‹ Précis des maladies des enfantsChapitre 51 sur 100 · XI. — Accidents de dentition · texte numérisé non relu

XI. — Accidents de dentition

Définition.— On désigne, sous le nom d'accidents de dentition, certaines manifestations pathologiques, locales, à distance ou même générales, survenues à l'occasion de l'évolution dentaire et provoquées par celle-ci.

Etiologie.— Si l'on songe un instant au travail local, qui est celui de l'évolution dentaire, et aux irradiations nombreuses, d'ordre nerveux, qui peuvent en résulter, on verra aisément combien est justifiée une pareille étude, malgré les dissentiments qu'elle a provoqués jusqu'à ce jour, malgré ceux qu'elle provoque encore à l'heure présente et qu'elle provoquera aussi longtemps que les pédiatres n'auront pas, à ce sujet, des notions aussi exactes que possible.

Depuis longtemps nous avons insisté sur la nécessité d'établir une distinction entre les diverses périodes de cette évolution.

Il faut savoir non seulement les divers âges, auxquels apparaissent les différents groupes dentaires (de 6 mois à 2 ans pour les dents de lait, de 6 à 7 et de 13 à 14 pour les 2 grosses molaires, de o à 15 pour le remplacement des 20 dents de lait, de 16 à 44 pour la dent de sagesse, celle-ci seule pouvant à la rigueur être séparée de l'enfance); mais il faut aussi, dans l'évolution de chaque groupe dentaire et mieux de chaque dent, distinguer, comme nous l'avons fait, trois périodes : 1° l'évolution intramaxillaire ; 2° la sortie ou émption de la dent ; 3° révolution extramaxillaire, celle-ci durant jusqu'à ce que la dent, déjà visible, ait effectué son entière évolution.

Si l'on songe, en outre, aux relations étroites qui existent, d'une part, entre le trijumeau et les dents qu'il innerve et auxquelles il donne leur sensibilité ; d'autre part, entre le trijumeau (ce nerf sensitivo-moteur aux racines bulbo-protubérantielles si vastes et si étendues) et la moelle, le cerveau, le sympathique lui-même, on s'expliquera aisément bien des

troubles, survenus au moment et à l'occasion de l'évolution dentaire, qui ne pourraient être expliqués sans cela ou qui du moins recevraient nécessairement une fausse interprétation.

Sytnptomatologie. — Nous distinguerons tout d'abord la première de la seconde dentition (1) ; nous étudierons ensuite les complications de l'une et de l'autre, soit localement, soit à distance.

Première dentition.— Les 20 dents de lait sont, si l'on peut ainsi parler, plus superficielles, plus épithéliales en un mot, c'est-à-dire plus en rapport avec la surface muqueuse riche en filets nerveux et sensitifs. Leur évolution est beaucoup plus rapide.leurs dimensions sont bien plus fé/mes. 'Tout va relativement vite, dans l'évolution de ces dents éphémères , qui rencontrent des résistances assez grandes, mais qui sont comme le coin qu'on enfonce et qui ouvre la voie, non seulement à leur partie la plus large, mais encore aux dents plus volumineuses de la deuxième dentition. Aussi, les accidents auxquels elle donne lieu sont-ils surtout aigus et de peu de durée.

Localement, le plus commun est la stomatite, débutant par la gingivite; vient ensuite, favorisé par l'inflammation buccale, le muguet. Nous les avons étudiés plus haut, mais celui-ci ne tarde pas à se généraliser. Il devient gastro-intestinal et entraîne à sa suite des troubles digestifs que nous avons déjà signalés.

La fièvre s'allume assez facilement. Elle est expliquée, soit par une excitation nerveuse des centres thermiques, soit par l'infection, locale d'abord, puis générale, qui résulte du traumatisme gingival (2).

La fièvre de dentition présente des types variés, ce sont : la fièvre forte et éphémère, que nous avons dénommée en

(1) L. Baumel. Accidents de première et de seconde dentition, in Nouveau Montpellier Médical, 1894. Voir, aussi, la thèse de M. le D' Farhi. Evolution de la première et de la seconde dentition. Leurs accidents respectifs. Montpellier, IbOl.

(2) Voir la thèse de M. le D' Botlone sur la Fièvre de dentition. Montpellier, 1899.

paratonnerre, à cause de la disposition présentée par la

fc

co

br

Ji

•ji

CO

xT

courbe thermique; la forme intermittente ir forme continue. Elle varie, suivant les cas,

régulière; enfin la de 38" et quelques

dixièmes à 40° ou 41" et au-delà. Souvent même, après une

tn

lO

co

co

to

to

to

fiètn ou un accès de pèi:re très intense, on roit se produire de.

V hypothermie momentanée, parfois excessive, amc ou sans

fi

Câ

ta

OT

CO

en

to

CO

— yj

tendance lipothymlque.

Au cours de la première dentition, on voit aussi survenir des vomissements et de la diarrhée, jaune ou terte, soit qu'il existe du muguet, soit que l'on se trouve en présence de la gastro-entérite ou de l'indigestion des liquides par soif intense, étant données la sensation grande de chaleur buccale et la fièvre plus ou moins élevée.

