‹ Précis des maladies des enfantsChapitre 28 sur 100 · I. — Formes épythémateuses · texte numérisé non relu

I. — Formes épythémateuses

Définition. — On désigne, en dermatologie, sous le nom d'érythèmes, toute une classe de maladies se manifestant par des rougeurs cutanées, non saillantes, plus ou moins circonscrites (macules) ou étendues {plaques érythémateuses). Chez l'enfant, trois surtout sont à étudier : 1" la dermatite exfoliatrice du nouveau-né ; 2* l'érythème interfessier ; 3* les divers érythèmes médicamenteux,

lo Dermatite exfoliatrice

Définition. — Cette maladie est caractérisée par une rougeur s'étendant à toute la surface du corps et bientôt suivie d une desquamation plus ou moins intense et généralisée.

Etiologie. — La dermatite exfoliatrice du nouveau-né semble être le résultat d'une infection locale se généralisant

bientôt à toute la surface cutanée. L'ombilic, à l'âge ou cette dermatose est plus particulièrement observée, paraît en être la porte d'entrée la plus habituelle.

D'après MM. d'Espine et Picot, cette maladie serait assez rare en France (1). Ils déclarent ne jamais l'avoir observée personnellement.

Quant à nous, il nous a été donné de l'observer, très nettement, une fois (2).

On peut même se demander, dans ce cas, si l'eau, le sirop de chicorée et celui d'ipécacuanha, qui furent administrés dès la naissance , ne contribuèrent pas à donner le muguet, qui fut constaté le 3* jour de la vie, et à provoquer, par troubles digestifs, la ^ermafife elle-même, qui aurait débuté vers le 6^ jour. Le 20 mai l'enfant, née le 1" avril et entrée au service le 4 mai, avait encore du muguet et de la diarrhée verte, elle vomit même. Tout cela en raison de ses tétées irrégulières (chaque heure et demie). Le seul traitement du muguet et la régularisation des tétées suffirent. L'enfant sortait le 30 mai entièrement guérie.

Une quadruple question se pose ici, au point de vue étiologique :

1" Doit-on voir dans la dermatite exfoliatrice une exagération de la desquamation physiologique cutanée, qui se produit quelques jours après la naissance ?

2° Peut-on rapprocher cette maladie de l'érysipèle ?

3° Ne s'agirait il point là d'une sorte de scarlatine ?

4« La dermatite exfoliatrice est-elle une maladie infectieuse spécifique ?

Personnellement, nous ne serions pas éloigné de penser que c'est une exagération de la desquamation physiologique provoquée par une infection spéciale.

Nous ne croyons pas qu'il y ait une analogie quelconque

(i) D'Espine et Picot. Traité pratique des maladies de l'enfance, Paris, Baillière, 2' partie, 1900, chap. Dermatite exfoliatrice, p. 198.

(2) L. Baumel. De la dermatite exfoliatrice des nouveau-nés. Sem. médicale, 1896, page 201.

à établir entre l'érysipèle, la scarlatine, et la dermatite exfoliatrice, dont l'éruption est sans contredit scarlatiniforme, rappelantd'ailleurs,deloin,la dermatite exfoliatrice de l'adulte, maladie à récidives et souvent prise à tort pour la scarlatine, au moins dans sa première atteinte Elle alterne souvent, alors, avec des phénomènes gastriques fort intenses.

Notre cas semble montrer, une fois de plus, cette connexion qui existe entre les troubles gastro-intestinaux, d'une part, et cette manifestation pathologique cutanée, d'autre part, au moment où se produit une desquamation toute physiologique.

Sijmptomatolofjie. — Une rougeur plus ou moins intense, généralement d'un rouge sombre ou même vineux prononcé, existe sur la presque totalité du tégument, sans fièvre d'ordinaire. Peu à peu cette rougeur pâlit et disparait, faisant place à une desauamation, parfois très marquée, mais variable suivant les différents points du corps que l'on considère au même moment.

Elle était surtout appréciable, dans notre cas, aux membres inférieurs et au cou, au menton, etc.

Ce qu'il y a d'intéressant, dans cette observation, c'est le début, aux jambes et ailleurs, par des papules d'abord discrètes, puis confluentes et disparaissant par la pression.

