Iii^uet
Uéfiuitinn. — On désigne, sous le nom de mwfuet (autrefois blinchet ou .ftntnatHe crémeuse), une maladie, très commune dans la plus tendre enfance, qu'on observe comme complication de bien des états, aigus ou chroniques, et qui est caractérisée par le développement d'un parasite, VoUUum albicans, ainsi dénommé et décrit par Ch. Robin. On peut le rencontrer aux divers âges, même dans la vieillesse, mais avec beaucoup moins de fréquence que dans l'enfance.
ÉtioloQie. — L'oïdium albicans a paru longtemps l'unique cause du muguet. Les auteurs classiques et les cliniciens y ont, depuis sa découverte et de nos jours encore, attaché avec juste raison une grande importance.
Il se compose de mycélium et de spores, de 6 à S a, faciles à reconnaître à l'examen microscopique.
Mais il a toujours paru qu'à côté de la ffraine, il fallait tenir compte du terrain ou, si l'on préfère, du milieu constitué, pour certains auteurs, par un état acide particulier de la bouche.
Gubler fut un des premiers à soutenir cette opinion, que corroborait l'état d'acidité habituel de la cavité buccale chez l'enfant, en raison de l'alimentation exclusivement lactée et de la fermentation lactique des particules de lait restées dans la bouche. Cette opinion ne rencontrait qu'une difficulté, c'était de donner l'explication de l'absence du muguet, non seulement chez l'enfant normal, mais encore chez un grand nombre de petits malades.
Parrot soutient cette opinion de toute l'autorité de son nom. Il nous indique même dans son remarquable traité sur ïatlirepsie, qu'il a rencontré le muguet, non seulement dans la bouche, Y œsophage et Vestomac, mais encore dans le gros intestin, surtout dans le cœnum, jamais dans L'intestin grêle.
La raison de cette dif!érence réside tout entière, d'après
lui, dans ce fait que les premiers milieux sont acides, tandis que le dernier est alcalin.
Parrot a absolument raison, si l'on considère ces divers milieux à l'état normal. Mais, à l'état pathologique, ne savons-nous pas et ne constatons-nous pas journellement que les diverses cavités muqueuses deviennent, sous l'influence de l'inflammation, chimiquement le contraire de ce qu'elles étaient auparavant? Le milieu gastrique lui-même ne devient-il pas souvent, dans ces conditions, alcalin, et le milieu vaginal acide "?
Ne nous apprend-on pas, en pédiatrie, que la diarrhée verte, que l'on rencontre si communément dans l'entérite, tient à l'acidité particulière du contenu intestinal? N'est-ce pas l'intestin grêle qui en est le plus souvent responsable, étant donné qu'il est plus fréquemment et plus habituellement le siège de l'inflammation?
Ce qui explique, à notre avis, que l'intestin grêle est généralement dépourvu de muguet, ainsi que l'a fait justement remarquer Parrot, c'est moins parce que ce milieu est invariablement alcalin, que par suite des contractions péristaltiques plus fréquentes, dont il est le siège à l'état inflammatoire, et des lavages continus, effectués à sa surface parle passage incessant des substances liquides, qui le traversent bien plus souvent et en plus grande abondance qu'à l'ordinaire.
Rien d'étonnant, au contraire, à ce qu'on le rencontre plus communément ou plus facilement dans le gros intestin, où les replis falciformes le retiennent beaucoup plus aisément, et surtout dans le cœcum, en raison de la déclivité de celui-ci et de la marche des matières dans son intérieur, en sens inverse de l'action de la pesanteur, ce qui en explique à la fois la stase ou le ralentissement, conditions favorables au développement du parasite.
Les expériences de laboratoire sont venues, à leur tour, ruiner la théorie de l'acidité. On est en effet parvenu (Audry) à faire se développer et pulluler l'oïdium albicans dans un milieu alcalin.
Bien que ce développement s'y effectue peut-être moins bien que dans un milieu acide, il n'en faut pas moins reconnaître que le milieu alcalin, loin de s'opposer à la pullulation du parasite, ainsi qu'on l'avait cru, le permet, contrairement à l'opinion émise de tous côtés à cet égard.
