II. — Formes papuleuses
L'enfant présente à étudier, d'après les auteurs, des maladies cutanées à papu/es/je^ifes. Tels sont : le prurigo simplex, généralement bénin, et celui de Hébra, essentiellement chronique et incurable, identiques à ceux de l'adulte.
Toutes les fois qu'un diagnostic semblable a été porté devant nous, nous avons reconnu avoir affaire à une maladie parasitaire, la gale le plus souvent, aiguë ou chronique, c'està-dire récente ou ancienne, donnant lieu à ces manifestations secondaires, guéries aussi rapidement qu'elle d'ordinaire.
On observe aussi, chez l'enfant, des dermatoses à papules grosses ; de ce nombre sont le strophulus et surtout ÏU7'ticaire, dont il est bien difficile, à notre avis, de le séparer.
f° Urticaire
Définition. — L'urticaire est une maladie cutanée, essentiellement caractérisée par des papules larges, au niveau desquelles se produisent, par moments, des démangeaisons insupportables, qui déterminent, de la part du petit patient, un grattage souvent fort intense.
Etiologie. — Sans que nous sachions au juste quel est l'élément spécifique (microbien, toxinique ou autre) capable de produire l'urticaire, nous savons toutefois que cette maladie cutanée est le plus souvent, sinon toujours, la conséquence de troubles digestifs particuliers.
Nous l'avons vue survenir, tantôt à la suite d'une alimentation vicieuse (repas irréguliers comme heure ou comme quantité), tantôt à la suite de l'ingestion, accidentelle ou habituelle, de certains aliments indigestes (raisin, fruits incomplètements mûrs) ou spéciaux (poisson, moules, huîtres, fraises, etc., etc).
Sypiptomatologie. — Sur divers points du corps apparaissent, tout d'abord, des papules un peu grosses et du volume d'un grain de maïs. Ces papules, à l'état de repos, n'ont rien de caractéristique; mais, aussitôt qu'elles sont le siège de démangeaisons, ce qui arrive par poussées au cours de la journée ou de la nuit (démangeaisons que provoquent ou augmentent la chaleur, le simple frottement, toute friction légère à leur surface), on voit ces papules devenir turgescentes et prendre un caractère pathognomonique. Elles s'étalent, s'élargissent, font saillie davantage, sont pâles
d'abord, rouges ensuite, et ressemblent, à s'y méprendre, à là piqûre d'une ortie (urtica urens).
Cette maladie est connue vulgairement sous le nom de porcelaine. L'urticaire fébrile est, parfois aussi, appelée fièvre ortiée.
Dans certains cas en effet, chez l'enfant en particulier, l'éruption plus ou moins confluente s'accompagne, au moins par moments, d'une fièvre assez intense. Do là le nom de fièvre ortiée.
Les urines sont souvent chargées en urates ou en acide urique, surtout dans le cas on il y a fièvre; mais, le plus souvent aussi, même dans ceux qui n'en présentent point.
Marche, Durée, Terminaison. — En général, après quelques jours ou quelques semaines de durée, l'urticaire s'atténue d'abord, puis finit par disparaître, surtout si un traitement actif et approprié est aussitôt institué. L'éruption commence par devenir moins confluente, les papules perdent de leur étendue, les démangeaisons diminuent et cessent, enfin les rougeurs ou macules, derniers vestiges des papules, s'effacent complètement.
Les voies digestives(du côté desquelles on observe, suivant les cas, des vomissements, de la constipation ou de la diarrhée, des coliques, de la gastralgie, le plus souvent de l'anorexie, de l'embarras gastrique et un état saburral assez marqué de la langue) reprennent aussi leurs fonctions normales.
Les urines, un instant chargées en dépôts d'acide urique ou d'urates, redeviennent limpides et claires comme de coutume.
L'albuminurie y est assez rare et peu prononcée, d'ailleurs, quand on l'y rencontre. Nous avons vu assez souvent la fièvre, les démangeaisons, les coliques, revêtir un caractère intermittent et s'accuser principalement la nuit. Mais nous n'avons jamais observé l'urticaire nettement intermittente, décrite par le Professeur Golfin et nécessitant l'emploi du sulfate de quinine.
Pronostic. — L'urticaire est une maladie peu grave par
elle même. Elle est surtout incoDimode et pénible, par les démangeaisons qu'elle provoque, par l'insomnie qu'elle détermine, par l'état nerveux particulier qu'elle produit.
Traitement. — Son traiteiDentestfortsimple.il consiste : l'a écarter d'abord la cause qui lui adonné naissance (aliment spécial, fruits, poisson, ou alimentation vicieuse); 2' à prescrire une nourriture légère, presqu'exclusivement composée de lait et d'œufs, à la rigueur de viandes blanches; S"" à n'autoriser, si la fièvre existe, que le lait seul, toutes les trois heures ; 4° à ordonner, suivant les cas, un vomitif, un purgatif ou même un éméto-catbartique ; o* à faire prendre au malade (que l'on ait ou non recours au moyen précédent) du bicarbonate de soude, de 1 à 3 grammes par jour suivant l'âge, soit en potion, soit dans de la tisane diurétique (chiendent), soit même dans de leau prise avec le vin au repas, en ayant bien soin toutefois d'en fixer la quantité pour les 24 heures.
2" Strophulus
Défitiition. — On désigne sous le nom de strophulus, une maladie de la peau observée seulement pendant les deux premières années de la vie et qui, comme l'urticaire, est caractérisée par de grosses papules et des démangeaisons.
Eliologie. — Le strophulus fait partie de ce groupe de manifestations cutanées, auxquelles on a donné le nom générique et vulgaire de feux de dents. Dans ce groupe, il est bien difficile de faire la part exacte qui revient à l'évolution dentaire d'un côté, aux accidents gastro-intestinaux de l'autre, ou, en d'autres termes, aux réflexes cutanés et aux auto-infections ou aux auto-intoxications gastro-intestinales.
Sijmptomatologie. — Le strophulus, par ses papules et ses démangeaisons, se rapproche tellement de lurticaire que certains auteurs vont jusqu'à le confondre avec la forme aiguë de celle-ci. de même que le prurigo de Hébra est souvent pris pour la forme chronique de l'urticaire, et inversement.
Diagnostic. — L'âge des sujets sera un élément précieux de diagnostic différentiel, jusqu'au jour où il sera démontré que
le strophulus n'est pas autre chose que l'urticaire de la première enfance.
Nous ne serions point surpris que l'on découvrît ultérieurement le principe, microbien ou chimique, normal ou anormal, dont l'élimination à la peau détermine soit l'urticaire, soit le strophulus.
Pronostic. — Le pronostic de ce dernier est encore plus bénin, si c'est possible, que celui de l'urticaire.
Traitement. — Le traitement est exactement le même, tout au plus l'évolution dentaire peut-elle y ajouter une indication nouvelle : l'utilité de recourir au glycérophosphate de chaux, que l'on administre à la dose de 1 à 3 centigrammes par jour et en plusieurs fois, dans le lait, chez des enfants aussi jeunes.