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XI. - GRIPPE ; INFLUENZA

Nosologie, microbiologie. — Dans le langage courant, on appelle grippe des infections passagères épidémiques, se manifestant par de la fièvre à début brutal, de la céphalalgie, de la courbature, de l'asthénie, et souvent accompagnées ou suivies de manifestations catarrhales des voies respiratoires, et plus rarement du tube digestif (grippe à forme intestinale). Il est vraisemblable qu'il s'agit, en réalité, de multiples infections spécifiquement distinctes, mais qu'il est impossible de distinguer entre elles, parce qu'elles manquent d'un symptôme caractéristique tel que l'éruption pour les fièvres éruptives, la quinte pour la coqueluche, la tuméfaction des glandes salivaires pour les oreillons.

Parmi ces infections, il en est une qui mérite une place à part; elle présente au maximum les caractères signalés plus haut, en particulier le début brusque et l'asthénie ; elle procède par grandes pandémies extensives qui envahissent, en quelques jours, des provinces entières ; si l'usage était d'accord avec la logique et avec l'histoire, on pourrait sans doute réserver à cette forme particulièrement remarquable le nom de grippe; mais ce nom, dans l'intervalle des dernières grandes manifestations grippales a perdu sa signification première pour s'appliquer à des lièvres passagères, à des catarrhes respiratoires plus banaux; lors de l'avant-dernière manifestation de la grande épidémie, en 1889-1890, on avait adopté le nom d'influenza, dénomination italienne du mal. Il valait mieux que le nom de grippe espagnole qui a prévalu lors de la récente épidémie de 1918. Ce nom n'a même pas le mérite de l'exactitude puisque c'est, comme d'usage, en Russie, que la maladie a apparu tout d'abord. Dans la période intercalaire, de 1890 à f918, des épidémies plus bénignes se sont succédées, et il est difficile de tracer la limite entre celles qui relèvent de l'influenza et sont une reviviscence et comme une queue de l'épidémie de 1889, efe celles qui en sont indépendantes et dues à une exaltation de virulence accidentelle de microbes banaux. C'était d'autant plus difficile que le microbe spécifiquedel'influenzaélait inconnu; il est, en effet, aujourd'hui certain que les nombreux microbes que l'on voit dans les sécrétions des influencés et des grippés, avec une prédominance variable selon l'épidémie considérée, sont des microbes d'infection secondaire, à végétabilité et à virulence augmentées par lasymbiose avec la grippe. Le microbe spécifique de celle-ci se comporte comme la bactérie

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ovoïde dessepticémies hémorragiques des animaux, qui n'est décelable que de façon très passagère et cède très rapidement la place à des microbes d'infection secondaire multiples et variés : bacille de Pfeiffer, micrococcus catarrhatis, paratétragène zoogléïque de Bezançon, pneumobacille de Friedlander, pneumocoque de Talamon, etc.

D'après Nicolle et Lebailly, le microbe de la grippe est un microbe filtrant invisible, existant dans les mucosités pharyngées, ne passant pas dans le sang, inoculable à l'homme par voie souscutanée. Le filtrat de mucosités pharyngées, déposé sur la conjonctive de Macaques, leur donne la maladie.

Syniptonaatologie. — La grippe se présente chez l'enfant, avec le même cortège symptomatique que chez l'adulte. 11 faut toutefois noter certaines particularités : l'enfant supporte la grippe beaucoup mieux que l'adulte; il est exposé à faire des températures très élevées au début du mal ; mais il les supporte bien, et elles sont passagères; toutefois, après la chute rapide qui suit de quelques jours l'élévation brusque initiale, on note parfois une nouvelle élévation de température qui dure quelques jours sans atteindre une grande intensité, et qui répondsans doute à une poussée d'infection secondaire; cette poussée récurrente manque plus souvent chez l'enfant que chez l'adulte ; il est remarquable que le jeune enfant, qui a si facilement des complications pulmonaires à la suite de la rougeole ou de la coqueluche, échappe, lors des épidémies de grippe, aux localisations broncho-pulmonaires bien plus que l'adolescent ou l'adulte. La grippe est le plus souvent chez l'enfant une affection courte; la maladie prend l'allure d'une fièvre banale, et l'hyperthermie, l'état nerveux, la céphalalgie intense, l'endolorissement généralisé, qui sont si fréquents chez l'adulte, sont rares chez l'enfant. L'épistaxis est fréquente. La convalescence est rapide.

