I. — Coryza
Définition. — Le coryza est l'inflammation, aiguë ou chronique, de la membrane de Schneider ou muqueuse pituitaire.
Étiologie. — Le coryza aigu est, le plus souvent, une maladie a frigore, c'est-à-dire développée sous l'influence d'un
Refroidissement. On l'observe assez fréquemment,, l'tiiver, quelques jours après la naissance (coryza des nouveau-nés). On le voit ensuite aux divers âges, chez l'enfant.
Le coryza, chronique d'embléCy est presque toujours de cause syphilUique. On l'observe dès la plus tendre enfance, où il relève alors de la syphilis héréditaire, dans l'immense majorité des cas.
On rencontre le coryza aigu, symptomatique, au début de la rougeole; on le voit aussi à la suite de l'emploi de certains médicaments, tels que l'iode et ses composés; enfin, dans la diphtérie, où il est de même nature que l'affection générale, au cours de laquelle il se manifeste.
C'est surtout dans la seconde enfance que Ton observe le coryza chronique, avec fétidité particulière de Vhaleine (ozène). Certaines conformations des fosses nasales, la sécrétion abondante et épaisse de leur muqueuse, la formation de mucosités concrètes, séjournant plus ou moins longtemps dans leurs cavités, en sont les causes les plus habituelles.
Symptomatoloyie. — Les symptômes ordinaires du coryza, aigu ou chronique, sont : parfois, des éternuements faciles et fréquents ; le plus souvent, un enchifrénement particulier, rendant difficile la respiration par le nez. Assez fréquemment, par suite, l'enfant, quel que soit son âge, respire la bouche ouverte.
Cet état de choses doit être envisagea un double point de vue, suivant qu'il s'agit, par exemple, d'un nouveau-né et même d'un nourrisson ou, au contraire, d'un enfant plus âgé.
Si l'enfant tette, en efiet, et si son nez est obstrué, par la tuméfaction de la muqueuse enflammée ou par les mucosités plus ou moins épaisses qui l'encombrent, cela l'oblige à respirer, ainsi que nous venons de le dire, la bouche ouverte. Il refuse le sein, étant donné que la respiration lui devient impossible, aussitôt qu'il le saisit.
On voit tout de suite l'importance que prend et la gratité que revêt, chez l'enfant tout jeune, le simple coryza, vulgairement et improprement appelé rhume de cerijeoM ; impor-
tance et gravité qu'il n'a plus, tant s'en laut, à un autre âge, quel qu'il soit.
De là, la nécessité de le guérir le plus rapidement possible pour faire face au premier, au plus impérieux besoin de l'existence, à cet âge; nous voulons parler de l'alimentation et de la nutrition. Or, dans la plus tendre enfance, c'est-àdire dans la première année et à plus forte raison dans les premiers mois, on ne peut guère songer à alimenter un enfant à la cuillère, qu'on lui donne du lait de femme ou du lait animal.
Le sein est indispensable à cette époque de la vie, sinon l'existence même du petit être se trouve menacée ipso facto dès son début. Nous indiquerons tout à l'heure, à propos du traitement, les moyens qui nous rendent journellement des services à cet égard ; ceux qui nous paraissent les plus efficaces et les plus aptes à amener une guérison rapide et durable.
Considérons maintenant un enfant plus âgé. Les inconvénients que présentera, chez lui, le coryza, qu'il soit aigu ou surtout chronique, pour être moins graves immédiatement (en ce sens qu'ils ne compromettent pas tout de suite l'existence du petit malade' n'en seront pas moins redoutables, dans certains cas, par leurs résultats éloignés.
C'est ainsi que, l'air ne passant plus ou ne passant que difficilement à travers les fosses nasales, celles-ci ne se développeront point parallèlement aux autres parties du corps et de la face. Le nez restera petit, ses orifices seront étroits, ainsi d'ailleurs que les cavités nasales et leurs ouvertures postérieures. L'enfant respirera constamment par la bouche, celle-ci demeurant toujours entr'ouverte.
A l'air plus ou moins hébété, que donne à la physionomie une pareille attitude, s'ajoutera, par suite de la pénétration directe de l'air froid dans l'arrière-gorge, un état de sensibilité particulière, non seulement de l'isthme du gosier et du pharynx, mais même du larynx et des bronches, enfin un état inflammatoire chronique de la gorge, à poussées aiguës multiples, léritables angines, chroniques et a/gfwë^, résultant de cette
conformation particulière et dont la plus commune est Vangine tonsillaire, arec hypertrophie de Vamijgdak le plus souvent.
