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XL - Gale

Définition.— La gale est une maladie cutanée, parasitaire, donnant lieu à des démangeaisons, suivies de grattage, que la chaleur exagère et qui sont surtout intenses la nuit, dès que le malade est dans son lit.

Etiologie. — Chez l'enfant, comme chez l'adulte, la gale est déterminée par ïacarns scabiei et par la contagion,

d'homme à homme le plus souvent, quelquefois aussi d'animal à homme (chien, eto»., etc.)- '

Symptomatoloyie. — Dans l'enfance, la gale a parfois une physionomie particulière et si l'on n'y songe pas, en présence de tout enfant qui éprouve des démangeaisons et se gratte sur tout le corps, on risque fort de passer à côté d'elle sans la reconnaître. Il en est tout autrement, d'ordinaire, lorsque l'idée en vient au praticien.

Nous avons vu cependant, même dans ce cas, des médecins fort compétents être induits en erreur. Nous pouvons dire, d'une façon générale et sans la moindre exagération, que la gale, chez l'enfant, est une source d'erreurs multiples 'de diagnostic.

Nous n^en voulons pour preuve que les faits qu'il nous a été donné d'observer et qui ont été pris, soit pour du prurigo simplex, soit pour du prurigo de Hébra.'

Dans le premier cas, il s'agit de 3 enfants qui me furent donnés, le jour où je pris le service pour la première fois (1er novembre 1889) comme chargé du cours de clinique des maladies des enfants, pour de petits malades atteints de prurigo simplex.

Tous trois avaient des démangeaisons, principalement aux mains, qui étaient couvertes d'une éruption, variant suivant chaque malade.

Chez l'un, l'éruption était papuleuse ; chez le second, pustuleuse ; chez le troisième, ulcéreuse.

Il semblait que l'on avait affaire à trois maladies différentes, ayant de commun seulement le siège et les démangeaisons. Nous préférâmes, avec le collègue qui nous avait précédé au service, voir là une maladie unique, la même pour tous, le prurigo. Quant aux nuances ditïérentes, nous nous les expliquions, ce qui semblait logique d'allleurSv par une différence individuelle de terrain, d'où une réaction cutanée différente dans chaque cas particulier.

On décrit complaisamment, dans la plupart des ouvrages classiques et même dans certains manuels de pathologie, non seulenjent l'acare et ses mœurs, suivant son sexe et son âge.

2'fO PRÉCIS DES MALADIES DES ENFANTS

mais encore et surloul le sillon que se creuse la femelle, sillon dans lequel elle va pondre ses œufs et au fond duquel elle meurt. C'est de là que partent les petits acares qui, sortant par le sillcn, vont se promener sur la peau id'où les démangeaisons plus fortes à ce momenl-làj cherchant à se féconder, après quoi les femelles subissent le même sort que leurs mères. On va même jusqu'à prétendre, qu'à l'aide d'une aiguille, on peut ouvrir le sillon, arriver à son cul-de-sac, embrocher l'acareet le porter ainsi facilement sous le champ du microscope.

La chose n'est pas toujours aussi aisée. Nous ne parlons ici que de l'enfant et nous déclarons, qu'avec des loupes d'un grossissement très fort, il ne nous a pas toujours été permis de constater, dans les cas les plus avérés de gale, dans la plupart de C€ux dont nous parlons dans cet article et que le traitement de deux heurts a guéris d'ailleurs, l'existence, ni des sillons, ni de leurs ampoules terminales.

Dans les premiers faits dont nous avons parlé tout à l'heure, soupçonnant la présence de la gale chez les trois enfants de la clinique, nous traitâmes le plus sec (celui dont l'éruption était papuleuseï par le Iraitement de deux heures. Il guérit. Nous traitâmes ensuite et guérîmes les vésicules du second, les ulcérations du troisième, par des pansements émollients, antiseptiques et cicatrisants, après quoi, chez lun comme chez 1 autre, le traitement de deux heures non seulement put être employé, mais réussit aussi pleinement que chez le premier.

C'est alors que l'interne du service, rappelant ses souvenirs, nous déclara que, six mois auparavant, il était entré à la clinique une enfant galeuse et que, depuis lors, avait éclaté une véritable épidémie de prétendus cas de prurigo, à laquelle se rattachaient les trois que nous venions de guérir par le traitement de la gale, alors que, comme notre prédécesseur et collègue, nous avions infructueusement employé le traitement du prurigo simplex.

