XIX. — Varicelle
Définition. — La varicelle est une maladie épidémique et contagieuse que Ion observe communément et à peu près exclusivement dans l'enfance. La plupart des auteurs la considèrent volontiers comme une tièvre éruptive. Nous ferions comme eux, si nous ne l'avions vue, le plus souvent, apyrétique. Il est juste d'avouer que les enfants sont généralement montrés au pédiatre lorsque l'éruption s'est déjà produite et que, par conséquent, la fièvre a disparu. A supposer même que celle-ci ait existé auparavant, il n'en faut pas moins reconnaître qu'elle est extrêmement éphémère. L'enfant est abattu et mal en train pendant quelques heures à peine. L'éruption, très discrète, ressemble en bien des points à celle de la variole au début : papules, vésicules, même ombiliquées. Mais cela s'arrête là, dit-on, généralement.
Nous n'avons personnellement aucune difficulté à admettre la pustulation, sans fièvre concomitante d'ailleurs, étant
donnés le petit nombie de pustules (une vingtaine au maximum sur toute la surface du corps) et leur succession.
Les vésicules se crèvent bientôt ; il se forme des croûtes à leur place. Ces dernières tombent rapidement, laissant après elles des cicatrices arrondies, d'abord rosées, puis d'un blanc mat de plus en plus intense et presque toujours indélébiles.
Leur surface diminue ultérieurement, par rétraction du tissu inodulaire et une légère dépression se produit à leur niveau, comme à la suite des pustules varioliques. Elle est moins marquée toutefois.
Etiologie. — La contagion est la cause unique de la varicelle. Son agent pathogénique nous est encore totalement inconnu. Ses épidémies coexistent habituellement avec celles de variole. Nous l'avons toujours constaté, en ce qui nous concerne, contrairement à l'assertion opposée de bien des auteurs. Nous y verrions facilement une maladie de provenance variolique, mais dont l'effet, sinon le virus, est tellement atténué par la vaccination, généralement récente chez l'enfant, qu'elle est incapable de produire chez lui la variole. Nous nous expliquerions ainsi pourquoi on ne l'observe jamais, ou à peu près, chez l'adulte, généralement non revacciné ou revacciné depuis longtemps. C'est à la médecine expérimentale et à la bactériologie qu'il appartient de nous donner un jour la solution délicate et précise de ce problème encore fort obscur.
Symptôme. — Pas de fièvre ou fièvre initiale et éphémère; éruption discrète, envahissant d'abord la face, puis le tronc et les membres; léger abattement avant l'éruption; état à peu près normal aussitôt après celle-ci, qui se compose d'abord de papules, ensuite de vésicules souvent ombiliquées, enfin de croûtes suivies de cicatrices rosées, puis blanches, qui se dépriment tardivement : tels sont les divers symptômes à l'aide desquels on fera un diagnostic actuel ou rétrospectif de varicelle.
Cette dernière peut cependant être quelquefois méconnue. C'est lorsque l'éruption a déjà disparu pour faire place, soit
aux croûtes, que l'on pourrait prendre pour de l'impétigo, soit même aux cicatrices rosées.
La dissémination de celles-ci sur la surface du corps, leur forme à peu près circulaire, leur dimension habituelle (I centimètre de diamètre environ), mettront facilement sur la voie, surtout si. à cet état actuel, on ajoute les renseignements que peut fournir l'entourage sur la forme de l'éruption à son début.
Il en sera de même l'été, oîi fréquemment, par suite des sueurs profuses dont la peau est le siège, on voit rapidement disparaître les vésicules ou les croûtes de la varicelle, macérées pour ainsi dire, et faire place à des ulcérations arrondies dont les bords et la surface, macérés à leur tour, ont peu de tendance à la cicatrisation. Le nombre encore de ces ulcérations, leur dissémination sur toute la surface du corps, leur forme arrondie, leur dimension, les chaleurs que l'on traverse et les sueurs profuses qu'elles déterminent, permettront aisément de porter le véritable diagnostic.
Pronostic. — Il est extrêmement bénin.
Diagnostic. — Nous avons dit précédemment quelles étaient les rares maladies cutanées (impétigo, ecthyma) que l'on pourrait confondre avec la varicelle, à un moment donné. Nous n'y reviendrons pas. Nous y ajouterons seulement certaines formes ulcéreuses de la syphilis cutanée, qu'on n'observe que bien rarement, d'ailleurs, et dont l'aspect particulier ainsi que les antécédents du sujet indiquent la véritable nature.
Traitement. — Le traitement est des plus simples, on peut même dire qu'il est presque nul.
On doit recourir tout d'abord, comme moyen prophylactique, à l'isolement et à la désinfection, en raison de certaines formes graves de varicelle, décrites par quelques auteurs et qui peuvent survenir, mais que, pour notre compte, nous n'avons jamais observées.
La durée de l'isolement sera d'une quinzaine de jours environ. Les malades apyrétiques pourront d'ailleurs s'alimenter comme à l'ordinaire. Il suffit de surveiller et de
régulariser les fonctions digestives, tout en aseptisant les plaies cutanées, qui peuvent résulter de la chute des croûtes ou de la rupture des vésicules, par des lavages simplement boriques et en favorisant leur cicatrisation par l'application de poudre de saiol, recouverte ou non de gaze salolée, maintenue, aux membres surtout, par une bande elle-même aseptique- Un bain général et tiède, ici comme à la suite de toutes les fièvres éruptives, doit être pris par l'enfant, avant d'être remis en libre pratique. C'est à la sortie de ce bain qu'on lui donnera du linge de corps et des vêtements propres et non contagionnés. 11 laissera ceux qu'il portait avant, pour les passer à l'étuve de désinfection, ainsi d'ailleurs que sa literie et tous les objets dont il s'est servi ou qu'il a touchés pendant sa maladie.