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V. — Ang^ines. — Ang^ine tonsîllaire

Les angines sont des inflammations de la gorge. De toutes les angines observées dans l'enfance la plus fréquente est, sans contredit, l'angine tonsillaire ou inflammation de l'amygdale. On distingue : 1° une amygdalite aiguë ; 2° une amygdalite chronique.

1° Amygdalite aiguë

Définition. — L'amygdalite aiguë est, comme son nom

(1) L. Baumei. La coqueluche anormale du nourrissoD, in iVour. Montp. Méd. 1895.

l'indique, l'inflaramation aiguë des amygdales. Elle est unilatérale le plus souvent, bilatérale quelquefois.

Etiologie. — Les causes les plus ordinaires de l'amygdalite aiguë sont le froid et l'infection locale, d'autant plus facile à se produire que les amygdales sont constituées par une infinité de cryptes, au fond desquelles peuvent aisément se développer les divers éléments infectieux (streptocoques en particulier) qui pullulent à l'état normal dans la bouche de tout enfant.

On l'observe principalement lorsque ces éléments infectieux sont retenus dans les cryptes et que celles-ci sont incapables, momentanément et pathologiquement, de déverser leur contenu habituel et pultacé à la surface de l'amygdale, qu'elles aient été ou non impressionnées par le froid.

Cette action peut s'exercer directement par l'air inspiré ou, au contraire, indirectement. C'est surtout par le froid aux pieds et aux menibres inférieurs que surviennent la plupart des angines dites a frigore et, en particulier, l'amygdalite aiguë.

On voit aussi l'angine, superficielle et légère, souvent liée à l'évolution dentaire.

Symptomatologie. — Elle se traduit par une douleur plus ou moins aiguë, siégeant à la gorge et qu'exagèrent le simple passage ou contact d'un air frais, d'un liquide froid ou chaud, mais surtout les mouvements de déglutition quelque faibles qu'ils soient, qu'ils aient pour but l'ingestion d'une boisson ou d'un aliment quelconque, même liquide, ou encore simplement de faire avaler au petit malade sa salive, dont la sécrétion est rendue plus abondante par le fait de l'inflammation gutturale et par la sensation constante d'un besoin de déglutir.

Cette douleur est uni ou bilatérale, suivant que l'inflammation n'occupe qu'un côté ou les deux à la fois. xMéme dans ce dernier cas, elle est généralement plus marquée d'un côté que de l'autre, en raison de la difïérence d'intensité de l'inflammation à droite et à gauche.

L'amygdalite peut s'accompagner de la présence, à la

région cervicale latérale, dïm ou plusieurs ganglions lymphatiques hypertrophiés et enflammés, nous pourrions dire infectés. Mais que ces ganglions soient ou non très évidents, ce qui l'est davantage, c'est la scnmticm de himéfnction perçue ert è rie u rement, au niceau de iamijfjdale, par les doigts qui l'explorent et la douleur provoquée par cette exploration même.

Pour examiner la bouche, si l'enfant est tout jeune, on lui saisira le nez à l'aide du pouce et de l'index droits qui, serrant latéralement les ailes de l'organe et les rapprochant de la cloison, l'obtureront de la sorte aisément.

Le petit malade ouvrira alors, fatalement et instinctivement, la bouche. A ce moment là, avec un abaisse-langue ou, à défaut, le manche d'une grande cuiller, on déprime la langue jusqu'à sa base et l'on aperçoit ainsi facilement l'isthme du gosier, plus ou moins rouge dans son ensemble ou, plus spécialement au contraire, dans quelques-unes de ses parties; enfin, plus ou moins oblitéré ou obstrué par la saillie, proéminente en dedans, d'une ou des deux amygdales.

Il existe parfois une salivation assez abondante pour donner lieu à une sorte d>.xpuition presque continue, le malade préférant laisser couler au dehors cette salive ainsi hypersécrétée que d'exécuter, pour l'avaler, des mouvements de déglutition, souvent fort douloureux dans ces conditions. C'est pour la même raison qu'il refuse parfois obstinément toute boisson alimentaire ou médicamenteuse.

A l'aspect signalé plus haut et qui consiste en une rougeur inflammatoire plus ou moins vive et plus ou moins étendue, ainsi qu en une tuméfaction uni ou bilatérale plus ou moins forte, s'ajoute souvent un enduit blanchâtre et pultacé, recouvrant tout ou partie de l'amygdale et. même, de l'isthme du gosier.

Cet enduit n'est autre que le produit de sécrétion exagéré des amygdales. C'est lui qui, à un examen superficiel et pour un pédiatre peu expérimenté, donnerait le change avec les fausses membranes, que l'on observe dans l'angine couenneuse ou diphtérique, dont nous aurons bientôt à nous occuper.

Vexploration de l'amygdale, à l'aide du doùjt introduit dans la bouche, que l'on elTectue assez facilement chez l'adulte, à condition que les maxillaires puissent s'écarter l'un de l'autre, sera plus difficile à pratiquer chez l'enfant. Elle ne sera point impossible toutefois, soit que le petit malade ait assez d'intelligence et de volonté pour #y prêter, soit qu'il faille agir rapidement et par surprise, lorsque la bouche est maintenue ouverte par l'occlusion du nez, telle que nous l'avons précédemment conseillée. Cette exploration pourrait, à la rigueur, être favorisée par l'interposition d'un corps étranger (cuiller, bois, liège) entre les arcades dentaires et du côté opposé à celui qu'on explore. Cette pratique est souvent inutile et toujours dangereuse. On ne doit, par suite, y recourir que dans des cas tout à fait exceptionnels.