L'état pathologique se borne généralement à cette manifestation cutanée, intense et étendue, mais habituellement inoffensive, pensons-nous, comme elle le fut d'ailleurs dans le cas qui nous est personnel.

Les auteurs parlent d'une mortalité assez grande, dans la dermatite exfoliatrice. S'il en était réellement ainsi, nous nous demanderions si cette maladie du nouveau-né ne serait pas, dans ces cas, une scarlatine à complication rénale avec albuminurie.

C'est à l'avenir de nous révéler la véritable nature de la dermatite exfotiatrice, que nous ne connaissons pas encore à l'heure actuelle. Cette maladie pourrait bien englober un groupe d'états pathologiques différents, dont le diagnostic différentiel sera un jour possible, croyons- nous.

La dermatite exfoliatrice survient rarement la première semaine de la vie, comme dans notre cas. Elle se montre plus tard, d'ordinaire, et généralement de la deuxième à la sixième. Notre petite malade avait un mois, quand elle est venue au service.

Diaqnoslic. — Seule, nous l'avons dit, la scarlatine, par son éruplion, présente une certaine analogie avec la dermatite exfoliatrice. Il est évident que cette fièvre éruptive ou même la desquamation pliysiologique de l'épiderme, qui se produit normalement chez le nouveau-né, peuvent, à un moment donné, induire en erreur le pédiatre et faire croire à l'existence de cet état pathologique, et inversement.

Si nous en jugeons par l'impression que nous a laissée et par les caractères spéciaux qu'a présentés l'unique cas que nous avons observé jusqu'à présent, nous admettrions volontiers, ainsi que nous le déclarions plus haut, une infection, spéciale ou commune, et d'origine ombilicale ou gastrointestinale.

La chose est d'autant plus admissible, dans le fait qui nous est personnel, que des frictions, à Vhuile battue avec de VeaUf avaient été pratiquées sur les jambes presqu'aussitôt après la naissance et qu'il existait, en outre, des troubles gastro-intestinaux, liés à l'alimentation irrégulière et au traitement institué.

On pourrait encore confondre la dermatite exfoliatrice du nouveau-né avec l'érythème scarlatiniforme. Or, celui-ci s'en distingue par l'absence de toute éruption papuleuse à son début.

Restent enfin les érythèmes thérapeutiques ou médicamenteux auxquels il faut songer encore, dans ces cas.

Pronostic. — Le pronostic ne nous paraît pas aussi grave que l'indiquent les auteurs (50 p. % de mortalité, Rilter). Il nous semble, au contraire, relativement bénin.

Traitement. — Les pommades et les fomentations nous paraissent, en l'espèce, devoir être plus nuisibles qu'utiles.

Nous attachons beaucoup d'importance, dans ces cas, à l'antisepsie ou du moins à l'asepsie cutanée.

Les lavages à l'eau boriquée, aussitôt sèches, et l'application de talc stérilisé ou de toute autre poudre absorbante (bismuth), etc. ; enfin, l'usage du coton hydrophile, en hiver surtout, pour éviter tout refroidissement cutané, nous paraissent devoir suffire en général.

Il va sans dire que les tétées devront être aussi régulières que possible (toutes les deux heures à cet âge) et que l'enfant ne devra pas ingérer autre chose que le lait de sa mère ou de sa nourrice. Il faut faire, dans les premières semaines de la vie, un usage modéré des médicaments, des vomitifs surtout, et traiter le muguet, aussitôt qu'il existe.

2* Érythème interfessier

Définition. — L'érythème interfessier est une manifestation pathologique très communément observée dans l'enfance, en particulier chez le nourrisson, et principalement chez le nouveau-né.

Étiologie. — Ce qui le détermine le plus souvent ce sont : l*'la malpropreté; 2° la chaleur; 3» la gastro-entérite (muguet, diarrhée verte) ; 4° les maladies fébriles.

La simple macération prolongée de la peau, au contact des urines et des matières fécales normales, suffit pour produire l'érythème interfessier, qui a pour siège habituel, les fesses, les organes génitaux et les jambes, ou, pour mieux dire, la partie postéro-interne des membres inférieurs.