Pronostic. — 11 est le plus souvent bénin. Toutefois la mort peut survenir par complication pulmonaire ou intestinale (diarrhée hémorragique). Dans la dernière épidémie, les filles de deux à neuf ans ont fourni plus de deux fois plus de décès que les garçons.

Traitement. — Il faut tenir l'enfant au lit, jusque vingt-quatre heures après la chute de la fièvre, Il faut le tenir dans l'appartement jusqu'après le retour complet de la santé absolue.

Lasalipyrine, l'antipyrine, le pyr amidon, l'aspirine, le salicylate de soude donnent de bons résultats, à la dose de 0 gr. 05 à Ogr. 10 pro die par année d'âge, répartie en plusieurs prises.

Dans les formes avec dépression, on donnera, en outre, l'acétate d'ammoniaque. Dans les formes gastro-intestinales, on prescrira une purgation au calomel ou à l'huile de ricin.

Le rhumatisme est une maladie qui procède par poussées aiguës de tuméfactions articulaires se répétant à intervalles variables dans l'enfance, l'adolescence et la jeunesse, et s'accompagnant souvent de déterminations viscérales qui frappent surtout les séreuses et l'endocarde.

Le rhumatisme débute, en général, dans l'enfance ; c'est de huit à quinze ans que s'observe la première poussée, dans la très grande majorité des cas ; un sujet qui, sa croissance achevée, n'a pas eu d'atteinte de rhumatisme est presque sûrement à l'abri de la maladie. Avant quatre ans, l'affection est également tout à fait exceptionnelle. Les poussées articulaires qu'on observe en dehors de ces âges sont pour ainsi dire toujours des pseudo-rhumatismes.

Si la première poussée remonte en général à l'enfance ou au plus tard à l'adolescence, les dernières continuent le plus souvent à se manifester à l'âge adulte et jusque vers quarante ans. Le rhumatisme est donc une maladie à cheval sur l'enfance et sur l'âge adulte.

Syuiptoinatologie. — Le rhumatisme de l'enfance diffère du rhumatisme de l'adulte par un certain nombre de caractères : l°les phénomènes généraux sont moins prononcés, chez l'enfant; les tuméfactions articulaires sont plus fugaces et moins intenses ; 2° les déterminations endocardiques et péricardiques sont encore plus fréquentes que chez l'adulte.

Manifestations articulaires. — La maladie débute par un endolorissement des articulations, en général les genoux et les chevilles ; ce n'est qu'au bout de quelques jours que. la tuméfaction devient évidente et oblige au séjour au lit. La température monte peu à peu, sans jamais être bien élevée ; elle se maintient aux environs de 38°, 38°, 5; le pouls peut, dès le début, présenter des irrégularités ; la pâleur du visage et du corps est la règle ; les sueurs sont moins fréquentes que chez l'adulte.

Les articulations atteintes sont tuméfiées ; aux genoux, on constate souvent un épanchemenl manifesté par la constatation du choc rotulien; aux chevilles, c'est sur les parties postéro-latérales, en arrière des malléoles, que l'on constate la tuméfaction; aux poignels, c'est la région dorsale du carpe. La peau reste en général pâle ; il est rare que l'inflammation soit assez vive pour lui donner une teinte rosée. Les épaules sont assez souvent atteintes; les coudes plus rarement, ainsi que les petites articulations des doigts. Les articula lions du crâne avec la colonne vertébrale sont fréquemment

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touchées chez l'enfant; il en résulte une immobilité de la tète souvent un peu portée en avant, parfois déviée sur le côté par la prédominance du mal surune des articulations occipito-atloïdiennes. On a alors ce qu'on appelle le torticolis rhumatismal.

Les tuméfactions articulaires ne sont pas fixes; elles varient d'un jour à l'autre ; une articulation peut se prendre alors qu'une autre se dégage ; l'évolution du rhumatisme peut ainsi durer très longtemps, des semaines et des mois; cette durée est en, général, très réduite par le traitement salicylé ; c'est trois ou quatre jours après le début du traitement que disparaissent les manifestations articulaires.

Manifestations cardiaques. — On observe parfois des cas où les lésions cardiaques ont devancé la poussée articulaire, soit qu'elles soient récentes et que l'atteinte cardiaque ait été la première manifestation de la poussée actuelle de rhumatisme, soit qu'elles soient anciennes et qu'elles témoignent d'une poussée précédente limitée uniquement au cœur, ou dont les manifestations articulaires ont été assez légères pour ne laisser aucun souvenir.

