XIII. — Dysenterie. — Entéroeolite de Bouchnt
Définition. — La dysenterie est l'inflammation du gros intestin.
(1) L. Baumel. Inauguration de la Clinique des maladies des enfants de l'Hôpital suburbain, faite le 12 avril 1899, en présence de M. Leygues, ministre de l'Instruction publique, in Nouv. Monlp. méd., T. VIII, 1899.
Etiologie. — Les causes qui la déterminent chez l'enfant sont, comme chez l'adulte, le froid, les acides contenus dans les aliments (oseille, tomate, fruits incomplètement mûrs, etc ) ou dans les boissons (vinaigre, vin piqué, acide tartrique, etc.) et, surtout, le mélange, dans un mêrae repas, d'acides (citron, mayonnaise,civet) et de substances sucrées (riz au sucre, crème, gâteaux, etc.). Ces mêmes substances, ingérées par la nourrice, peuvent produire des effets identiques chez le nourrisson.
Bien d'autres causes ont été incriminées, telles que Veau dans certains pays. Les principales sont celles que nous avons énumérées ci-dessus, nous y ajouterons : les corps étrangers, alimentaires surtout, de Vappareil digestif; enfin, la dentition (Bouchut) (1).
Symptomatologie. — Ce qui caractérise la dysenterie ou entérocolite, ce sont surtout les coliques, les envies fréquentes U' aller à la selle. Ces envies sont de véritables épreintes douloureuses, qui restent,presque toujours,non satisfaites. A peine le malade a-t-il quitté la garde-robe, qu'il éprouve le besoin d'y revenir, sans que ce besoin soit, en aucune façon, calmé (tênesme) par les évacuations diverses qui ont lieu.
Celles-ci, peu abondantes d'ailleurs, se composent de mucosités, teintées de sang ou non. Elles otïrent parfois, par le mélange intime de ces deux éléments, l'aspect du véritable crachat rouillé de la pneumonie. Quelquefois même le sang pur se retrouve dans lès fèces. On dit alors que les selles sont sanglantes.
La fièvre, plus ou moins intense, accompagne d'ordinaire cette inflammation du gros intestin. Elle varie de 38* à 40o et 41°, chiffre qu'elle atteint souvent, quelquefois même d'emblée.
L'enfant pousse des cris perçants, principalement au début, en raison des coliques, vives et douloureuses, qu'il res-
(1) Bouchut. Entérocolite, in Maladies des nouveau-nés, des enfants à la mamelle et de la seconde enfance. J.-B. Baillière et fils. Paris, 1873, pages 525 et 548.
sent. Nous avons vu parfois, en hiver surtout, tel enfant, bien portant jusque-là ou du moins atteint d'une simple diarrhée de dentition, sortir content pour la promenade et rentrer chez lui en se tordant de coliques et en poussant des cris affreux, bientôt suivis de fièvre intense.
Plus Venfant est jeune et plus celle-ci agit sur le système nerveux, au point de vue de la production de la somnolence, du coma, des conxjulsions.
Nous avons vu, en particulier, un enfant de six mois, rentrant de la promenade vers quatre heures de Taprèsmidi avec le tableau symptomatique ci-dessus, n'être, le soir même de ce jour, que comme un corps inerte et brûlant au moment où on le langeait, c'est-à-dire au moment où, d'ordinaire, il était très éveillé et s'intéressait particulièrement aux choses qui l'entouraient.
Ce qui paraissait ajouter encore à cette inertie et, si l'on préfère, à la somnolence ou au coma fébrile, c'est V absence de tout mouvement des membres, supérieurs et inférieurs, ainsi que Vocclusion complète des yeux par les paupières.
Il semble qu'il y ait alors des convulsions internes, qui sont beaucoup plus faciles à apprécier et à reconnaître lorsque les yeux sont entr'ouverts, le globe conservant, ainsi, une immobilité absolue, même quand on fait passer un corps étranger, le doigt par exemple, au devant de l'œil et à faible distance de ce dernier (voir Convulsions).
L'allaitement, on le conçoit sans peine, est difficile, sinon impossible, dans ces conditions. Non seulement aussi longtemps que dure le coma, nous pourrions dire la lièvre intense, l'enfant ne peut pas téter, mais encore, si 1 on parvient à lui faire avaler quelques cuillerées de lait maternel ou de la nourrice et, à défaut, animal, elles sont presqu'infailliblement rejetées par le vomissement.
Si le lait de femme est relativement bien supporté, il en est tout autrement du lait animal. 11 semble que la composition spéciale de celui-ci (excès de caséine pour le lait de vache, de beurre pour le lait de chèvre ; ferments propres à chacun) en soit la raison ordinaire, à laquelle viennent s'ajouter la lièvre,
révolution dentaire, leur retentissement gastrique, peu apte à favoriser !la digestion.
