‹ Précis des maladies des enfantsChapitre 35 sur 100 · IX. — Abeès multiples du nouveau-né · texte numérisé non relu

IX. — Abeès multiples du nouveau-né

Définition. — Comme son nom l'indique, la maladie que nous allons étudier est caractérisée par un nombre plus ou moins considérable de petites collections purulentes, faisant d'abord saillie, puis s'ouvrant à la surface cutanée.

FAiologie. — Ces abcès multiples s'observent surtout chez le nouveau-né. ce qui ne veut pas dire que plus tard l'enfant en soit absolument à l'abri. Ils résultent toujours d'une infection, d'origine cutanée le plus souvent, mais parfois aussi gastro-intestinale ou autre. On y trouve communément, pour ne pas dire constamment, le staphylococcus pyogenes aureus.

La malpropreté du tégument, certaines maladies locales ou générales à retentissement cutané, telles que : l'eczéma, les lièvres éruptives (rougeole en particulier et variole), les troubles gastro-intestinaux enfin, y prédisposent de la façon la plus remarquable, sans parler de toutes les causes débilitantes et principalement de l'athrepsie, de l'alimentation vicieuse, etc., etc.

Sijmptomatologie. — De petits abcès, de la grosseur moyenne d'un pois ou d'une noisette, disséminés à la surface du corps, aussi bien à la tête que sur le tronc et sur les membres, tel est l'ensemble symptomatique présenté par la maladie que nous étudions.

A l'extrémité des doigts, on en trouve aussi quelques-uns, sous forme de tournioles, qui ne sont que des points d'inoculation, consécutive à des abcès antérieurs, et qui, à leur tour, vont devenir le point de départ d'inoculations et de disséminations nouvelles, pour peu que la malpropreté ou les diverses manifestations pathologiques, dont la peau est le siège, provoquent les démangeaisons et le grattage.

Bien souvent en efïet, dans bon nombre de maladies cutanées des plus diverses (eczéma, gale, etc.), le grattage produit, à l'aide des ongles, le sillon, que vont ensemencer les micro-organismes multiples apportes par l'air et, mieux

encore, ceux que contient déjà l'espace sous-unguéal, surtout lorsque les ongles sont longs et sales.

Nous aurions pu dire, à propos de bien dés maladies cutanées, ce que nous disons ici seulement, c'est que: le premier devoir du pédiatre en présence de ces maladies, de celles surtout qui donnent lieu au qrattage, par les produits pathologiques déposés à la surface du tégument, consiste à s'assurer, non seulement que les ongles du petit malade sont coupés court, mais encore qu'ils sont tout à fait propres. Dans le cas contraire, c'est là évidemment la première indication à remplir.

Lorsque à ces deux conditions, fâcheuses au premier chef, s'ajoute la présence, sur le doigt lui-même, d'un produit pathologique quelconque (pus, après ouverture de l'abcès, par exemple) ou d'un élément pathogène (raicroorganisme, staphylocoque dans l'espèce), tout est réuni pour favoriser l'inoculation, et Vongle qui laboure^ et la graine que poite le doigt, transformé en stglet inoculateur.

La fièvre, généralement nulle ou modérée (38°, 38 o), peut, dans certains cas, s'allumer plus intense. Elle est habituellement en rapport avec les désordres, locaux ou généraux, résultant de la suppuration elle-même.

La coloration du tégument, normale tout d'abord audessus de l'abcès, ne devient rouge ou violacée que lorsque la collection purulente a de la tendance à l'ulcérer, après inflammation, pour se faire jour à l'extérieur. On ne doit pas attendre cette participation de la peau, au processus pyogénique, pour évacuer le pus sous jacent. en vertu du principe : Ubi pus, ibi évacua. Aussitôt que la fluctuation est perçue, s'impose une rapide intervention.

Diagnostic. — On ne confondra pas, avec les abcès multiples du nouveau-né ou même de la seconde enfance, les gommes syphilitiques ou scrofuleuses, que l'on rencontre si communément dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Elles sont habituellement moins nombreuses, d'abord. Ensuite, leur suppuration est moins franche et moins rapide. Enfin, à supposer qu'elles fussent aussi nombreuses que dans

le cas de scrofule que nous avons rapporté plus haut (V. le chapitre scrofule), il s'en trouverait quelqu'une montrant avec le périoste ou même avec les os certaine connexion. Cela n'existe point, au contraire, avec les abcès multiples, d'ordinaire simplement cutanés ou sous-cutanés.

Pronostic. — Le pronostic, malgré tout, est généralement bénin. Il n'en est pas moins vrai que cette maladie, dénotant une infection déjà profonde et étendue, ne manque pas de laisser subsister dans l'esprit de l'observateur quelque doute au point de vue de sa terminaison heureuse. Si, dans l'immense majorité des cas, celle-ci est la solution habituelle, il est cependant permis d'admettre que dans certains autres, par suite d'une suppuration par trop abondante et débilitante, l'organisme du petit malade ne puisse pas faire les frais d'une restUutio ad integruni, alors même qu'on serait assez heureux pour ne pas voir survenir de la pyohémie avec toutes ses graves conséquences.

Traitement. — Le traitement consiste : 1' à vider les abcès, aussitôt la suppuration constatée et rendue évidente par la fluctuation ; 2" à observer les règles hygiéniques les plus sévères, relativement au tégument (bains fréquents, asepsie cutanée); 3° à faire des pansements antiseptiques (on se trouvera bien des lavages à l'eau boriquée, sinon au sublimé à 1 Vo», suivis, aussitôt l'abcès ouvert, d'une application de salol ou de gaze iodoformee. avec coton hydrophile par dessus, retenu par un ebande en gaze aseptique) ; 4" enfin (si l'on croit que l'infection est de provenance gastro-intestinale), à régler l'alimentation et à recourir aux désinfectants gastro-intestinaux (benzonaphtoL salicylate de bismuth ou de magnésie, suivant le cas).

Page 1