XIV. — Vers intestinaux
De tous les vers intestinaux, les lombrics sont certainement les plus fréquents chez l'enfant ; viennent ensuite les oxyures, puis les taenias.
r Ascaride lombricoïde.
Les lombrics sont des vers cylindriques, plus volumineux dans leur partie moyenne, effilés au contraire à leurs deux extrémités. Ils" sont de dimension différente, suivant l'âge de l'enfant. Larges de quelques millimètres (3°""2 pour le mâle, 5""° à 5""°o pour la femelle); ils ont une longueur qui varie (de 15 à 17 centimètres pour le premier, de 20 à 23 pour la seconde) (1).
Leur couleur, parfois d'un blanc gris, est rougeàtre le plus souvent. On en trouve d'ordinaire, chez le même sujet, un
(1) Neveu-Lemaire. Parasitologie animale. Société des éditions scientifiques, Paris, 1902, page 97.
grand nombre. Nous avons connu des enfants qui en ont rendu de 15 à 20, dans l'espace de quelques semaines ou de quelques mois.
Etiologie. — C'est atec les aUmenis (crudités, salades) ou dans les eaux de boisson que l'œuf du parasite est ingéré ; après quoi, il éclôt dans le tube digestif, où l'embryon se développe et grandit.
Mais il ne suffit pas que les œufs de lombric arrivent dans les voies digestices, il faut encore qu'ils y séjournent et qu'ils y trouvent des conditions fawrables à leur deteloppement.
Nous n'en connaissons pas de meilleures que la dilatation de l'estomac et celle du cœcum (si fréquentes chez l'enfant), ainsi que ïinflammation catarrhale (qui en résulte]. Cela donne en partie raison à Fuster, qui a signalé l'influence de l'affection catarrhale (l) sur ce qu'il appelle la diathèse termineuse.
Nous nous sommes depuis longtemps prononcé, à l'égard de l'action favorable de la dilatation gastrique et cœcale à ce point de vue, dans notre leçon, sur le Polyparasitisme de Vappareil digestif, où, avec de nombreux ascarides lombricoldes, nous notons, dans un cas, l'existence de plusieurs œufs de trichocéphale et, ce qui est infiniment plus rare et beaucoup plus exceptionnel, de quelques œufs de tœnia armé (2).
La dilatation de l'estomac et celle de l'intestin cœcum sont assez fréquentes, nous l'avons dit, chez l'enfant. Elles sont dues à la mastication incomplète, qui résulte des névralgies, liées à la carie ou à révolution dentaire, et de la rapidité avec laquelle s'effectuent les repas, à cet âge, en raison des distractions qui lui sont inhérentes ou de l'inintelligence de Tenfant à l'égard de la mastication parfaite.
Dans le cas de polyparasitisme, auquel il est fait allusion plus haut, nous avons trouvé, dans les fèces, jusqu'à de gros
(1) J. Fuster. Monographie clinique de l'affection catarrhale, 2.* édition, Paris 1865.
(2) L. Baumel. Leçons cliniques sur les maladies des enfants. Paris, Masson, 1893, page 74.
morceaux de peau d'orange, qui avaient certainement fait office de bouchon, à un moment donné, soit au pylore, soit à la valvule iléo-cœcale, retenant ainsi en arrière d'eux, pendant un certain temps, les œufs de parasite et favorisant, de la sorte, leur séjour et leur éclosion dans l'estomac ou dans l'intestin de l'enfant.
Symptômes. — On a décrit bien des symptômes, qui ne sont point l'indice suffisant de la présence de vers dans l'appareil digestif, tels sont : le frottement du nez avec les mains fermées, le grincement des dents. L'un et l'autre de ces symptômes nous paraissent beaucoup plus se rattacher à l'évolution dentaire, qu'on n'incrimine pas, d'ordinaire, à leur sujet.
Il en est tout autrement des picotements douloureux, accusés par certains malades, au cours de la seconde enfance sinon de la première, dans un point quelconque, mais limité, de l'abdomen, que ce point soit fixe ou variable.