En général pourtant les articulations sont malades depuis quelques jours quand apparaissent les premiers symptômes cardiaques ; ils sont de règle chez l'enfant; les diverses statistiques les constatent dans 80 à 90 p. 100 des cas; ils s'annoncent par de l'assourdissement des bruits du cœur, par des irrégularités^; des inégalités du pouls, puis survient le bruit de souffle, en général localisé au premier temps et à la pointe du cœur, ce qui témoigne de l'existence d'une endocardite mitrale. Parfois le souffle est léger et s'atténue au bout de quelques jours. Dans la majorité des cas, il persiste, et l'endocardite dont il témoigne devient le point de départ d'une cardiopathie grave.

La péricardite rhumatismale, moins fréquente que l'endocardite, s'observe néammoins une fois sur huit ou dix cas. Elle est donc également bien plus fréquente chez l'enfant que chez l'adulte. Elle coexiste en général avec l'endocardite. Au début, elle est insidieuse; il faut la dépister ; l'auscultation révèle des bruits de frottement, qui se distinguent des bruits de souffle par leur timbre, par leur localisation à la région mésocardiaque, par leur absence de propagation ; la palpation peut, si le frottement est intense, permettre de le percevoir par le toucher ; la pression entre les deux chefs du sterno-cléido-mastoïdien permet de provoquer la douleur du nerf phrénique gauche caractéristique de la péricardite; plus rarement, on trouve des points douloureux le long du bord gauche du sternum et sur la ligne des fausses côtes gauches, nu le long du phrénique gauche.

ApF.tiT. — Mal, des Enfants. 3e édit. Il

La péricardite peut rester sèche, ou se transformer en péricardite avec épanchement ; ou encore l'épanchement peut se produire d'emblée ; il est toutefois rare que l'épanchement soit considérable et provoque des signes de compression cardiaque avec cyanose, pouls paradoxal, dyspnée.

La péricardite rhumatismale a tendance à la résorption. Elle peut disparaître au bout d'une ou plusieurs semaines, qu'elle ait pris la forme séreuse ou la forme sèche. Malheureusement cette heureuse terminaison n'est pas constante. Dans des cas trop nombreux, que la péricardite ait été sèche ou qu'il y ait eu un épanchement, il persiste des adhérences cardio-péricardiques, et l'enfant est exposé aux graves conséquences de la symphyse cardiaque. Il n'est pas toujours facile de dire si une poussée de péricardite a laissé ou non des adhérences ; souvent le malade semble bien guéri de son rhumatisme et de sa péricardite, et c'est quand il commence à se lever que se manifestent des symptômes d'insuffisance cardiaque qui vont rapidement en augmentant. Les asystolies rapides, irréductibles ou seulement momentanément réductibles par la digitale, sont presque toujours, chez l'enfant, le résultat d'une symphyse cardiaque, compliquée ou non d'endocardite.

Manifestations pleuro-pulmonaires. — 11 peut se produire, au cours de la poussée de rhumatisme, un épanchement pleural, souvent, mais non toujours, coexistant avec l'endopéricardite ; l'épanchement est peu abondant, peu persistant ; c'est surtout à gauche qu'on l'observe; il peut aussi exister à droite ; il peut être mobile et passer d'une plèvre à l'autre ; les séreuses pleurales se comportent alors à la façon des synoviales articulaires ; ces épanchements guérissent en général sans nécessiter de ponction.

On observe aussi des poussées congestives ou œdémateuses des poumons, qui ont le même caractère de mobilité ; elles se manifestent par un peu de dyspnée et d'accélération respiratoire, des crachats gluants, rarement sanguinolents, et des bouffées de râles fins avec un souffle à timbre humide plus rapproché du souffle pleurétique que du souffle pneumonique. Elles disparaissent en général en quelques jours.

Manifestations sur le système nerveux. — La chorée est liée au rhumatisme par des relations intimes. Les crises choréiques alternent parfois avec les crises rhumatismales; les manifestations de la chorée sur le cœur rappellent celles du rhumatisme. La chorée sera toutefois étudiée dans un chapitre spécial où l'on trouvera tout ce qui concerne les relations réciproques du rhumatisme et de la chorée.

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