11 arrive parfois, au contraire, que le petit malade refuse toute alimentation et toute boisson, en raison de la douleur provoquée par les efforts de succion. s il sagit dallaitement.ou par la simple température (chaude ou froidej des liquides ingérés.

Bien souvent le nourrisson garde le bout du sein ou la tétine du biberon dans sa bouche d'une façon continue, véritable corps étranger qu'il mâche, de temps à autre, pour calmer l'agacement gingival, résultant de l'évolution des dents. De là, la nécessité de ronds en os ou en ivoire plutôt qu'en caoutchouc, les premiers étant plus frais et plus résistants que les seconds, par suite, plus agréables et plus utiles.

La diarrhée et les vomissements dans ces cas, passagers d'ordinaire c'est-à-dire ne durant que quelques heures, sont, comme la fièvre, les accidents nerveux (insomnie, convulsions) ou cutanés, etc., plies intenses au moment où va s'effectuer la sortie de la dent.

L'éruption de celle-ci une fois produite, tout rentre dans l'ordre, d'habitude, rapidement. C'est ce qui nous a fait dire parfois, dans ces conditions, que plus un enfant est ou parait malade, plus il se trouve, bien souvent, sur le point de la défertescence et de la crise, c'est-à-dire de la guérison. De nombreux cas nous ont donné raison à ce point de vue.

Du côté du système nerveux, ce sont surtout les convulsions internes ou externes (voyez ces mots), exceptionnellement toutefois la syncope elle-même, qui surviennent.

Du côté de la peau on observe, plutôt comme symptôme que comme complication de l'évolution dentaire, des sueurs profuses, que nous avons été peut-être le premier à signaler.

Ces sueurs se produisent la nuit comme le jour, en hiver comme en été, surtout quand les enfants reposent et dorment. Ils sont, c'est le cas de dire, inondés de sueur.

V eczéma impétigineuv de la face et du cuir chevelu (voir ce mot) est souvent observé dans ces conditions. Ses diverses alternatives,de poussée ou d'arrêt, s'expliquent par celles de l'évolution dentaire elle-même. Ou voit fréquemment, qu'il existe ou non de l'eczéma impétigineux (V. sa description), des adénites sous-maxillaires ou cervicales, véritables polyadénites le plus souvent, quand il n'y a que l'évolution dentaire pour les produire et les expliquer. Ce sont elles, très certainement, qui ont fait décrire cette fiècre, dite ganglionnaire, à laquelle M. Comby a attaché son nom et que, pour mon compte, je n'ai jamais observée en dehors des conditions précédentes.

Ces adénites siègent à l'angle antérieur du maxillaire inférieur, à l'angle externe du même os, sur le trajet enfin de sa branche transversale ou le long du bord postérieur de sa branche montante, et se terminent le plus souvent par résolution.

Deuxième dentition. — Quand évoluent les dents définitives d'emblée ou même celles de remplacement, on observe, comme complications ou accidents, des états pathologiques de longue durée, mais d'ordinaire moins intenses, plus chroniques par conséquent.

Ce sont, du côté de la bouche : de la carie des dents de lait, des abcès dentaires, de la gingivite et de la stomatite chroniques, enfin de la mastication incomplète.

Du côté de l'appareil digestif: d'abord la dyspepsie de la seconde enfance, précédemment décrite, donnant lieu à des vomissements, principalement matntinaux et presque toujours alimentaires ; mais, aussi, la diarrhée.

Du côté du système nerveux, ce sont : la chorée de Sydenham, rarement observée au cours de la première dentition c'est-à-dire avant deux ans, beaucoup plus commune de 6 à 13 et plus particulèrement aux deux extrêmes de cette période (V. plus loin notre description de cette névrose), les convulsions épileptiformes, etc.

L'incontinence nocturne d'urine (qu'on n'observe pas au cours de la première dentition, où elle présente des dilli-

cultes de constatation assez grandes, étant donné qu'avant deux ans il est rare que les enfants demandent régulièrement à satisfaire leurs besoins) est depuis longtemps considérée, par nous, comme un accident de dentition (1).

Il existe même parfois, au cours de la seconde dentition, un certain état syncopal, qui accompagne assez souvent la dyspepsie, la gastralgie et l'anémie de même origine ou de croissance.

Du côté de la peau, enfin, nous signalerons surtout l'eczéma de la nuque (V. eczéma impétigineux),

Diagnostic. — Le diagnostic de ces divers états est facile, en général, pour quiconque est un peu habitué à la clinique pédiâtrique. S'il est relativement aisé de les diagnostiquer en temps ordinaire, il n'en est pas toujours ainsi, surtout au cours ou pendant la convalescence d'autres états pathologiques, aigus ou chroniques. C'est dans ces cas que se révèle toute la sagacité clinique et éclairée du pédiatre expérimenté.

Pronostic. — Il est généralement bénin.

Traitement. — Il varie avec chacune des complications sus-nommées (Voir leur étude respective).

Quant à la fièvre et à la polyadénite, elles indiquent la nécessité d'une antisepsie buccale parfaite (lavages boriques, etc., etc.), parfois aussi celle du tube digestif (benzonaphtol, salicylate de bismuth ou de magnésie), sinon de l'organisme lui-même (lixiviation, déjà mentionnée précédemment).

Page 1