XIV. — Roug-eole
Définition. — La rougeole est une fièvre éruptive qui présente à considérer : 1° une fièvre; 2" une éruption ; S'' un catarrhe, oculo-nasal et broncho-pulmonaire, caractéristique.
Si la scarlatine n'est pas une maladie fatalement obligatoire pour l'enfant, il semble en être tout autrement de la rougeole. 11 n'y a pas d'enfant, à notre connaissance, qui ne l'ait eue, au moins une fois.
Etiologie. — La contagion, médiate ou immédiate, en est la cause la plus commune. Dans sa très intéressante et très substantielle communication au Congrès International de Médecine (Section de Pédiatrie, Paris, i9(X)), M. le Professeur Grancher a montré que la diffusion 7ie se fait pas à une très grande distance, ni surtout par l'intei média ire de L'air, mais
bien au contraire par les vêtements, les objets solides, les gens de service, les parents, etc., quelle est médiate, en un mot, le plus souvent.
Le microorganisme de la rougeole ne nous est point encore connu. Bien que cette dernière ne soit pas, plus que la scarlatine, une maladie spéciale à l'enfant, c'est surtout dans l'enfance qu'on l'observe, toutefois.
Sijmptômes. — La fièvre, par elle-même, n'a rien de bien caractéristique. Elle se maintient habituellement faible, sauf complications. Elle oscille, généralement, entre 38° et 39% rarement 39 o. Quand on voit des températures plus élevées, on doit songer le plus souvent à l'existence d'une complication et, plus spécialement, à celle d'une bronchopneumonie; quelquefois, même, on voit survenir une pleurésie.
A la courbe thermique de la rougeole vient s'ajouter parfois ou se superposer celle de l'évolution dentaire, qu'il faut savoir distinguer, pour ne pas songer, tout de suite et à tort, à une des complications précédentes. Ce n'est pas toujours très facile ; mais, avec un peu d'attention, on y arrive cependant aisément.
L'incubation de la rougeole est de 11 jours au minimum, d'après M. le Professeur Grancher (1).
L'éruption est ici plus caractéristique que dans la scarlatine. Elle se compose de macules, qui ressemblent assez vaguement à la piqûre d'une puce, moins le point central de celle-ci et ses bords, d'ordinaire, non déchiquetés. Il y en a de plus grandes et déplus petites. Souvent séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine, qui les mettent encore plus en évidence, elles se fusionnent le plus souvent sur certains points. L'éruption est dite alors confluente et constitue des taches, de dimensions plus ou moins grandes, de couleur uniforme surtout à leur centre, mais entièrement déchiquetées sur leurs bords.
Comme la scarlatine, la rougeole peut revêtir le caractère
(1) Grancher. Communication au congrès international de Médecine. Section de Pédiatrie, Paris, 1900.
MALADIES GÉNRRALKS ' * 137
hémorrhagique. Les taches, dans ce cas, ne disparaissent pas à la pression et revêtent le caractère ecchymotique, plutôt que celui de macules proprement dites. La rougeole est dite boutonneuse lorsque ses macules, étant légèrement saillantes, ressemblent à de véritables papules.
Le catarrhe, oculo-nasal et laryngo-bronchique, est véritablement caractéristique. Dès le début, avant la lièvre et l'éruption, le petit malade présente du larmoiement intense, des éternuements fréquents, une toux férine plus ou moins opiniâtre, avec, à l'auscultation, tous les signes d'une bronchite généralisée (râles sibilants, plaintifs, ronflants, muqueux, disséminés dans toute l'étendue du thorax).
La desquamation est généralement furfuracée.
Complications. — Parmi les complications les plus fréquentes de la rougeole, nous devons citer : d'abord, la bronchopneumonie, une des plus graves; la pleurésie et la pneumonie, beaucoup plus rares ; puis, l'albuminurie ; mais aussi, le cœur forcé, d'autant plus facile à se produire que le catarrhe bronchique est plus intense ou plus étendu, les foyers de bronchopneumonie plus nombreux, le thorax plus rachitique. Nous avons depuis longtemps signalé la gravité de la bronchite des bossus (1), sur laquelle M. Huchard insiste complaisamment, dans ses récentes et remarquables Consultations'Médicales (2). Il en est de même, selon nous, chez tous les anormaux thoraciques.