En présence de ces contradictions flagrantes, nous avons depuis longtemps cherché ailleurs et trouvé, croyons-nous, la oéritable raison du développement, facile dans certaines conditions, du muguet, à Vintérieur de la cavité buccale chez l'enfant.
Nous avons été frappé tout d'abord de le voir se produire assez communément au cours de tout état fébrile, mais surtout à l'occasion de l'évolution dentaire (fébrile ou non), ce qui nous l'a fait même comprendre dans les accidents de dentition (1).
Nous l'avons expliqué par la production, à ce moment-là, d'une gingivite d'abord,puis d'une stomatite et d'une glossite, plus ou moins légères. De là, une desquamation anormale de l'épithélium muqueux, qui offre une surface plus ou moins rugueuse.
Cela tient, d'une part, àl'intlammation elle-même; d'autre part, à la difficulté ou à la lenteur, pour certaines cellules épithéliales en partie détachées, de tomber entièrement.
Ce sont ces inégalités inflammatoires et cellulaires de la muqueuse qui constituent Vobstacle le plus sérieux au glissement des spores du muguet portées par l'air à leur niveau, d'où rétention facile de celles-ci et pullulation rapide du parasite. Voilà, d'après nous, la véritable raison de la complication due à la présence de l'oïdium albicans, qui, une fois développé, ne tarde pas à envahir les diverses parties de l'appareil digestif, plus ou moins aptes à le recevoir et que nous avons énumérées plus haut. Il peut même exercer une influence sur l'état général du sujet par ses produits de sécrétion (Charrin).
(1) L. Baumel. Accidents de la première et de la seconde dentition. Leçon recueillie par L. Réfrégé, Montp. Méd. 1894. Voir aussi la thèse de M. le D' Boïadjief sur le Muguet, Montpellier, 1899.
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Evideniiuemment le parasite est indispensable, mais le sont tout autant, selon nous, les conditions de milieu que nous venons de décrire.
Symptomatologie. — Le muguet, pour un œil tant soit peu exercé, est facile à reconnaître, quel que soit le degré de son développement.
L'enfant, qui en est atteint, laisse généralement sa bouche béante; sa langue est souvent projetée au dehors, en été surtout. Il semble que le petit malade recherche ainsi la fraîcheur de l'air extérieur, qui doit lui être agréable, il exécute certains mouvements, de la langue, des lèvres ou des joues, qui pourraient faire songer aux grimaces de la méningite et qui ont pour but de débarrasser ces organes des enduits parasitaires qui les recouvrent.
A un premier degré, le muguet se présente sous forme de très fines granulations blanches, qui s'observent surtout sur la langue, mais que l'on peut rencontrer sur d'autres points du milieu buccal (face interne des lèvres et des joues, gencives, etc.. etc.). C'est sur la langue qu'il débute d'ordinaire et qu'on le reconnaît le plus aisément.
A un second degré, une légère couche blanche, d'étendue variable, recouvre, comme un enduit, les muqueuses buccale et linguale.
Enfin, à un troisième degré, à côté de certaines parties, oQrant les caractères que nous venons d'indiquer, se trouvent des surfaces comme dénudées de leur épit hélium, comme raclées par un couteau, par exemple. C'est la chute des plaques du muguet qui leur donne cet aspect, oflrant les dispositions les plus variées : circulaire, partielle ou générale. C'est peut être, même, à cet état que l'on a appliqué la dénomination de glossite exfoliatrice.
Dans la forme générale ou totale, l'aspect de la langue se rapproche, jusqu'à un certain point, de celui de la langue scarlatineuse, lorsqu'elle est entièrement dépouillée de son épithélium desquamé.
Si l'enfant ingère, en potion ou en boisson, des substances plus ou moins colorées (quinquina, vin, jus de pruneaux), les
divers enduits buccaux (saburres). même ceux du muguet, peuvent momentanément être colorés par elles. Le médecin doit avoir ce fait présent à l'esprit et ne pas s'en laisser imposer par ces diverses colorations.