Les trois enfants susmentionnés avaient de deux à quatre

ans. Il y est fait allusion, dès 1893, dans mes leçons cliniques sur les maladies des enfants (1).

Beaucoup plus tard et dans ces dernières années, il est entré dans ma clinique un enfant de 13 ans pour un prurigo deHébra (maladie chronique et incurable), dont le diagnostic avait été porté dans un autre service, d'où il sortait.

Ce malade, soumis par nous au traitement de deux heures, qu'il avait subi infructueusement dans le service en question, fut guéri définitivement, non sans quelques récidives toutefois.

La maladie durait depuis 10 ans, chez cet enfant, qui n'en avait que 13. Chez lui encore, il nous fut absolument impossible d'apercevoir le moindre sillon. Cela arrive assez fréquemment dans la gale chronique, ainsi que nous l'a confirmé d'ailleurs notre collègue M. Brousse, chargé du cours de dermatologie.

La mère, interrogée par nous^ déclara qu'un frère du malade, plus âgé que lui et avec lequel il couchait, avait eu, lui aussi, des démangeaisons, dont il avait été rapidement guéri.

Nous avons vu enfin plusieurs fois la gale chez le nourrisson et une fois, en particulier, chez un enfant appartenant à une famille d'hémophiliques. Il la tenait de sa nourrice, depuis l'âge de 6 mois. Il avait un an à son entrée au service. Nous avons observé aussi la gale chez un nourrisson de trois mois, qui la tenait de sa mère. Tous ces malades, traités à l'hôpital, furent rapidement guéris, sauf l'hémophile qui nécessita la répétition fréquente du traitement de deux heures.

Diagnostic. — Il semble que la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité où l'on se trouve d'apercevoir facilement, chez l'enfant, les sillons creusés par ïacarus scabici, à plus forte raison l'acare lui-même, et par conséquent de porter rapidement un diagnostic certain, justifie pleinement les paroles de Hardy, lorsqu'il déclare que : lorsqu'on voit de Vecthyma se produire, non seulement aux mains, mais encore aux pieds

(1) L. Baumel. Leçons cliniques sur les maladies des enfants. Paris, Alasson, 1893, page SiiO.

et aux fesses, on se trouve généralement en présence de la gale{\).

Le siège de prédilection de l'acare et des diverses manifestations, cutanées et pathologiques, qu'il détermine, est à l'interstice des doigts et des orteils, c'est-à-dire là ou la peau est plus fine et. par suite, plus facile à pénétrer par le parasite.

Si la gale se bornait à produire ses lésions propres, le diagnostic en serait relativement facile. Il en est tout autrement avec les éruptions et infections locales, secondaires, auxquelles le grattage, à lui seul, peut donner lieu. Ce qui rend le diagnostic encore plus difficile, ce sont les diverses manifestations ou réactions pathologiques, dont la peau est le siège, et qui peuvent varier suivant le sujet, ainsi que nous l'avons vu plus haut. Ce dernier serait-il syphilitique, qu'on ne devrait point être surpris de voir la gale devenir le point de départ et la cause de manifestations de ladiathèse spécifique. 11 en est de même de la scrofule, de l'arthritisme, etc., etc.

Le diagnostic est certainement favorisé par le voisinage d'un galeux. C'est ainsi qu'une fillette de mon service, ayant, à mon insu et sans autorisation, gardé dans la journée un petit galeux qui s'y trouvait, contracta la maladie. Les premières démangeaisons qu'elle éprouva furent rapidement rapportées par nous à leur véritable nature. Le traitement, institué aussitôt, fut immédiatement efficace.

Pronostic. — Le pronostic de la gale, chez l'enfant, est toujours plus ou moins sérieux. Sa gravité est en rapport : i* avec l'âge du sujet ; 2" avec la durée déjà plus ou moins grande de la maladie, au moment où le traitement est commencé ; 3° avec les complications coexistantes ; 4" avec la manière dont on applique le traitement.

