X. — GaDj^rène
Définition. — La gamjrène ou sphacèle, autrement dit la mortification des tissus, de la peau surtout, s'observe quelquefois dans l'enfance.
Étiologie. — Sans doute la gangrène, même tégumentaire, survient rarement chez l'enfant. Mais, pour être rare, elle n'en est pas moins grave, ainsi que nous le verrons plus loin.
On peut dire que s'il existe une gangrène sénile, relativement facile à expliquer par altération vasculaire, il existe aussi une gangrène, que l'on pourrait appeler infantile, avec ses localisations et sa symptomatologie propres, et que semble expliquer beaucoup plutôt la thrombose ou l'embolie, que l'altération vasculaire et, surtout, artérielle.
La concalescence des maladies grâces et infectieuses, les états cachectiques dictrs, semblent y prédisposer plus particulièrement.
Symptomatologie. — Parmi les formes les plus communes, nous voyons :
1" Le noma ou gangrène de la bouche ;
2° La gangrène de la vulve chez la toute jeune fille ;
3° La maladie de Maurice Raynaud (asphyxie locale des extrémités) ;
4" La gangrène à foyers multiples ou disséminés ;
0° La gangrène de décubitus, dans certaines maladies graves (la fièvre typhoïde par exemple).
Quelle que soit celle de ces formes que revête la gangrène, elle se révèle toujours à l'otservateur par une coloration noire, particulière, et quelquefois aussi par une odeur putride sui generis, en quelque sorte caractéristique.
On distingue, aux autres âges, une gangrène sèche et une gangrène humide. Il semble que l'enfance ait une prédisposition marquée pour la première.
yoma ou gangrène de la bouche. — Nous en avons observé un seul cas suivi de mort, en été, chez un enfant atteint de choléra infantile. La gangrène occupait toute l'épaisseur de la lèvre inférieure et la partie médiane de celle-ci. La cause nous en fut totalement inconnue.
Gangrène de la culce. — Nous en avons observé un seul cas, chez une enfant de 2 ans environ. Les deux lèvres de la vulve étaient sphacélées dans leur ensemble et présentaient la coloration noire, caractéristique. Cette enfant appartenait
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à une famille pauvre, que nous visitions, alors, comme médecin du Bureau de Bienfaisance.
Sa mère nous raconta qu'à la crèche, où elle portait son enfant, on la laissait, par les plus grands froids, macérer dans son urine. C'est à cela qu'elle attribuait la maladie de sa fillette, maladie à laquelle celle-ci succomba d'ailleurs. Cette enfant était en outre profondément cachectique et convalescente de rougeole.
Maladie de Maurice Raynaud. — Nous n'avons jamais observé cette maladie chez l'enfant, où elle est, par conséquent, assez rare. D'autres médecins, toutefois, l'ont observée. Nous faisions allusion à l'un de ces cas, dans notre article sur cette maladie, paru dans le traité de M. le professeur Grancher (1).
Il nous a paru même que, dans ce cas particulier, la gangrène symétrique des extrémités était le résultat d'embolies endocardi tiques.
Nous avons en ce moment, à la clinique, un garçon de 9 ans, entré à l'hôpital pour des engelures de date récente, qui nous fut envoyé pour asphyxie locale des extrémités, laquelle nous paraît être une maladie bleue, méconnue pendant 9 ans et liée à la persistante perméabilité du canal artériel. Sa température générale est de 33,8.
Gangrène disséminée. — Nous n'avons jamais observé la gangrène cutanée sous forme de foyers disséminés, que décrivent certains auteurs et qu'ils considèrent comme susceptible de guérir, au moins quelquefois.
Gangrène de décubitus. — Survenant surtout après les fièvres typhoïdes graves, elle existe surtout, comme cher l'adulte, au niveau du sacrum et des deux trochanters. Elle guérit habituellement, comme cela s'est produit dans tous les cas qu'il nous a été donné d'observer.
Diagnostic. — Rien n'est plus facile que le diagnostic de gangrène, imposé par la coloration des parties, sinon par
(1) L. Baumel. — Maladie de Maurice Raynaud, Gangrène symétrique des extrémités, in Traité des maladies de l'enfance, de M, le professeur Grancher. Paris. 1898, tome V, page 404.
l'odeur sut generis qui s'en exhale. Cette dernière peut être nulle ou à peu près dans la gangrène sèche.
Pronostic. — Le pronostic de la gangrène, surtout chez l'enfant, est toujours grave. Il l'est particulièrement dans le nonia, la gangrène de la vulve et la maladie de Maurice Raynaud. 11 est beaucoup plus bénin dans la gangrène à foyers disséminés et surtout dans celle de décubitus. Elle dénote toujours un état mauvais de la nutrition générale, sinon même un état cachectique particulier.
Trailcment. — La gangrène ne peut guérir qu'à certaines conditions : c'est que les parties sphacélées soient facilement éliminées et que la plaie qui en résulte cicatrise rapidement et sans trop de diiriculté ; c'est qu'enfin l'état général, déjà grave, ainsi que le prouve sufTisamment la manifestation gangreneuse à laquelle il a pu donner lieu, ne soit pas aggravé encore par cette élimination même, par la suppuration plus ou moins longue et abondante qu'elle entraîne, par la septicémie qui peut en être la conséquence, sinon la cause. Pour cela, les toniques analeptiques et médicamenteux seront indiqués, concurremment avec les moyens (chirurgicaux ou médicaux) propres à favoriser l'élimination des eschares et la cicatrisation des plaies.
Le fer rouge aura la préférence dans certains cas ; le bistouri dans d'autres. Les lavages et les pansements antiseptiques (sublimé au 1 1000^). la poudre d'iodoforme ou de salol, la gaze salolée ou iodoformée recouverte de coton hydrophile, seront, dans la plupart de ces cas, des plus utiles.