C'est surtout l'été, pendant la saison chaude, que s'observe de préférence l'érythème interfessier. Toutefois le séjour prolongé au lit, les langes employés trop chauds ou restés trop longtemps mouillés peuvent le produire, même l'hiver. Mais ce sont surtout les altérations pathologiques, survenues du côté des matières fécales et des urines, qui ont sur sa production la plus grande efficacité. Parmi les causes provocatrices des unes, la gastro entérite, le muguet, donnant lieu à la diarrhée verte ou acide, sont placés au premier rang; parmi celles qui donnentnaissance aux autres, figurent la plupart des maladies fébriles (broncho-pneumonie, fièvres de toute nature

et en particulier celles qui altèrent la peau, comme la scarlatine ou la rougeole, etc.), dans lesquelles l'acidité des urines est beaucoup plus grande qu'à l'état normal.

Certaines évacuations alvines, jaunes au moment de leur émission, verdissent ultérieurement au contact des urines acides.

Cette modification toujours plus ou moins tardive, que l'on peut éviter jusqu'à un certain point en langeant les enfants aussi souvent qu'il est nécessaire, n'a pas, on le conçoit sans peine, l'importance des matières rendues vertes et dont l'action nocive, beaucoup plus intense au point de. vue que nous étudions, commence immédiatement après leur évacuation, d'où la nécessité de changer les langes plus souvent encore si c'est possible.

Sumptomatologie. — Une rougeur plus ou moins vive, commençant au pourtour de l'anus et aux organes génitaux, ne tarde pas à s'étendre sur les parties voisines pour gagner ensuite, de proche en proche, jusqu'à l'extrémité du membre inférieur, en prédominant toutefois aux faces interne et postérieure de celui-ci. Superficielle d'abord, cette rougeur ne pénètre pas, au début, dans les plis cutanés de la fesse ou de la cuisse. Le diagnostic de nature en est, ainsi, rendu plus facile

Mais plus tard l'érythème, plus ou moins intense, sec ou humide, luisant parfois et comme vernissé, envahit, non seulement toute la longueur du membre, mais encordes replis cutanés eux-mêmes, restés indemnes jusque-là.

Il n'est pas rare de voir survenir rapidement des exulcérations de la peau, superficielles d'ordinaire, douloureuses le plus souvent, d'étendue variable suivant les cas.

Diagnostic. — C'est alors qu'un œil peu expérimenté peut songer à bien des états pathologiques et à la syphilis héréditaire, en particulier, qui peut bien se compliquer d'érythème interfessier, mais qui ne se présente jamais primitivement et isolément sous cette forme. Le traitement d'ailleurs, nous le verrons plus loin, en est tout différent.

Pronostic. — Le pronostic est grave en ce sens que le moindre

contact des urines ou des matières fécales provoque des douleurs et des cris faciles à comprendre, de l'insomnie enfin, favorisant le nervosisme et les convulsions pour peu que l'enfant y soit prédisposé, surtout si la mère ou la nourrice, pour le calmer comme elles le font d'ordinaire, le mettent au sein à tout moment, ce qui aggrave à la fois la maladie gastrointestinale, le muguet^ la diarrhée verte, l'érythème enfin et l'insomnie, mais aussi la prédisposition aux convulsions.

Traitement. — Il consiste: l'a régulariser les tétées (toutes les 2 heures et demie et mieux toutes les 3 heures) ; 2" à maintenir la propreté la plus rigoureuse dans la région interfessière, en langeant l'enfant aussi souvent que c'est nécessaire, en le lavant à l'eau bouillie et froide sinon même à l'eau boriquée, en saupoudrant les surfaces érythémaleuses à l'aide d'une poudre absorbante et aseptique (talc stérilisé); 3<* enfin, à traiter les maladies primitives (gastro-entérite, muguet, broncho-pneumonie, fièvres éruptives ou autres). Dans la diarrhée verte, quelle qu'en soit la cause, l'emploi des alcalins, de l'eau seconde de chaux en particulier dans le lait ou en [potion (voir le traitement du muguet), sera très utile.

3° Érythème thérapeutique

Nous ne passerons point ici en revue tous les moyens thérapeutiques susceptibles de provoquer de l'érythème cutané. 11 sera bon toutefois, en présence d'une manifestation de cet ordre, de songer à la possibilité de pareille influence. Les préparations belladonées, les injections de sérum antidiphtérique, sont de ce nombre. Nous pourrions y en ajouter bien d'autres (térébenthine, etc.)

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