Le toucher intrabuccal est on ne peut plus utile pour juger de l'état d'induration ou de fluctuation de l'amygdale, états dont la constatation donne lieu à des indications fort différentes, on le conçoit sans peine.

Parfois une dyspnée plus ou moins intense, provenant de la gêne apportée à la pénétration de l'air aussi bien par la voie nasale que par la voie gutturale, est observée. Elle tient aussi, dans certains cas, à la participation au gonflement (œdème, congestion, inflammation) des parties avnisinantcs (pharynx, abcès rétropharyngiens), de la qlotte elle-même.

La fièvre est plus ou moins intense, dans ces conditions. Elle s'élève facilement à 40" ou 41°, après avoir débuté plus modestement toutefois, par 38" ou 38°5 par exemple. La voix est nasonnée et presque caractéristique. La terminaison peut se faire, soit par résolution, soit par suppuration, soit même par passage à l'état chronique.

Diagnostic. — Le diagnostic découle tout naturellement de la description que nous venons de faire de l'amygdalite aiguë.

Quand il constate, avec de In fiècre intense (39". 40", 41"), une angine aiuuë, le pédiatre doit songer à l'existence possible d'une scarlatine. Les commémorât ifs (lièvre moins forte au début, etc.) aideront toutefois à établir le diagnostic ditïérentiel. La brusquerie dans les accidents aigus et, en particulier,

dans Vintemité de la fièrre plaideront plutôt, à défaut même d'éruption, en faveur dune scarlatine. L'éruption viendra bientôt, d'ailleurs, trancher toute difficulté.

A tout prendre. Cançiine de la scarlatine est généralement plus étendue à l'isthme du gosier et moins violente d'ordinaire comme sumptomatologie. Elle est aussi d'un rouge plus uniforme. Même en présence d'exsudations douteuses, la rfip/itéri6 sera vite écartée, en dehors de tout autre caractère pathognomonique. par la recherche et la culture bactériologiques, dénotant l'absence du microbe de Klebs-Loffier et la présence, le plus souvent isolée, de streptocoques.

Pronostic. — Quelqu'intense que soit l'amygdalite, suppurée ou non. elle se termine habituellement par la guérison, absolue ou relative. Les récidives sont fréquentes, ainsi que le passage à la chronicité. Au moment où les symptômes sont le plus marqués, surtout s'il y a abcès de l'amygdale, ce qui a lieu habituellement dans ce cas, la guérison et la détente sont souvent proches. Elles suivent immédiatement, d'ordinaire, l'ouverture spontanée ou provoquée de l'abcès. Celle-ci s'elïectue parfois silencieusement et ne se révèle que par la présence du pus dans la salive ou dans les mucosités qui l'accompagnent ; parfois aussi, par une odeur fétide et sui generis, exhalée par l'haleine du petit malade.

Traitement. — Le traitement, on le conçoit, varie suivant que l'inflammation de l'amygdale s'accompagne ou non d'abcès tonsillaire.

Dans les deux cas, les antiphlogistiques, les diaphorétiques, les diurétiques, sont parfaitement indiqués. Le séjour au lit, les boissons chaudes et abondantes (bouillon, lait, tisane), répondent aux deux dernières indications ci-dessus.

Une légère application de sangsues à l'angle de la mâchoire (sangsues dont le nombre varie, suivant l'âge du sujet, de l à 4), les laxatifs doux, les purgatifs au besoin, le calomel fractà dosi. permettent de répondre à la première.

Quant à l'abcès, il demande, aussitôt perçu, l'évacuation. On procède à celle-ci à l'aide d un bistouri dont la lame tout entière, sauf la pointe, est enveloppée soigneusement de toile

OU de taHet^s. Ce bistouri est glissé sur le doigt indicateur, primitivement introduit dans la bouche et servant de guide à l'instrument jusqu'au point lluctuant de l'amygdale. Si cette opération est rendue difficile ou impossible, soit que l'enfant, indocile, eiïectue des mouvements violents qui ne pourraient que le faire blesser, soit que ses maxillaires, fortement serrés, ne permettent pas la libre introduction du doigt et de l'instrument, les vomitifs seront alors indiqués. Ils nous ont été souvent, dans ces cas. de la plus grande utilité.

Avant comme après l'ouverture de l'abcès, les gargarismes antiseptiques, à l'eau boriquée saturée et tiède, et renouvelés plusieurs fois par jour seront de rigueur. Pour rendre m(^ins intense la fluxion, dont l'amygdale et l'isthme du gosier sont le siège, on pourra maintenir les pieds chauds à l'aide de bouillottes. On pourra aussi les envelopper dans de la ouate, recouverte ou non de taffetas gommé et formant de véritables bottes. On la changera aussi souvent qu'elle sera mouillée par les sueurs, parfois profuses, qui précèdent, accompagnent ou suivent la détente.

2^* Amygdalite chronique

Pour sa description voir plus loin Angine chronique, page 289.

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