Il en est de même d'une certaine toux, plus ou moins sèche et opiniâtre, sinon quinteuse, s'accompagnant parfois de râles humides, disséminés dans tout le thorax. Cette toux, d'ordinaire intermittente, est fréquente principalement la nuit. Cette intermittence pourrait, ainsi que le signale Hénoch pour quelques accidents liés aux oxyures (1), expliquer, dans certains cas, l'emploi de la quinine par des a médecins inexpérimentés » 5e croyant en présence d'une fièvre intermittente lamée. Nous avons nous-méme observé quelquefois ce symptôme, sur des sujets fort intéressants.
Certain jour, à l'Hôpital général, voyant ainsi tousser une petite malade de mon service (salle des enfants de 2 à 4 ans), je lui prescrivis un vomitif. Sous cette influence, elle expulsa, à ma grande surprise et par le vomissement, trois petits lombrics, les plus petits que f aie jamais vus. La toux fut définitivement guérie.
Plus tard (depuis que la clinique des maladies des enfants a été transférée à l'hôpital suburbain), j'ai soigné, à
(1) Hénoch. Maladies des enfants, 2« édit. Trad. Hendrix, Paris, 1885, page 421.
peu de distance l'un de l'autre, deux cas relatifs à des fillettes, que le hasard fit occuper successivement le même lit dans la salle Lalande et qui présentaient, avec de la toux coqueluchoîde, des râles humides, disséminés dans le thorax, principalement en arrière et des deux côtés, de haut en bas.
L'expulsion d'un lombric par la bouche me mit sur la voie, dans les deux cas, et, le traitement vermifuge ayant fait rendre à ces malades plusieurs ascarides par les fèces, la toux et les râles disparurent totalement et très vite, beaucoup mieux qu'ils ne l'avaient fait auparavant, sous l'influence des divers moyens médicamenteux dirigés contre eux et contre l'adénopathie bronchique ou la broncho-pneumonie chronique, dont ces fillettes nous avaient paru atteintes.
Nous avons vu aussi se produire, simultanément avec la toux coqueluchoïde ou isolément,des phénomènes d'étouffement, qui étaient dus à la présence des lombrics dans Vœsophage.U en est de même de la toux périodique et nocturne, dont le retour et la pathogénie sont suffisamment expliqués par le décubilus horizontal et le facile passage, dans ces conditions, des ascarides de l'estomac dans le tube œsophagien.
Dans un autre cas, au cours d'une scarlatine datant de deux jours, j'ai vu des vomissements incoercibles, tenant à la présence d'un très gros et très long ascaride dans les voies digestives supérieures de la petite malade i^oans). VexpuUion du ver par la bouche mit fin à ces accidents, dont l'intensité, au cours d'une scarlatine, était fort ennuyeuse et pouvait faire redouter, avant que leur vraie cause fût connue, une gravité particulière de la maladie.
A côté de la toux doivent prendre place, comme symptômes importants, les vomissements, parfois aussi la diarrhée.
La présence des lombrics dans l'appareil digestif est, d'ordinaire, apyrétique.
Quand il y a fièvre, il faut en rechercher la cause ailleurs : évolution dentaire, gastro-entérite, broncho-pneumonie, méningite, tuberculose, fièvre éruptive, typhoïde, etc.
Si l'on a pu relater des cas d'abcès vermineu^x, ils sont, il-
faut le reconnaître, extrêmement rares. Pour notre compte, nous n'en avons pas observé un seul.
Certains auteurs prétendent que les convulsions sont susceptibles de se produire consécutivement à la présence de vers dans l'appareil digestif. Nous ne les avons jamais observées. Dans un cas de méningite tuberculeuse avec convulsions, nous avons bien constaté l'expulsion d'un lombric; mais, nous avons considéré ce dernier comme étranger aux convulsions tardives et terminalss de la maladie.
Nous avons vu, d'un autre côté, des enfants rendant un très grandnombre de lombrics et ne présentant pas le moindre accident nerveux. Sans dénier toutefois ce rôle aux parasites digestifs, nous pensons que, s'ils étaient capables de produire des convulsions, ce ne serait jamais qu'à titre d'adjuvant, celles-ci, lorsqu'elles sont réflexes, nécessitant le plus souvent diverses provocations surajoutées (V. Convulsions).
