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XV. — Chute du rectum

Définition. — La chute ou procidence du rectum est constituée, comme son nom l'indique, par la sortie, au dehors de l'anus, de la muqueuse rectale, entraînant ou non, à sa suite, les diverses couches anatomiques du rectum.

Etioloqie. — Les efforts de défécation, les évacuations alvines fréquentes, Vatonie du sphincter anal, enfin là toux persistante, en sont les causes les plus communes. La plus importante est sans contredit la seconde, c'est-à-dire la diarrhée, résultat fréquent et ordinaire de Ja gastro-entérite, aiguë ou chronique.

La dysenterie, tout aussi efficacement que la diarrhée, en est une cause efTicieRte, par les envies fréquentes d'aller du corps qu'elle détermine et par les efforts dont s'accompagne le ténesme rectal qu'elle procure, efforts résultant du besoin

à peu près coDstant d'évacuer, que le malade n'arrive jamais

à satisfaire.

Il est bon de se faiï-e une idée aussi exacte que possible, dans chaque cas particulier, de la pathogénie qui lui est propre, pour ne pas recourir en vain à tout l'arsenal thérapeutique, médical ou chirurgical, comme on le fait beaucoup trop souvent, à notre avis. Nous en avons vu maints exemples, nous en avons cité plusieurs, dans notre communication au Congrès de pédiatrie de Nantes, 1901 (1).

Syinptomatologie. — Une tumeur rouge eVmolle, siégeant à l'anus, constituée le plus souvent par la muqueuse rectale seule, sortie au moment de la défécation; tumeur réductible ou non en dehors de cet acte, soit spontanément^ soit sous la pression des doigts, d'un volume et d'une longueur variables suivant les cas : tel est le symptôme palhognomonique de la chute du rectum.

Cette variabilité, dans le volume et dans la longueur de la tumeur, tient à l'intensité plus ou. moins grande de la maladie. La muqueuse, ainsi herniée au dehors de l'anus, est caractérisée par sa couleur rouge, spéciale, son suintement habituel, son orifice central, correspondant à la lumière ou à la cavité rectale.

Sa surface est parfois saignante ei plus ou moins exulcérée. Ses dimensions sont de quelques centimètres (3 ou 4) à un décimètre et plus, ainsi que nous l'avons observé dans un cas. Souvent la muqueuse, herniée de la sorte et repliée sur ellemême à l'extrémité de la tumeur, contient, entre ses deux couches ainsi adosséesfpar leur surface externe d'ordinaire), le rectum lui-même {couche musculaire], qui a suivi la muqueuse. Dans certains cas, ce dernier est invaginé et l'on peut rencontrer alors, dans la tumeur, un très grand nombre de couches ou plans superposés.

Si l'on consulte les fonctions digestives, intestinales surtout, l'on constatera que l'enfant a de la diarrhée le plus

II) Baumel. Traitement médical de la chute du rectum. Congrès de pédiatrie de Nantes, 1901.

souvent, toujours des envies fréquentes d'aller à la selle, que Von est tout naturellement porté à mettre sur le compte de la chute du rectum, plutôt que de les rattacher à leurs véritables causes.

Mais si l'on interroge les comméjiioratifs du sujet, on ne tarde pas à apprendre queVaUaifement, le sevrage, Valimentation, ont été défectueux, que la rfirrrr/i^'e a existé longtemps chez lui, qu'elle s'est reproduite fréquemment, qu'elle a duré ainsi des mois ou des années. Avec un peu d'attention, on ne tardera pas à s'apercevoir qu'elle existe encore au moment présent.

Les indications th'^rapeutiques, principales, découlent simplement de ces renseignements, qui conduisent à une pathogénie claire, nette et précise, de la maladie. Entérite ou entéro-coliteà répétition, diarrhée ou dysenterie le plus souvent, constipation parfois, évacuations alvines fréquentes dans tous les cas, toux chronique enfin, telles sont, nous l'avons déjà dit, les causes les plus habituelles du mal.

Diagnostic. — Le diagnostic, on le sait, est relativement aisé. Seul le diagnostic pathogénique offre quelques difficultés.

On peut se trouver, en effet, en présence d'un entourage peu instruit ou peu intelligent, qui répondra systématiquement, aux demandes réitérées du médecin, que la diarrhée n existe pas. C'est ce qui nous est arrivé, pendant plusieurs mois, dans notre service à l'hôpital, alors cependant que le personnel est censé ne pas ignorer ces faits. C'est pour montrer quelle insistance il faut mettre à rechercher, partout et toujours, les causes ordinaires de la maladie, même là où elles paraissent ne point exister.