Plus l'enfant est jeune, plus la maladie est grave. En raison de l'insomnie que détermine la gale, chez le nourrisson par exemple, et de l'excitation qui résulte des démangeaisons et du grattage, on conçoit combien les complications nerveuses, les convulsions en particulier, sont à redouter dans ces cas,

(i) flardy, cité par MM. Barthez et Sanné, in Killiet et Barlhez, Maladies des enfants, 3« édilloo. Paris, 1887, lome H, pnge 7()5.

soit au cours de la première maladie venue, soit simplement à l'occasion de l'évolution dentaire.

Plus une gale est ancienne, plus elle est difïicile à guérir. Nous ne citerons pour exemple que l'enfant de 13 ans, dont nous avons parlé et chez lequel, la maladie datant de 10 ans, il nous a fallu recourir plusieurs fois au traitement de deux heures et prendre des précautions spéciales pour le débarrasser entièrement.

Quand, dans un autre service, on lui prescrivit une première fois ce traitement, qu'il subit à 1 hôpital suburbain, il nous a déclaré avoir remis, aussitôt après, la mêuie chemise qu'il portait auparavant et n'en avoir changé qu'à la maison.

De même, quand il était à la clinique des enfants et en raison de la persistance du mal ou de sa récidive aussitôt qu'il rentrait chez lui (allernatives qui avaient fait croire, dans ce cas, à un prurigo de Hébra datant de 10 ans), nous apprîmes que le lit de cet enfant avait une paillasse. Or. ce fut seulement après que, sur nos conseils, la paille qui la composait eut été soumise à des vapeurs soufrées et la toile lessivée, ((ue l'enfant, guéri à l'hôpital, resta indéfiniment tel, une fois rentré chez lui.

Parmi les complications, Ihémophilie est une des plus redoutables, bien que nous n'ayons pas eu d'accidents, dans le cas qui nous est personnel, malgré le traitement de deux heures. 11 en est de même des manifestations vésico-pustuleuscs ou ulcéreuses qui retardent le traitement et, par suite, la guérison.

Traitement. — Le traitement par excellence, de la gale, est celui qu'on appelle de deux heures, mais encore faut il qu'il soit bien appliqué.

11 consiste en : 1° frictions au gant de crin avec du savon noir, pendant 1/2 heure; 2* un bain de 1,2 heure pour débarrasser du savon, délerger, ouvrir la peau ; 3* l'application de la pommade d'Helmerich ou du sulfure de calcium liquide sur le tégument, principalement sur les points plus particulièrement atteints ; 4" enlin, un bain d'une 1/2 heure.

Il faut que ce traitement soit scrupuleusement et soigneu-

sèment fait, tel que nous venons de l'indiquer, faute de quoi on voit la maladie s'éterniser. Lenfant tout jeune, le nourrisson lui-même, le supportent sans grand inconvénient, nous semble-t-il, du moins d'après les faits soumis à notre observation personnelle.

Nous sommes décidé cependant à essayer, à l'avenir, les moyens plus doux et, en particulier, les applications de baume du Pérou, que l'on a préconisés, ne serait-ce que pour éviter les frictions au gant de crin, toujours plus ou moins pénibles pour un enfant. Nous craignons toutefois, à priori, qu'elles n'aient pas l'efficacité du traitement précédent ou classique.

L'ne précaution à prendre et sur laquelle nous n'insisterons jamais assez est la suivante : c'est qu'il faut désinfecter, non seulement les langes ou les vêtements de corps du petit galeux, mais encore sa literie tout entière, à chaque nouveau traitement de deux heures, et, qui plus est, les vêtements de la mère, de la nourrice ou de la garde, si l'enfant est un nourrisson et ne marche pas, s'il est par conséquent nuil et jour dans les bras d'une personne, qui doit être toujours la même.

Mieux encore, celle-ci devrait non seulement donner ses vêtements à désinfecter, mais prendre un bain sulfureux, alors même qu'elle n'aurait pas la gale. Dans le cas contraire, elle devra se soumettre au traitement de deux heures et le subir en même temps que l'enfant.

C'est à cette condition que l'on triomphera, aisément somme toute, d'une maladie aussi tenace que la gale, par un traitement sévère, dirigé et appliqué intelligemment. On devra y recourir de nouveau, à la moindre démangeaison, et en insistant plus particulièrement sur les points qui en sont le siège.

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