De là, des infections aiguës, on ne peut plus faciles, dans l'intérieur de cet organe et des abcès à récidites, si fréquents dans ces conditions. De là, la fréquence aussi, sous l'influence de ces mêmes causes, de ces tumeurs adénoïdes de la gorge et du pharynx, si bien décrites depuis déjà plusieurs années, pour lesquelles la médecine peut tant (iode, Grancher) et contre lesquelles on a beaucoup trop souvent recours, sans succès, à l'intervention chirurgicale.
C'est même cette double difficulté de pénétration de l'air, gutturale et nasale, qui rend compte des déformations du thorax, qui en résultent assez souvent et que l'on peut résumer en ces mots : angustie thoracique. L'air n'ayant point un accès libre et naturel jusqu'aux poumons, ceux-ci ne se dilatent point comme à l'ordinaire ; l'ampliation du thorax est, à chaque inspiration, plus faible qu'à l'état normal. Les côtes ne dépassent pas certaine limite, en raison de cette expansion moindre des poumons, mais aussi et surtout parce que la pression atmosphérique, agissant sur toute la paroi thoracique, n'est pas suffisamment contre-balancée par la pression intérieure, même à l'expiration. Les organes abdominaux ont, eux aussi, de la tendance, dans ce cas, à se loger plus bas que de coutume dans la cavité du thorax.
De là, des fonctions défectueuses, non seulement respiratoire, mais encore circulatoire, cardiaque, hépatique, etc.
Diagnostic. — Rien n'est facile comme le diagnostic du coryza, soit aigu, soit chronique, en raison des symptômes qu'il présente d'ordinaire et que nous venons de décrire.
L'enchifrènement, Thypersécrétion nasale {séreuse dans le coryza aigu, du moins à sa première période ; mucosopurulente dans le coryza chronique et dans la seconde période du coryza aigu), l'érythème des lèvres (surtout de la lèvre supérieure et du pourtour de l'orifice nasal), l'odeur particulièrement nauséabonde de la punaisie (ozone), mettront facilement sur la voie.
Le diagnostic de «afure sera toujours un peu plus difficile, bien qu'il n'embarrasse guère un pédiatre tant soit peu expérimenté.
L'action du froid, la syphilis héréditaire ou acquise, le lymphatisme, la scrofule, devront être plus particulièrement soupçonnés et recherchés.
Le simple examen des fosses nasales permettra de reconnaître l'existence des polypes de ces cavités, dont le coryza chronique peut favoriser la production, mais qu'on ne pourra pas confondre avec lui, en raison du bruit de drapeau qui leur est spécial.
Le pronostic, généralement bénin, ne revêt un caractère de gravité que dans certains cas exceptionnels-
C'est lorsque, par exemple, le coryza fort intense, aigu ou chronique, se produit chez un nourrisson très jeune, l'empêchant ainsi de prendre le sein et, par suite, de s'alimenter facilement, comme il convient.
C'est aussi lorsque, à un âge plus avancé, le coryza chronique entraine, à sa suite, l'angine à répétition ou les tumeurs adénoïdes, dont nous avons parlé plus haut, avec toutes leurs conséquences graves, au point de vue de la respiration et du développement, partiel ou général. Le pronostic est en rapport avec l'intensité et la chronicité du mal, mais aussi avec sa nature (syphilis, diphtérie, etc.j.
Traitement. — Le coryza aigu exige la présence de l'enfant dans une atmosphère à température constante (16« environ).
Cette atmosphère peut être rendue humide, à l'aide de la vapeur d'eau, aromatique ou non, constamment dégagée, dans la pièce, par des récipients découverts, contenant ce liquide et placés sur les appareils de chauffage utilisés dans chaque cas particulier. Des fumigations nasales, tièdes, peuvent être aussi très utiles.
Quand des concrétions muqueuses obstruent les fosses nasales, chez le nourrisson, elles doivent être soigneusement enlevées, avec beaucoup de précaution et sans léser la muqueuse, à l'aide d'une tête d'épingle par exemple.
Dans le coryza chronique, de la première ou de la seconde
enfance, les refroidissements devront être évités avec soin, non seulement le froid aux pieds (chaussures fourrées l'hiver, jamais hAimides, etc.), mais aux membres inférieurs {supprimer en particulier les chaussettes, au moins l'hiver, et les remplacer par des bas longs). Enfin, recommander, à tout moment, à l'enfant, principalement quand il est dehors et pendant la saison froide, de fermer la bouche en respirant.
Dans la punaisie, les simples laçages {boriques, au menthol, etc.)i des fosses nasales, avec la seringue ou par des irrigations continues, seront on ne peut plus utiles.
Contre chaque état pathologique général provocateur (syphilis, diphtérie, scrofule) seront dirigés les moyens qui lui sont propres.