Aussi nous avons vu bien souvent, dans ces cas, le lait animal tout à fait mal supporté, qu'on l'administrât seul ou qu'il fût coupé au contraire avec 1/4, 1/3, 1/2, 2/3 ou même, 3/4 d'eau bouillie.
Celle-ci administrée seule, sous forme de tisane peu sucrée, a souvent été supportée admirablement, quand la moindre quantité de lait, même très dilué, était fatalement réjetée.
Il est important de connaître ce fait, capital selon nous, et que nous avons signalé ailleurs, il y a déjà fort longtemps (1). L'emploi exclusif de l'eau bouillie, dans ces conditions, a le double avantage: d'humecter, par son absorption, les divers tissus; puis, de favoriser la sudation et Vurination, par suite, Vélimination des éléments infectieux ou des substances toxiques, normales ou pathologiques, de l'organisme.
C'est ce grand lavage que nous avons qualifié, dès 1888(2), de lixiviation de Torganisme. Quant au moyen, nous l'avons dénommé, dès cette époque, bain interne. C'est ce que, plus tard, on a appelé du nom de diète hydrique, moins explicite à notre sens, parce qu'il ne montre pas aussi bien Vaclion de laver ou d'exercer un effet émollient dHmbibition, pas plus qu'il ne fait pressentir, d'ailleurs, que le rein peut se fermer, soit par infarctus uratique, soit par lésion épithéliale, résultant de la jîècre ou des infections et intoxications diverses, exogènes ou endo(/ène5; tandis que l'eau bouillie ou les tisanes légèrement sucrées et plus ou moins aromatisées (eau de fleur d'oranger, etc.) peuvent, à elles seules, remédier à ce fâcheux inconvénient.
Il n'est pas nécessaire, toutefois, que l'usage en soit pro-
(1) L. Baumel. Histoire d'une première dentition. L'eczéma impétigneux de la face et du cuir chevelu chez l'enfant. Montp. Méd. 1888, et Leçons cliniques sur les maladies des enfants. Paris, Massoû, 1893.
(2) L. Baumel. Eodem loco.
longé outre mesure. Après 24 ou 48 heures, l'efïet est déjà suffisant, d'ordinaire. On peut alors recourir, soit à l'allaitement naturel, s'il dure encore, soit à l'addition d'une faible quantité de lait d'abord, d'une plus grande ensuite, à la tisane, pour arriver lentement et progressivement au lait pur, à mesure que des proportions de plus en plus grandes de cet aliment, dans leau bouillie, sont supportées. On doit toujours tenir compte, même pour celle-ci, de la dose à donner en une fois, suivant Vâge de Venfant, et se rappeler que : mieux vaut encore quil en garde peu que d'en vomir beaucoup.
Marche, Durée, Terminaison. — Aussitôt qu'on a pu faire supporter au malade un peu de liquide tiède et que sous cette influence la sudation et l'urination ont pu s'établir, éliminant l'une et l'autre bien des principes nocifs, normaux ou anormaux, la fièvre commence à diminuer, insensiblement d'abord, puis progressivement, enfin elle disparaît. Les épreintes deviennent de moins en moins fréquentes et douloureuses ; elles finissent même par cesser complètement. Les matières évacuées sont moins mucoso-sanguinolentes et deviennent de plus en plus normales, liquides d'abord, solides ensuite.
On a eu raison de le dire : la dysenterie est une véritable constipation. Quelques jours suffisent, d'ordinaire, pour produire le changement que nous venons de signaler. La guérison est la règle générale. Exceptionnellement on voit le sphacèle survenir et des matières gangreneuses être contenues dans les fèces.
Tout, rentre dans l'ordre, habituellement, aussitôt que les vomissements diminuent ou se suppriment et qu'un peu de liquide est supporté.
Diagnostic, — On ne pourrait guère confondre, avec la dysenterie au début, que les coliques du nourrisson, déterminées par le froid ou par une ingestion de lait animal trop abondante.
Ces coliques, parfois très intenses, sont presque toujours passagères. La chaleur les calme très rapidement (fomentations chaudes à l'huile de camomille camphrée, cataplasmes chauds, sur l'abdomen). Elles sont aussi, généralement, apyrétiques.
La dysenterie survient principalement chez des enfants ayant déjà un peu de diarrhée et se trouvant en évolution dentaire. Le pronostic n'en est pas très grave à moins que, les vomissements persistant, le rein ne se ferme et que, par suite, ne se produisent le coma, la fiècre intense, enfin les convulsions, internes d^abord, externes ensuite, pouvant même entraîner la mort.
Traitement. — Le traitement découle tout naturellement de ce que nous avons dit plus haut. Même, quand on ne donne que de la tisane, c'est toutes les trois heures seulement et, toujours, au moins deux heures après le dernier vomissement.
La potion du muguet, à l'eau de chaux, ou un julep gommeux, au benzonaphtol avec salicylate de bismuth ou de magnésie suivant les cas, nous ont rendu souvent de signalés services, dans ces conditions. On peut donc y recourir ellicacement, d'ordinaire.