XVIII . — Vaceine
Définition. — La vaccine est une maladie de la vache, produite par inoculation sur l'homme, enfant d'ordinaire, pour le préserver de la variole.
Historique. — Autrefois, lorsqu'une épidémie de variole s'annonçait bénigne, on inoculait cette maladie, de là des médecins dits inoeulateurs
Jenner, qui découvrit la vaccine, étaij un inoculateur de district en Angleterre. Il s'aperçut, dans les fermes, que les personnes, chargées de la traite des vaches, qui portaient sur leurs mains des cicatrices, traces d'anciennes pustules, étaient réfractaires à la variole. De là, la vaccine.
Les cicatrices en question n'étaient que la conséquence du cowpox de la vache ou vaccine, transmise à l'homme par contagion. L^ cowpox lui-même semble résulter du transport au pis de la vache du hovse pox (pieds gras) que l'on observe chez le cheval et que véhiculent, de celui-ci à celle-là, ceux qui, chargés de soigner les chevaux dans les métairies, vont ensuite traire les vaches.
De la découverte de Jenner à la vaccination il n'y avait qu'un pas, il fut vite franchi. On vaccina d'abord de bras à bras et d'homme à homme ou plutôt d'enfant à enfant. Un sujet, dit vaccinifère, recevait le vaccin provenant de la génisse ou de l'homme et servait ensuite à vacciner, 8 jours après, un nombre d'enfants plus ou moins considérable, suivant le nombre de pustules dont il était porteur, 6 en moyenne (3 à chaque bras).
Bien des maladies, la syphilis en particulier, furent
(1) Voir la thèse de M. le D' Sinègre, intitulée : Des néphrites chroniques consécutives à des maladies infectieuses algues chez l'enfant. Montpellier, 1893.
loO PKÉCIS DES MALADIES DES E.M A.NTS
transmises de cette façon, surtout lorsque le sang du vaccinifère venait accidentellement se mêler au sérum du vaccin. On renonça plus lard à ce procédé pour vacciner directement de la génisse. Mais, comme on ne peut pas avoir tous les jours des pustules prêtes à fournir du vaccin, celui-ci, que l'on conservait autrefois entre deux plaques de verre, est actuellement placé dans des tubes de même substance, entièrement aseptiques et fermés au chalumeau.
Le vaccin, humain ou animal, tel qu'on le conservait jadis, finissait, au bout d'un temps variable et relativement court, par perdre ses propriétés. Il en serait de même de nos jours encore, malgré les tubes de verre, si l'on ne prenait la précaution de mettre le vaccin, à conserver dans ces tubes, en solution dans de la glycérine stérilisée.
En outre, de même que le vaccin humain pouvait propager certaines maladies, la syphilis entr'autres, de même le vaccin animal présente parfois quelques inconvénients et l'on a rapporté l'histoire de certaines épidémies de maladies infectieuses, souvent meurtrières, résultant de vaccinations faites à l'aide du vaccin de génisse.
De là, tout une science de la stérilisation du champ vaccinal de la génisse et de l'asepsie qui doit présider, non seulement à la culture, mais à la récolte du vaccin.
Tandis qu'autrefois une simple piqûre, avec l'extrémité d'une lancette ordinaire chargée de vaccin, était suffisante pour produire une pustule vaccinale, aujourd'hui, en raison de la dilution du vaccin conservé dans la glycérine, la surface d'ensemencement doit être plus grande. Voilà pourquoi, à l'aide dune lancette spéciale, à cannelure médiane et chargée de vaccin, on pratique sur un seul bras, avec l'un des bords tranchants de la lancette, trois incisions superficielles et transversales par rapport à la direction du membre, à la partie externe du bras, à la partie inférieure de la cuisse, ou à la face postérieure de la jambe, comme précédemment et toujours de façon à ne pas faire saigner si possible.
Chaque incision a une longueur de 1 à 2 centimètres. On les fait parallèles entre elles et éloignées l'une de l'autre
MALADIES GÉNÉRALES l.")!
de plusieurs centimètres, afin de laisser assez d'intervalle pour la tuméfaction qui doit résulter de la formation de chaque pustule et pour éviter les abcès ou même la gangrène, <|ue pourrait produire ou favoriser un rapprochement plus grand.
La partie qui doit recevoir la vaccination est préalablement lavée avec de l'élher et aseptisée (sublimé au 1/1000.) Les incisions sont ensuite pratiquées, la peau étant fortement tendue, et le vaccin répandu sur elles aussitôt. 11 faut avoir soin de ne rompre les tubes qui le contiennent qu'au moment de les utiliser. Après cela, on fait un pansement simple, avec de la gaze salolée, recouverte de coton hydrophile, le tout retenu par une bande roulée, parfaitement aseptique.
On doit au préalable : 1* laisser sécher; 2° faire surveiller les enfants pour ([ue, dans un mouvement quelconque, ils n'essuient pas et n'enlèvent point le vaccin, soit avec leurs vêtements (manches surtout, qui descendent facilement si l'on n'a la précaution de les retenir), soit même en se frottant contre les personnes qui les avoisinent.
Si la vaccine a réussi, au bout de deux ou trois jours on voit survenir une papule qui détermine quelques démangeaisons d'abord, puis un peu de douleur. Cette papule grossit les jours suivants, devient vésiculeuse, se remplit de sérosité et acquiert progressivement la dimension d'une pièce de 50 centimes, reposant sur une surface rouge et tuméfiée qui l'entoure.
Il en résultje une tuméfaction douloureuse du bras luimême, avec retentissement inflammatoire plus ou moins marqué sur les ganglions lymphatiques de l'aisselle, d'où une gêne et une douleur plus ou moins intenses dans les mouvements du membre. Le tout peut s'accompagner d'un peu de fièvre, d'anorexie, d'agitation, d'insomnie.
C'est le huitième jour, avant que la sérosité contenue dans la vésicule passe à la purulence et produise une pustule, que l'on pourrait prendre du vaccin, si l'on voulait l'utiliser pour autrui. La pustule à sou tour finit par crever. Son contenu se déverse et se concrète à l'extérieur. 11 en résulte
une croûte, plus ou moins épaisse et adhérente, qui tombe au bout de quelques jour?:, laissant après elle une cicatrice rose, gaufrée et blanche plus fard, de la même dimension et qui est la trace indélébile d'une heureuse vaccination antérieure.
Au bout de 10 ans, en général, toute vaccination a perdu ses propriétés immunisatrices. De là, la nécessité des revaccinations.
Lorsqu'une première vaccination n'a pas réussi, on doit revacciner à bref délai (au bout d'un an au plus) et jusqu'à ce que le succès soit obtenu. Toute vaccination ou revaccination doit être considérée comme n'ayant point réussi, lorsqu'aucune manifestation n'a lieu à l'endroit vacciné ou lorsqu'on ne voit survenir qu'une papule (fausse vaccine) qui se résout et disparaît, en 24 ou 48 heures, sans aboutir à la vésicule et par suite à la pustule.