XX. — Rubéole
Définition. — La rubéole est une maladie rare dans le midi de la France. Elle a été surtout décrite par les auteurs allemands qui doivent l'observer plus fréquemment que nous. Nous avons vu cependant une petite épidémie (3 cas) de cette maladie (1).
Elle est caractérisée par une éruption assez analogue à celle de la rougeole, mais discrète, sans catarrhe et sans fièvre, qui s'accompagnerait assez communément d'un engorgement ganglionnaire plus ou moins intense et étendu.
Pour les uns, il s'agirait là d'une rougeole atténuée. Pour les autres, ce serait une éruption rubéoliforme, d'origine infectieuse, mais dont la nature propre resterait à déterminer, ainsi d'ailleurs que le caractère d'épidémicité.
Les quelques cas que nous avons observés ont été vus par nous dans la saison chaude, à un moment où les sueurs profuses étaient courammment observées chez les petits
(1) L. Baumel. — Chapitre Rubéole, in Traité de Médecine, de nernheim et Laurent, Tome 1, 1893
malades de notre service. Nous avons vu là plutôt le fait d'une coïncidence que celui d'une véritable épidémicité ou d'une contagion. Les malades n'ont point été isolés et cette épidémie apparente s'est bornée d'elle-même aux quelques cas précités.
La symptomatologie est toute simple et nous lavons indiquée ci-dessus; le pronostic, des plus bénins.
Quant au diagnostic, il est facile en ce sens qu'on ne peut pas confondre la rubéole avec la rougeole, dont le catarrhe caractéristique et la tièvre font ici absolument défaut.
Seules certaines éruptions rubéoliformes, d'origine infectieuse et surtout intestinale, celle qui suit assez souvent les injections de sérum antidiphtérique ou même l'administration de certains médicaments, enfin la miliaire rouge, pourraient jusqu'à un certain point être confondues avec la rubéole.
Une étude plus approfondie et des observations plus nombreuses nous apprendront sans doute, ultérieurement, ce qu'il faut penser de cette maladie, surtout observée en Allemagne, qui semble revêtir un certain caractère d'épidémicité, sinon de contagion, et qui pourrait bien n'être que le résultat de coïncidences ou avoir simplement pour origine l'une des causes banales, d'ordre infectieux ou thérapeutique, peut-être même physiologique (sueurs profuses de l'été), que nous avons énumérées ci-dessus.
Si, à ces diverses causes, nous ajoutons que l'évolution dentaire peut s'effectuer à toute époque de l'année, aussi bien l'été qu'en toute autre saison, et qu'elle produit assez souvent des sueurs profuses, parfois très abondantes, que nous avons l'un des premiers, sinon le premier, décrites (1), il nous sera aisé, non seulement de comprendre la production facile, dans ces conditions, d'érythèmes cutanés de formes variables et même morbilliformes^ mais de nous expliquer les retentissements ganglionnaires, par l'infection
(1) L. Baurael. — Histoire d'une première dentition. Montpel. Méd. 18<S8. — Quelques accidents de dentition, in Leçons cliniques sur les maladies des enfants, 1S93. — Les accidents de première et de seconde dentition. Montp. Méd. 1894.
lymphatique, tels qu'on les observe d'ailleurs dans la maladie décrite sous le nom de rubéole.
Le traitement est à peu près nul et se borne à quelques précautions antiseptiques ou simplement aseptiques du côté de la peau (lavages boriques, bains hygiéniques tièdes).
XXL — Oreillons
Définition. — On désigne sous le nom d'oreillons une maladie très fréquente dans l'enfance. Contagieuse et épidémique à la fois, elle se caractérise surtout par la tuméfaction d'une ou des deux parotides, d'où un certain élargissement de la face, chez le petit malade. Elle s'accompagne parfois de fièvre plus ou moins intense, mais elle est ou paraît être assez souvent apyrétique, chez l'enfant.
Etiolocfie. — Cette maladie, infectieuse et contagieuse, est évidemment produite par un micro-organisme, non encore parfaitement déterminé (microcoque de Laveran et Catrin, de Bordas). Les oreillons sont surtout observés dans l'enfance. Les adolescents en sont toutefois atteints assez fréquemment.
C'est surtout chez de jeunes militaires que nous avons vu survenir, dans toute son intensité, l'orchite ourlienne, jusqu'à un certain point comparable à l'orchite blennorrhagique. Celle-ci est toutefois beaucoup plus intense.
C'est principalement dans les écoles ou les pensionnats que se propage la maladie ourlienne. Il en est de même dans les familles où les enfants sont nombreux.
Symptomatologie. — Un peu de malaise et de courbature générale ouvre habituellement la scène pathologique. Une fièvre plus ou moins intense peut bien être constatée à ce moment là. Mais le plus souvent la maladie se manifeste tout d'abord par de la tuméfaction parotidienne, uni ou bilatérale, soit simultanément, soit successivement, et sans état fébrile appréciable. Nous avons vu assez communément exister, dans la cavité buccale et au niveau de l'orifice du
canal de Sténon, une rougeur plus ou moins vive et généralement peu étendue.
D'ordinaire, la tuméfaction siège d'abord d'un seul côté. Elle est douloureuse au toucher seulement. Sa durée est de plusieurs jours (4 ou 5 en moyenne^ Pendant ce temps, l'autre côté se prend, se tumélie à son tour, avant même que le premier atteint soit entièrement débarrassé. De là, un élargissement de la face d'autant plus marqué et d'autant plus fncile à reconnaître.