On note parfois, au cours de la rougeole chez l'enfant, une véritable toux croupale, que l'on a expliquée par la production d'ulcérations laryngées, au niveau de la glotte et des cordes vocales, d'où leur spasme dans ce cas. Outre que ces ulcérations sont assez difficiles à interpréter au point de vue pathogénique, plus difficiles encore à constater, étant donnée l'indocilité habituelle des petits malades, nous nous deman-
(1) L. Bauinel. Broncho-pneumonie simple. Mal de Pott et Tuber culose rénale, in Leçons Cliniques sur les maladies des enfants. Paris, Masson, 4893, p. 147.
(2) Huchard. Poumon et cœur des bossus. Consultations Médicales. J. B. Baillière et fils. Paris, 1901, p. 118 et suivantes.
dons (sans vouloir en nier systématiquement l'existence, bien que pour notre compte nous ne les ayons jamais observées) si elles sont aussi fréquentes quon se l'imagine et si, dans l'immense majorité des cas, il n'y aurait pas. pour expliquer cette toux croupale, à invoquer un élément tout aussi efficace et beaucoup plus commun. Nous voulons parler de linûuence exercée par l'évolution dentaire sur la production du spasme laryngien, même au cours d'une rougeole. C'est ainsi que nous comprenons, d'ailleurs, le mécanisme et la pathogénie de la laryngite slriduleuse ou faux croup, que nous étudierons plus loin et que nous n'avons rencontrée, au cours d'une simple laryngite, que chez des cnfanis en évolution dentaire.
Bien souvent, en pédiatrie, ces détails de l'évolution doivent être présents à l'esprit du médecin, qui, sans cela, se laisserait facilement égarer et serait même souvent amené à interpréter faussement un fait, simple en lui-même et relativement aisé à expliquer.
L'albuminurie. Tenr^ocardite, s'observent assez communément dans la rougeole, moins intenses toutefois et moins graves, d'ordinaire, que dans la scarlatine. On doit les rechercher avec le plus -grand soin, pour les dépister et les traiter aussitôt qu'elles se manifestent. Il en est de même de la péricardite, mais surtout de la myocardite et du cœur forcé, d'autant plus faciles à se produire ici, qu à l'infection et à la diète, commandée par l'état fébrile, vient s'ajouter la gêne circulatoire due à la bronchite, à la broncho-pneumonie, à l'emphysème enfin, résultant lui-même de la toux (effort) ou de la respiration supplémentaire (emphysème vicariant de Jaccoud).
Dans la rougeole, comme dans la scarlatine, des convulsions peuvent ouvrir la siène j)athologique. Elles sont d'autant plus faciles à produire que l'enfant se trouve en évolution dentaire, qu'il est sous le coup d'une indigestion, delà constipation, du sevrage, toutes causes, nous le verrons plus loin, de natureà favoriser ou à provr)qucr les convulsions.
Mais ce que le médecin d'enfants doit suriout se rappeler
c'est que, au cours de la rougeole comme pendant la convalescence, il survient fatalement de Vadénopathie bronchique, plus ou moins intense, plus ou moins étendue, qui vient s'ajouter aux lésions et aux complications pulmonaires déjà citées. Elle persiste même, longtemps après la maladie, donnant lieu à une toux opiniâtre et à certains signes sthétoscopiques qui, non seulement font penser à la tuberculose, mais en font porter indûment le diagnostic. Dans ces cas, la guérison s'obtient d'autant plus rapidement que l'on diagnostique plus tôt cette complication fréquente, commune, nous pourrions dire inévitable, de la rougeole.
La convalescence, fréquemment traînante de cette fièvre éruptive, ne tient souvent qu'à cet état pathologique persistant de l'appareil pulmonaire, auquel s'ajoute le cœur forcé avec toutes ses conséquences (asystolie, insufifisance tricuspidienne fonctionnelle, foie cardiaque, œdème des membres inférieurs, anémie, etc.).
