VIII. — Dyspepsie du nourrisson
Définition. — La dyspepsie du nourrisson est une difficulté de la digestion, que l'allaitement soit naturel, mixte ou artificiel.
Etiologie. — La cause de cette dyspepsie est le plus souvent un X/ice d'hygiène alimentaire.
Lorsque l'allaitement est naturel, si c'est la mère qui nourrit et qu'elle ait un lait abondant, la trop grande quantité de ce liquide ingérée en une fois, la répétition trop fréquente des tétées, parfois même V ingestion d'aliments ou de boissons autres que le lait (tisanes, crème de riz, phosphatine, etc.) en sont la cause la plus habituelle.
Si c'est une nourrice qui allaite, aux raisons précitées s'en ajoute parfois une autre, nous voulons parler de X'âge trop considérable du lait, comparé à celui de l'enfant.
Le lait étant, toutes choses égales d'ailleurs, plus abondant et plus nourrissant à mesure qu'il est plus âgé, il est
(1) L. Baumel. Maladies de l'appareil digestif. Paris, Delahaye. Montpellier, Coulet. Tome I, 188b, p. 79 et 80.
aisé de comprendre que si une nourrice, dont la sécrétion lactée remonte à un an environ, est appelée à nourrir un enfant de naissance, d'abord la source de ce lait sera trop abondante et, ensuite, sa qualité nutritive trop grande.
On voit, au contraire, des enlants ne point prospérer par suite de l'insuflisance du lait de leur nourrice, ce dont il est toujours facile de s'assurer, à condition d'y penser, soit par l'examen direct (gerbe plus ou moins forte et durable, à la pression du mamelon ou par la traite), soit en pesant l'enfant avant et après la tétée, la différence de poids donnant exactement la quantité de lait ingérée. Il est alors facile, en se rapportant aux chiffres de la page 11, de se rendre compte de la suffisance ou de l'insuffisance du lait de la nourrice.
On fera bien d'examiner celui-ci, microscopiquement, chimiquement et à l'aide des divers moyens dont disposent l'hygiène et la clinique modernes (lacto-btityromètre, galactoscope de Donné, etc., etc.) ; mais, on a eu raison de le dire : le meilleur réactif est encore le twurrisson.
Il est des cas en effet où, le lait remplissant les conditions requises, le nourrisson ne prospère pas comme il le devrait, soit qu'une maladie de l'enfant lui-même puisse en rendre compte, soit que la dentition en soit cause (bel enfant jusqu'aux dents, dicton populaire justement rappelé par Trousseau) (1) ; soit enfin, qu'une conformation particulière ou un état pathologique du mamelon (gerçures, ulcérations, mamelon trop volumineux, en cupule, en bouton de manchette, etc.) rende difficile l'acte de la succion et, par suite, l'utilisation d'un lait, excellent sans doute, mais offert par des seins malades ou mal conformés.
Symptomatologie. — Les premiers symptômes qui attirent l'attention, chez un nourrisson atteint de dyspepsie, sont : les vomissements, la diarrhée jaune ou zerte, ï amaigrissement enfin.
Nous avons distingué depuis longtemps, du vomissement
(1) Trousseau. Clinique médicale, Paris 1868, T. III, p. 153.
proprement dit, ce que nous avons appelé les vornituritions , que l'on observe principalement chez des nourrissons létant un lait beaucoup plus âgé qu'eux. Ces enfants vomissent rarement la totalité du lait ingéré en une tétée; ils n'en rendent qu'une faible partie d'ordinaire, que l'on peut considérer comme l'excès ou le trop-plein.
La nourrice, interrogée à cet égard, répond assez nettement aux questions qu'on lui pose et fournit, en général, des renseignements assez précis.
Le vomissement résulte plutôt de l'ingestion d'une quantité de lait plus grande encore, par le fait de la répétition trop fréquente des tétées, surtout si le lait est très abondant, si, en outre, l'on a recours à l'allaitement mixte sans règle et sans mesure, c'est-à-dire si l'on donne à l'enfant, à tout moment et sans compter, soit le sein, soit la fiole, et, dans ce dernier cas, du lait animal, froid ou chaud, stérilisé ou non, ayant subi une ou plusieurs des nombreuses altérations dont il est susceptible.
A plus forte raison observe-t-on la dyspepsie, lorsqu'au lait on a l'imprudence d'ajouter, dans l'alimentation du nourrisson, d'autres substances liquides (vin, tisane, café, etc.) ou solides (pain, gâteaux), absolument impropres à sa nutrition.
La nature des premiers vomissements correspond d'ailleurs assez souvent à celle des substances ingérées, qu'ils contiennent d'ordinaire.