Lorsque la tuméfaction est unilatérale, le malade semble avoir une fluxion dentaire. La peau de la région parotidienne, quoique soulevée et légèrement distendue, est cependant de coloration normale.
Insensiblement la tuméfaction, simple ou double, disparaît et l'enfant reprend bientôt ses habitudes, n'ayant présenté, dans l'intervalle, qu'un degré de tuméfaction parotidienne plus ou moins intense.
11 estbon de savoir toutefois que cette tuméfaction, légèrement douloureuse, peut porter non seulement sur la parotide, mais encore sur les diverses glandes salivaires (sous maxillaires, sublinguales), isolément, simultanément ousuccessivevement. Plusieurs d'entr'elles peuvent être prises à la fois, soit du même côté, soit des deux.
Outre ces glandes, le testicule, l'ovaire, la glande mammaire, peuvent être le siège de la fluxion ourlienne. Nous avons observé, chez une jeune fille de 12 ans, qui paraissait en avoir lo en raison de son développement précoce, cette double localisation, mammaire et ovarienne, après la manifestation parotidienne.
On comprend aisément combien serait difficile le diagnostic de nature, dans le cas où l'une de ces localisations serait isolée ou la première en date, si l'on ignorait surtout, à ce moment là, l'existence d'une épidémie d'oreillons dans la localité où l'on se trouve.
On a vu parfois des complications graves (méningitiques en particulier) et même mortelles survenir au cours des oreillons. Ces cas sont exceptionnels. Ils nous paraissent
résulter le plus souvent de quelque sérieuse imprudence (refroidissement surtout) commise au moment de l'incubation ou lorsque déjà commence à se produire la tuméfaction.
On a cru pouvoir, jusqu'à un certain point, comparer cette dernière à une éruption; les oreillons eux-mêmes ont été, de ce fait et par analogie, rapprochés des fièvres éruptives.
Diagnostic. — Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les oreillons, uni ou bilatéraux, donnent à l'enfant une physionomie particulière, qui ne permettra pas de commettre une erreur de diagnostic. Toutefois la tuméfaction de la face, dans la coqueluche, l'anasarque, l'albuminurie, le crétinisme, pourrait, à un examen superficiel, être confondue avec la maladie ourlienne.
La bouffissure étendue à toute la face dans le premier cas, l'œdème des paupières dans le deuxième et le troisième, l'état de l'intelligence dans le dernier, mettront rapidement sur la voie et ne permettront pas à l'erreur de persister longtemps.
L'abcès dentaire sera facile à reconnaître par son siège et par sa tuméfaction, sinon par sa fluctuation, autrement douloureuse.
L'érysipèle de la face pourrait être pris pour des oreillons, mais seulement pendant la convalescence, alors que, la rougeur et la tuméfaction caractéristiques ayant disparu, elles ont fait place à un simple œdème cutané. Celui-ci détermine sans doute un certain gonflement de la région qu'il occupe, mais la desquamation, habituellement furfuracée, qui la recouvre, ainsi que les commémoratifs, ne permettent pas de douter longuement de la véritable nature du mal.
Pronostic. — Le pronostic des oreillons est, dans l'immense majorité des cas, sinon toujours, extrêmement bénin. Seules les graves complications, énumérées plus haut et évitables croyons-nous, ainsi que nous l'avons indiqué d'ailleurs, sont de nature à l'assombrir plus ou moins.
Traitement. — Tout enfant atteint d'oreillons ne doit être admis dans aucune collectivité, dont il doit être soigneusement et rigoureusement isolé, aussi longtemps qu'il est capable de transmettre la maladie.
Bien que les oreillons soient le plus généralement bénins, il serait dangereux de ne pas s'opposer à leur extension, précisément en raison des complications graves, rares sans doute, mais possibles, dont nous avons parlé plus haut.
La durée de l'isolement sera de 13 jours, à partir du début de la maladie, et la désinfection sera de rigueur, pour en enrayer la propagation.
Quant au traitement en lui-même, il est des plus simples. Le séjour au lit s'il y a fièvre, à la chambre si le malade est apyrétique, sera conseillé, surtout si le temps est pluvieux, humide ou froid, ce qui est assez fréquent, puisque c'est principalement l'hiver qu'on observe les oreillons.
Des applications émollientes, véritables fomentations chaudes, seront faites sur la région parotidienne, comme sur les divers points du corps où peut se porter la fluxion ourlienne.
Ces fomentations seront pratiquées une ou plusieurs fois par jour, suivant le degré du mal, et avec de l'huile de camomille camphrée, employée aussi chaude que la main pourra la supporter.
On appliquera par dessus une bonne couche de coton hydrophile, pour maintenir la région atteinte dans une douce chaleur, éviter les refroidissements locaux et, par suite, les déplacements métastatiques de la fluxion spécifique, qui pourraient se produire et entraîner avec eux une aggravation plus ou moins considérable.
L'alimentation consistera en bouillon ou lait chaud, toutes les trois heures, s'il existe de la fièvre. On donnera, dans l'intervalle, une tisane diurétique et sudorifique, tiède (mauve et tilleul). Si la maladie est apyrétique, on autorisera une nourriture légère : potages, œufs, viandes blanches.