Diagnostic. — Le diagnostic du muguet sera toujours facile, pour un pédiatre tant soit peu exercé. Souvent l'entourage du malade le portera lui-même. Il sera bon toutefois qu'il soit précédé dans cette voie par le médecin. Ce sera généralement ainsi, à condition que ce dernier songe, dans bien des cas, à la possibilité de l'existence du mal et qu'il examine attentivement le petit patient à ce point de vue.
L'état saburral est moins blanc, plus jaune ou gris sale. Le lait est caillebotté et même ses petits caillots, plus ou moins circonscrits, sont difficiles à prendre pour du muguet.
Les vomissements, le grincement des dents dû à l'évolution dentaire, la fièvre, les convulsions, s'ajoutant au mâchonnement, pourront faire songer, nous l'avons déjà dit, à la méningite aiguë, qu'un peu d'habitude de la pédiatrie fera écarter aussitôt. Enfin l'examen microscopique de l'exsudat viendra lever le doute qui pourrait exister à cet égard.
Pronostic. — Le pronostic du muguet, sans être très grave, est cependant sérieux. Il est en rapport : 1° avec le jeune âge de l'enfant ; 2** avec la maladie au cours de laquelle il s'est développé ; 3" avec l'hygiène alimentaire du malade ; 4' enfin, avec le traitement institué pour le combattre.
Bien traité, il est, par lui-même, généralement bénin. Il guérit assez facilement, quand il est lié à l'évolution dentaire. Il reparaît, avec elle, très aisément.
Beaucoup d'enfants ne refusent le sein ou V alimentation que parce qu'ils ont leur langue encroûtée de muguet, ce qui gène considérablement ses mouvements et surtout la succion.
Traitement. — Le traitement du muguet est extrêmement simple. Comme aliment, du lait tiède sera administré toutes les 3 heures. On évitera toute boisson ou trop chaude ou trop froide, cause fréquente de stomatite, nous l'avons dit plus haut, et, par conséquent, de muguet.
On surveillera et l'on traitera au besoin Us seins de la nour-
rice, qui sera remplacée, si l'on considère qu'elle est et restera insuffisante, à plus forte raison si elle est reconnue mauvaise.
Si l'on se sert de tétine pour administrer le lait à l'enfant, on veillera à xe qu'elle ne soit ni trop dure, ni altérée, à ce qu'elle soit surtout aseptique (plongée dans l'eau boriquée renouvelée après chaque tétée).
Enfin, il est deux indications fondamentales à remplir :
La première consiste à déterger les surfaces de la cavité buccale recouvertes de muguet.
La deuxième, à empêcher ou à arrêter r ex tension, la généralisation du parasite, aux autres pnrtie^^ des voies digesiices.
On répondra à la première par l'emploi d'un collutoire avec :
Borate de soude.
Miel
te de soude. . )
rosat i ^^ ^^ grammes
que l'on appliquera trois fois par jour, à laide d'un pinceau, sur les parties atteintes. Il sutîit généralement de faire ouvrir la bouche du petit malade et d'essuyer rapidement, mais non brusquement, le pinceau sur la langue. L'enfant se charge ensuite de répandre le collutoire dans toute la bouche, en raison du goût sucré et agréable qu'il lui trouve.
Ne jamais pratiquer ces applications sans voir ce que l'on fait. Se garder surtout cV aller d'un seul coup brusque au fond de la bouche. Nous avons vu, fréquemment, cette pratique suivie d'ulcéralions au palais, ulcérations purement traumatiques, produites par le pinceau introduit d'une main maladroite et brutale. Ces ulcérations guérissent, par le même moyen, mais elles compliquent la situation en ce sens que l'alimentation est. par elles, rendue plus difficile ou mêmeimpossible.
La deuxième indication sera remplie à l'aide de la potion
suivante :
Eau seconde de chaux, i ^ ^^
60 grammes
Eau de laitue
Sirop simple 30 —
Teinture de musc. . . IV gouttes
que l'on donne t'i raison de deux cuillerées à café, au milieu de l'intervalle des tétées, chez les plus jeunes enfants (c'està-dire toutes les deux heures) et jusqu'à une cuillerée à bouche, toutes les trois heures (une heure et demie après là tétée ou la prise de lait), chez les plus grandets.