La tuberculose pulmonaire peut bien se développer, en apparence, dans ces conditions. Or, il s'agit là le plus souvent de tuberculoses jusque-là restées latentes, mais en germe, lesquelles se réveillent et éclatent, pour ainsi dire, sous l'influence de la rougeole, qui leur donne le coup de fouet. Celles qui étaient évidentes, avant la rougeole, sont le plus souvent aggravées par elle, quand le malade est assez heureux pour ne pas succomber au cours même de la fièvre éruptive et à l'une de ses nombreuses complications, pulmonaires ou cardiaques.
11 n'est pas rare de voir le même enfant avoir plusieurs fois la rougeole, à plus ou moins long intervalle. Nous avons cité nous-mème le fait relatif à un petit malade de notre service, qui en fut atteint deux fois, à un an de distance et pendant un séjour ininterrompu à l'hôpital, où il était entré pour des coliques néphrétiques.
Diognostic. — Le diagnostic découle de la description j)récédente des symptômes. Et si, au début, on peut jusqu'à un certain point, avant l'éruption, confondra un catarrhe vulgaire avec le catarrhe niorbilleux, il n'en faut pas moins recou-
naître que le larmoiement persistant, les éternuements fréquents, la toux férine, enfin la connaissance de l'existence d'une épidémie actuelle, éviteront les longues hésitations ou les erreurs de diagnostic. L'éruption pourrait être confondue avec ces manifestations cutanées et rubéoliformes, que l'on observe à la suite des injections de sérum antidiphtérique.
La rubéole (1) épidémique, que l'on peut considérer comme une atténuation de la rougeole, que nous n'avons observée qu'une seule fois, en été, et qui pourrait bien n'être qu'une miliaire rouge, résultant de sueurs profuses, sera toujours facile à distinguer, par l'absence totale de catarrhe broncho-pulmonaire.
Pronostic, — Le pronostic de la rougeole, généralement bénin, devient grave lorsque survient la broncho-pneumonie ou que, du moins, les signes de celle-ci sont nombreux et étendus.
Ici encore, le terrain joue un rôle des plus importants. Nous avons vu en effet le sevrage, la dentition, être des causes ■ sérieuses d'aggravation. Nous y ajouterons : les chambres obscures ou trop étroites, la viciation de l'air, en un mot.
11 est à peine utile d'indiquer que le gros ventre et le rachitisme (surtout thoracique), l'albuminurie, les lésions cardiaques ou pulmonaires préexistantes, agissent absolument dans le même sens.
La forme hémorrhagique couiporte le pronostic le plus grave. Elle est généralement mortelle.
Dans un article, consacré à la rougeole, nous avons montré que, même dans les hôpitaux, notre chiffre de moitalité était loin d'atteindre celui indiqué par Rilliet et Barthez (5,7 pour 100 au lieu de 30 pour 100). Peut-être faut-il en trouver la raison daus le moindre encombrement et dans le nombre relativement plus grand du personnel, per-
(l) L. Paumol. Art. Rut)éolc, in Traité pratique de Médecine clinique et thérapeutique de Bernheim et Laurent. Maloine, Paris 1895. Tome I, page 77.
mettant des soins plus assidus et, par suite, plus etiicaces (1). Traitement. — Le traitement de la rougeole, comme celui de la scarlatine, comprend : i" la prophylaxie ; 2° le traiteuient proprement dit.
Au point de vue de la prophylaxie, ïisolement d'abord, la désinfection ensuite, sont des méthodes qui s'imposent de la façon la plus absolue. Que l'enfant soit malade dans un hôpital, dans un établissement quelconque (d'instruction ou autre), ou même dans sa famille, il doit être aussitôt isolé complètement de ceux qu'il pourrait contagionner.
Si tous les enfants, ou peu s'en faut, ont eu jusqu'à ce jour la rougeole, cela tient peut-être à ce que l'isolement a été, jusqu'à présent, à peu près nul ou insuffisant. Toute maladie contagieuse nous parait une maladie évitable, à condition de faire le nécessaire pour s'opposer à la contagion.