La diarrhée peut ne pas exister tout d'abord.
La dyspepsie peut n'être primitivement que gastrique et devenir ultérieurement intestinale. Dans ce dernier cas, les troubles intestinaux peuvent se traduire, comme dans l'allaitement mixte ou même artificiel, par de la constipation opiniâtre et des évacuations caractéristiques, composées de matières dures, éliminées en bloc, analogues comme aspect à du mortier.
Quant à la diarrhée, elle est jaune ou verte. Celle-ci est généralement la conséquence d'une complication inflammatoire (entérite) ou parasitaire (muguet).
Parfois aussi, quel que soit le mode d'alimentation, mais
surtout dans l'allaitement mixte ou artificiel, les selles sont parsemées de tout petits caillots blanchâtres, témoignant de la digestion incomplète du lait. Ils sont surtout constitués par de la caséine. Les vomissements eux-mêmes peuvent présenter parfois de gros blocs coagulés de cette substance. Les laits animaux les déterminent plus communément que le lait de femme, dont la teneur en caséine est plus faible.
L'examen, même rapide, du petit malade fait bien vite constater l'existence d'une dilatation de l'estomac; parfois, elle est assez marquée.
Le rentre, tantôt ballonné et météorisé alors que le malade est encore dans la première période (ou d'alimentation trop copieuse), est au contraire, dans la seconde (période d'anorexie), plus ou moins aplati ou même rétracté.
Les éructations et les reuts, généralement abondants dans la première de ces périodes, que l'on pourrait appeler de surcharge alimentaire ou de distension gastro-intestinale, sont plus rares dans la seconde, où le météorisme intestinal fait le plus souvent défaut et est remplacé par la diarrhée, jaune ou verte.
L'amaigrissement, qui peut manquer au début où l'on observe parfois un embonpoint même exagéré quel que soit celui des trois modes d'allaitement employé, ne tarde pas à se produire, après quelques semaines chez les uns, au bout de plusieurs mois seulement chez les autres.
Il résulte, d'ordinaire, des vomissements eux-mêmes et delà diarrhée, comme aussi des fermentations anormales, dont l'estomac et le cœcum en particulier sont le siège, indépendamment des auto-intoxications et des auto-infections qui s'y ajoutent.
// est toujours la conséquence d'une digestion incomplète, d'une absorption insuffisante ou anormale, entraînant à leur suite une sorte de déjiutrition ou d'autophagie, qui aboutit à cet amaigrissement plus ou moins intense.
Nous avons vu même la diarrhée verte survenir, dans un cas. chez un nourrisson de 6 mois, allaité par une nourrice dont le lait en avait 14 et qui donnait le sein toutes les deux
heures. Le règlement des tétées et la potion du muguet, à l'eau de chaux, suffirent pour tout faire rentrer dans l'ordre en quelques jours.
Diagnostic. — Le diagnostic de la dyspepsie des nourrissons est relativement facile, d'après le tableau que nous venons d'esquisser et dont on retrouvera si aisément les traits avec un peu d'habitude. Quant aux causes qui la déterminent, elles sont nombreuses et variables sans doute.
Il suffit toutefois d'y songer et une analyse clinique minutieuse permettra de les retrouver et de les préciser dans chaque cas particulier.
Pronostic. — Bénin au début, le pronostic ne deviendrait grave ou même très grave que si, le diagnostic n'étant point porté avec précision, le malade était abandonné plus longtemps aux causes évitables du mal dont il est atteint.
Ce n'est, en efïet, que lorsque des lésions chroniques et incurables se sont établies du côté de la muqueuse gastrointestinale, que les tentatives thérapeutiqups de tout ordre deviennent inutiles. L'athrepsie, que nous avons étudiée précédemment, ne nous paraît, après tout, qu'une variété de la dyspepsie des nouveau-nés.
Traitement. — Proportionner l'âge du lait de la nourrice à celui du nourrisson qui lui est confié; régulariser les tétées ou l'allaitement mixte, à plus forte raison l'allaitement artificiel, suivant nos chiffres de la page 11 : tels sont les moyens les plus efficaces pour éviter ou pour combattre la dyspepsie des enfants du premier âge.
Pratiquer le lavage de l'estomac avec l'eau de Vichy, dans les cas de dilatation gastrique et de vomissements incoercibles, liés'aux fermentations anormales dont cet organe est le siège; administrer, suivant qu'il y a diarrhée ou non, le salicylate de bismuth ou celui de magnésie comme désinfectants gastro- intestinaux, associés au benzonaphtol et dans un julep, seront les meilleurs moyens à diriger contre cette dyspepsie, aussitôt qu'on en reconnaîtra l'existence.