XII. — Teig-ne faveuse
Définition. — La teigne faveuse est la plus commune des teignes observées chez l'enfant. Elle a pour siège de prédilection le cuir chevelu ; mais, on peut la rencontrer au niveau
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des cils et des sourcils, comme aussi sur les diverses parties du corps, principalement : le dos, la face externe et postérieure des brasetdesav"ànt bras, les ongles (onychomycosis). Klle est essentiellement contagieuse et parasitaire.
f/io/o^i".— La teigne fa veuse est due à un parasite, l'achorion Schœnleinii, 11 se compose de spores ou conidies sphériques de 3à 11 tx, de mycélium (filaments simples ou ramifiés), enfin d'un réceptacle (tubes isolés ou accolés, vides ou contenant des spores placées bout à bout), faciles à reconnaître au microscope.
La contagion s'effectue, d'ordinaire, d'enfant à enfant, surtout par l'intermédiaire des coiffures (à l'école par exemple) ou des peignes (entre frères et sœurs à la maison). Cette maladie est commune à l'homme et à certains animaux tels que le rat, le chat. Elle passe du rat au chat et, enfin, à l'enfant, qui s'amuse souvent avec ce dernier et lui prodigue journellement ses caresses.
On voit rarement la teigne, à l'âge adulte. Elle est, au contraire, extrêmement fréquente dans l'enfance, où elle est aussi très contagieuse.
Certaines régions, certains départements y paraissent tout particulièrement prédisposés. Depuis 1865, Jules Bergeron, le regretté Secrétaire perpétuel de l'Académie de Médecine, a signalé le département de l'Hérault comme étant le plus frappé, comme celui qui, dans les conseils de révision, a le plus de cas de réforme par alopécie consécutive à la teigne. M. Feulard.en 1885 d'abord, puis en 1892 (Congrès devienne), a confirmé entièrement les atlirmations de M. Bergeron.
Sans vouloir atténuer, en aucune façon, la valeur de la constatation faite par MM. Bergeron et Feulard, il nous a paru, tout d'abord, que les enfants, même soignés à l'hôpital de Montpellier, n'étaient pas tous originaires du département de l'Hérault. L'attraction de l'Hérault, pays viticole et riche, peut bien expliquer ensuite le grand nombre de conscrits exempts pour alopécie, bien que ceux-ci ne soient pas tous de provenance héraultaise. Le moment des vendanges peut être, à lui seul, une cause de contagion facile, par la descente
des vendangeurs de la montagne dans la plaine; enfin, un do mes élèves, M. le D'Delassus. a. dans sa thèse inaugurale et en vertu des renseignements qui liw ont été fournis par le regretté professeur Kiener et par le recrutement de Mont pellier, déclaré qu'une nouvelle cause d'erreur pouvait résider dans ce fait, que le recrutement militaire de l'Hérault embrasse, en outre, certains cantons de 1 Aveyron ( 1). N'a-t-on pas ensuite pris, rétrospectivement, pour la teigne ce qui pouvait n être que de l'eczéma impétigineux ?
Le respect que l'on a pour la teigne, dans le public, est basé sur les mêmes théories humorales que celui que l'on professe à légard de 1 eczéma impétigneux. 11 est encore plus blâmable, si c'est possible.
Symptomalogie. — La première manifestation du favus est le godet facique. C'est un petit amas, de la grosseur d'un demi pois, de couleui: jaune soufre, reposant parsa base sur la surface cutanée et présentant, à sa partie culminante ou sommet, une dépression en cupule, à concavité supérieure, d où le nom de godet facique, donné à cette production spéciale.
C'est surtout dans ce godet, qui embrasse un certain nombre de cheveux, que l'on retrouve le parasite spécifique. Les cheveux eux mêmes et leur racine sont envahis. L'achorion forme une gaine autour de la tige du poil. Il pénètre non seulement dans les follicules pileux, mais dans les glandes sébacées et sudoripares. se glisse sous l'épiderme et même jusque dans le derme, doù, à un moment donné, de véritables abcès intradermiques, déterminés par la présence du parasite.
Le diagnostic est facile, dans ces conditions. Mais les choses ne restent pas longtemps ainsi. Les démangeaisons intervenant, les ongles labourent la surface cutanée du cuir chevelu, détachent ou détruisent les godets, en même temps qu'ils sillonnent et inoculent des zones de plus en plus éloignées du point primitivement atteint ou de départ.
(1) Delassus. La teigne faveuse dans le département de l'Hérault et à la clinique dos enfants à l'Hôpital général. Thèse de Montpellier, 1893, page 'S'2.
Ainsi disparaissent les caractères propres du godet ; ainsi se produisent des éruptions ou lésions secondaires du cuir chevelu (eczéma, impétigo, cutite, abcès, etc.) ; ainsi se forment des croûtes, plus ou moins muUes d'abord, sèches ensuite, qui, au début surtout et pendant longtemps encore, conservent une coloration jaune soufie, rappelant celle des godets (dont la forme a disparu et est devenue tout à fait méconnaissable) par le mélange de leurs détritus aux produits de sécrétion cutanée ou aux diverses concrétions pathologiques qui surviennent.
Ceiie couleur jaune finit, à la longue, par s'alténuer de plus en plus ; dans certains cas, même, elle dbparaît pour faire place à une coloration fjrisàtre, revêtue par les croûtes. C'est alors que le diagnostic, à l'œil nu, devient plus dilïicile, sinon impossible, et que s'impose l'examen microscopique. Certaines formes d'eczéma sec peuvent, en effet, simuler à s'y méprendre la teigne (amuse arrivée à cette période.