Sitôt que, dans une agglomération, un enfant est reconnu atteint de rougeole, il doit être immédiatement isolé. La contagion se fait, on le sait aujourd'hui, autant, sinon plus, pendant la période de début que pendant les autres périodes.
On doit aussitôt emporter et désinfecter la literie, le linge de corps. Si un ou deux cas nouveaux se produisent, non seulement il faut opérer comme précédemment, mais encore licencier (surtout s'il s'agit d'une crèche ou d'une école), désinfecter les locaux. Si le licenciement n'est pas possible (orphelinats, asiles, crèches à internes, etc.), changer de pièce et ne revenir dans la première qu'une fois la désinfection convenablement opérée.
Pendant tout le temps que dure la maladie et même la convalescence, les médecins, les garde-malades, les parents, ne doivent point, autant que possible, toucher d'autres enfants ou, du moins, ils ne peuvent le faire qu'après avoir pris les précautions hygiéniques les plus élémentaires, relatives à la désinfection des mains, au changement de vêtements, etc. Il
(1) L. Baumel. Art. Rougeole, in Traité pratique de Médecine, de Bernheim et Laurent. Maloine, Paris 1895. Tome l, note de la paire H5. Voir aussi la thèse de M. le D' Bonnet. Une épidémie de Rougeole, Montpellier, 1901.
doit en être de même pour tout ce qui a été en contact avec le rubéolique: linges, vêtements, vaisselle, jouets, etc.
Mais, ainsi que nous l'avons fait dans notre article Rougeole du Traité de Médecine de MM. Bernheim et Laurent, il est un point capital sur lequel nous n'insisterons jamais assez. Nous voulons parler des précautions à prendre, même après la guérison de la maladie.
Tandis que, pour la scarlatine, 45 jours d'isolement sont nécessaires, à partir du début de la maladie ; il en faudra 2o, au moins, pour la rougeole. La désinfection des vêtements, de la literie, du lit lui-même, de l'appartement enfin, sera pratiquée au moment de la sortie du malade, avant que celui-ci soit mis en libre pratique.
Pendant ce même laps de temps, tout accès auprès d'une agglomération d'enfants (crèche, école, salle commune d'hôpital, etc.) devra être interdit à un rubéolique, même guéri.
Les médecins, les administrations et les pouvoirs publics, mais aussi les familles, devront à l'avenir combiner leurs efforts dans le but d'aboutir à ce résultat, si désirable et si humanitaire, si négligé, de nos jours encore, par faiblesse coupable ou ignorance à dissiper.
Quant au traitement de la maladie confirmée, il est aussi simple que celui de la scarlatine. Lait toutes les 3 heures et, dans l'intervalle, en raison de la bronchite ou même de la broncho-pneumonie, un looch de 120 grammes (de 60 pour les tout petits, âgés de moins de 2 ans) avec : benzoate de soude, de 50 centigrammes à 2 grammes, suivant l'âge, et à la dose de 2 cuillerées à café pour les plus jeunes, d'une cuillerée à bouche chez les plus grandets, toutes les 3 heures, c'est-à-dire 1 heure et demie après le lait.
Pour ces derniers, nous y ajoutons souvent : de 2 à 8 gouttes de teinture de digitale, pendant 4 jours, que l'on supprime ensuite, pendant 48 heures, et que l'on reprend de même.
Pour les diverses complications, voir leur traitement au chapitre relatif à chacune d'elles.
Contre les formes hémorrhagiques : les toniques généraux
(quinquina), mais surtout les excitants diffusibles (alcool, éther, acétate d'ammoniaque), entin Ihydrotbérapie (bains froids), principalement dans les cas à hyperthermie, seront parfois des plus utiles.
XVil. — Variole
Définition. - La variole est une fièvre éruptive caractérisée par de la fièvre assez forte et une éruption, d'abord maculopapuleuse, puis vésiculo-pustuleuse, bientôt suivie de la formation de croûtes. Cette éruption est précédée et accompagnée d'une rachialgie presque pathognomonique.