On a parlé également d'un certain degré d'anémie, qui s'explique facilement, selon nous, non-seulement par la présence des parasites dans le tube digestif, mais encore par les conditions pathologiques, de ce tube, qui précèdent et favorisent leur développement. On a décrit aussi un faciès, que l'on pourrait appeler vermineux et qui, au teint pâle de l'anémie, ajouterait des yeux cernés, etc. Ces derniers symptômes, dont il faut cependant tenir compte, nous paraissent beaucoup moins importants que les précédents.
Diagnostic. — A défaut des parasites eux-mêmes, on doit, lorsqu'on soupçonne l'existence des lombrics dans l'appareil digestif d'un enfant, examiner les fèces au point de vue des œufs qu'elles peuvent contenir; ils y sont en très grand nombre, généralement. On évalue à 50 ou 60 millions le nombre d'œufs pondus par une seule femelle. Comme les femelles dominent, d'ordinaire, on doit trouver dans une évacuation alvine (moyenne ordinaire pour les 24 heures) des milliers d'œufs. N'y aurait-il qu'une femelle dans l'appareil digestif, il suffît de plonger une épingle, dans les matières évacuées, pour emmener un grand nombre d'œufs du parasite. On étale les matières, ainsi obtenues, sur une lamelle, que l'on porte
aussitôt SOUS le champ du microscope. On constate aisément l'existence des œufs de lombric,que caractérisent leur contenu granuleua:, leur enveloppe à double contour, mais surtout la substance albumineuse et dentelée qui les entoure ; il en est de même de leur dimension énorme, 60 à 70 a.
Pronostic, — Le pronostic est généralement bénin. L'important est d'être mis sur la voie pour instituer le traitement, toujours efficace. La symptomatologie précédente doit facilement y amener, nous semble-t-il.
Traitement. — Le traitement est des plus simples. Il consiste à administrer, le matin et trois jours de suite, aux enfants au-dessous de 10 ans,.l pastille; aux enfants audessus de cet âge, 2 pastilles contenant chacune : santonine, 5 centigrammes. Le troisième jour, une heure après l'administration du vermifuge, on donnera : huile de ricin, 12 gr.
On s'assure, après ce traitement, qu'il n'existe plus d'œufs de lombric dans les fèces, sinon on le renouvelle. A plus forte raison doit-on le faire, si l'enfant rend encore des vers. On recommence, ainsi, jusqu'à disparition complète des uns et des autres.
2" Oxyures
Définition. — On désigne sous le nom d'oxyures de petits vers blancs, filiformes, de 3 à 42 millimètres de long, qui ont pour habitat ordinaire le rectum.
Etiologie. — L'étiologie est la même que pour les vers intestinaux en général (causes prédisposantes) et nécessite, comme cause déterminante, l'introduction, dans rappareil digestif de l'enfant, de V œuf spécial, qui y arrive d'ordinaire par les alimenta (végétaux crus) ou \esboissons (eau d alimentation).
Symptomatologie. — Comme symptômes de la présence des oxyures vermiculaires dans la partie terminale du gros intestin, les malades n'éprouvent guère que des démangeaisons à l'anus.
Encore est-il rare qu'ils en rendent compte eux-mêmes. 11 faut, pour cela, qu'ils soient en âge de comprendre et de
s'exprimer, ce qui n'arrive que dans la seconde enfance c'est-à-dire à partir de 3 à 6 ans environ.
Avant celte époque, on^ peut soupçonner leur existence par l attitude de l'enfant, qui, assis sur sa chaise, remue sans cesse sur son séant, profitant ainsi de la position qu'il occupe pour exercer, de la sorte, des frottements destinés à calmer les démangeaisons qu'il éprouve du côté de l'anus.
Malheureusement ces frottements, comme le grattage avec les mains ou les ongles, n'ont qu'un effet diamétralement opposé à celui qu'ils poursuivent, c'est-à-dire l'exagération des démangeaisons existantes et l'adjonction, à celles-ci, d'une sensation de cuisson ou de brûlure, due au passage, sur les exulcérations cutanées ainsi produites, d'un muco-pus plus ou moins abondant, lié à ïhiipersécrétion anormale dont le rectum est le siège, à la suppuration et à l'irritation, sinon même à Vinfection, des plaies périanales, déterminées par le grattage.