Puisqu'il est question d'eczéma, disons tout de suite que celui ci, aigu ou chronique, peut, dans certains cas, simuler simplement, dans certains autres, compliquer le favus (1).
Ce qui nous a mis depuis longtemps sur la voie de cette complication c'est, d'une part, la coloration rouge-vif et fortement eczémateuse de certaines tètes de teigneux faviques, contrastant avec la couleur normale de toutes les autres ; c'est, d'autre part, la difTicullé que l'on a pour épiler ces têtes, rouges et plus ou moins suintantes, sans qu'elles saignent abondamment, d'où le nom de tètes saignantes, sous lequel nous les désignons communément dans le service.
Ce sont habituellement des enfants de 6 à 14 ans, chez lesquels, à un moment donné, s'effectue de l'évolution dentaire. D'où un eczéma de dentition venant ici compliquer, là simuler, la teigne faveuse. Il va sans dire que s'il peut exister des doutes sur la coexistence des deux maladies, au moment où l'eczéma est aigu, cette question est vite tranchée
(1) Voir, à ce sujet, la thèse de M. le D' Besins, intitulée : De l'eczéma du cuir chevelu, chez l'enfant, compliquant ou simulant la teigne. Montpellier, 1896.
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par l'examen microscopique. La simulation, au contraire, n est guère possible qu'avec 1 eczéma sec, rappelant un peu les croûtes sèches et grises, que nous avons indiquées plus haut comme se produisant à la lin d'un favus déjà ancien.
Peut-être même, alors, y a-t-il toujours plus ou moins coexistence des deux maladies. alTeclant. l'une et l'autre, une forme essentiellement chronique. Quand on fait tomber en elîet les croûtes faviques, on aperçoit, sur le tégument et à leur place, une surface plus ou moins rouge et suintante, érythémateuse au moins, sinon eczémateuse, qu'elles entretenaient ou provoquaient, et qui pâlit, de jour en jour, à mesure que la détersion est régulièrement elîectuée.
Sur les autres parties du corps, le favus revêt les mêmes caractères qu'au cuir chevelu. Ce sont, d'abord, des godets faviques discrets, le plus saucent éphémères, à condition qu'ils soient traités convenablement.
11 n'en est pas tout à fait de même de la teigne faveuse au cuir chevelu. Celle-ci. même traitée, dure généralement longtemps (des mois, sinon des années). Elle est d'autant plus tenace et persistante, qu'elle est plus ancienne et, par suite, plus généralisée.
Un point essentiel, lorsque le malade paraît guéri, c'est qu'il ne se contagionne pas de nouveau, au voisinage d'autres faviques. Aussi préférons-nous, dans ce cas, renvoyer le malade chez lui et laisser pousser les cheveux, tout en recommandant à la famille de nous le ramener à la moindre menace de rechute, sinon le second traitement pourrait être aussi long que le premier.
Diagnostic. — Le diagnostic, nous lavons vu plus haut, est relativement facile; soit qu'il existe encore des godets ou la couleur soufrée, caractéristique, colorant les croûtes plus ou moins sèches; soit que l'on doive recourir à l'examen microscopique qui, généralement, ne laisse plus aucun doute dans l'esprit. L'eczéma chronique, seul, pourrait quelquefois être confondu avec la teigne faveuse. qui est assez communément compliquée del une de ses formes, aiguë ou chronique.
Pronostic. — Le pronostic est grave en ce sens : que la
durée de la maladie et du traitement est longue ; que pendant ce temps l'enfant, éloigné de l'école, en subit un certain préjudice, quelques précautions ou dispositions que l'on prenne au point de vue de son instruction, toujours plus ou moins compromise.
Parmi les complications qui peuvent survenir, nous citerons : i" l'eczéma impétigineux, aigu ou chronique; 2° les adénites cervicales ; 3° les abcès du cuir cfiecelu ; 4* enfin, comme suite d'une teigne de longue durée ou par trop négligée, ïalopécie. Celle-ci est on ne peut plus rare, quand le traitement a été bien fait et institué de bonne heure.
Traitement. — Il consiste à :
1° Tailler les cheveux le plus ras possible (à la tondeuse la plus fine, d'ordinaire).
2° Faire tomber les croûtes avec des cataplasmes, du taffetas gommé, et déterger le cuir chevelu, à l'aide de lavages boriques tièdes.
3° Epiler les surfaces malades (si elles ne saignent pas ou ne sont point eczémateuses), avec la pince à mors mousses de Bazin, à raison de plusieurs centimètres carrés par séance.
4° Dans l'épilation totale, procéder par ordre (d'avant en arrière) et non point irrégulièrement. Si elle est partielle, les tonsures ainsi pratiquées doivent dépasser les limites du mal de plusieurs millimètres.
5° Dans le cas où il existe des complications (eczéma, abcès ou autres), traiter et guérir celles-ci avant de combattre la teigne elle-même.
6° Laver le cuir chevelu, non ulcéré, avec la liqueur de Van Swieten (sublimé à 1 p. 7oo).
7° Appliquer la pommade suivante, au moins une fois par jour:
Vaseline 30 grammes.
Turbith minéral ou calomel . . 4 —
Le turbith minéral est employé dans les cas communs et lorsque le cuir chevelu est de couleur normale. Nous le remplaçons par le calomel, quand la peau est plus ou moins rouge. Le premier (sous-deutosulfate de mercure) est, de par sa
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composition chimique, doublement antiparasitaire, mais un peu excitant. Le second est antiparasitaire, moins actif peutêtre, mais, en même temps, antiphlogistique.