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IX. — Diabète insipide

Définition. — On désigne sous le nom de diabète insipide une maladie caractérisée par une polyurie excessive avec pol ydipsie. sans glycosurie, sans poiyphagie, sans autophagie.

Etiologie. — On a peut-être voulu trop rapprocher le diabèle insipide du diabète sucré. Voilà pourquoi l'on a cherché du côté des diverses substances chimiques, que l'urine peut éliminer normalement ou pathologiquement, les raisons de la polyurie et de la polydipsie.

C'est ainsi qu'on a cru pouvoir admettre et décrire des diabètes phosphaturique, azoturique, albuminurique, peptonurique, oxalurique, uratique, etc., etc. Nous y ajouterons le diabète chlorurique. Dans un cas de ce genre, observé par nous, M. de Girard, professeur agrégé de chimie et préparateur du laboratoire des cliniques à l'Hôpital général, a trouvé des quantités de chlorure de sodium véritablement prodigieuses à un moment donné (36 grammes par jour), au point qu'il s'est demandé si nous n'étions pas en présence d'une véritable supercherie. La malade en question n'est pas une enfant. Elle a 36 ans. Mais son diabète insipide remonte à l'enfance (11 ans).

La comparaison de ces divers diabètes avec le diabète sucré serait fort juste si chaque substance chimique, éliminée en excès par les urines, nécessitait pour cela une quantité de liquide déterminée, produisant, par suite, une polyurie et une polydipsie proportionnelles à son élimination. Or, il n'en est pas absolument ainsi, du moins d'une façon générale.

Les causes du diabèle insipide ne nous sont pas parfaitement connues, quand il s'agit de l'adulte. A plus forte raison nous est-il difficile de les pénétrer, lorsqu'il s'agit de l'enfant, chez qui ce diabète est relativement rare. Je ne l'ai pour mon compte observé que deux fois, dans ma carrière médicale. Une fois dans le service de mon regretté maître le professeur Dupré. 11 s'agissait d'un enfant de 12 ans environ, lils de concierge, atteint d'un diabète insipide assez intense

(10 à 12 litres par jour). Le second est la malade dont j'ai déjà parlé plus haut et chez laquelle le diabète a paru dès l'enfance (11 ansi.

Chez le premier, je n'ai jamais pu savoir à quelle cause on pouvait attribuer ce diabète. Chez la seconde, on ne trouve, à l'origine de cette maladie, qu'une insolation et des coups sur la tète administrés par le père. Actuellement elle urine 18 litres par 24 heures. Sa soif 'serait plus intense l'hiver que l'été. Elle boit autant de liquide (eau) qu'elle en rend par les urines. La polydipsie, comme on le voit, est en rapport avec la polyurie. Le chlorure de sodium, trouvé un moment en excès dans les urines de cette malade, n'y a plus été rencontré, par la suite, en aussi grande abondance par M. de Girard lui-même. On a noté par intervalles, chez cette polyurique, de la peptonurie, de l'oxalurie, et une faible proportion d'urée.

Au fond, il semble que la polyurie, dans le diabète insipide, tienne plus à une névrose cérébrospinale ou simplement rénale, ayant pour conséquence la filtration trop rapide du liquide urinaire, qu'à la présence dans ce liquide d'une substance chimique quelconque, à l'inverse de ce qui se passe dans le diabète sucré (1 ) .

Symptomatologie. — Les symptômes du diabète insipide sont uniquement la polyurie et la polydipsie, dont le degré respectif est en rapport constant.

Les urines, dune densité extrêmement faible et quasi aqueuses, sont d'une limpidité grande et offrent presque l'aspect de l'eau ordinaire, surtout si la polyurie et la polydipsie sont très marquées.

Le diabète insipide a été en progressant, chez la malade que nous suivons encore journellement et, cela, depuis son enfance. La polyurie, qui était au début (vers 11 ans) de 6 litres environ, est actuellement, comme nous l'avons dit plus haut, de 18 en 24 heures.

(1) Voir les thèses sur la Polyurie de MM. les Professeurs Kiener

(Strasbourg, 1866) et Granel (Montpellier, 1877).

MALADIRS GÉNÉRALES \)\

La langue est généralement sèche et fendillée. La bouche pâteuse. L'estomac est dilaté d'ordinaire.

