II. — Syphilis acquise
Étiologie. — La syphilis acquise après la naissance est due à l'apport du virus syphilitique sur une excoriation de la peau ou d'une muqueuse accessible. Cet apport est effectué parfois lors d'attentats subis par l'enfant ; le chancre siège, dans ce cas, à la vulve, à l'anus ou aux alentours. Mais beaucoup plus souvent il s'agit d'une contamination accidentelle. L'enfant est contaminé, soit directement par le baiser, par exemple quand la personne qui l'a embrassé avait des plaques muqueuses dans la bouche, ou par l'allaitement, si la nourrice portait des plaques muqueuses du mamelon.
L'infection accidentelle peut se faire encore par promiscuité de linges, d'épongés, de serviettes, de verres, de cuillers ayant servi récemment à un syphilitique. Aussi l'accident primitif est chez l'enfant très souvent extragénital ; il siège aux lèvres, à la face, au cou, à l'abdomen, plus souvent qu'aux organes génitaux.
Symptomatologie. — Le chancre se présente avec les mêmes caractères que chez l'adulte ; quelque soit le siège, le bubon satellite existe dans la région ganglionnaire correspondante. Les chancres abdominaux de l'enfant sont souvent des chancres géants. Les chancres labiaux, souvent fissuraires, sont exposés à être pris pour de l'impétigo induré par inflammation chronique ; mais leur persistance, leur induration étendue, l'existence du bubon satellite dur et indolore doivent les faire reconnaître. L'apparition de la roséole confirme le diagnostic.
La syphilis acquise de l'enfant est d'autant plus grave que l'enfant est plus jeune. Au-dessus de deux ou trois ans, elle évolue comme chez l'adulte, et elle obéit, en général, très bien au traitement; on voit rarement des formes malignes ; mais elle expose au tabès et à la paralysie générale autant que chez l'adulte ; quand le tabès ou la paralysie générale juvéniles ne relèvent pas de la syphilishéré-
dilaire, on découvre souvent une syphilis acquise passée inaperçue.
La syphilis acquise du nourrisson partage la gravité de la syphilis congénitale, et est d'autant plus sévère qu'elle a été contractée à une période plus rapprochée de la naissance. Le coryza purulent, les fissures labiales et anales, le pemphigus des mains et des pieds, les plaques muqueuses cutanées, la cachexie rapide, que nous avons étudiés dans la syphilis congénitale, se voient également dans la syphilis acquise dès les premiers mois; elle peut donner lieu à des troubles de développement, à des dystrophies dentaires et osseuses, à des troubles oculaires et auriculaires identiques à ceux de l'hérédosyphilis ; à part l'absence du chancre et de la roséole dans la syphilis héréditaire, les différences que signalent les auteurs entre la syphilis acquise et la syphilis héréditaire ne sont donc pas dues à une différence foncière liée au mode de contamination ; elles sont uniquement dues à la différence d'âge des sujets, et elles s'atténuent au point de disparaître quand la syphilis est acquise dès les premiers mois.
Tout ce que nous avons dit de la syphilis congénitale peut donc s'appliquer, mutandis mutatis, à la syphilis acquise du nouveau-né.
Diagnostic. — Le diagnostic de la syphilis acquise chez l'enfant ne présente pas.de difficulté spéciale, mais il faut y penser. Les ulcérations indurées persistantes des lèvres avec ganglions satellites doivent éveiller l'idée du chancre possible et faire guetter l'apparition de la roséole.
Traitement. — Il est identique à celui de la syphilis congénitale.
Pathogénio. — L'infection du nouveau-né par la voie ombilicale peut se produire, soit par le cordon avant sa chute, soit par la plaie ombilicale, tant qu'elle n'est pas complètement cicatrisée.
Depuis l'ère antiseptique, les infections par le cordon sont exceptionnelles; la section du cordon est faite avec les précautions aseptiques voulues ; puis les pansements asepliques du cordon et la ligature empêchent que la section soit le point de départ de pullulations microbiennes. Bientôt, du reste, le cordon est trop desséché pour être un milieu de culture. 11 arrive cependant parfois, surtout chez les enfants débiles ou prématurés, qu'au lieu de se dessécher le cordon se putréfie ; il est le siège d'une gangrène humide et tombe en déliquium ; sa surface d'insertion est alors mise à nu avant d'être cicatrisée et s'infecte au contact du tissu putréfié. En général, cette
putréfaction est due à des bactéries saprogènes et peu pathogènes; l'infection reste focale.
Plus souvent, le point de départ de l'infection est au niveau de l'ombilic lui-même. Le sillon d'élimination du cordon est le siège d'un léger suintement qui offre aux microbes un terrain de culture. Malgré les plus grands soins aseptiques, l'ensemencement de ce liquide de suintement reste rarement stérile. La cicatrisation n'est pourtant aucunement troublée. Pour que des accidents surviennent, il faut, soit que l'enfant soit particulièrement peu résistant, soit surtout que des microbes particulièrement pathogènes aient contaminé la plaie ; aussi, c'est surtout chez les enfants de mères infectées elles-mêmes qu'il faut redouter les infections ombilicales. Le meilleur moyen d'éviter, en ce cas, l'infection du nouveau-né est de l'éloigner rigoureusement de la mère. Si toutefois l'infection maternelle est purement locale, ce serait exagéré de priver l'enfant du sein; mais il ne sera amené à sa mère qu'emmailloté ; les changes seront faits loin du lit maternel, par une personne n'approchant pas la mère; ou, si les circonstances ne permettent l'aide que d'une seule personne, elle n'approchera l'accouchée qu'après avoir revêtu une blouse ; pour soigner l'enfant, elle quittera sa blouse et se désinfectera soigneusement les mains.
Aiiatoinie pathologique. — L'infection peut rester superficielle et se manifester uniquement par la présence au niveau de la plaie ombilicale d'une sécrétion septique, c'est la pyorrhée ombilicale; la plaie ombilicale infectée tantôt bourgeonne d'une façon exagérée (fongus ombilical), tantôt, au contraire, ronge les parties voisines (ulcère ombilical). Les portions voisines de l'ombilic s'enflamment (omphalite, périomphalite) ; le plus souvent la pullulation microbienne se localise plus spécialement sur une des nombreuses voies ouvertes à l'infection ; elle suit les interstices du derme (érysipèle ombilical) ou les réseaux lymphatiques sous-dermiques (lymphangite péri-ombilicale), ou le tissu cellulaire sous-cutané (phlegmon ombilical); les vaisseaux ombilicaux sont parfois pris isolément : la veine ombilicale est atteinte de phlébite, qui porte l'infection jusqu'au foie ; les artères ombilicales sont atteintes d'artérite, et une septicémie généralisée en est souvent la conséquence. Les vaisseaux atteints sont indurés, obstrués par un caillot jaunâtre, ramolli- par la suppuration. Les infections vasculaires se font parfois directement, sans participation aucune du tissu ombilical à l'infection ; au niveau des ombilics suintants, la lumière des vaisseaux ombilicaux persiste parfois non encore obturée, et les microbes y trouvent une voie ouverte; l'infection vasculaire peut ne se manifester qu'une fois la plaie ombilicale fermée; il faut