A défaut da parasite lui-même, ces symptômes ont déjà leur importance. La certitude ed absolue lorsquun ou plusieurs oxyures ont été aperçus, soit dans les matières fécales de l'enfant, soit à la marge de Vanus, soit même à Vintérieur de celui-ci, quand on en déplisse les bords pour connaître la cause véritable des démangeaisons anales.
En Vabsence encore du parasite, l'examen des fèces au microscope récèle aisément, dans ces matières, la présence de nombreux œufs, petits, ovoïdes, caractéristiques, ayant de 30 à 54 V- de long sur 20 à 27 \j. de large.
On sera amené à pratiquer cet examen lorsqu'on constatera des démangeaisons anales, que rien ne justifie en apparence, ni eczéma marginal, ni hémorrhoïdes avec hypersécrétion.
On devra le pratiquer, aussi, toutes les fois qu'on se trouvera en face de certains états nerveux (insomnie, tics, convulsions, chorée et surtout attaques épilepti formes ou, même, épileptiques).
Dans un cas de ce genre, chez une fillette de 13 ans, nous avons eu la bonne fortune de voir disparaître, avec les
oxyures, les accidents nerveux, qui revenaient, la nuit, sous forme d'attaques épileptiformes.
Vèpilepsie ne reconnaît souvent pas, à son origine, d'autre cause que des excitations périphériques (dentition, parasites intestinaux, indigestions, constipation, etc.). Celles-ci étant dès l'abord combattues, les accidents nerveux cessent. Si elles sont négligées, au contraire, les accidents se répètent et ils ont d'autant plus de tendance à se reproduire, qu'ils se sont déjà répétés plus souvent. C'est là une des origines communes de Tépilepsie, curable à cette époque, incurable plus tard, sinon dans l'adolescence du moins dans l'âge adulte et VkgQ viril. Le pédiatre peut beaucoup dans ces cas, c'est à lui de le dire hautement aux familles et surtout de le démontrer par son habile intervention thérapeutique.
Les démangeaisons anales, dues aux oxyures, doivent être combattues d'autant plus rapidement et d'autant plus énergiquement, qu'elles sont incommodes d'abord, qu'elles mettent ensuite l'enfant dans un état d'agacement et de nervosisme tel, que, la moindre circonstance aidant(contrariété. évolution dentaire, etc ), les convulsions ouïes attaques épileptiformes surviennent et se reproduisent avec une extrême facilité. L'insomnie, les troubles a'imentaires et digestifs, l'anémie enfin, qui résultent des oxyures, favorisent également la production et le retour de semblables accidents.
Mais, là ne se bornent point les inconvénients de ces démangeaisons anales, ciui peuvent conduire à Vonanisme dans les deux sexes, en produisant la congestion des organes pelviens, l'érection, les sensations voluptueuses, suivies des habitudes dont nous parlons, enfin même, chez la jeune fille, la vulvo-vaginite.
Cette maladie ne reconnaît parfois, en effet, d'autre cause que les oxyures vermiculaires ; soit que ceux-ci, cantonnés dans le rectum, n'agissent, sur les organes génitaux, que par les produits irritants d'hypersécrétion ou même par les éléments infectants, que le grattage porte de l'anus à la vulve et au vagin ; soit que lesjmrasites, échappés du rectum, se logent eux-mêmes dans ces cavités.
Diagnostic. — Les parasites expulsés, tantôt spontanément au moment de l'examen anal, tantôt avec les matières fécales, sont évidemment le meilleur signe diagnostique. A leur défaut, l'examen des fèces, révélant la présence dans leur intérieur des œufs d'orijures, est une preuve, semble-t-il, tout aussi suffisante et tout aussi démonstrative.
Les autres njmptômps, signalés plus haut, ne constituent que des probabilités en favrur de l'existence de ces parasites et ne sauraient être considérés comme des signes certains et pathognomoniques .
Le diagnostic différentiel doit être fait, dans ce dernier cas, d'avec ïeczpma simple de l'anus, lié le plus souvent à une hypersécrétion rectale, qui peut reconnaître des causes différentes de celle que nous étudions. Telles sont les hémorrhoîdes, internes ou externes (que l'on observe parfois dans la seconde enfance et dont nous avons vu quelques exemples sous l'influence d'un régime alimentaire trop épicé) et la fissure à l'anus, que détermine à cet âge, plus fréquemment qu'on ne pense, la simple constipation, donnant lieu à l'expulsion de matières fécales très dures et très volumineuses.