Etiologie. — La variole seule donne la variole. Cette lièvre éruptive coexiste souvent avec la clavelée du mouton, sans que l'on puisse toutefois, jusqu'à présent du moins, savoir au juste si Tune ne peut pas produire l'autre. Elle coexiste aussi avec des épidémies de varicelle, sans que l'on ait établi une analogie quelconque entre ces deux maladies, que l'on s'évertue, au contraire, à séparer nettement. L'agent pathogène de ces diverses affections, contagieuses et infectieuses, nous est encore totalement inconnu, malgré de nombreuses et récentes recherches à cet égard.
La variole est, somme toute, assez rare dans l'enfance. Cela s'explique facilement, d'ailleurs, si l'on songe à la vaccination, qui en préserve d'ordinaire et qui est, alors, relativement récente. Beaucoup d'enfants, même, ont été revaccinés une ou plusieurs fois.
On peut cependant observer la variole, chez l'enfant, soit que celui-ci, ce qui se voit encore de nos jours, n'ait jamais été vacciné, soit que le vaccin ait été mauvais ou la vaccination mal faite, soit enfin que cette dernière ait épuisé son infiuence immunisatrice.
J'ai vu, pour mon compte, à Montpellier, alors que j'étais médecin du Bureau de bienfaisance, un nourrisson, d'un an environ, italien d'origine, dont la sœur aînée (20 ans), le père et un frère de 14 ans, étaient atteints de la variole, la contrac-
ter à son tour. Il n'avait lui-même jamais été vacciné que par moi, la veille du jour où éclata, chez lui, la maladie. Elle fut bénigne, quoique très conlluenle, et, chose curieuse, la mère, qui le tenait constamment dans ses bras et qui l'allaitait, fut le seul membre de la famille épargné.
Elle ne voulut point, d'ailleurs, se faire vacciner. Le père, la sœur et le frère guérirent aussi. Le frère seul, âgé de 14 ans nous l'avous dit, eut, à la suite de la desquamation, une plaie profonde d'un côté du scrotum. Elle fut très longue à guérir et dénuda presque le testicule correspondant.
A la même époque, je vis deu.x enfants d'une même famille, âgés de 2 et 3 ans, atteints de variole discrète, alors que. déclarait la mère, ils avaient été vaccinés, l'un et l'autre, atec succès, un an auparavant.
11 faut se métier surtout des vaccinations ou revaccinations sans résultat. Elles n'indiquent pas toujours un terrain réfractaire à la variole. Nous avons vu au début de notre pratique, à Dio et Valquières (Hérault), mourir, de variole hémorragique, une jeune femme de 25 ans, revaccinée sans succès l'année précédente.
Siimptômes. — La rachialgie, du début de la variole, n'est pas toujours accusée par le malade lui-même. 11 est bon de l'interroger à cet égard, surtout quand il s'agit d'un enfant.
La fiètrc est intense rapidement. En peu de jours, elle atteint 39% 40' et plus. Cette températurese maintient jusqu'au moment de l'éruption, qui la fait tomber d'ordinaire et qui en est habituellement critique. Mais elle se rallume bientôt après, au moment où se produit la suppuration.
L'éruption, constituée d'abord par des macules, ne tarde pas à devenir papuleuse, puis vésiculeuse, enfin pustuleuse. Les vésicules sont ombiliquées à leur centre, comme d'ailleurs dans la varicelle, quoiqu'en disent les auteurs qui ont voulu, précisément, distinguer ces deux nialadies par ce caractère différentiel. L'ombilication est peut-être plus apparente ou plus générale dans la variole. Elle existe toutefois, communément, dans la varicelle.
Comme dans toute fièvre éruptive on distingue les périodes
iMALADlES GÉNÉRALES 145
suivantes : Incubation, prodronies, invasion, éruption, desquamation, convalescence. Dans la variole ii faut ajouter, en raison de son importance, la période de postulation ou de suppuration, qui fait partie de celle d'éruption qu'elle termine.