Chez elle, comme chez tous nos malades présentant du diabète sucré, l'exploration du pancréas a toujours été douloureuse, principalement au moment où elle présentait (ce qui lui arrive de temps à autre) des crampes d'estomac, qui peuvent s'expliquer, soit par une indigestion de liquides à un moment donné, soit par des coliques pancréatiques, dont les ouvrages classiques parlent à peine, s'ils ne les passent pas même sous silence, et auxquelles, depuis longtemps déjà (1), nous avons attribué un rôle considérable en pathologie et en clinique.

Ceci viendrait à l'appui de l'opinion du professeur de Dominicis (de Naples), qui veut que le pancréas soit en cause, même dans l'étiologie et la pathogénie du diabète insipide, sans que l'on puisse, jusqu'à présent, bien s'expliquer une pareille influence.

Diagnostic. — Chez l'enfant, le diabète sucré et l'incontinence, nocturne ou diurne, d'urine sont les seules maladies que l'on puisse confondre, à un examen superficiel, avec le diabète insipide.

L'analyse des urines dans le premier cas, leur simple collection pour les 24 heures (le jour où la chose sera possible) dans le second, soulèveront toutes difficultés à cet égard.

Le mieux est, si l'âge de l'enfant le permet, de recueillir chaque jour les urines des 24 heures, jusqu'à ce que le malade passe une journée entière sans les perdre involontairement. Ce jour-là l'expérience sera faite et, croyons-nous, concluante; bien que nous ne soyons pas convaincu, à l'heure actuelle, que l'incontinence d'urine, en raison de l'idée étioîogique que nous nous en faisons (voir plus loin), ne s'accompagne pas d'un certain degré de polyurie.

Il nous semble toutefois, que le fait seul de constater

(1) L. Baumel. Calculs pancréatiques observés dans un cas de diabète maigre. Montp. méd., 1881, et^ Pancréas et diabète, eodem loco. 1881-1882.

l'inconlinence d'urine, nocturne ou diurne, doit exclure l'idée de diabète insipide simple, li est rare en elïet, exceptionnel même, de constater l'incontinence au cours de celui-ci. La chose pourrait cependant se produire sans qu'il y eut lieu de s'en étonner outre mesure. Voilà pourquoi seule la quantité des urines de 24 heures peut indiquer s'il y a ou non, dans ces cas, polyurie et par suite diabète insipide.

Pronostic. — Le diabète insipide, à l'inverse du diabète sucré, est une maladie dont le pronostic est relativement bénin.

Cette maladie est surtout incommode par la soif intense qu'elle détermine et les envies fréquentes d'uriner auxquelles elle donne lieu, sans parler de linsomnie relative qu'elle produit, par la nécessité où elle met le malade de se lever plusieurs fois la nuit, pour uriner.

Trailement. — Bien des moyens ont été préconisés pour combattre la polyurie ou du moins le diabète insipide.

On a eu successivement recours aux astrigents (tannin), aux anexosmotiques (antipyrine), aux nervins (bromure de potassium), aux reconstituants (phosphate de chaux), aux excitants du système nerveux (strychnine, jiouranls interrompus) et de la nutrition (courants continus). Tout a été jusqu'à ce jour impuissant, non seulement à guérir, mais encore à atténuer le mal.

Nous espérons toutefois que le jour n'est pas éloigné où, par suite de recherches plus attentives et plus fructueuses que par le passé, soit du côté des centres nerveux, soit en chimie biologique, soit même du côté de l'anatomie et de la physiologie pathologiques du pancréas, on trouvera les raisons étiologiques et pathogéniques de cette maladie, beaucoup plus incommode que grave, il faut le reconnaître. Ces raisons sont restées inaccessibles à toute explication plausible, jusqu'à ce jour, comme reste nul et inefficace, jusqu'à présent, le traitement, en apparence le plus rationnel, dirigé contre le diabète insipide.

Le jour où s'éclaire létiologie d'une maladie donnée, s'éclaire du même coup sa thérapeutique. Aussi, M. le Profes-

seur Bouchard réclame-t-il, avec juste raison, que nous fassions de la thérapeutique pathogénique. Encore faut-il, pour cela, que cette pathogénie nous soit connue.

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