Nous ne parlons que pour mémoire des œufs de trychocé- .phale, qu'on ne confondra pas avec les précédents, dont ils se distinguent par leur forme oblongue, leur coloration roussdire et surtout leurs deux opercules transparents,un à chaque pôle.
Pronostic. — Le pronostic est généralement bénin.
Traifemenf. — Le traitement est des plus simples. 11 consiste en lavements de décoction de gousses d'ail ou, simplement, de solution de sel marin. On a conseillé, à titre de parasiticide, ï onguent napolitain ou, du moins, Vonguent m ercuriel simple, introduit dans le rectum, et le calomel, administré par la voie gastrique (nous préférerions en lavements). Il nous paraît inutile de recourir à des moyens aussi énergiques et qui ne sont pas toujours inoffensifs, en raison de la stomatite ou de la gastro-entérite, de l'intoxication mercurielle enfin, auxquelles ils donnent lieu si fréquemment.
Nous en dirons autant de la santonineet des divers parasiticides ou vermifuges, que nous donnerions, de préférence aussi, en lavements, si nous les jugions utiles dans ces cas.
3" Tœnias
Définition. — Les tœnias sont des vers plathelmintes, de l'ordre des ceHodes, qu'on observe assez fréquemment chez l'enfant, moins toutefois que les ascarides.
Étiologie. — On distingue le tœnia inerme, qui vient du bœuf (cysticercus bovis) ; le tœnia armé, qui vient du porc (cysticercus cellulosœ, ladrerie); enfin, le bothriocéphale,provenant de l'ingestion de certains poissons malades (lotte, fera, saumon, brochet, perche, truite, etc.).
Symptomatologie. — La symptomatologie des tœnias est encore moins nette, si c'est possible, que celle des ascarides, à moins que, comme pour ceux-ci, on n'ait sous les yeux le ver lui-même, certains de ses fragments, ou bien enfin les œufs caractéristiques. Encore, dans ce dernier cas, peut-on admettre que ceux-ci n'ont fait que traverser le tube digestif. N'avons-nous pas constaté, en effet, dans les fèces d'un enfant de treize ans, la présence d'un certain nombre d'œufs de tœnia armé très caractéristiques, reconnus d'ailleurs par notre excellent collègue et ami M. le Professeur Granel (1), sans autre trace du parasite?
On n'observe guère, chez un enfant atteint de tœnia, qu'un peu d'anémie, quelques troubles digestifs assez vagues, quelques spasmes nerveux fugaces, parfois (si le ver siège par sa partie supérieure dans l'œsophage) un peu de toux, exceptionnellement des suffocations passagères; et cela, d'ailleurs, quel que soit le tœnia en présence duquel on se trouve (inerme, armé ou bothriocéphaie).
(1) L. Baumel. Polyparasitisme de l'appareil digestif, in Leçons cliniques sur les maladies des enfants. Paris, Masson, 1893, page 74.
Diagnostic. — Seule l'évacuation d'un fragment de ver peut mettre sur la voie du diagnostic ou, du moins, donner à ce dernier la certitude, qui lui fera toujours défaut sans cela.
C'est principalement dans les fèces que l'on trouve, d'ordinaire, ces fragments de tœnia, composés d'un ou de plusieurs anneaux dits ciicurbitins, ainsi appelés à cause de leur couleur blanche et de la vague ressemblance qu'ils offrent avec les graines de courge.
C'est surtout pour le tœnia armé et le tœnia inerme que cette constatation sera utile ou que cette recherche sera profitable, si l'on soupçonne, pour un motif quelconque, l'existence du parasite.
Ces vers ne pondent pas, en effet, leurs œufs dans le tube digestif de Vhomme, ce qui rend, par suite, leurs anneaux replets et faciles à découvrir, à cause de leur volume et de leur blancheur.
Il en est tout autrement dubothriocéphale qui, au contraire, pondant ses œufs dans Vintestin de Vhomme, est expulsé flétri et, souvent aussi, fragmenté. Ces fragments se confondent aisément avec les matières fécales, qui les accompagnent ou les englobent et do7it ils ont la coloration spéciale, vu leur facile imprégnation par les matières colorantes, biliaires ou autres, qu'ils rencontrent.