L'incubation est de 10 à 15 jours. La contagion peut être médiate ou immédiate. Au début de ma carrière médicale (1879), j'ai vu une mère et sa fille, quittant Montpellier (où l'un des enfants avait la variole) pour fuir l'épidémie, porter la maladie, sans en être atteintes elles-mêmes, à un autre enfant habitant Bédarieux (Hérault). Les cas de ce genre ne sont pas rares.
Les prodromes sont caractérisés par de la céphalalgie, de ['anorexie, parfois des envies de vomir ou même des zomissements, de la rachialgie, de la fièvre, du délire, quelquefois des convulsions, après quoi survient réruption. Celle-ci est localisée d'abord à la face, puis envahit la tète, le tronc et les membres.
Cette éruption, souvent très confluente (variole), est parfois discrète (varioloïde). Elle revêt quelquefois aussi le caractère hémorrhagique. Sa gravité n'en est que plus grande. Ce sont les macules d'abord, qui prennent le caractère ecchymotique, puis les vésico-pustules, dont le contenu n'est autre chose, dans ces cas, qu'un liquide sanguinolent.
Le malade exhale, au moment de la pustulation, une odeur de souris caractéristique. Les macules se transforment rapidement en papules, celles-ci en vésicules, les vésicules enfin en pustules. Quelques frissons surviennent à ce momentlà. On observe parfois aussi des convulsions ou un certain état convulsif (convulsions internes), chez l'enfant.
Les pustules à leur tour se crèvent, laissant échapper leur contenu purulent, qui se concrète à l'air libre pour former des croûtes. Celles-ci varient du jaune crème au noir sale, suivant qu'il y a ou non du sang mêlé au pus. Ce sang provient scivent du grattage avec les ongles, déterminé par les démar^eaisons cutanées résultant de l'éruption ellemême.
Complications. — Nous avons parlé plus haut de la variole
hémoiTbagique. Non seulement elle est habituellement fatale, mais d'ordinaire rapidement mortelle.
Ici, comme dans toutes les lièvres éruptives à forme hémorrhagique ou la plupart des maladies qui revêtent ce caractère, il est bon de chercher les raisons de cette complication redoutable. Elles résident, moins peut-être dans la nature ou l'intensité de l'élément infectieux propre à la maladie elle-ujême, que dans le terrain c'est-à-dire dans la plupart des infections, maladies ou diathèses, susceptibles de préexister à la variole ou de la compliquer.
Des complications particulières peuvent en outre survenir du côté de l'encéphale, mais surtout du côté du cœur (endopéricardite, myocardite, etc j. 11 est mort, certain jour, dans mon service, un enfant de i4ans originaire de Cette et ancien élève de l'école des mousses, hémiplégique depuis longtemps, dont l'observation avait été publiée comme ayant trait à un cas d'hypertrophie cardiaque de croissance. Ses palpitations de cœur remontaient à une variole qu'il avait eue bien auparavant et qui, ayant produit de l'endocardite, avait certainement donné lieu à l'embolie, cause de l'hémiplégie.
Certaines complications des plus redoutables et des plus silencieuses à la fois sont, sans contredit, à côté de celles qui surviennent du côté du cœur, celles qui frappent le rein (néphrite, albuminurie, etcj Elles doivent être recherchées avec le plus grand soin.
La pyohémie elle-même peut survenir à un moment donné.
Enhn, pendant la convalescence, les complications sont encore à redouter, en particulier la formation d'abcès multiples en divers points du corps, rappelant de toute façon cet état particulier auquel on donne le nom de diathèse jmrulente ou iiyo(jénique.
Diagnostic. — Le diagnostic, difficile jusqu'au moment de l'éruption chez l'enfant surtout, qui accuse difficilement la rachialgie, et lorsque l'épidémie commence, est singulièrement facilité après.
La variole, au début, pourrait tout au plus en imposer pour une rougeole simple, sans catarrhe oculo-nasal et Irachéo-
bronchique (ce (jui n'existe point), ou même boutonneuse à un moment donné (papules) ; mais quand surviennent les vésicules, l'erreur n'est plus possible, à supposer qu'elle l'ait été un instant, ce qui nous paraît inadmissible. Tout au plus pourrait-on songer à la varicelle, que nous avons toujours vue apyrétique ou à peu près, quoi qu'en disent les auteurs classiques.