C'est ainsi que, chez une enfant de 3 ans, opérée inutilement depuis 8 mois dans un service chirurgical, nous avons pu nous rendre compte de l'existence de la diarrhée, qu'on nous màii , et guérir f médicalement) le prolapsus, ce que n'avait pu faire l'intervention chirurgicale (1). Nous avons donné,

(1) Voir celle observation et plusieurs autres, dans la llicse de M. le D^ Guichou, Montpellier, 1901.

d'ailleurs, dans notre communication au Congrès de pédiatrie de Nantes, où est rapporté ce fait, l'opinion d'un chirurgien anglais, Edmund Owen, auteur d'un Traité pratique de chirurgie infantile, qui déclare n'avoir jamais trcuvé utile de recourir au bistouri ou à quelqu'autre moyen radical même dans les cas les plus grâces, ajouianl que ces méthodes ne se justifient que très exceptionnellement (1).

Pronostic. — Le pronostic de la chute du rectum est, d'après ce que nous venons de dire, relativement bénin. Nous avons vu cette infirmité guérir toujours, sans intervention sanglante, par les moyens thérapeutiques simples; dont nous allons donner la description.

Traitement. — Le traitement de la chute du rectum comprend deux indications fondamentales à remplir.

La première consiste à combattre les causes qui lui ont donné naissance. Parmi elles, la diarrhée, par vice alimentaire, figure au premier rang. Voilà pourquoi l'attention du pédiatre devra d'abord être fixée sur l'alimentation. Celle-ci consistera, le plus souvent, en régime lacté, exclusif et parfaitement réglé (toutes les 3 heures).

On évitera, de la sorte, la persistance ou l'augmentation de la gastro-entérite, aiguë ou chronique, qui entretient la chute du rectum, en même temps qu'en diminuant ou en faisant disparaître la diarrhée on supprimera, du même coup, les évacuations alvines fréquentes, qui ne peuvent avoir pour efîet immédiat que l'aggravation du mal. Le meilleur moyen, pour combattre et atténuer ou supprimer la toux, sera de rechercher et de traiter la maladie, pleurale, pulmonaire ou bronchique, sinon adénopathique (rubéolique, grippale ou autre), dont elle relève.

La deuxième indication consiste à s'opposer, autant qu'on le peut, à la sortie, de ce que nous appellerons volontiers la hernie rectale, à travers l'anus; que cette hernie soit constituée

(1) Edmund Owen (de Londres). Traité pratique de chirurgie infiinllie, 2« édition, traduite et augmentée par le D' 0. Laurent (de Bruxelles), Paris, G. Steinheil, 1891, page 414.

par la muqueuse seule ou qu'elle comprenne, au contraire, les diverses tuniques de l'intestin, avec ou sans invagination.

Il faudra, d'abord, réduire le prolapsus aussi souvent qu'il se reproduira. Nous conseillons, pour cela, une pommade composée de :

Vaseline 30 grammes

Extrait de ratanhia 4 —

dont on recouvre une compresse propre, que l'on applique sur la muqueuse herniée. C'est à travers cette compresse que s'exerce, sur la tumeur, la pressipn des doigts de la main qui opère. Ce procédé permet, non seulement la réduction inolïensive de la chute du rectum, mais encore l'application de la pommade astringente, qui a pour etïet, dans une certaine mesure, de s'opposer à la reproduction du prolapsus.

Venfant ne devra pas être laissé trop longtemps sur le vase, quand il va du corps, ni s'y livrer à des efforts inutiles de défécation.

En outre, si la diarrhée existe, comme cela se voit d'ordinaire, on donnera des médicaments constipants et, en particulier, le sous-nitrate de bismuth, dont la dose variera suivant l'âge du malade, c'est-à-dire de oO centigrammes à plusieurs grammes en 24 heures, et dans le lait, en quatre fois dans la journée, toutes les 6 heures par conséquent.

Les boissons, autres que le lait, seront impitoyablement exclues. Elles ne pourraient qu'augmenter la diarrhée. A plus forte raison en sera-t-il ainsi des laxatifs et surtout des purgatifs.

Quand l'amélioration survient, le prolapsus commence par être de moins en moins intense, puis de moins en moins fréquent, ealin il disparait, à condition que l'on continue ce traitement quelque temps encore après la guérison.

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