Quand des morceaux de tœnia ont été rendus par les malades au moment de la défécation, il suffit de rencontrer un seul fragment composé de plusieurs cucurbitins, pour reconnaître si l'on se trouve en présence d'un tœnia armé ou d'un tœnia inerme. Il n'y a qu'à examiner les organes génitaux du ver, représentés par une saillie, située au milieu d'un des bords latéraux de chaque cucurbitin. Sont-ils alternativement d'un côté et de l'autre, d'une façon régulière c'est-à-dire du même côté de deux en deux ? 11 s'agit d'un tœnia armé. Ces pores génitaux sont-ils, au contraire, irréguliers dans leur alternance et voit-on, par exemple, deux ou plusieurs cucurbitijis consécutifs les présentant du même côté ? Il s'agit d'un tœnia inerme.
Il est possible que, même en présence d'un seul cucurbitiny
on puisse se prononcer en faveur d'un tcenia inerme. C'est lorsque ce cucurbitin a été émis spontanément, sans évacuation aîtine, le malade étant debout, assis ou couché.
Dans ce cas, celui-ci déclare qu'il a senti remuer quelque chose à Vanus, où il a éprouvé comme une légère démangeaison, puis tout à coup il s'est senti mouillé du côté des fesses ou des cuisses (suivant l'attitude du moment) et s'est ainsi aperçu qu'il émettait, spontanément et sans évacuation alvine, des cucurbitins. 11 s'agit inmriablement, alors, du tœnia inerme.
Les périodes d'expulsion des anneaux sont rariables. Pendant un certain temps, les malades en rendent à peu prés régulièrement, en allant du corps. Puis, il s'écoule un temps plus ou moins long avant que leur réapparition s'effectue. Elle se produit d'ailleurs, comme précédemment, à chaque évacuation alvine nouvelle.
Tant que l'enfant tette exclusivement, il n'est pas possible d'observer, chez lui, le tœnia. 11 en est tout autrement après. Aussi ne rencontre-t-on pas souvent cet helminthe dans les premières années de la vie. Le cas le plus précoce que j'aie vu est relatif à une fillette de 18 mois, à laquelle on avait donné beaucoup de jus de viande de bœuf et qui, dès cet âge, avait un tœnia inerme.
A l'anémie s'ajoute parfois un certain état nerveux, que l'on a de la tendance à rapporter à toute autre cause. Nous avons vu, chcjs une femme, de l'aphonie. Par analogie on peut comprendre que certains faits de cet ordre peuvent s'observer chez Tenfant, mais ce doivent être, chez lui, beaucoup plutôt des accidents épileptiformes, convulsifs, peut-être même choréiques.
Cette observation n'a été faite jusqu'à ce jour que d'une façon bien imparfaite, nous le reconnaissons sans peine; aussi, conseillons-nous désormais, dans ces cas, Vexamen macroscopique et microscopique des fèces.
A supposer que les cucurbitins fassent absolument défaut et qu'ils ne soient expulsés, ni spontanément, ni au moment de la défécation, il reste encore, en effet, l'examen microsco-
pique des fèces, au point de vue des œufs. Ceux-ci ne sont point pondus, nous l'avons dit plus haut, dans Vintestin de Vhomme par les tœnias proprement dits (armé ou inerme). On peut admettre, toutefois, qu'un ou plusieurs de ces œufs soient sortis des cucurbitins au moment de leur segmentation. De là, la possibilité de les rencontrer, même exceptionnellement, dans les évacuations alvines.
Nous avons vu nous-même très nettement, ainsi que nous l'avons signalé d'ailleurs (1), Vœufdu tœnia armé, à plusieurs reprises, dans les fèces d'un enfant de treize ans, chez qui nous n'avons jamais observé VexpuUion du moindre cucurbitin. Ces œufs, sensiblement sphériques, ont une cuticule lisse, épaisse et transparente. Ils contiennent dans leur intérieur six crochets, groupés deux à deux, et possèdent un diamètre de 32 [x environ.
Le même fait peut se produire pour les œufs du tœnia inerme, analogues aux précédents, sauf les crochets, qui font défaut.