L'ombilication, nous l'avons dit plus haut, ne constitue pas entre ces deux maladies un caractère distinctif suffisant.
Nous avons vu enfin la variole, avant l'éruption, prise pour une lièvre typhoïde. Un examen attentif de la courbe thermique évitera toujours de commettre une pareille erreur de diagnostic.
Pronostic. — Il est généralement bénin, chez l'enfant, habituellement vacciné depuis peu (moins de 7 à 10 ans). Nous avons vu la variole guérir, quoique confluente, nous l'avons déjà dit, chez un nourrisson de moins d'un an, vacciné par nous seulement la veille de l'invasion. Elle fut très discrète, au contraire, et sous forme de varioloïde chez les deux enfants, mentionnés aussi précédemment, qui en furent atteints un an après avoir été vaccinés avec succès.
Ses conséquences éloignées semblent plus à redouter, chez l'enfant, que ses effets immédiats.
Traitement. — Parmi les moyens prophylactiques, la vaccine d'abord, les revaccinations ensuite, l'isolement enfin, et la désinfection, sont les seuls capables d'éviter la maladie ou d'en affaiblir les atteintes.
La variole une fois déclarée, son traitement ne diffère pas essentiellement de celui des fièvres éruptives en général. Séjour au lit, lait toutes les trois heures, infusions diaphorétiques (au début) et diurétiques (du commencement à la fin) pour favoriser l'élimination des substances toxiques ou infectieuses contenues dans le sang: tels sont les moyens les plus rationnels et les meilleurs à employer.
L'hyperthermie, la forme hémorrhagique, seront combattues, ici comme toujours, par l'hydrothérapie (bains tièdes ou même froids). La variole hémorrhagique pourra aussi indi-
quer, de même que la plupart des fièvres éruptives qui revêtent ce caractère, l'emploi des excitants ditïusibles et, en particulier, de l'acétate d'ammoniaque ou esprit de Mindérérus.
Les complications cardiaques et rénales seront justicia blés chacune de la médication qui lui est particulièrement propre.
Le pouls devra être surveillé avec le plus grand soin pour juger de l'état exact du cœur, surtout du myocarde. La digitale sera au besoin prescrite, si le pouls et le cœur semblent faiblir (sauf chez les enfants au-dessous de 2 ans), et à la dose de 2 à 8 gouttes de teinture par jour, dans une potion de 120 grammes, à prendre par cuillerée à bouche toutes les 3 heures (voir, pour plus de détails, le traitement de la rougeole).
Quand arrivent l'apyrexie et la convalescence, les toniques analeptiques d abord (potages, œufs, purées, poisson, viandes blanches, puis rouges) seront indiqués. Il en sera de même des toniques médicamenteux (quinquina), des reconstituants et en particulier des phosphates de chaux. Tout cela, en raison de la débilité générale résultant de la maladie elle-même (fièvre, diète), mais aussi de la suppuration plus ou moins abondante, ainsi que des délabrements cutanés (plaies) ou profonds (abcès), qui en ont été la conséquence.
Le cœur et le rein devront être longtemps surveillés, même après la guérison, à cause des endocardites méconnues ou des néphrites persistantes, avec ou sans albuminurie, qui peuvent en résulter. Ces dernières, comparables au feu qui couve sous la cendre, ne demandent qu'une occasion pour se réveiller ou s'aggraver. Elles revêtent alors un certain caractère de spontanéité, qui fausse complètement l'interprétation que l'on doit en donner réellement. Mais ce ne serait rien encore, si cette aggravation accidentelle et cette grande persistance ne les frappaient d'incurabilité, alors que, si elles avaient été reconnues et traitées à l'origine, elles eussent été bien plus facilement curables.
Le pédiatre intelligent et éclairé peut ainsi beaucoup, non seulement sur l'état pathologique actuel des enfants qu'il
est appelé à soigner, mais encore, ce qui est tout aussi important, sur 1 avenir qui leur est réservé (1).