rend l'application plus facile. Ils sont applicables également, avec les modifications nécessitées par les circonstances, à tous les groupements d'enfants et même dans les familles. A propos de chaque maladie, nous insisterons du reste sur les conditions de transmission et sur la durée d'incubation de chacune d'elles, connaissances indispensables pour en assurer la prophylaxie dans les agglomérations infantiles.

Définition. — La rougeole est une fièvre éruptive caractérisée par un exanthème spécial, accompagné et précédé de fièvre et de catarrhe des muqueuses digestives et respiratoires.

Symptomatologie. — Les symptômes évoluent cycliquement en trois périodes. Une première période s'écoule entre le début des premiers symptômes morbides et l'apparition de l'éruption ; elle dure de un à cinq jours et porte le nom de période prodromique.

Période prodromique. — Le début est insidieux; les premiers symptômes sont ceux d'un rhume ou d'une grippe : un peu de fièvre et d'abattement, une toux qui n'offre rien de particulier, de la perte d'appétit, de l'agitation nocturne. Puis apparaissent quelques symptômes déjà plus caractéristiques : il y a du catarrhe oculo-nasal ; les conjonctives sont rouges et larmoyantes; la rougeur et l'injection de la conjonctive sont à leur maximum dans la partie delà conjonctive bulbaire qui Correspond à la fente palpébrale des deux côtés de la cornée; comme cotte région est également celle où se localise la maladie locale appelée ptérygion, on dit que cette conjonctivite est à localisation ptérygéale ; cette topographie est presque particulière à la conjonclivite morbilleuse : dans l'angle interne de l'œil se concrète fréquemment une gouttelette de pus; au matin, les paupières sont collées par les sécrétions desséchées; les narines laissent

couler une sécrétion d'abord séreuse, qui pourra ensuite devenir purulente; il y a des éternuements, une sensation de pesanteur frontale, de barre, semblable à celle du coryza vulgaire.

La voix est plus ou moins enrouée; il y a de la toux, et l'auscultation révèle parfois des râles de bronchite; en somme, symptômes de rhino-trachéo-bronchite, qui ne diffèrent que par des détails de ceux que peuvent provoquer la grippe ou le banal coryza.

Le catarrhe buccal est plus caractéristique. Comby a signalé une stomatite érythémato-pultacée, assez spéciale à la rougeole, bien qu'elle puisse se voir également dans la grippe, la' scarlatine et d'autres maladies aiguës ; il sui'lit d'écarter les lèvres des enfants

fig. 22. — Eléments Koplik en nombre dis- Fi<r.2ï, — Êlémen LsKoplik en grand nombre cret à la l'ace interne de la joue, et auréolés sur une muqueuse presque entièremt-ut

d'une zone rouge. rouge.

pourvoir, sur les gencives rouges, gonflées, parfois violacées, un mince enduit blanchâtre, festonné, facile à détacher, simple desqua mation épithéliale sans aucune exsudation fibrineuse, sans aucune tendance à la formation d'enduit pultacé ou membraneux. C'est là le signe de Comby. Il n'a qu'une valeur relative. Beaucoup plus important au point de vue du diagnostic est le signe de Koplik', car, quand il est bien caractérisé, il est pathognomonique. Pour l'observer, il faut se mettre dans les condilions voulues pour bien déplisser, bien éclairer, et bien regarder la muqueuse de la face inlerne des joues. On fait porter l'enfant devant une fenêtre bien éclairée, on lui fait ouvrir la bouche, et, avec le manche d'une cuiller, on écarte la joue de l'arcade dentaire ; de la main qui ne tient pas la cuiller, on maintient la tète de l'enfant et on la met en rotation externe du côté correspondante la joue qu'on examine, defaçon à ce que la lumière tombe perpendiculairement sur la muqueuse- Apert. — Mal- des Eulants, 3e cdd. p

Puis on tourne la tôle de l'enfant de l'autre côté, de façon à examiner l'autre joue. On voit alors, sur le poli et le luisant normal de la muqueuse, de minuscules saillies grisâtres transparentes, très fines, auréolées le plus souvent, mais non toujours, d'une petite zone rouge écarlate (fig. 22). 11 ne faut pas confondre ces saillies sus-jacentes à la muqueuse avec les petites glandes salivaires buccales qui sont plus volumineuses, etqui sontsous-épilhéliales, si bien quele luisant de la muqueuse ne s'interrompt pas à leur niveau.

Tel est l'aspect du début. Le lendemain, les tâches sont plus franchement blanches, plus nombreuses, et leurs auréoles rouges se sont confondues en nappes étendues, qui sont parsemées de points blancs comme si la muqueuse avait été saupoudrée de sucre en poudre (fig. 23).

L'aspect que nous venons de décrire existe dans la moitié des cas de rougeole de la seconde enfance. D'autres fois, les éléments Koplik sont très discrets; il faut les chercher dans le sillon gingivoiugal. Il est exceptionnel qu'ils manquent complètement à cet âge. Chez l'enfant des deux premières années, le signe de Koplik est presque toujours discret et fait souvent complètement défaut. Chez les adultes et les grands enfants, il est également en général assez discret et il manque dans un quart environ des cas.

La voûte et le voile du palais ne présentent rien de comparable, ni au signe de Koplik, ni au signe de Comby; mais on peut y voir, plusieurs heures et parfois vingt-quatre heures avant l'éruption cutanée, un pointillé rouge analogue à cette dernière.

Pendant toute cette période, la fièvre n'a fait qu'augmenter, soit progressivement, soit par des accès ordinairement vespéraux, séparés par des rémissions incomplètes. L'agitation, le malaise ont été également en progressant. Le catarrhe oculo-nasal a augmenté, la toux est devenue de plus en plus fréquente; la langue s'est chargée d'un enduit blanc; l'appétit a disparu; tous les symptômes en un mot sont au summum quand apparaît l'éruption.

Période d'éruption. — L'éruption débute le plus souvent par la face et parfois à l'union de la face et du cou, à la région sous-maxillaire, ou derrière les oreilles et à la nuque; il faut relever la chevelure des enfants, dégager le cou des foulards et vêlements pour saisir les premières manifestations éruplives. Ce sont de petites taches rosées, peu saillantes, douces au toucher, irrégulièrement arrondies ou ovalaires, souvent déchiquetées, fréquemment groupées en croissants ou en corymbes, et laissant dans leur intervalle des lacunes de peau blanche saine. Elles envahissent rapidement toute la face, qui devient bouffie ; les paupières sont gonflées, ce qui

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