Mais, c'est surtout pour le bothriocéphale que Vexamen microscopique des fèces pourra être très utile ; car, il révélera le plus souvent l'existence de nombreux œufs ovoïdes, volumineux, à grosses granulations réfringentes etmrtout à opercule unipolaire, séparé du reste de l'œuf par une ligne transparente et oblique, facile à apercevoir, allant d'un bord à l'autre de celui-ci. Cette constatation est d'autant plus aisée que le bothriocéphale, à l'inv(rse des tœnias, pond ses œufs dans l'intestin de l'homme. Ils ont une longueur de 70 [x sur 43 de large. La chose est d'autant plus importante que, comme nous l'avons vu plus haut, les fragments de ver émis se confondent, presque toujours, avec les matières fécales elles-mêmes.
Dans un cas de chorée, chez un garçon de 14 ans habitant Paris d'ordinaire et en évolution dentaire d'ailleurs, nous avons pu, grâce à l'examen microscopique des fèces, trouver de nombreux œufs de bothriocéphale.
(1) L. Baumel. Loco citato.
Pronostic. - Le pronostic est, malgré tout, généralement bénin. Un enfant, même tout jeune (la fillette de 18 mois dont nous avons parlé plus haut en est un exemple), peut garder pendant des années (5 ans en ce qui la concerne) un tœnia, sans trop grand inconvénient.
Il est évident, toutefois, que la santé générale de l'enfant, son développement et sa croissance, seront beaucoup plus normaux, si l'on peut de bonne heure lui faire expulser son parasite.
Ti^aitement. — Plus l'enfant est jeune, plus il est difficile de le débarrasser du tœnia, dont il est atteint. Nous fûmes bien embarrassé et nous tâtonnâmes beaucoup, lorsque nous rencontrâmes, pour la première fois, le tœnia chez l'enfant (or, il s'agissait d'une enfant de 6 ans) (1).
Notre embarras fut bien plus grand encore, lorsque ce même parasite s'ofifrit à nous chez la fillette de 18 mois, dont nous parlions il n'y a qu'un instant.
Nous essayâmes inutilement, chez la première malade, Véinulsion de semences de courge, la décoction d'écorcede racine de grenadier, le tannate de pelletiérine et nous ne réussîmes qu'avec l'huile éthérée de fougère mâle, administrée de la façon suivante, selon la formule du D' Veillard (2).
Potion avec :
Huile éthérée de fougère mâle. ) ^ „
Teinture de vanille ^ °
Sirop de térébenthine . . . . ) ^ »„
p j. ..,,. aa 2o grammes.
Eau distillée ) ^
Gomme arabique pulvérisée" . 2 grammes.
à prendre, en une seule fois, dans égale quantité de lait; puis, deux heures après : huile de ricin, 13 grammes.
Quant à la seconde malade, les mêmes moyens, à doses moindres toutefois^ restèrent sans efïet. Il en fut ainsi
(1) L. Baumel. Le tœnia inerme et sa thérapeutique, in Leçons cliniques sur les maladies des enfants. Paris. Masson. 1903, p. 87.
(2) Veillard. Formulaire clinique et thérapeutique pour les maladies des enfants, 2'"* édit. Paris, 1888, page 187.
chez elle, à l'âge de 6 ans, de la potion ci-dessus formulée et nous ne parvînmes à la guérir qu'à l'aide du tœnifug« du D"" Duhourcau (capsules d'extrait éthéré de fougère mâle, chloroforme et huile de ricin, dont on donne au petit malade un nombre égal à celui de ses années, plus une).
Vémulsion de semences de courge n'est point assez active; la décoction d'écorce de racines de grenadier est ou refusée, en raison de son mauvais goût, ou même vomie, par suite, inefficace.
Le tannate de pelletiêrine est contre-indiqué chez les enfants, d'après la plupart des auteurs. Nous y avons eu recours, sans danger, pour la fillette de six ans, dont il est parlé plus haut ; mais, aussi, sans le moindre succès.
Le kousso est également contre-indiqué, en raison de la trop grande quantité de médicament à avaler, pour un enfant.
L'huile éthérée de fougère mÂle, avec ou sans chloroforme, en potion ou en capsules, suivant l'âge, nous parait être le médicament de choix.